Rafah, suite et fin ?


Au lendemain du bombardement d’un camp de déplacés palestiniens par l’armée israélienne, les questions sur la pertinence stratégique de l’opération militaire se posent notamment au regard de buts et d’objectifs de guerre qui perdent peu à peu de clarté.

« Erreur tragique », ainsi qualifiée par Benyamin Netanyahou, ou pas, le bombardement du camp de Barkasat, à Rafah, s’est soldé par la mort de 45 personnes et plus de 240 blessés. Désormais, une seule question se pose, à savoir, jusqu’où ira le Premier Ministre israélien dans sa guerre contre le Hamas. Car faire la guerre à des terroristes est une chose compréhensible et audible d’un point de vue militaire et stratégique mais bombarder un camp de civils où vivent femmes, enfants, vieillards et autres personnes vulnérables a peu de légitimité, pour ne pas dire aucune. Tancés par la Cour Pénale internationale de cesser l’offensive militaire, l’État hébreu et son Premier ministre se retrouvent pris dans une nasse diplomatique et politique dont il va être difficile de s’extraire. Certes soutenu par les Etats-Unis, allié inconditionnel d’Israël, mais qui sait pour combien de temps encore, Benyamin Netanyahou voit sa marge de manœuvre se réduire au fil des jours.

Jusque-boutisme

A l’origine, vu comme une victime du terrorisme aveugle du Hamas, Israël endosse désormais l’habit de bourreau, l’opinion internationale jugeant, et avec elle la CPI, la réponse militaire disproportionnée contre les Palestiniens, injuste au regard des victimes civiles que l’offensive sensée rétablir la sécurité d’Israël engendre. Et le bombardement du camp de Barkasat, même fruit d’une erreur militaire, ne vient qu’aggraver la situation d’un pays et d’un homme qui s’approchent dangereusement l’un et l’autre de la frontière de l’incompréhension de tous. Le jusque-boutisme de Benyamin Netanyahou, pris en étau par une fragile alliance à la Knesset dont dépend son avenir politique, la montée de la contestation pro-palestinienne dans les universités notamment nord-américaine, la reconnaissance de l’État palestinien par plusieurs pays européens contribuent, entre autre, à isole une nation et un homme dont les buts de guerre se délitent un peu plus chaque jour dans une offensive en perte et en quête de sens. Et s’il est certain que l’opération militaire touchera un jour à sa fin, nul ne sachant dire quand cependant, il est tout aussi certain que la dite opération laissera des traces au sein de la communauté internationale qui ne verra plus nécessairement l’État hébreu sous le même angle tout comme au sein de la société israélienne qui pourrait sortir fracturée de cet épisode.

Deux Etats, une paix

Si aujourd’hui la conduite de l’opération militaire tient plus par la volonté absolue de Benyamin Netanyahou de réduire le Hamas en cendres, occultant par ailleurs le fait que tout mouvement terroriste est capable de se régénérer dans le temps en dépit de sa destruction temporaire, que par des objectifs de guerre stratégiquement et militairement clairs, il n’est pas interdit de se s’interroger sur l’après-guerre mais aussi l’après-Netanyahou. La solution à deux Etats, combattue par l’actuel Premier Ministre, redeviendra naturellement un enjeu et une question essentielle pour assurer la paix d’Israël mais aussi l’avenir d’un Etat palestinien. Pour autant, si la solution diplomatique existe (deux Etats, deux peuples, une paix commune), celle-ci ne semble pas à ce jour le moteur de l’offensive israélienne qui tient plus de la vendetta que d’une stratégie à visée pacificatrice.

Tensions pacifiques

Le voyage express d’Emmanuel Macron en Nouvelle-Calédonie se veut porteur d’un double-sens : confirmer l’appartenance de l’île à la République en voulant mettre fin aux velléités indépendantistes et rappeler combien la France reste attachée à sa position stratégique dans l’Indo-Pacifique.

