Le piège refermé… ?

L’offensive israélienne menée contre l’Iran, appuyée par les Etats-Unis, n’aura abouti qu’à un statu quo diplomatique loin d’entraîner la chute du régime des Mollahs. Mais le but poursuivi par Benyamin Netanyahou était-il plus la destruction des sites nucléaires iranien et la chute du régime iranien que de s’assurer le soutien des Etats-Unis ?

La question n’est pas tant de savoir qui des deux belligérants, entre Israël et l’Iran, acceptera le cessez-le-feu. La question est surtout de savoir quelle suite sera donnée à cette guerre éclair qui a déstabilisé le Moyen-Orient sans précipiter, loin et s’en faut et a contrario des espoirs israéliens, la chute du régime iranien. Un constat s’impose : Et maintenant ? Israël a essayé de faire tomber un régime qui a juré sans perte sans y parvenir, la menace est donc toujours entière et prégnante ; les Etats-Unis, en bombardant les sites stratégiques nucléaires iraniens ont fait valoir leur force mais se retrouvent dans la même situation qu’Israël : le régime des Mollahs, initié en 1979 est toujours debout. Car pour le voir s’effondrer, force est de constater que seul le peuple iranien est en capacité de renverser la table pour installer en Iran une démocratie.

Solution crédible

L’exemple irakien, via lequel les Etats-Unis pensaient, par la destitution de Saddam Hussein, imposer la démocratie comme un paquet de lessive à un consommateur lambda, s’est soldé par un échec cuisant qui plus de vingt ans après n’est toujours pas définitivement réglé. Imaginer faire chuter le régime iranien par l’entremise d’une intervention militaire conjointe et coordonnée entre Israël et les Etats-Unis est un leurre diplomatique qui se heurte à la solidité d’un régime blindé contre toute tentative de déstabilisation. En revanche, imaginer un soutien à l’opposition iranienne, quelque que soit son origine, peut s’avérer comme une solution crédible et surtout réaliste. Il sera beaucoup plus difficile pour Téhéran de contenir sa propre population que de lutter contre des missiles tirés d’Israël, tout aussi meurtriers que ces derniers soient. La puissance de la contestation, larvée ou semi-officielle, de l’opposition iranienne pourrait dès lors devenir une vraie menace profitant de l’exposition du régime à des attaques extérieures. Cette forme d’affaiblissement, à exploiter sans tarder, avant en tous cas que le régime ne panse les plaies des attaques israéliennes et américaines, se présente comme une aubaine pour la société iranienne favorable à un changement de régime, certes, mais pas à un remplacement dicté par une puissance étrangère.

Moyens déployés

La guerre éclair menée par Israël a donc de grandes chances de s’achever comme elle a commencé, à savoir, sans idée précise si ce n’est la vague volonté de faire tomber le régime iranien, impossible en l’état et au vu des moyens déployés, à savoir uniquement aérien. Le seul résultat de cette offensive a été de troubler plus encore un Moyen-Orient qui l’était déjà au plus haut point au regard de la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza. Autre résultat, celui de s’assurer pour Israël du soutien indéfectible des Etats-Unis, tombés dans le piège de l’alliance à tout prix. Benyamin Netanyahou, fragilisé par le conflit dans la bande de Gaza pour l’heure sans issue, avait besoin de redorer son blason de chef d’État tout en confirmant l’hégémonie israélienne au Moyen-Orient. Le calcul diplomatique du Premier ministre israélien, cynique et mortifère, a finalement très bien fonctionné. Mais pour quel résultat ?

Si puissant, si faible

Le conflit opposant israélo-iranien met en évidence toute la puissance diplomatique de l’État hébreu sachant pouvoir compter sur le soutien des Etats-Unis, pris au piège entre sa volonté de maintenir des liens étroits avec Téhéran et la protection sans limite accordée à Israël.

Quel est le point commun entre Kiev, Téhéran et Tel Aviv ? Les plus chagrins diraient la guerre, ce qui est d’une vérité absolue. Mais en analysant plus finement la situation, l’on s’aperçoit que le premier de tous les points communs, car il y en a plusieurs, c’est les Etats-Unis. Dans ces conflits, pour le dernier en date opposant Israël à l’Iran, la patrie de L’Oncle Sam est impliquée, et Donald Trump en particulier. Non pas directement mais diplomatiquement parlant, mais il est clair que l’un et l’autre y jouent un rôle évident. Pour le premier, à savoir le conflit ukrainien, qui, ironie du sort, est en passe de devenir le dernier, les Etats-Unis ont opté pour un rôle d’intermédiaire, pour l’heure sans succès.

