La diplomatie du risque

Les déclarations de Donald Trump concernant le Canada, le Groënland et la Bande de Gaza inquiètent autant qu’elles amusent. Mais toutes s’inscrivent dans la volonté d’un homme convaincu que les conséquences potentielles de ses décisions poussent ses alliés, et autres, à respecter et à se méfier des Etats-Unis.

Entre faire du Canada le cinquante-et-unième Etat des Etats-Unis, acheter le Groënland au Danemark et transformer la Bande de Gaza en espace de villégiature pour nord-américains fortunés en mal d’orientalisme à bas-coût, le président Donald Trump ne rechigne pas à la surenchère. Action de communication ou réelle volonté de mettre en œuvre les projets cités ci-dessus, quoi qu’il en soit, Donald Trump bouscule les règles diplomatiques du multilatéralisme qui prévaut depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la création de l’Organisation des Nations Unies. Concernant l’annexion du Canada, il est clair que d’aucuns n’y croient. Certes Donald Trump donnerait corps, si il s’exécutait, à une ancienne idée qui avait eu cours au XIXème siècle aux Etats-Unis, et qui était justement celle d’annexer le Canada.

Valeur stratégique

Sérieusement, personne, même les Canadiens les plus portés sur les Etats-Unis, n’y songent au regard de toutes les implications qui s’y rattachent. Le constat est le même pour le Groënland. L’acheter certes. Mais à quel prix ? Le fait que de nombreux navires chinois et russes transitent dans les eaux de ce territoire sous domination danoise, en raison notamment de la fonte de banquise due au réchauffement climatique (alors que le Président Trump se pose paradoxalement en climato-sceptique officiel,) ne suffira pas à convaincre Copenhague d’abandonner ce bout de terre glacé qui revêt, preuve en est, une valeur stratégique considérable. Pour ce qui est de la Bande de Gaza, que Donald Trump veut préalablement évacuer des Gazaouis en direction d’autres pays arabes, ce qui ressemble tout simplement à une forme de nettoyage ethnique qui ne dit pas son nom, sa potentielle mise sous tutelle nord-américaine n’a que pour seul objectif de rassurer l’allié israélien enlisé dans une guerre contre le Hamas et dont personne, en dépit de la trêve, ne voit d’issue durable et pacifique. La présence de forces ou de populations nord-américaines garantiraient à Israël une sécurité indirecte dans la mesure où le Hamas hésiterait probablement à s’attaquer aux intérêts des Etats-Unis une fois ces-derniers implantés.

L’essentiel est qu’ils le croient !

D’une manière générale, il est peu probable que les partenaires ou non des Etats-Unis acceptent que de tels projets se réalisent mais pour le Président Trump la priorité n’est pas là. Celui-ci fait sienne la réflexion de Ronald Reagan qui dans les années quatre-vingt, alerté par son secrétaire d’État aux Affaires étrangères, George Shultz, fut informé que les Soviétiques s’inquiétaient du fait que les Etats-Unis voulaient leur déclarer la guerre. Ce à quoi, Ronald Reagan avait répondu : « Nous ne leur déclarerons pas la guerre. Mais l’essentiel est qu’ils le croient ! » Dans le même esprit mais beaucoup plus cyniquement, Donald Trump joue ainsi sur la crainte qu’inspirent ses paroles, considérant que celles-ci posent sa stature internationale et que le risque de le voir les appliquer appelle la prudence et l’humilité de ses alliés ou non. Si les trois idées avancées par Donald Trump relève pour tout individu rationnel de l’improbable, son imprévisibilité et son impulsivité, factice ou non, font entrer les dites idées dans le domaine du possible et donc du risque. In fine, pour s’assurer le respect que Donald Trump croit comme dû aux Etats-Unis, celui-ci attise, par une diplomatie bruyante et agressive les braises de la déstabilisation afin d’apparaître tout à la fois comme le fauteur de trouble et celui par lequel le trouble cesse. Vis pacem, para bellum…

DeepSeek, l’inconnue venue de Chine

L’émergence inattendue de DeepSeek, application chinoise d’intelligence artificielle, renforce plus encore la guerre commerciale que se livrent Chine et Etats-Unis dans ce domaine. Avec pour enjeu la domination des outils d’IA à l’échelle mondiale. Essai d’explication.