Dire que la question calédonienne empoisonne la vie politique depuis plus de trente ans est un euphémisme. Peut-être est-ce, entres autres raisons, pour cela que le Président de la République s’est rendu personnellement sur l’île du Pacifique afin d’apprécier au plus près la situation en essayant de n’irriter, exercice ardu, aucune partie en présence. L’exercice s’avère délicat car en qualité de Président de la République, Emmanuel Macron incarne et représente tout ce que les manifestants opposés au projet de réforme électorale appliqué à la Nouvelle-Calédonie exècrent : l’autorité d’une République lointaine plus intéressée par les ressources naturelles de l’île que par son devenir propre. Car il convient ici de ne pas se tromper : Si la métropole est si attachée à la Nouvelle-Calédonie c’est d’abord pour le nickel dont le sol du Caillou regorge, minerai que la Chine, particulièrement présente dans la région, convoite aussi.

Point d’ancrage stratégique

Pour autant, le nickel et son économie sont quelque peu en crise depuis plusieurs années et la Nouvelle-Calédonie souffre d’une situation économique difficile justement liée aux déboires rencontrées par une matière première mal appréciée sur les marchés internationaux. Passé l’argument économique et financier, émerge aussi la question de la présence de la France dans une région du monde dominée par l’influence chinoise et nord-américaine. La Nouvelle-Calédonie représente dans la région Indo-Pacifique un point d’ancrage stratégique que l’Hexagone entend préserver, fut-ce au prix de se voir taxer de post-colonialisme. La réforme électorale, aujourd’hui contestée par les populations endogènes de l’île ne va pas dans un autre sens puisqu’elle entend favoriser les nouveaux arrivants sur l’île favorables au maintien de cette dernière dans le giron de la République.

Chine gourmande

Ainsi, pour Paris, le processus indépendantiste amorcé à la fin des années quatre-vingt-dix par l’Accord de Nouméa (1998), est clos et ce au regard des résultats du dernier référendum de décembre 2021qui entérinait à hauteur de 96,5 % le non à l’indépendance et à la pleine souveraineté de l’île. Arguant de la nécessité de rétablir l’ordre sur un territoire de la République tout en engagent le dialogue avec les parties réfractaires, le président Emmanuel Macron, par sa présence, entend confirmer l’appartenance de l’île à la France et balaye les nouvelles aspirations indépendantistes, non pas tant à l’endroit de la population néo-calédonienne que des puissances régionales à commencer par la Chine. Car après la visite d’État plus ou moins couronnée de succès de Xi JingPing en France, il appartenait au Président Macron de reprendre la main sur les affaires diplomatiques et économiques face à l’Empire du Milieu, gourmand et sans pitié. Et désormais la question qui se pose est, l’opération sera-t-elle un succès ?

Kiev ou Rafah ?

Si la Russie de Vladimir Poutine semble tirer de nombreux avantages du confit entre le Hamas et Israël, celui-ci est aussi aidé par la sensibilité historique du Moyen-Orient aux soubresauts des acteurs qui le composent. Essai d’explication.

D’un point de vue politique, militaire et tactique, il faut reconnaître que l’ouverture d’un front au nord de Karkhiv par les forces russes, sans relever du génie, est finement bien joué, et ce pour plusieurs raisons. La première est que dans l’attente des armes et des crédits l’un et l’autre alloué par les Etats-Unis, l’Ukraine se retrouve dans une situation des plus inconfortable : Manque d’hommes et de munitions, territoire chaque jour amputé plus encore que la veille,…autant d’éléments qui travaillent à la réussite de l’opération lancée par Vladimir Poutine voilà plus de deux ans. La seconde est que, obnubilée par le conflit entre le Hamas et Israël, l’attention mondiale s’est focalisée depuis le 7 octobre dernier sur le Proche-Orient faisant de Moscou le vainqueur objectif de la confrontation entre le mouvement terroriste et l’État hébreu. Il n’en fallait pas tant à Vladimir Poutine pour lui permettre de poursuivre sa campagne contre Kiev. La situation actuelle se veut ainsi assez explicite, pour ne pas dire évidente, sur le poids du conflit russo-ukrainien dans l’opinion publique internationale.