Déception

En témoigne d’ailleurs, le départ précipité de Donald Trump lors du sommet du G7 au Canada qui n’a pas eu l’heurt de rencontrer Volodymyr Zelensky, de fait déçu, mais toujours pressé de trouver une solution à un conflit qui s’éternise le tout non sans réjouir Vladimir Poutine. Quant au conflit opposant Israël à l’Iran, sans compter la guerre menée contre le Hamas, l’ombre des Etats-Unis est telle que d’aucuns penseraient qu’ils sont directement impliqués dans le conflit. Pour autant, les deux guerres citées précédemment mettent aussi en évidence l’incapacité des Etats-Unis, pourtant présentés comme omnipotents, à régler des conflits régionaux mais aux interactions mondiales. En attaquant directement l’Iran, soutien du Hamas, au motif de détruire ses installations militaires sensées abriter des ressources militaires, Israël met les Etats-Unis devant ses responsabilités, voire au pied du mur : Soit les négociations avec Téhéran, soit le soutien inconditionnel à Israël quel qu’en soit le prix.

Guerre préventive

Il sera difficile pour la Maison Blanche de choisir entre un maintien des relations avec Téhéran et le soutien à Benyamin Netanyahou aujourd’hui chef d’orchestre de la diplomatie moyen-orientale voire au-delà. Il n’est pas d’ailleurs inintéressant de s’attarder sur le poids d’Israël à l’échelle mondiale, capable de déclarer sans sommation une guerre qualifiée de préventive sans que ne broche la communauté internationale préférant se réfugier derrière le droit international pour la justifier ou la condamner. Par là même, l’embarras de Donald Trump face à l’offensive israélienne décrédibilise l’action et le discours de ce dernier, notamment face à Vladimir Poutine qui aura beau jeu de rappeler combien face à Israël le Président nord-américain se révèle tétanisé, pris au pièce d’engagements historiques le dépassant lui et son administration. Diplomatie à multiples vitesses qui met aussi en exergue les limites du discours de Donald Trump qui a oublié combien la connaissance des enjeux régionaux et mondiaux ne s’accommodait pas du radicalisme et de la violence verbale dont celui-ci a fait preuve pendant sa campagne.

A chacun son rôle

De Nogent à Graz, la violence qui s’exprime aujourd’hui, dans ou à l’extérieur, des enceintes scolaires met en évidence la nécessité de relancer le débat sur la responsabilité des parents tout comme celui d’une réhabilitation de l’autorité due aux institutions et à ses représentants.

Entre l’assassinat d’une assistant d’éducation à Nogent et la tuerie qui a ensanglanté la ville autrichienne de Graz, une réalité s’impose : les écoles sont devenues des cibles que d’aucuns qualifieront de faciles car, par essence, un lieu de savoir et d’apprentissage n’a pas vocation à être blindé et surprotégé. Et pourtant, le discours qui tendait à refuser cette option va peut-être devoir changer et évoluer. Dans un second temps, passées l’émotion, la stupeur et la colère légitimes qui animent les familles des victimes et au-delà, se pose aussi la question des raisons qui poussent certains individus à commettre ces actes. L’avalanche de commentaires sur la libre circulation des armes blanches, sur le poids et l’influence des réseaux sociaux, qui appellent à l’interdiction ou le contrôle de l’un ou de l’autre relèvent de la démagogie, d’une indignation de circonstances qui pourraient aisément être jugée comme vulgaire et déplacée. Que les deux éléments cités précédemment aient joué un rôle apparaît comme indubitable mais ils ne sont pas les seuls.