Un camouflet ! Presque une gifle ! Voilà ce qu’ont reçu de concert Donald Trump, Président des Etats-Unis et la Bourse de Wall Street via l’indice Nasdaq, plus que bousculé par la nouvelle application d’intelligence artificielle chinoise DeepSeek. Figurant, au terme de la journée du 27 janvier dernier, comme la première des applications téléchargées sur l’AppStore, ce faisant infligeant une chute vertigineuse au Nasdaq, DeepSeek a renvoyé, pour un temps et si cela est possible, le Président des Etats-Unis dans le champ de la modestie qui s’est dit « inquiet de la situation». Sans bruit et en toute confidentialité, l’application chinoise a fait trembler les géants du domaine au point que ces derniers s’interrogent désormais, et en catastrophe, sur leur stratégie globale. Car au-delà de la secousse boursière qui n’aura qu’un temps et qui sera rapidement digérée, c’est surtout l’environnement mondial de l’intelligence artificielle qui est renversé.

StarGate et géants

Loin des plans de développement pharaoniques et empreints d’une surpuissance teintée de condescendance imaginés par Donald Trump via son projet StarGate (abondé à hauteur de 500 milliards de dollars), l’application chinoise, ouvre ou confirme, il appartiendra à chacun de choisir sa position, la guerre commerciale que se livrent Chine et Etats-Unis. N’évoquons même pas ici l’Europe, qui, bien que remarquée par ses progrès et ses idées sur le plan de l’IA (notamment la société française Mistral), ne peut en rien rivaliser, pour l’instant en tous cas, avec les géants en lice. Car il s’agit bien d’une question de prééminence d’envergure mondiale qui se cache derrière cette rivalité aux accents de soft power. Interdite de séjour sur le sol des Etats-Unis, mais en passe d’être potentiellement rachetée par Microsoft, Tik Tok, ennemi juré du nouveau président de la Maison Blanche, s’est plus ou moins vue vengée par Deep Seek, chargée de concurrencer American IA. Mais l’émergence inattendue de DeepSeek interroge aussi sur les moyens déployés et nécessaires pour développer des applications d’intelligence artificielle. Moins énergivore, gratuite et dotée de processeurs moins puissants mais pensée en mode Open Source, DeepSeek se pose en David face au Goliath nord-américain.

Puissance et rival occidental

Et la réflexion d’aller plus loin : l’IA demande-t-elle autant de moyens déployés par les géants actuels au regard de ceux engagés par DeepSeek pour un résultat égal, voire supérieur ? La réponse est : peut-être. Et ce si l’IA est envisagée comme un élément de puissance économique et politique à même de conforter la prééminence d’une nation, voulue par Donald Trump et ses affidés, comme la première nation mondiale. D’un point de vue chinois, ne nous leurrons pas, la volonté de domination est la même mais se révèle moins tapageuse que celle du rival occidental. Est-elle pour autant plus pernicieuse ? Rien ne le laisse supposer mais il est devenu évident que l’Intelligence artificielle est devenue un enjeu stratégique à vocation politique, économique et, à terme, géopolitique. Car les capacités d’influence sur l’opinion publique d’un tel outil vu et utilisé par beaucoup comme un facilitateur peut potentiellement se révéler, en revanche, comme un outil de manipulation à grande échelle.

Le nouveau président et son cortège

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ne laisse pas sans poser de multiples questions sur les relations internationales mais aussi sur les risques qui pèsent désormais sur la démocratie à l’échelle mondiale. Essai d’explications.

Voilà ! Maintenant, inutile d’y songer comme une éventualité, une possibilité issue du domaine de l’irrationnel. Le 47ème président des Etats-Unis Donald Trump a pris ses fonctions après une cérémonie d’investiture spectaculaire qui frôlait presque le grotesque tant la mise en scène renvoyait à une apologie vulgaire d’une soi-disant Amérique surpuissante sur le retour. Quoi qu’il en soit, et passé l’aspect rocambolesque de cette investiture, il conviendra donc de composer pendant quatre ans, voire plus, avec Donald Trump, ses excès, ses outrances et sa vision des plus particulières du monde. Vue d’Europe, les questions se posent, bien qu’elles n’aient pas attendu le 20 janvier pour être avancées.