Hiérarchie du désespoir

Longtemps au rang des préoccupations diplomatiques mondiales, le conflit en Europe de l’Est s’est soudainement vu supplanter par celui qui agite depuis plus d’un demi-siècle désormais le Moyen-Orient. D’aucuns y verraient une forme de cynisme (la diplomatie en est cependant remplie) quand d’autres crieraient au scandale arguant du fait qu’un conflit, quel qu’il soit, n’est pas plus important qu’un autre, qu’il n’existe pas de hiérarchie dans la détresse et le désespoir suscité par l’un ou l’autre. Cette dernière thèse s’avère d’un point de vue moral et humain des plus justes, mais force est de constater que certaines régions du monde sont plus sensibles que d’autres, de par leur histoire mais aussi de par les acteurs qui s’y expriment. Le trio infernal composé de l’Iran, d’Israël et des Etats-Unis suffit à lui seul à focaliser toutes les attentions car tous, excepté les Etats-Unis, savent se révéler éruptifs et impulsifs au point d’enflammer définitivement et cruellement la région. La proximité, qui plus est, des aires pétrolifères (Golfe Persique, Arabie Saoudite, Qatar, Koweit, Irak) renforce ce sentiment de crainte. Est-ce à dire que l’Ukraine et ses libertés sacrifiées pèsent moins dans la balance diplomatique ? Il appartient à chacun de répondre à cette question mais il n’est pas interdit de penser que parce que dénuée de toutes matières premières énergétiques vitales, l’Ukraine avait, bien avant le 7 octobre dernier, commencé à perdre tout intérêt au yeux des chancelleries occidentales, certaines optant tacitement pour un enlisement et l’aboutissement à un statu quo général du conflit, d’autres pour une aide mesurée à accorder, aide suffisamment substantielle pour conférer à Kiev le sentiment de ne pas l’abandonner sans pour autant trop s’engager et ainsi éviter les conséquences qui pouvaient en découler. Dilemme diplomatique s’il en est…Mais pour l’heure, une réalité s’impose : l’ouverture d’un nouveau front en Ukraine par la Russie et la menace d’une opération militaire d’ampleur à Rafah (Bande de Gaza) tiennent en haleine les différentes chancelleries. A savoir, qui de l’ouverture du nouveau front ou de la menace israélienne sur Rafah sera la plus scrutée ?

Pari risqué à Tel Aviv

Convaincu de la nécessité de poursuivre les hostilités contre le Hamas dans la Bande de Gaza, et ce en dépit d’un espoir de trêve, Benyamin Netanyahou donne aujourd’hui le sentiment de mener plus une guerre personnelle dont dépend sa survie politique qu’une offensive à visée purement défensive.

S’il y avait dans l’entêtement de Benyamin Netanyahou ne serait-ce qu’une once de pertinence tactique et militaire, l’offensive terrestre que s’apprête à lancer le Premier ministre israélien pourrait, à la rigueur, être comprise sans pour autant recueillir tous les suffrages lui donnant quitus. Alors quelles raisons Benyamin Netanyahou  poussent à entreprendre cette action militaire, seul contre tous, les Etats-Unis, pourtant soutien inconditionnel de l’État hébreu, ayant émis les plus grandes réserves quant à la nature, l’objet et la rationalité de cette offensive ? La première des raisons, et certainement la principale, est que Benyamin Netanyahou  joue son avenir politique via cette guerre devenue une affaire personnelle.

Rancoeur croissante

Conscient que les renseignements intérieurs israéliens ont fauté en étant incapables de déceler les signes de l’attaque du Hamas le 7 octobre dernier, cerné par des affaires de corruption, talonné par les ultra-orthodoxes assurant en partie sa majorité à la Knesset et fervent partisans de la colonisation, Benyamin Netanyahou  n’a d’autres choix que de gagner cette guerre qui ressemble plus aujourd’hui à une vendetta, voire à un affrontement personnel, qu’à un conflit sensé assurer la sécurité d’Israël. Cette antienne, répétée à l’envi depuis la création de l’État hébreu en 1948, prend toutefois désormais une connotation qui s’éloigne du fil rouge initial qui était d’assurer au peuple israélien, et c’est son droit, une vie paisible et pacifique. Car outre les bombardements actuels sur la bande de Gaza et le contrôle de Rafah en particulier, cette guerre contre le Hamas, désormais prêt à une trêve à laquelle s’oppose Israël en raison de la détention des otages israéliens par le mouvement terroriste, nourrit parallèlement une rancoeur croissante contre l’État hébreu qui se traduit à l’échelle internationale par la multiplication des actions de contestation notamment dans les universités nord-américaines sensibles à la cause palestinienne. Dans le même temps, et sans tomber dans un raccourci facile, l’action militaire menée par Israël en territoire gazaoui travaille aussi à la détestation d’Israël au sein de la population actuelle mais aussi de la jeunesse gazaouie. Mais ce conflit, loin d’être terminé, est aussi l’aveu d’impuissance d’Israël face à un mouvement terroriste capable depuis des années désormais de se renouveler de quelques manières que ce soit en dépit du harcèlement d’Israël à son endroit. La solution militaire, brutale et aveugle, employée par Benyamin Netanyahou risque dans les années à venir, peut-être avant, se révéler une arme à double tranchant suscitant ressentiment et tensions dans le camp palestinien mais aussi incompréhension au sein de la population israélienne consciente que tout déferlement de violence inutile est susceptible d’engendrer des conséquences identiques sur le sol de l’État hébreu. Entre sécurité d’Israël et guerre personnelle, Benyamin Netanyahou  a fait de la première le prétexte de la seconde ouvrant la porte à un pari risqué pour lui mais aussi pour l’État hébreu.

