Du foot au football business total

Première motivation des clubs européens signataires du projet de Super League : accroître leurs revenus. Mais où est le football dans ce projet ?

La création annoncée d’une Super League européenne de football concurrente de la Ligue des Champions bouscule une UEFA otage de la professionnalisation à outrance du football lui-même devenu un pan de l’économie mondiale. Tentative d’explications.

Présentée le18 avril dernier par douze clubs européens (Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City, Manchester United et Tottenham, le Real Madrid, le FC Barcelone, l’Atlético Madrid, la Juventus de Turin, l’Inter Milan et l’AC Milan) le projet de création d’une Super League de football, concurrente déclarée de la Ligue des Champions, chère à l’UEFA (Union Européenne Football Association), a secoué le microcosme footballistique du Vieux Continent tremblant à l’idée de voir la compétition sportive européenne comptant parmi les plus suivies et les plus lucratives détrônée par une organisation aux visées purement financières. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/sport) Depuis l’annonce, les cris d’orfraie n’ont cessé de s’élever contre une initiative qui, il y a quelques années avait déjà été abordée sous la forme d’un G14 (groupe qui regroupait parmi les 14 grands clubs d’alors), pour être finalement abandonnée. Mais le projet de Super League avancé, qui permettrait aussi à quelques clubs triés sur le volet de bénéficier d’un statut d’invité pour évoluer aux côtés des clubs fondateurs, semble désormais si bien lancé que les institutions européennes paraissent bien en peine pour le contrecarrer. Certes. Mais une fois passés le constat et l’indignation, qui n’aura qu’un temps, que suscite cette initiative, la question qui émerge aujourd’hui n’est pas de savoir pourquoi une telle initiative est amenée à voir le jour mais quand est-ce qu’elle verra le jour.

Inflation et règles économiques

A la première question, la réponse qui s’impose semble d’une évidence quasi-puérile. L’inflation exponentielle des droits audiovisuels, du montant des transferts de joueurs et des budgets des clubs (par ailleurs dangereusement endettés) sans compter les recettes annexes liées à la vente de produits dérivés, expliquent cette volonté des plus grands et plus puissants clubs européens de créer un espace de jeu où le sport ne serait qu’un support à vocation financière. Devenu un pan de l’économie mondiale, le football n’échappe pas aux règles économiques au point de devoir lui aussi se diversifier afin d’assurer sa pérennité à long terme surtout en période de crise sanitaire dont les effets ont eu des conséquences sur la trésorerie des clubs. Andrea Agnelli, le président de la Juventus Turin et de l’Association des clubs européens (ECA), a récemment rappelé que la crise sanitaire pourrait entraîner un manque à gagner de 6,5 milliards à 8,5 milliards d’euros pour les clubs. Motif suffisant pour imaginer des solutions afin de limiter l’hémorragie financière fruit de la pandémie. Le raisonnement tenu par les douze clubs concernés est ainsi des plus simples : Une Super League animée par des clubs mondialement reconnus (les rencontres du Real Madrid sont suivis en Chine ou ailleurs) sera génératrice d’intérêt télévisuel, populaire, publicitaire et aussi sportif puisque les meilleurs joueurs mondiaux évoluent dans les clubs concernés.

Déficits et temps juridique

Parallèlement, cette Super League, moyen d’éponger des déficits abyssaux (en 2016, le montant cumulé des encours des 20 plus grands clubs européens s’élevait à 133 milliards d’euros) est aussi un acte d’indépendance de la part de clubs trop à l’étroit dans une UEFA (forte d’un budget s’élevant en 2019 à 5,7 milliards d’euros) jugée archaïque, et encore trop réfractaire à l’idée d’un football business total. (sportune.fr : https://www.sportune.fr/business) Et de là à ce que l’UEFA prenne les aspects d’une association caritative dédiée à la défense des clubs exclus de la Super League à venir, il n’y a qu’un pas. L’UEFA, qui n’ a cessé depuis des décennies d’oeuvrer au développement du professionnalisme le plus débridé, n’a donc pas su trouver les arguments, prise à son propre piège, pour contenir les envies sécessionnistes des grandes écuries européennes. Reste à savoir quand cette Super League verra le jour. Tout est désormais question de temps juridique et de recours devant les tribunaux mais il est fort probable que le projet aboutisse sauf si l’UEFA réformait la Ligue des Champions afin de ne conserver que les clubs sécessionnistes ce qui exclurait les autres formations européennes au risque de voir éclater de nouveaux contentieux. Cornélien…Pour l’heure, les deux camps s’observent et se toisent, attendant certainement le geste de l’une ou l’autre partie. Mais une chose est certaine, il est peu question de ballons ou de joueurs dans cette affaire mais beaucoup d’argent et de recettes. Bref, du football business total.

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