Limites et racines

Affirmer qu’une partie des adolescents, et ce à l’échelle mondiale, a perdu une grande partie des repères qui tendaient à établir les limites du socialement acceptable, n’est pas erroné. Affirmer que l’Ecole n’est plus en mesure, en raison d’une perte de sens des enseignements dispensés, de développer un discours altruiste et citoyen n’est pas plus erroné non plus. Cette violence physique, qui trouve ses racines dans une violence sociale, diversement encouragée par des parents démissionnaires, par ailleurs en rupture chronique avec l’institution scolaire vue comme castratrice, l’explosion des cellules familiales, la banalisation des rapports de force entre élèves et enseignants, le défi constant à l’autorité régalienne, institutionnelle ou parentale, travaille aussi au développement d’un climat instable, anxiogène et propice à la violence. Reste désormais à établir les solutions pour tenter d’endiguer cette même violence qui touche parmi les lieux les plus sacrés de nos démocraties, à savoir l’Ecole. Le challenge est immense car de dimension globale, appelant à un sursaut d’exemplarité et à une prise de conscience des responsabilités de chacun, à commencer par celle des parents, trop souvent amenés à déléguer leur autorité à l’Ecole qui, pour rappel, enseigne quand les parents éduquent.

Postulat et identification

Cette répartition des rôles oblige tous les acteurs à assumer ce qui leur revient de droit certes mais surtout par devoir. La violence dans ou à l’extérieur de l’Ecole n’est pas un problème intrinsèque à l’institution, elle relève d’une responsabilité collective se basant sur le postulat que l’Ecole est aussi la reproduction fidèle, mais réduite et circonscrite à l’enceinte des établissements, de nos sociétés. Le lien de causalité peut apparaître raccourci mais il n’en est pas moins pertinent dans la mesure où les élèves, certains en tous cas, reproduisent ou répètent par syndrome d’identification la violence dont ils sont témoins, voyant en cette dernière une forme d’affirmation ou d’existence sociale. Le problème est donc profond et substantiellement grave car il concerne les générations sensées assurer la pérennité de nos sociétés. Or accepter la violence comme élément consubstantiel de ces dernières se révélerait rapidement une erreur mortifère.

L’autre ambassadeur

Si les relations diplomatiques franco-algériennes sont actuellement marquées par des tensions lourdes, la réception par Alger de Rodolphe Saadé, patron de CMA-CGM, ouvre la voie à un potentiel et informel rapprochement des deux Etats. Explications.

Faut-il voir dans la rencontre entre le Président Tebboune et Rodolphe Saadé, patron de CMA-CGM une forme de réchauffement des relations diplomatiques franco-algériennes ? S’il est trop tôt pour le dire, il apparaît cependant qu’Alger a pris la mesure, pour le développement de son économie et de sa branche maritime en particulier, d’une alliance avec le groupe maritime de transport de conteneurs et de fret, alliance qui ne serait que profitable au géant du Maghreb. Parallèlement, il est évident que Paris et le Quai d’Orsay, siège de la diplomatie française, scrutent avec attention cette rencontre et les décisions qui pourraient en découler, ces dernières pouvant donner une idée relativement précises de la teneur des relations diplomatiques futures entre les deux pays. Pour autant, affaires et politiques ne sont pas nécessairement appelées à être menées de front, voire ensemble, car les différends qui enveniment les relations entre Paris et Alger à ce jour sont avant tout d’ordre politique plus que commerciaux ou économiques.

Relations commerciales

Preuve en est, Alger n’a pas remis en cause les accords portant sur la vente de pétrole et de gaz à la France, accords remontant aux Accords d’Evian signés en mars 1962. Il n’en reste pas moins que le déplacement de Rodolphe Saadé à Alger revêt une dimension politique qui n’aura échappé à personne. De fait, France et Algérie sont naturellement conscients du poids des relations commerciales qui unissent les deux pays, tout comme du fait que la brouille ne pourra durer éternellement, trop lourdes de conséquences à tous points de vue. Donc, avancer que Rodolphe Saadé se mue en ambassadeur par procuration n’est en rien excessif, le rôle endossé pour la circonstance n’ayant pas d’effets directs ou indirects sur l’objectif central de son voyage : nouer ou signer des contrats de coopération pour son entreprise. Le nombre d’emplois créés, le développement logistique généré et la densification des réseaux commerciaux entre l’État algérien et l’entreprise française sont à même de susciter un assouplissement des relations actuelles.