Si les étudiants s’en mêlent…

La mobilisation d’une partie des étudiants de la Sorbonne après ceux de Sciences Politiques Paris reste attentivement scrutée par le Gouvernement qui redoute un embrasement de la situation et une réaction en chaîne tant sociale que communautaire.

Déjà fracturé au regard de multiples raisons, voilà que plusieurs hauts lieux de l’enseignement de l’Hexagone, à commencer par les plus célèbres d’entre elles, la Sorbonne et Sciences Politiques Paris, se déchirent entre étudiants pro-palestiniens et pro-israéliens. Le mouvement, parti des Etats-Unis, avec pour objectif de soutenir les populations palestiniennes Gazouis actuellement sous le feu de l’armée de l’Etat hébreu, pourrait cependant faire tâche d’huile dans un pays particulièrement sensible à la question. Le Gouvernement qui suit de près l’évolution de la situation, et pour cause, tout embrasement de la contestation d’un côté ou de l’autre, aurait certainement pour conséquence de déraper sur d’autres thématiques tout aussi politiques. Et à quelques semaines des élections européennes, Gouvernement et exécutif ne souhaitent pas, à tout le moins, voir le monde estudiantin s’embraser, lui qui s’est toujours révélé hautement inflammable et surtout annonciateur, dans ses causes défendues, d’agitations futures concernant des sphères d’activité diverses et variées.

Importation du conflit

Or, même si cette contestation est clairement ciblée et ne donne pas le sentiment de devoir déborder au-delà des cercles étudiants, le risque reste cependant présent puisque le Premier Ministre Gabriel Attal, s’est dit attentif à la question. Dans un second temps, passée l’opposition entre étudiants pro-palestiniens et pro-israéliens, ces derniers se révélant par ailleurs peu visibles et peu actifs ceci dit, le Gouvernement veut aussi éviter, outre un mouvement social qu’il aurait peine à juguler, une forme de dérapage global ou localisé teinté d’antisémitisme alors que la France a contribué a contrecarrer la riposte iranienne contre l’Etat hébreu récemment. Une importation du conflit sur le territoire serait pour le Gouvernement certainement la pire des conséquences du conflit ouvert le 7 octobre dernier. D’où tout l’intérêt que porte le Quai d’Orsay à la possible trêve à venir entre Hamas et Israël. Bien que désormais très ancien puisque remontant au moins à 1948 avec la création de l’État d’Israël par David Ben Gourion, le conflit israélo-palestien actuel aurait presque tendance à escamoter le conflit russo-ukrainien pourtant stratégiquement tout aussi lourd de conséquences. Et les yeux de la planète de se tourner vers les Etats-Unis avec l’espoir que ceux-ci canalisent les ardeurs d’Israël.

Bureau ovale

Mais déjà embarqué via la récente enveloppe de 95 milliards de dollars attribuée entre autres à Kiev par le Sénat des Etats-Unis, (L’enveloppe comprend également des fonds pour Israël, Taïwan et un ultimatum à TikTok), Washington entend désormais pouvoir se consacrer aux élections de novembre 2024 qui doivent désigner le nouvel occupant du bureau ovale. Loin de se désintéresser de la situation en Proche-Orient ou en Ukraine, l’Oncle Sam joue pour l’heure sur une forme de temporisation, plaidant tacitement pour une pause dans son intervention globale. Mais sur le terrain, que ce soit à Gaza ou Kharkiv, point de trêve ou de considérations pacifiques, pour l’heure en tous cas. Et c’est bien d’ailleurs ce que redoute le gouvernement français, et avec lui d’autres Etats européens, qui craignent, une lente contamination par les conflits en cours, notamment celui du Proche-Orient des sociétés du Vieux continent.