Volonté et confiscation

Quelle position adopter face au nouveau locataire de la Maison Blanche, lui qui a annoncé augmenter de 25 % les droits de douanes à l’endroit des produits provenant du Canada et du Mexique ? Pour l’heure, l’Europe n’est pas dans le collimateur trumpien. Mais jusqu’à quand ? Si tant est qu’elle le soit un jour. Certes. Mais une chose est certaine, la volonté de puissance de Donald Trump associée à un libéralisme quasi-sauvage lui-même adossé à une oligarchie issue du monde du numérique ne laisse rien augurer de bon pour la démocratie déjà mise à mal en ce premier quart de XXIème siècle. La confiscation des richesses, et du pouvoir qui y est associé par une poignée d’individus, tend ainsi à créer des déséquilibres sociaux croissants à même de favoriser des crises démocratiques lourdes et pérennes, jetant dans les bras du populisme le plus vil des franges de populations exclues, ou ayant le sentiment de l’être. Si tel est l’objectif de Donald Trump et de ses soutiens tels qu’Elon Musk ou Mark Zuckerberg, sans qu’il soit à ce jour atteint, il s’avère, objectivement, que toutes les conditions sont réunies pour qu’il le soit, et ce dans les années à venir.

Opinion et principes démocratiques

La faiblesse des contre-pouvoirs médiatiques ou journalistiques, déjà pris en étau par leurs devoirs éditoriaux et leurs financeurs privés, les prive, limite en tous cas, leur influence sur une opinion publique déjà méfiante à leur égard. Parallèlement, la frilosité de nombreuses nations, notamment occidentales, liées par des traités militaires ou des accords économiques, tend aussi à affaiblir la capacité de réaction ou de sursaut face à l’ogre renaissant outre-Atlantique. Le combat est-il perdu d’avance pour autant ? S’il se révèle compliqué, le sort n’en est pas jeté pour autant. Là encore, une affirmation volontaire et courageuse en qualité de puissance continentale d’envergure mondiale peut être une option. Tout comme une réaffirmation des principes démocratiques passant par un repositionnement des objectifs sociétaux. Un exemple concret serait de ne plus faire de l’argent une fin mais un moyen, de redonner sa place première à l’école et aux savoirs et renvoyer Internet, réseaux sociaux et intelligence artificielle à ce qu’ils sont : des outils. La bataille s’annonce difficile et surtout longue car les troupes sur lesquelles peuvent compter Donald Trump et ses soutiens sont nombreuses et convaincues. Mais sait-on jamais…

Civilisations en panne

La multiplication des personnalités politiques populistes convaincues de leur domination sur une planète à leurs yeux soumise à leur ambitions pourrait être endiguée si les principes fondamentaux que sont l’éducation et la liberté de la presse étaient entre autre défendues. Explications.

Quel point commun existe-il entre Donald Trump, Vladimir Poutine, Kim Jung Un et plus globalement l’ensemble des personnalités politiques étiquetées comme populistes ? D’aucuns diraient qu’il y en a plus d’un et qu’ils sont nombreux mais ce qui caractérise tous ces personnages, c’est l’idée de croire que ce sont les prétendus plus forts, qu’ils se voient incarner, qui doivent nécessairement dominer ou soumettre les prétendus plus faibles. C’est une des multiples facettes du populisme auquel s’ajoute l’idée que celui qui criera le plus fort qui aura, là encore, nécessairement raison. Constat établi, que faire pour limiter ces excès qui menacent a minima la planète d’une guerre froide, chaude dans le pire des cas.