Second plan

La reconnaissance de l’autorité marocaine sur la Sahara Occidental par Emmanuel Macron au détriment du Front Polisario soutenu par Alger, reconnaissance à l’origine de l’escalade diplomatique entre Alger et Paris pourrait donc progressivement passer au second plan si les initiatives telles que celles menées par celle de Rodophe Saadé se multipliaient via d’autres canaux, comprenez, que d’autres entreprises françaises s’implantent ou développent leur présence sur le sol algérien. Objectivement, Alger aurait tout à y gagner car le pays, enlisé dans une crise sociale et économique à l’issue lointaine, soumis aux soubresauts des cours du pétrole dont il tire la quasi-totalité de ses revenus, (près de 75 % à 95 %) trouverait là un moyen parmi d’autres de diversifier son économie en exploitant l’espace méditerranéen quand Maroc et Tunisie peinent à s’y exprimer.

Elon Musk passe au point mort

En quittant sa fonction de conseiller au sein du DOGE, Elon Musk consacre aussi l’échec d’une partie de la politique radicale et populiste de Donald Trump peu enclin à conserver à ses côtés un golden boy devenu gênant.

Il incarnait presque à lui tout seul le trumpisme triomphant, entre arrogance et démesure, excès et provocations en tout genre. Elon Musk a cependant décidé de quitter son poste de conseiller au sein du DOGE, à savoir le département pour l’efficacité gouvernementale. Un passage éclair dans l’administration fédérale qui ne restera dans l’Histoire que par les coups d’éclats qui l’ont composé, et qui à l’arrivée s’est soldé par un échec. La question est de savoir si l’échec est relatif ou cuisant. Les plus optimistes évoqueront un échec relatif, expliquant que la lourdeur de l’appareil administratif empêche toutes réformes d’ampleur ; les plus pessimistes expliqueront que la méthode de l’homme qui se tenait aux côtés de Donald Trump dans le Bureau ovale, casquette America great again solidement vissée sur la tête, était agressive, teintée d’un populisme tel qu’il en dégageait toute la dangerosité intrinsèque qu’il voulait exploiter.

Violence verbale

Mais le départ d’Elon Musk c’est aussi l’expression des limites de la méthode Trump, celle qui se heurte à la réalité qui, comme d’autres, s’avère compliqué à réformer car ancré dans son histoire et ses mécaniques propres et uniques. L’échec d’Elon Musk met aussi en évidence combien la violence verbale et les pratiques musclées, visant ici à libérer et alléger l’administration fédérale de l’influence d’un prétendu et fantasmé Etat profond, racine de maux imaginaires, ne sont pas compatibles avec la gestion d’un Etat, quel qu’il soit. Entre démagogie malsaine et populisme assumé, Elon Musk s’est voulu le fer de lance de l’Amérique rêvée de Trump, lui le tycoon de l’automobile et des nouvelles technologies, auréolé de succès éclatant. La chute est d’autant plus lourde et cruelle que c’est plus la réalité d’un monde complexe qui a précipité sa chute que les mesures annoncées aux effets brutaux mais a posteriori à relativiser tant celles-ci se sont révélées inefficaces et absurdes pour être in fine retoquées par des juges clairvoyants et conscients. Elon Musk aura donc été l’étoile filante du mandat de Donald Trump peu enclin à retenir un homme devenu plus boulet qu’atout alors que les ventes de Tesla, les voitures emblématiques du sud-africain s’effondrent, ternissant plus encore son image de golden boy moderne.

Un coup dans l’eau…

Les tentatives visant à instaurer un cessez-le-feu ou un protocole de paix entre la Russie et l’Ukraine ont une nouvelle fois échoué, fussent-elles menées par Donald Trump lui-même en relation directe avec Vladimir Poutine. Car la réalité s’impose, seules des négociations directes Kiev – Moscou porteront leurs fruits.

Fallait-il réellement s’attendre à des résultats tangibles après la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine ? D’aucuns, les plus optimistes, diront que oui. Les autres, plus lucides, voire pessimistes, subodoraient l’échec annoncé en catimini de cet entretien téléphonique. Les raisons d’ailleurs qui l’expliquent sont tout à la fois simples et évidentes. La première d’entre elles est qu’il est obvie que Vladimir Poutine ne voudra pas de paix qui lui sont dictée si ce n’est pas par lui. Toute tentative allant dans ce sens sera saluée de succès, toute tentative essayant de proposer un plan de paix extérieur sera vécue comme une agression, l’accepter une forme se soumission à l’Occident. La naïveté et la vanité de Donald Trump sont d’ailleurs à mettre en exergue, lui qui pensait régler le conflit en une journée s’est cassé les dents sur la ténacité sans limite, baignée de nationalisme, du président de la Russie.