L’arme emploi

Les mesures annoncées par le Gouvernement afin de réduire la durée d’indemnisation et le montant des allocations attribuées aux demandeurs d’emploi dans un objectif de relance du marché de l’emploi cachent mal la volonté de réduire le déficit public et la stigmatisation à peine voilée des demandeurs d’emploi.

La réforme de l’assurance-chômage, présentée le 27 mars dernier par le Premier Ministre Gabriel Attal et selon les dires de ce dernier, a pour vocation de provoquer un retour rapide à l’emploi. La méthode, simple, est déjà engagée depuis 2017 : réduire le montant et la durée d’indemnisation des demandeurs d’emploi. La mesure n’est pas nouvelle dans un pays qui n’a jamais su depuis les années soixante-dix dompter le chômage de masse, plaie impossible à guérir dans la septième puissance économique mondiale (Données Statista 2022).

Un chômeur, un emploi

Si pour de nombreux économistes l’idée de réduire indemnisation et durée associée peut potentiellement avoir des effets (rappelons toutefois que depuis deux trimestres consécutifs le taux de chômage a encore augmenté pour se fixer au quatrième trimestre 2023 à 7,5 %), la mesure en question s’inscrit surtout dans la volonté du Gouvernement de poursuivre la réduction du déficit public fixé par le Ministère des Finances, réduction établie cette année à dix milliards d’euros. Concrètement, les mesures proposées par le Gouvernement, qui entreront en vigueur au 1er juillet prochain, devraient selon les premières estimations de Bercy, générer entre deux et trois milliards d’euros d’économie. D’un point de vue comptable, le Gouvernement peut se frotter les mains en considérant que ces économies et les mesures qui les génèrent poussent encore un peu plus le pays vers le plein emploi fixé à 5 % de la population active. Objectif ambitieux certes. Sauf qu’avec trois millions de demandeurs d’emploi indemnisés, qui pour leur immense majorité n’a en rien demandé à subir cette situation, et des entreprises, qui pour certaines peinent lourdement à recruter, il n’est pas écrit que l’on pourra mettre un chômeur devant chaque emploi vacant.

Précarisés et stigmatisés

Ainsi, indépendamment de la mesure purement financière que recèle cette réforme, se cache aussi en filigrane l’idée que les demandeurs d’emploi se complaisent dans l’inactivité temporaire qui est la leur, donnant de ces derniers l’image de parasites de la société vivant de la générosité de l’Etat-Providence. Là encore, c’est mal connaître la réalité socio-économique du pays et surtout de ceux qui sont soumis à l’allocation-chômage. Déjà précarisés en raison de leur situation, les demandeurs d’emploi se retrouvent ainsi stigmatisés et potentiellement contraints d’accepter un emploi qui ne le convient pas. Avec quel résultat : démission de l’emploi concerné, mal-être,…Et retour à France Travail. Une évidence s’impose : appeler à une baisse du nombre de demandeurs d’emploi est louable ; culpabiliser ces derniers n’est en rien une solution. Preuve en est, une fois encore, que l’arme de l’emploi s’utilise souvent à dessein dans une logique populiste, gratuite et facile.

Tensions sans fin au Proche-Orient

Si désescalade est le maître-mot qui préside à la crise que traverse le Proche-Orient, il apparaît aussi que les Etats-Unis se sont lancés dans un exercice d’équilibriste risqué sans option de résolution rapide des tensions. Pourtant, ces dernières existent.

En déclarant ne pas souhaiter d’escalade avec la République islamique d’Iran tout en continuant à soutenir l’État d’Israël, les Etats-Unis s’engage dans une diplomatie que d’aucuns qualifieraient de schizophrénique, voire de tautologique, tant les deux notions semblent tout à la fois opposées et impossibles à concilier. Pourtant, le pari lancé par l’administration Biden, largement influencé par les élections de Novembre prochain qui imposent une certaine fermeté à l’endroit de l’Iran ainsi qu’une forme de compréhension tacite à l’endroit d’Israël, se veut extrêmement risqué. Pourquoi ? Tout d’abord parce que l’Iran, bien qu’isolé sur la scène internationale et rongé de l’intérieur par une grogne sociale anti-mollahs, est malgré tout parvenu à agresser Israël enlisé dans son conflit contre la Hamas, lui-même soutenu, tout comme le Hezbollah, par l’Iran.