Clique funeste et esquisse

L’exemple ukrainien en est l’exemple type et il est l’oeuvre de Vladimir Poutine qui incarne à la perfection la définition avancée ci-dessus. Et les velléités de Donald Trump à l’égard du Groënland pour soi-disant maîtriser les passages des navires chinois et russes ne font que confirmer plus encore cette volonté de domination. Mais ce que semble oublier cette clique funeste, c’est que le restant de l’Humanité n’est pas automatiquement enclin à épouser ce format de pensée. Convaincants et persuasifs, voire charismatiques, tous ces hommes, usent et abusent aussi des faiblesses des démocraties occidentales dont ils exploitent les failles pour se hisser au sommet du pouvoir. Est-ce à dire qu’il y aurait donc un moyen de contrarier l’ascension de ses despotes en devenir quand ils ne le sont pas déjà ? Une esquisse de solution, modeste et sans prétention, pourrait être dès lors avancée. Et la première d’entre elle commence par un renforcement de l’éducation, pilier de la formation des citoyens d’aujourd’hui et demain, afin d’amender leur esprit critique pour apprécier avec justesse les mots et les propositions des populistes divers et variés.

Crise et pensée collective

Car le populisme est aussi le fruit d’une crise de l’éducation. Deuxième piste et non des moindre, assurer et protéger la liberté de la presse car une société bien informée, au sens juste du terme, est une société qui pense et qui réfléchit. Liée à cette même liberté, éloigner du monde la presse les magnats et autres milliardaires avides de contrôler la pensée collective en orientant l’information dans des espaces intellectuels arides et appauvris. Et dernier point, limiter l’influence et le poids des réseaux sociaux tout comme celle des programmes de télévision portée par des démagogues au sophisme rare et dangereusement précis. Mais pour l’heure, force est de constater qu’aucune de ces solutions n’est posée sur la table, encore moins avancée comme une hypothèse de travail. C’est d’ailleurs peut-être pire que la montée en puissance des populistes qui ne sont que la face cachée de civilisations incapables à ce jour de se réinventer.

Le conte et le procès

Le procès du financement libyen de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 doit faire la lumière sur les pratiques de corruption passive dont est soupçonné l’ancien président. Et la République de pouvoir redorer son blason dans une période où la méfiance à l’égard de la sphère politique n’a jamais été aussi grande.

C’est l’histoire d’un ancien président de la République, ambitieux, toujours très sûr de sa personne qui avait besoin de fonds pour financer sa campagne électorale, et aujourd’hui soupçonné de s’être rapproché d’un dictateur nord-africain, au ban des nations qui, lui, avait un cruel besoin de reconnaissance internationale. Une fois élu, le président s’est progressivement éloigné de l’ancien dictateur après l’avoir cependant reçu en grandes pompes sous les ors de la République dont le dictateur se moquaient éperdument : Et pour cause, il avait payé son billet d’entrée en finançant la campagne du président en question. La République, toute honte bue, a donc accueilli cet obligé aux manières cavalières qui se mariaient si bien à celles de son hôte tout aussi cavalières.

Ironie et agissements

Mais hélas ! L’histoire tourna court et le président qui sentit le vent tourner déclencha une guerre avec ses alliés britanniques pour évincer le dictateur devenu gênant. Pour autant, la justice ne manqua pas de s’intéresser aux tergiversations du président au point d’ouvrir une enquête qui aboutit à un procès. Narrée sous la forme ironique d’un conte aux relents sordides, cette histoire rappelle que c’est demain lundi 6 janvier et ce jusqu’au 10 avril que s’ouvre le procès du financement de la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy soupçonné d’avoir bénéficié de fonds libyens accordés par le Colonel Kadhafi, fonds totalement illégaux donc. Au-delà du procès, c’est surtout les agissements de l’ancien Président de la République qui seront au coeur des débats et plus largement les pratiques souterraines mises en œuvre par certains candidats.

Perception et grandeur

Or ce procès revêt une double importance dans un pays qui traverse une profonde crise de confiance, voire inédite, à l’endroit de sa classe politique. Importance morale afin d’évacuer des pratiques qui ternissent la République mais aussi ceux qui la servent au point de semer le discrédit au sein d’élus qui pour l’immense majorité n’ont rien à se reprocher. Importance politique afin de démontrer que n’importe quel citoyen, fût-il un ancien président de la République, est soumis à la loi et que ses fonctions actuelles ou passées, ne lui accordent aucun passe-droit. Naturellement, c’est le verdict qui sera prononcé qui influera sur l’opinion et sur sa perception de la chose politique mais dès à présent s’impose l’idée que si la République veut sortir grandie de ce procès, il faudra un verdict exemplaire au regard des faits et des pièces avancées par les parties en présence.

