Gouverner ou partager ?

Accusé d’autoritarisme dans sa gestion de la crise sanitaire, le Président de la République est confronté à une vague d’irritation montante au regard des méthodes employées. Mais la Constitution ne se prête-t-elle pas à un exercice péremptoire et solitaire du pouvoir ?

Il a été dit et écrit beaucoup de choses sur l’art de gouverner. Or, si le pouvoir, élément consubstantiel à l’art de gouverner, fascine, celui-ci peut aussi irriter. Et c’est souvent dans les périodes de crise que cet agacement atteint son paroxysme. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique) L’épidémie de coronavirus, qui semble ne jamais donner de signes de faiblesse, a ainsi tendance à attiser les passions qui se déchaînent depuis plusieurs semaines contre l’exécutif français. Clairement, le Président de la République, se voit régulièrement accusé d’autoritarisme, voire de pouvoir personnel. Les faits confirment peut-être cette réalité mais seule l’Histoire saura dire si ce sentiment est fondé ou fantasmé. Pour autant, et afin d’être complet, essayer à tout le moins, sur la réflexion ou l’analyse d’une possible dérive personnelle du pouvoir, il n’est pas interdit de regarder la Constitution et l’histoire de cette dernière, éclairante sur les reproches formulés contre l’exécutif.

Oripeaux et sentences

La Cinquième République, celle qui depuis 1958, préside aux destinées de la France, a été rédigée et conçue dans une optique de pouvoir non pas exclusivement personnel, mais concentré sur un seul homme, le Président de République. Souvent vilipendée pour son caractère officieusement monarchique et habillée d’oripeaux républicains, la Vème République n’en reste pas moins le régime qui à ce jour, avec la IIIème République, a duré le plus longtemps. Parallèlement à cela, elle confère au premier d’entre nous, à savoir le Président de la République, un pouvoir décisionnel unique et un ensemble de responsabilités qui l’est tout autant indépendamment du poids que ces dernières génèrent. Pour autant, la question qui peut se poser à ce jour est la suivante : Au regard de la situation actuelle, le Président de la République peut-il décider tout seul ? A la lecture de la Constitution, rien ne l’empêche. D’aucuns arguent cependant que la multiplication des Conseils de défense, forme de messes péremptoires où sont assénées les sentences présidentielles, illustrent cette dérive personnelle devenue pour certains insupportables. Mais cette même dérive, considérée comme telle, réelle ou supposée, est-elle mal vécue parce que la situation sanitaire impose l’annonce fréquente et répétée de décisions présidentielles, donc d’essence conjoncturelle ; ou est-elle, plus simplement, structurelle, auquel cas une crise de régime semblerait se dessiner ? La question ne peut appeler de réponse tranchée sauf si celle-ci s’inscrit dans une logique purement électoraliste visant à stigmatiser les institutions et son premier représentant, quel qu’il soit. (franceinter.fr : https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-22-septembre-2020

Equilibre et rigidité

Accusé d’autoritarisme, le Président de la République, pourrait aussi, en multipliant les consultations à foison, en prenant le temps de la réflexion, être accusé de ne pas respecter l’esprit des institutions qui appellent à une prise de décisions franches et nettes. L’équilibre est donc précaire et périlleux car s’affrontent deux réalités diamétralement opposées et d’essence qui le sont tout autant : un cadre constitutionnel défini et une crise sanitaire sans précédent. Concilier les deux relève, ici ou ailleurs, de la gageure. In fine, il apparaît en filigrane que le coupable de l’irritation montante, liée à la privation de libertés, à la succession de mesures toujours plus contraignantes toutes incarnées par un seul homme qui en décide les contours et l’application, trouve peut-être plus son origine dans la raideur et la rigidité de nos institutions que dans celui qui les applique. Certes ces dernières pourraient être engagées de manière plus souple, de sorte à limiter tout conflit, et cette méthode revient à celui qui en a la charge nonobstant son appréhension personnelle de l’exercice. Mais la crise sanitaire qui finira par s’éteindre, doit aussi être l’anti-chambre d’une réflexion à porter sur nos institutions, sur le caractère que nous souhaitons leur donner et surtout sur les méthodes à employer pour l’appliquer au mieux dans une logique de concorde républicaine.

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