Menace iranienne

Négocier avec Téhéran, option qui s’avère pourtant des plus compromises à ce ce jour, renvoie à jeu d’équilibriste qui tranche avec la diplomatie généralement pratiquée par les Etats-Unis.Non que Washington ne sache faire preuve de finesse en la matière mais la sensibilité orientale s’accommode globalement assez mal avec le pragmatisme anglo-saxon d’outre-atlantique. Pour autant, si Israël et les Etats-Unis veulent espérer un arrêt, même temporaire, de la menace iranienne, il faudra nécessairement concéder des compromis que seule une négociation pesée et mesurée permettra. Or, si les Etats-Unis étaient à la barre, cette option pourrait prendre forme et se dessiner comme ce fut le cas lors du mandat de Barack Obama sur la question du nucléaire iranien conclu par l’accord de Vienne en 2015. Mais Washington doit aussi composer avec Israël, en première ligne d’un point de vue géographique et politique, et dont le poids diplomatique n’est plus à démontrer. En qualité de premier soutien de l’État hébreu, les Etats-Unis se retrouvent presque piégés tant leur implication dans l’alliance avec Israël est avancée. Reste donc à trouver une voie diplomatique apte à satisfaire l’Iran mais aussi ses satellites que sont le Hamas et le Hezbollah, autant de cailloux dans la chaussure de l’État hébreu loin de s’être débarrassé des deux mouvements armés.

Likoud ou Travailliste

Et la négociation de s’avérer encore plus difficile au regard des exigences d’Israël et de l’Iran, exigences diamétralement opposées. Pour autant, une solution existe, improbable certes à ce jour mais pas impossible. Le départ de Benyamin Netanyahou du Cabinet israélien et la chute des mollahs en Iran ouvrirait de nouvelles possibilités de négociation. Concernant la première hypothèse, il conviendra d’attendre les prochaines élections générales pour voir qui du Likoud ou des Travaillistes l’emportera même si le Parti travailliste israélien aujourd’hui soutien l’offensive contre la Hamas et fait bloc derrière le gouvernement au regard de la position à adopter face à l’Iran. Concernant l’Iran, la réponse ne viendra que de l’intérieur via le mouvement de révolte initié il y a plus de 12 mois désormais et qui pourrait potentiellement renverser le régime islamique. Mais sa faiblesse actuelle, de par la répression menée, compromet, pour ne pas dire interdit, tout espoir de changement rapide.

Du gaspi à la Sécu !

L’Assurance-Maladie soucieuse de réduire la fraude aux arrêts de travail lance une campagne de lutte contre les salariés indélicats amenés à profiter des failles du système. Si ces dernières restent entières pourquoi alors ne pas tenter de les résorber avant de culpabiliser des salariés occupés à conserver leur emploi.

Populaire dans les années soixante-dix, décennie marquée par le premier choc pétrolier de 1973 – 1974, l’expression chasse au gaspi a retrouvé une énième jeunesse au regard de la volonté de l’Assurance-Maladie de lutter contre les fraudes aux arrêts de travail. Rappelons incidemment que l’expression a maintes fois résonné, et résonnera encore, dans les ministères tout comme dans les ménages depuis plus de cinquante ans. Mais, cette fois-ci, ce sont donc les arrêts de travail qui sont dans le viseur du Ministère des Finances et de la Sécurité Sociale. L’objectif est simple : réduire au maximum le coût des arrêts en question pour travailler à la réduction du déficit public. Fixée à dix milliards d’euros cette année par le ministre des Finances, Bruno Lemaire, le choix est donc fait de tomber à bras raccourci sur les salariés tentés de solliciter un arrêt si d’aventure ils présentaient des troubles susceptibles d’en provoquer un. L’idée, simple et déjà à l’étude est d’augmenter les jours de carences, passant ces derniers de trois à sept, d’aucuns appelant ça de la dissuasion sanitaire.