Chaises bancales et potion amère

La nomination de François Bayrou en qualité de Premier Ministre répond aux impératifs constitutionnels mais ne règle en rien la question explosive d’un budget contraint à la sévérité qu’il conviendra de faire digérer.

Il est à se demander si la censure qui a poussé à la démission le gouvernement de Michel Barnier a servi à quelque chose. Car, bien que rapidement nommé par le Président de la République, le nouveau Premier ministre, François Bayrou (qui concrétise ici un rêve ancien même si celui-ci prenait plutôt les formes de ors du Palais de l’Elysée) est déjà confronté aux mêmes difficultés que son prédécesseur : tir de barrage de l’opposition, méfiance de l’extrême droite et absence de fondamentaux parlementaires apaisés, comprenez de majorité relativement stable qui lui permette de naviguer sereinement, sans à-coup à tout le moins, pendant son exercice dont il est très difficile d’avancer une durée.

Contexte économique

Pour autant, ces éléments qui relèvent plus de la stratégie politique que de la gestion de l’État ne pèsent donc finalement pas énormément dans la tâche qui attend le Premier Ministre et son futur gouvernement. Concrètement, c’est bien sur le budget 2025 qu’est attendu le nouveau locataire de Matignon, ce même budget, exactement celui de la Sécurité Sociale, qui a fait chuter Michel Barnier. Et la potion de rester la même en dépit du fait que les têtes ont changé : Faire avaler aux Français près de 40 milliards d’économie dans un contexte économique européen et mondial au mieux morose au pire dégradé. Et si le budget représente effectivement le plus grand défi que devra affronter et surmonter François Bayrou, celui-ci sera aussi attendu sur la question de l’immigration et de la sécurité, l’extrême droite ayant fait savoir qu’elle serait particulièrement attentive à la question. Si bien que l’exercice d’équilibriste auquel s’est adonné Michel Barnier reste identique à celui auquel François Bayrou devra se plier sans la possibilité de voir l’Assemblée Nationale dissoute en Juin 2025 pour potentiellement abréger ses souffrances ou lui faire gagner u peu de temps, le Président de la République ayant annoncé son intention de ne pas retourner aux urnes avant la fin de son mandat.

Stabilité et progression

Emmanuel Macron, à l’origine du chaos parlementaire actuel, sait plus que quiconque que la France, moteur européen, aspirant à rester ou devenir un acteur international, a désormais besoin de stabilité après un été et un automne agités. Mais entre identifier un besoin et y répondre, il y a un pas parfois un fossé pour ne pas dire un abysse car la rancoeur et les tensions cuites et recuites depuis des mois et des années au sein de l’opinion publique et des parlementaires ne se sont pas tues avec la nomination de François Bayrou à Matignon, loin s’en faut. In fine, croire béatement que l’arrivée du président du Modem, homme modéré par essence et par tradition politique, est un gage de stabilité et de progression vers une résolution des problèmes est un leurre. Au jeu des chaises musicales, si François Bayrou s’est imposé, les chaises restent toujours bancales.

Syrie à quitte ou double

L’arrivée des rebelles de HTS à la tête de la Syrie pose de multiples questions à commencer par celle de la nature du nouveau régime. Démocratie ou démoctature ? Et quid des relations avec les pays frontaliers dans une région déjà sous tension ? Essai d’explication.

Débarrassée de la dynastie Al-Assad, la Syrie n’en est pas moins encombrée des questions qui entourent l’arrivée au pouvoir des rebelles islamistes. Si ces derniers cherchent depuis plusieurs jours à se montrer sous leur meilleur jour, ouverts au dialogue et prompts à extirper la Syrie de l’héritage des Al-Assad, d’aucuns s’interrogent sur les motivations profondes du mouvement HTS qui a donc pris en mains les destinées du pays. Quid des libertés individuelles et fondamentales ? Des droits des femmes ? Des relations avec Israël, la Turquie, l’Iran et l’ancien allié la Russie devenue terre d’asile d’Al-Assad ? Autant de questions qui restent à cette heure sans réponse mais que la réalité géopolitique locale et la conjoncture mondiale se presseront d’amender. Ainsi, premier chantier du nouveau gouvernement, établir une passation de pouvoir efficace et apaisée entre les anciens ministres de Bachar Al-Assad et les nouveaux tenants du pouvoir.

