Diplomatie d’affaires

Le revirement de Donald Trump au sortir du sommet du G7 aussi surprenant qu’insupportable qu’il puisse être, révèle aussi la personnalité d’un individu loin d’épouser les atours d’un homme politique classique.

D’aucuns, devant la réaction de Donald Trump qui à peine après s’être envolé pour les Etats-Unis dénonçait l’accord signé quelques heures plus tôt au terme du sommet du G7, se sont étranglés d’indignation, fustigeant le président américain, jugeant son attitude aussi irresponsable qu’imprévisible. Pourtant, en analysant, en essayant au moins, cette réaction, il convient d’admettre qu’elle n’a rien d’étonnant si l’on s’en réfère au personnage et à son parcours personnel. Ainsi, les chefs d’Etat qui entouraient Donald Trump lors du sommet en question, chef d’Etat qu’est aussi le président américain, se sont-ils comportés et ont agi comme tels, conscients des enjeux que leurs positions, leurs propos et leurs décisions impliquaient à l’échelle mondiale. Sauf que Donald Trump, et c’est là que la bât blesse, n’est pas un homme politique au sens strict du terme. Il n’a pas fréquenté les institutions américaines ou les grandes écoles américaines au sein desquelles il se serait imprégné du discours politique et des méthodes qui l’accompagne, autant d’éléments qui lui auraient permis de faire valoir sa position de manière moins brutale et manichéenne.

Négociations et écho

Pourquoi ? Car Donald Trump est un homme d’affaires qui agit comme tel. Lorsque le contrat signé ne lui convient pas, ici l’accord final du sommet, il le dénonce, fut-ce au prix d’un prétexte mesquin comme la prétendue insultante intervention du Justin Trudeau, le Premier ministre canadien. (Lire l’article sur le figaro.fr : G7: Trump s’en prend à nouveau à Trudeau et menace les Européens) Certes le courage le plus élémentaire aurait voulu que Donald Trump dénonçât l’accord non pas dans son avion mais directement auprès de ses homologues mais ceci relève d’un autre registre. Donald Trump reviendra à la table des négociations quand lui, et lui seul jugera bon d’y retourner, à savoir quand la situation lui semblera propice, comprenez : favorable aux Etats-Unis. Pour autant, plusieurs raisons expliquent ce revirement. La première réside dans le fort soutien de la population américaine dont jouit Donald Trump : 44% des électeurs américains lui accordent leur confiance, les 66% restants lui sont opposés ou ne se prononcent pas ; dans la masse virulente d’opposants déclarés à sa politique, beaucoup dénoncent son incapacité à gouverner mais ne trouvent pour l’heure aucun écho dans l’électorat américain. Seconde raison expliquant ce revirement, le fait que Donald Trump a aussi été élu sur le slogan America first (L’Amérique d’abord). Et en toutes occasions, celui-ci ne manque pas de s’y plier, défendant les intérêts américains quoi qu’il en coûte, dût-il pour cela malmener, et de quelle manière, des alliés anciens et fidèles tels que l’Allemagne ou la France ; et quand bien même celui-ci serait-il amené à dénoncer un accord international comme celui signé lors du G7, le même Donald Trump, preuve à l’appui, n’hésite en rien à le faire. La troisième raison, liée à la seconde, renvoie aux prochaines élections législatives qui doivent se tenir en novembre, dites élections de mid-term (Chambre des Représentants et Sénateurs étant appelés à être renouvelés). Le Congrès (Chambre des Représentants et Sénat), actuellement dominé par les Républicains, est naturellement une force pour Donald Trump qui peut s’appuyer sur celui-ci pour développer sa politique. Or, une politique trop conciliante avec les alliés internationaux pourrait facilement blesser le corps électoral américain, déception qui serait à même de se traduire par un revers politique dont Donald Trump souhaite, évidemment, s’affranchir mais qui pourrait cependant se produire. (Lire l’article sur rfi.fr : Elections de mi-mandat: la débâcle annoncée des Républicains américains en 2018) Autant de raisons certes lointaines vues de France et d’Europe mais qui pèsent lourdement sur le président-Businessman que se veut être Donald Trump. Preuve, s’il en était encore besoin, combien Donald Trump reste un président atypique car pétri de mœurs et d’habitude banales aux Etats-Unis, mais tellement surprenante vues d’Europe, atypique car l’homme incarne une nouvelle forme de dirigeants politiques affranchis des règles qui prévalaient jusqu’alors. Ce qui est peut-être le plus inquiétant….

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