Travail devenu précieux

Pour autant, indépendamment des idées avancées, celle-ci ou une autre, il apparaît clairement que l’État et le Gouvernement ont ouvert une chasse aux salariés désignés comme coupables d’être, de temps à autres, malades. Ce que semble toutefois oublier la Sécurité Sociale, noble et vénérable institution dont toutes les branches ne sont pas déficitaires, c’est que, globalement, personne ne souhaite être malade ou en arrêt pour la simple et bonne raison que le travail, devenu précieux et essentiel, pour l’immense majorité des salariés, se présente encore comme une priorité. Précisément, il serait peut-être intéressant de renverser la table et de s’interroger sur le nombre de personnes qui se rendent sur leur lieu de travail tous les jours en étant souffrants (hors maladies longues ou incurables), préférant s’affranchir de tout arrêt car ces derniers ont un coût et un effet immédiat sur le salaire mensuel. Certes, d’aucuns argueront qu’il existe des professionnels de l’arrêt maladie tout comme il existe pléthore de praticiens qui distribuent les arrêts de complaisance.

Etat-Providence

Mais si réfléchir aux moyens d’effectuer des économies substantielles est louable, traquer les salariés relèvent d’un combat facile qui devrait peut-être être remplacé par une réflexion plus profonde sur la nature et les objectifs de l’État-Providence sans que celui-ci défasse de ces avantages ceux qui l’alimentent par leur travail actuel ou passé. Prenant comme postulat de départ que les soins médicaux sont remboursés par la Sécurité Sociale, notre système entérine de fait la possibilité d’une fraude. Donc à lutter contre quelque chose, il convient de lutter contre les failles du système et non pas engager un combat disproportionné contre des salariés plus préoccupés à conserver leur emploi qu’à se vautrer dans le luxe, des plus relatifs et des plus discutables, de l’arrêt de travail et de ses conséquences financières.

Un duel et des raisons

A quelques semaines des élections européennes, c’est un duel entre le parti présidentiel Renaissance et le Rassemblement National qui se profile. Occasion de revenir sur les raisons qui ont permis l’ascension des deux formations politiques au détriment du Parti socialiste et des Républicains en premier lieu.

Si certains en doutaient, cela devient désormais une évidence, presque un drame démocratique, mais il apparaît que les prochaines élections européennes, en France pour le moins, vont tourner au duel Renaissance, le parti présidentiel, contre Rassemble National, le parti d’extrême droite, d’ailleurs officiellement qualifié ainsi par le Conseil d’État. Au-delà de l’affrontement qui semble inéluctable, sauf à voir se concrétiser dans les jours à venir un renversement de situation qui verrait droite et gauche reprendre vie (entendez par là Parti socialiste et Les Républicains), il n’est pas inopportun de s’intéresser aux raisons qui ont poussé droite et gauche à être siphonnées, la première par le Rassemblement National, la seconde par La France Insoumise et le parti présidentiel. En ce qui concerne Les Républicains, il est possible d’identifier au moins deux raisons.

Héritier du gaullisme

La première est liée à la volonté affichée du parti d’extrême droite de justement quitter et se défaire de cette dénomination en se présentant tel un parti de droite dure, partisan de l’ordre et de la rigueur, allant même parfois à se présenter comme l’héritier d’un gaullisme oublié où la France voulait briller par sa grandeur et son aura. Cette opération de séduction, plutôt grossière, a cependant assez bien fonctionné auprès d’un électorat de droite déçu par un parti originel jugé trop proche du macronisme, lui-même plus adepte d’une politique de centre-droit que réellement libérale et droitière. La seconde raison, plus historique celle-ci, d’ailleurs rappelée en 1997 par Lionel Jospin, alors Premier secrétaire du Parti socialiste et pas encore Premier ministre, est la porosité idéologique naturelle existante entre droite républicaine et extrême droite. Car si la droite républicaine a toujours honni les thèses xénophobes avancées par le Front National d’alors et le Rassemblement National d’aujourd’hui, il persiste malgré tout un fond réactionnaire qui en période d’incertitude sociétale croît et attire à lui des électeurs en mal d’autorité.