Démocratie ouverte

Autre chantier,et non des moindre, définir les règles sociales et juridiques d’un pays qui vit depuis 1970 sous le joug violent et sanguinaire d’une famille, les Al-Assad, dont les méthodes se sont toujours plus rapprochées de celles d’une dictature féroce que d’une démocratie libérale. Et c’est d’ailleurs sur ce point bien spécifique que sont attendus les nouveaux hommes forts de la Syrie. Mettront-ils en place une démocratie à l’occidentale ou une sorte de démoctature à la Russe, comparable à celle de Vladimir Poutine ? Les aspirations du peuple syrien sont grandes et fortes, en gestation depuis le printemps arabe de 2011 où la Tunisie et l’Egypte avaient ouvert le bal de la rébellion des peuples usés par des régimes oppressifs et démesurément autoritaires. Hélas ! Les années qui suivirent virent les deux pays retomber dans leurs travers originaux où les velléités libertaires ont été confisquées par un pouvoir aux allures démocratiques mais en réalité castrateur. C’est justement cette étape, ce dévoiement, que doit éviter la Syrie pour ne pas réécrire l’Histoire dictée par la voix des rebelles islamistes du HTS. Et les nations occidentales de veiller au grain en s’intéressant au plus près à l’avenir de la Syrie qui pourrait alors, bien dirigée, devenir un pivot et un relais régional crédible au Moyen-Orient à même de contrôler les élans et les pulsions d’Israël.

Passé commun

Parallèlement, les démocraties occidentales tireraient plus encore avantage d’une Syrie reconstruite sur des bases démocratiques, notamment la France, qui par son passé commun avec Damas, pourraient y trouver un allié de poids au Proche-Orient, Paris qui peine à faire entendre sa voix dans la région au profit des Etats-Unis et de la Russie. Dernier chantier enfin, les relations internationales, en particulier celles à venir avec les pays frontaliers que sont la Turquie, la Jordanie, l’Irak, Israël, et le Liban. Exceptés la Turquie et la Jordanie, toutes les autres nations sont enlisés dans des conflits ouverts ou larvés, d’essence politique ou religieuse, quand ce n’est pas les deux. A la Syrie donc, et à son nouveau gouvernement de jouer la bonne partition pour assurer sa résurrection sans froisser des voisins susceptibles à de multiples égards. La tâche s’avère passionnante mais immense, reste à savoir si les rebelles HTS mus en dirigeants d’apparence raisonnée sauront faire face au défi qui se pose à eux.

Retour de bâton

En composant avec l’extrême-droite, le Gouvernement s’est laissé prendre au piège du Rassemblement National en éludant l’alliance de gauche pourtant plus ouverte au dialogue. Confronté à deux motions de censure, l’exécutif, par son entêtement, risque de jeter le pays dans l’incertitude.

L’Histoire l’a pourtant enseigné à maintes reprises : il n’est jamais bon de négocier ou de pactiser avec les extrêmes. Ainsi, quel que soit le résultat des motions de censure présentées devant l’Assemblée Nationale, le Premier ministre en exercice, Michel Barnier, doit déjà, et amèrement, regretter d’avoir accédé aux demandes du Rassemblement National. Dans un chantage sans fin, le parti d’extrême droite, usant et abusant de la faiblesse d’un gouvernement aux pieds d’argile, a fait valoir ses revendications contre l’assurance d’un soutien aussi fragile que risqué. Et comme tout chantage qui se respecte, celui-ci a été ponctué de demandes toujours plus nombreuses, exposant le Gouvernement à la merci d’un parti qui, sans être majoritaire, a su, par sa présence et une discipline interne, faire front et s’imposer comme une des clefs de voûte de l’architecture parlementaire.

