Le ministre, les panneaux et la bonne conscience

Nommer un nouveau ministre de l’Environnement ne remplacera pas la nécessité de repenser nos modes de production afin d’aborder la question écologique non comme une variable d’ajustement mais comme une constante.

D’aucuns crieraient à la cruauté du propos ou du point de vue mais en l’état la lucidité s’impose : celui ou celle qui sera nommé Ministre de l’Environnement n’aura guère plus d’influence que n’en avait Nicolas Hulot, manque d’influence qui a fini par justifier son départ du gouvernement d’Edouard Philippe. Car c’est un fait : Le poste de Ministre de l’Environnement est des plus fragiles non pas en raison de son exposition mais du fait que ceux qui en héritent, par devoir ou par conviction, s’aperçoivent rapidement que leur marge de manœuvre est extrêmement limitée. La raison en est très simple : La transition écologique voulue par Nicolas Hulot, à peine espérée par ses prédécesseurs, n’est pas engagée et est loin de l’être. Rien à ce jour ne prouve ou ne démontre que nous avons, à l’échelle mondiale ou ailleurs, engagé un quelconque changement de nos habitudes et de nos modes de fonctionnement. Certains argueront, à raison d’ailleurs que les Accords de Paris, que les Etats-Unis ont quitté via la décision de Donald Trump, sont un pas de géant. Certes. C’est indéniable mais largement insuffisant pour révéler un vrai changement de cap.

Ecologiquement compatible

A ce jour, nous pouvons tous constater que la question écologique et environnementale n’est pas une priorité, que celle-ci ne se pose qu’au terme des processus économiques, financiers ou industriels engagés. Or pour observer un vrai début de changement, il ne faut pas que la question environnementale soit perçue comme une contrainte et donc traitée en fin de raisonnement, mais perçue comme le cadre global de la réflexion à mener. En clair renverser la table et engager un projet non pas en se demandant comment protéger l’environnement mais, au contraire, se demander si le projet à engager est écologiquement compatible avec les données environnementales. La question environnementale ne peut plus être une variable d’ajustement mais devenir une impérative constante. Est-ce le cas aujourd’hui ? Il appartiendra à chacun de répondre à cette question mais la réponse sera probablement la même partout. Est-ce à dire in fine que modernité et économie de marché sont incompatibles avec protection de l’environnement et écologie ? La question mérite que l’on s’y intéresse et ne manque pas de révéler aussi les contradictions du sujet. Prenons l’exemple des panneaux solaires que chacun d’entre nous peut installer sur son toit afin de produire sa propre énergie électrique et s’affranchir de celle produite par les centrales nucléaires et réduire les déchets qui y sont liés. De prime abord, l’idée est séduisante et écologiquement responsable. Mais quels matériaux constituent les panneaux ? Où ont-ils été fabriqués ? Comment ont-ils été transportés de l’usine de fabrication à votre domicile,….

Bonne conscience

Autant de questions qui battent en brèche l’idée d’une installation finalement écologique. Tout au plus conforte-t-elle un sentiment personnel qui renvoie à la bonne conscience que permet de se donner ce genre de décisions sans compter les avantages (prétendus…) économiques induits.  Ainsi, une transition écologique pertinente ne commence pas par des panneaux solaires sur tous les toits mais par une refonte totale et mondiale de nos modes de production et de consommation, de nos modes de pensées et de réflexion basés actuellement sur un progrès utilisant l’environnement comme support et non comme un cadre devant dicter ses impératifs. C’est là que commencera la transition écologique et non en nommant en France ou ailleurs un ministre lié à des contraintes ou des lobbies soucieux de leurs intérêts. Mais ils ne sont pas les seuls car y sommes nous prêts vraiment ?

3 réflexions sur “Le ministre, les panneaux et la bonne conscience

  1. Non, nous ne sommes pas prêts. Le changement de nos habitudes consuméristes n’est pas pour demain. Une trop faible parcelle de la population est prête, ou capable, de modifier drastiquement son comportement … et aucun gouvernement n’affrontera le système dominant actuel pour la bonne et évidente raison qu’il representera démocratiquement et dans le meilleur des cas, la majorité de la population, celle justement qui ne veut rien changer.
    Heureusement qu’il reste à la « minorité irréductible », la possibilité de se structurer à partir d’unités de base d’économie solidaire et durable, urbaines et rurales, et de compter l’effet « domino » pour s’élargir et se fortifier au point de pouvoir imposer de nouveaux paradigmes, qui ne se produira que si l’exemple donné est convaincant. De toute façon ce sera du long terme. Peut-être trop long pour le stade avancé de dégradation. Autre solution ?

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  2. Commentaire version 2
    Non, nous ne sommes pas prêts. Le changement de nos habitudes consuméristes n’est pas pour demain. Une trop faible parcelle de la population est prête, ou capable, de modifier drastiquement son comportement … et aucun gouvernement n’affrontera le système dominant actuel pour la bonne et évidente raison qu’il representera démocratiquement et dans le meilleur des cas, la majorité de la population, celle justement qui ne veut rien changer.
    Est-ce que ça signifie que l’organisation d’un groupe, nomalement destinée à assurer sa protection, sa pérennité et son bien-être, organisation que nous appelons aujourd’hui “´démocratie”, garde sa légitimité si elle se révèle incapable de satisfaire à son objet ?…

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    1. Bonjour Robert,
      En préambule, merci de prendre le temps de lire mes articles et de les amender par des commentaires pertinents.
      Je partage aussi votre analyse dans la mesure où le refus d’engager un impératif changement de nos modes de consommations traduit aussi quelque part une crise de la démocratie (qui est un système finalement très surfait) mais traduit aussi une forme de lâcheté majoritaire de nombre de peuples, notamment occidentaux, préférant se vautrer dans le confort facile de la modernité destructrice plutôt que d’affronter une réalité qui balaie de fait des certitudes et des habitudes devenues suicidaires.
      A bientôt pour d’autres échanges,
      Merci encore de votre lecture active.
      Olivier Longhi

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