Social-démocratie

Concernant la gauche, longtemps omnipotent et après avoir vidé le Parti Communiste de ses militants et de ses idées les plus progressistes (car il y en avait), le Parti Socialiste, s’est vu damer le pion par LFI et par Emmanuel Macron en 2017, se présentant comme le fils naturel de la social-démocratie dont la gauche classique n’a jamais su négocier le tournant, y compris quand Michel Rocard, Premier Ministre de 1988 à 1991, en posa les bases, ensuite reniées par ses pairs et le PS dans son ensemble. LFI, plus brutalement mais efficacement, s’est donc imposée comme une forme de nouvelle gauche populaire quand le PS s’est liquéfié, voire délité, au sein de la macronie qui ne l’a même pas remerciée. In fine, la bi-polarisation de la vie politique hexagonale, réduite aujourd’hui à un duel de partis de droite, met aussi en évidence la crise et l’indigence démocratiques qui étrangle le pays tout en révélant la faiblesse idéologique des formations politiques historiques tout comme leur médiocrité métabolique.

Faim de pouvoir et fin de règne

Triomphalement réélu à la tête de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine semble autant intouchable qu’inoxydable. Pourtant, une analyse plus avancée de la réalité tendrait à évoquer une atmosphère de fin de règne, du moins les prémices d’années difficiles à venir.

Il y a dans la victoire tronquée, presque vulgaire tant la manipulation s’est révélée grossière, de Vladimir Poutine lors de l’élection présidentielle du 17 mars qui l’a reconduit pour six ans à la tête de la Russie, une ambiance de fin de règne qui ne veut pas dire son nom. Pourtant, au regard de la situation actuelle, triomphalement réélu et chef de guerre incontesté, Vladimir Poutine semble intouchable et inoxydable puisque au pouvoir depuis le 31 janvier 1999. Alors pourquoi évoquer cette notion d’atmosphère de fin de règne ? Plusieurs raisons pourraient le justifier. Tout d’abord, si Vladimir Poutine était si sûr de son pouvoir et de son influence, il n’aurait pas pris temps de soin à martyriser Alexei Navalny dont le nom hantera longtemps l’Histoire russe et celle du président russe.

Ligne de crête

Vladimir Poutine a eu beau évoquer dans son discours post-électoral, un « évènement triste », il n’en reste pas moins que la mort de Navalny dans une colonie pénitentiaire de l’Arctique ressemble plus à l’élimination d’un opposant actif et dangereux plus qu’à un accident classique. D’opposition aussi il est question dans cette fin de règne, car, bien que muselée sur le sol russe, celle-ci n’en reste pas moins active à l’extérieur, travaillant à dénoncer les excès commis par un pouvoir russe enlisé dans des difficultés économiques lourdes et la guerre en Ukraine. Car là encore, la ligne budgétaire russe révèle plus d’une ligne de crête que d’un boulevard serein. En se prononçant pour des baisses d’impôts et autres amortisseurs sociaux, Vladimir Poutine s’expose et impose à son administration et sa gouvernance d’être au rendez-vous des promesses dans un contexte économique épineux : les sanctions de l’Occident infligées à la Russie en raison de la guerre en Ukraine portent leurs fruits, altérant les résultats de l’économie russe, même si ces derniers sont invisibles ou mal appréhendés de l’extérieur.

Failles et tradition

Dernier point, Vladimir Poutine pourra-t-il encore demander aux Russes efforts et sacrifices alors que s’éternise une guerre en Ukraine qui devait être courte et rapide ? Le score d’essence soviétique via lequel Vladimir Poutine a été réélu cache tout un ensemble de failles qui, une à une, fissurent la présidence de Poutine tout comme les scores fleuves visant à réélire les anciens premiers secrétaires du Parti Communiste cachaient le naufrage de l’Union soviétique. Et que penser alors de la demande du chef du Kremlin d’une trêve des combats pendant les Jeux Olympiques. Si Vladimir Poutine doit très certainement connaître la tradition grecque antique qui voulait que les cités hellènes interrompent leurs affrontements durant les Jeux, il serait intéressant de connaître les motivations qui le poussent à formuler cette demande. In fine, et en dépit d’une toute puissance qui ne semble pas connaître de limites, il apparaît aussi combien Vladimir Poutine semble seul dans un avenir qui ne plaide pas nécessairement en faveur de la Russie ou, en tous les cas, de son bonheur immédiat.