Base étroite et agenda

Dans un cynisme presque nauséeux, le Rassemblement National a doucement refermé son piège au point de décider à lui seul du devenir du Gouvernement. Il est vrai que la tâche avait été rendue des plus aisées dans la mesure où l’exécutif ne disposait que d’une base étroite de députés à même de suivre et d’appuyer les mesures proposées par le Gouvernement. Emporté par la vague populiste qui secoue les démocraties occidentales, Michel Barnier n’a eu d’autre choix que de céder pour espérer durer alors qu’à peine, nommé, celui-ci était déjà condamné par un agenda à haut risques car touchant au sacro-saint budget de l’Etat. C’est finalement le budget de la Sécurité Sociale qui aura focalisé tous les regards, notamment ceux de la droite, de l’extrême droite et du Gouvernement soucieux pour ce dernier de ne satisfaire que ces partenaires particuliers, délaissant au passage les députés de gauche alors que leur soutien s’avérait, avec le recul, des plus précieux.

Chaos et Europe

Dès lors avec la chute probable de Michel Barnier, va s’ouvrir une nouvelle guerre de succession tant à droite qu’au sein de l’hémicycle où tous les partis se revendiqueront d’une légitimité gouvernementale. Ce qui laisse à penser que la motion de censure n’est qu’une énième étape dans l’imbroglio politique né au lendemain de la dissolution qui a propulsé le pays dans un chaos politique sans précédent. Entre inconscience de l’exécutif et crise de régime, l’Hexagone se retrouve pris dans une tempête rare où un Gouvernement conservateur tient les rênes des affaires d’une nation qui a envoyé à l’Assemblée Nationale des députés de gauche (sans que ces derniers aient la majorité) dans des débats arbitrés par un parti d’extrême droite. Situation ubuesque moquée en Europe, la France apparaissant comme une nation à la stabilité exemplaire, stabilité qu’elle a d’ailleurs toujours érigé avec une certaine arrogance. Retour de bâton….

Le temps et le paillasson

Si le cessez-le-feu entré en vigueur entre Israël et le Hezbollah est porteur d’espoir pour un Liban piétiné et méprisé, il n’est pour les belligérants qu’un temps de répit avant un nouvel affrontement dont l’intensité reste une énigme.

Après l’annonce du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, une question se pose : Combien de temps celui-ci va-t-il durer. Epuisée par les bombardements, les raids aériens et le vol quasi permanent des drones, la population libanaise a accueilli avec un soulagement mêlé d’inquiétude l’arrêt des combats. Car, rappelons-le, ni Israël, ni le Hezbollah n’ont l’un et l’autre renoncé à leurs objectifs. L’État hébreu, et son Premier Ministre Benyamin Netanyahou, travaillent plus que jamais à la destruction intégrale du mouvement terroriste d’inspiration chiite soutenu par l’Iran ; le Hezbollah, reste ancré sur ses positions, à savoir la disparation de l’État d’Israël.

Chaos et objectifs

Il apparaît donc clair que les deux positions, inconciliables s’opposent plus que jamais et que le cessez-le feu observé depuis quelques heures, n’est qu’une forme de pause dans des combats qui sont amenés à reprendre. Et peu importe si le Liban, devenu le paillasson du Moyen-Orient, piétiné dans sa souveraineté et sa dignité par la Syrie, Israël, l’Iran et le Hezbollah s’avère au bord du chaos et de la faillite, les objectifs de l’État hébreu et du mouvement terroriste, respectivement soutenu par les Etats-Unis et l’Iran, prévalent sur toutes autres considérations, fussent-elles de l’ordre de la protection des populations civiles. Ainsi, et à ce jour, avec plus de 2.600 morts, près de 13.500 blessés et 1,4 millions de déplacés dans un pays comptant 5 millions d’habitants, le Liban se révèle être la première victime d’un affrontement stérile qui ne demande qu’à être ravivé après un cessez-le-feu que d’aucuns croient solide mais qui n’est finalement que temporaire, les objectifs des belligérants n’ayant pas été changés. Deuxième question qui alors se pose : qui pour faire respecter dans la durée ce cessez-le-feu pour aboutir à un plan de paix.

