Le Front National débordé par Robert Ménard ?

Robert MénardSi les intentions et les déclarations de Robert Ménard, maire de Béziers, embarrassent le parti de Marine Le Pen, le risque de voir se fédérer en parallèle la nébuleuse identitaire de droite représente un danger encore plus grand pour la République et la démocratie.

Du rififi à l’extrême droite ! L’affaire n’est pas nouvelle. Entre les velléités de Marion Maréchal-Le Pen affichant clairement ses différences avec sa tante Marine Le Pen, elle-même en disgrâce auprès du père fondateur Jean-Marie Le Pen, voilà que Robert Ménard, actuel maire de Béziers, rue dans les brancards en affirmant n’être « l’agent électoral de personne ». En clair, comprenez que l’homme entend mener sa ligne comme bon lui semble. Chose qui dans le parti présidé par Marine Le Pen est totalement inaudible y compris pour la nièce pourtant en délicatesse avec la tante. (Compliqué tout ça !) Mais au-delà de l’affaire de famille, que d’aucuns jugeraient pathétique ou lamentable, c’est surtout la question de la puissance et de l’étendue de la nébuleuse identitaire d’extrême droite qui pointe ici son nez. Car si le Front National est un parti qui reste et restera nationaliste, autoritaire et xénophobe, valeurs incompatibles en tous points avec celles de la République, il apparaît aussi que ce parti abrite en son sein des hommes et des femmes qui souhaitent aller encore plus loin dans la surenchère extrémiste.

Concurrence

Et il semble que le mouvement de Robert Ménard, Oz ta droite soit dans cette logique du mieux disant, le maire de Béziers (en dépit de ses tentatives d’explications) cherchant à rallier à lui toutes celles et ceux qui, à droite ou à gauche, seraient déçus de leur parti d’origine. Le problème pour Robert Ménard est que le Front National de Marine Le Pen exploite le même créneau et que le Parti en question ne semble pas disposé à s’accommoder d’une concurrence, fût-elle issue de l’un de ses plus véhéments soutiens. Or cette droite identitaire, souvent mal appréhendée, mais pourtant active, notamment sur les réseaux sociaux et internet, pourrait trouver en Robert Ménard un porte-voix de choix, inquiétant en terme électoral pour le Front national et plus grave, pour la République en général. Le Front National, qui a jusqu’à présent canalisé tout ce que le corps électoral avait de déçus, serait ainsi débordé par sa droite (doux euphémisme !) pour se laisser concurrencer par des groupuscules longtemps épars mais prêts à se fédérer, du moins à étudier l’idée, sous la bannière de Robert Ménard. Cette scission qui s’annonce, car elle finira par s’achever ainsi, à l’approche des échéances électorales pourrait coûter très cher au parti de Marine Le Pen dont la main mise et l’aura sur ces groupes marginaux restent limitées, voire nulles. Avantage Ménard donc ? Là encore rien n’est moins sûr car l’homme au verbe haut, ne reculant devant aucune provocation ou invective, risque aussi de lasser et de finir seul, décrédilisé auprès de ceux qu’il veut séduire au motif de bravades répétées et sans lendemain. L’avenir confirmera ou infirmera l’hypothèse mais la réalité d’une droite identitaire, ennemie déclarée des principes républicains n’est plus à nier, elle ne l’a d’ailleurs jamais été.

Probabilité faible mais…

Mais pour beaucoup d’analystes la croissance du Front National supposait une absorption complète, sinon quasi-totale, de ces fractions dures et violentes, dès lors globalement canalisées. Deux problèmes se posent alors au parti de Marine Le Pen : éviter un débordement par sa droite par ce qui pourrait devenir un bloc incontrôlable et dangereux électoralement et mettant à jour de cruelles contradictions ; laisser Robert Ménard s’enfoncer dans cette mouvance qui se cherche un chef de file. Pourtant, beaucoup à droite ou à gauche de l’échiquier de réjouissent des turpitudes qui agitent l’extrême droite française. Le tri-partisme qui semble être désormais le mode de fonctionnement politique de notre démocratie pourrait donc être altérée par cette montée d’une droite identitaire capable de déstabiliser un Front national en route vers 2017. Mais le pari est risqué, car si la probabilité de voir accéder de tels groupes (par exemple fédérés sous la férule de Robert Ménard) au sommet de l’Etat est quasi nulle, il ne faut pas négliger, loin s’en faut, (la faute ayant déjà été commise avec le Front national il y a de cela plusieurs années) la capacité de phagocytage de ces mêmes groupuscules au sein de l’opinion. Ainsi, voir le Front National concurrencé sur sa droite n’est en rien une bonne nouvelle. Elle serait même inquiétante et dramatique pour la République et la démocratie dans la mesure où les principes communs ne semble ni compris, ni appréhendés, ni intégrés, ni défendus par certaines franges de la population française et au-delà.

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