Acheteur et espace de collusions

L’ONU ? Les Etats-Unis ? A vrai dire, ni l’un ni l’autre n’y sont prêts ou enclins. La première car elle est incapable de faire appliquer ses résolutions dans cette région du monde car le Conseil de Sécurité, seul habilité à prendre ce type de décisions, est composé des Etats-Unis qui bloqueront toute résolution allant à l’encontre d’Israël ; le second, les Etats-Unis, pour les raisons citées plus avant et qui voient aussi dans Israël un acheteur d’armes (Ils ne sont pas les seuls car plusieurs pays de l’Union européenne fournissent aussi du matériel militaire à Israël tels que l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la France). In fine, ce conflit, décrié à raison est aussi un espace de collusions et d’alliances géopolitiques et stratégiques négociées et appliquées dans le dos d’un Liban exsangue et de populations civiles qui le sont autant. D’ailleurs, le Premier Ministre israélien, dans une allocution télévisée ayant suivi la mise en place du cessez-le-feu l’a reconnu à demi-mot, la cessation des combats n’est que ponctuelle et servira à reconstituer les stocks d’armes tout comme à reposer les troupes. Le message ne pouvait pas être hélas plus clair.

Mue diplomatique

Se présentant comme capable de régler le conflit ukrainien en un jour, Donald Trump est néanmoins confronté à une situation diplomatique complexe où intérêts nord-américains, européens, chinois, ukrainiens et russes se font face et s’opposent. D’où la nécessité d’amorcer une mue à l’international à contre-emploi du personnage.

Pour reprendre une sémantique physique, l’on pourrait potentiellement qualifier l’élection de Donald Trump d’accélérateur de particule à l’échelle géopolitique, du moins est-ce ainsi que l’intéressé se présentait de manière implicite. A titre d’exemple, lui qui se targuait au cours de sa campagne électorale de régler la question ukrainienne en un jour est ainsi attendu au tournant par Vladimir Poutine et Volodymir Zelensky. Si le premier attend du nouveau locataire de la Maison Blanche un règlement qui entérine les territoires conquis comme définitivement russes, le second espère un règlement rapide du conflit qui se solderait par une perte aussi limitée que possible du territoire urkrainien.

Vision et manichéisme

Deux aspirations différentes mais qui auraient la caractéristique, en fonction de l’option choisie par Donald Trump, de donner la couleur de son mandat en matière d’affaires relation étrangères. Si celui-ci donnait quitus à Vladimir Poutine, l’Europe occidentale et le monde entier comprendrait aisément de quel côté penche la vision des relations internationales de l’ancien et du nouveau président des Etats-Unis, comprenez : « La guerre est finie, les Etats-Unis ont accompli leur devoir d’assistance en temps voulu et veulent désormais rester loin de tout conflit qui pourrait, de près ou de loin, l’engager de quelque manière que ce soit » Dans le cas contraire, la réponse serait plus amène pour les Européens et laisserait supposer que les Etats-Unis de Donald Trump seraient encore intéressés et soucieux du sort de l’Europe. Le manichéisme du magnat de l’immobilier, qui effraie encore nombre de ses adversaires, pourrait cependant être pondéré par une réalité géopolitique plus tendue.

Front diplomatique

Les visées et l’imprévisibilité de Vladimir Poutine restant des menaces pour l’ordre mondial, l’exemple des troupes nord-coréennes venues prêter main forte aux troupes russes le prouve (aggravant par la même le front diplomatique ouvert depuis des années entre la Corée du Nord et les Etats-Unis). Or, une détérioration des relations internationales dans un contexte économique mondial médiocre au sein duquel les Etats-Unis, tout comme l’Union européenne, sont en concurrence avec la Chine pourrait pousser Donald Trump à plus pencher pour l’option Volodymir Zelensky que pour la solution Vladimir Poutine qui le couperait plus encore de l’allié européen et déstabiliserait plus encore le continent éponyme. Ainsi, en se présentant comme un va-t-en-paix prêt à tout, Donald Trump, se retrouve, plus encore qu’en 2017 lors de son premier mandat, face à une situation diplomatique épineuse qu’il faudra dompter non pas à coup de lasso de cow-boy mais de négociations fines et mesurées. Tout ce que Donald Trump n’est pas mais vertu à laquelle il devra se plier car en la matière, populisme et démagogie, sont totalement inutiles, voire contre-productifs.