Obstination

La seconde est que Vladimir Poutine veut, à tout prix, le départ de Volodymyr Zelensky, du pouvoir, pour à terme, y installer un homme lige qui engendrera une politique identique à celle pratiquée en Biélorussie avec Alexandre Loukachenko, ami fidèle et servile de Vladimir Poutine. Dernier point, par son obstination Vladimir Poutine sait qu’il finira par lasser son homologue nord-américain, qui commence déjà à donner des signes de fatigue et d’agacement devant le mutisme de du Président russe. Car il ne serait en rien étonnant que Donald Trump finisse par renvoyer l’affaire ukrainienne à ce qu’elle a toujours été, à savoir, une affaire purement européenne pour ne par dire est-européenne. Les rancoeurs anciennes, les haines cuites et recuites qui rongent les relations entre la Russie et l’Ukraine, et ce depuis des décennies, dépassent d’évidence, la logique diplomatique nord-américaine faite de pragmatisme et de radicalité dans la solution. Il serait excessif d’affirmer que Donald Trump n’est pas capable de régler le conflit, quelque soit la méthode employée, mais quiconque à sa place aurait buté devant une réalité russo-ukrainienne qui appelle une très fine connaissance de l’Histoire de l’Europe de l’Est. In fine, est-à-dire que ce conflit ne trouvera pas d’issue ? Naturellement, il en aura une mais elle ne sera pas marquée du sceau des Etats-Unis, ni de l’Union européenne, mais de celui de la Russie et de l’Ukraine, affranchies l’une et l’autre de tout intermédiaire, fut-il au fait de toutes les subtilités liant les deux belligérants. Cela ne signifie pas pour autant que aides et co-négociateurs sont automatiquement exclus, mais seulement que les pourparlers de paix ne peuvent s’articuler qu’autour d’un axe Kiev – Moscou.

Un express Moscou – Istanbul

La possible absence de Vladimir Poutine lors de la rencontre prévue à Istanbul pour poser les bases d’un cessez-le feu entre la Russie et l’Ukraine interroge sur l’issue du conflit. Mais le président russe dispose-t-il réellement d’autant de temps qu’il l’imagine pour se permettre de bouder ce rendez-vous ?

A vouloir trop en gagner, il est fort probable que Vladimir Poutine finisse par en perdre beaucoup. Cette denrée si précieuse, est le temps. Car en refusant d’accepter ce que le président russe nomme un ultimatum et qui n’est rien d’autre qu’une rencontre diplomatique entre lui-même et Volodymyr Zelensky, Vladimir Poutine tend à s’isoler plus encore sur la scène internationale y compris auprès de son allié improbable, à savoir Donald Trump. La question est donc de savoir pourquoi le président russe boude, pour l’instant, cette opportunité de se rendre à Istanbul, de poser les bases d’un cessez-le-feu de trente jours.

Rhétorique absurde

Plusieurs réponses émergent et la première d’entre elle est que Vladimir Poutine ne veut pas de la paix, en tous cas pas d’une paix dont il n’aura pas dessiné les contours ou dicté les axes, position d’ailleurs qui témoigne de sa posture au regard du conflit qu’il a toujours expliqué être une réponse à l’attitude de l’Ukraine, pays nourrissant l’ambition de vouloir intégrer l’OTAN et l’Union européenne. Seconde raison, embarqué dans une rhétorique absurde qui défend l’idée que l’Ukraine serait peuplée de nazis à commencer par Volodymyr Zelensky, le président russe ne semble pas enclin à vouloir rencontrer son homologue ukrainien comme ce fut le cas lors des Accords de Minsk II. Dernière raison, le poids croissant des Etats-Unis dans les négociations qui ne tournent plus nécessairement en faveur de la Russie, pousse Vladimir Poutine à écarter l’idée dune négociation avancée ou non en faveur d’un cessez-le-feu, a fortiori d’un traité de paix. Pourtant, les évolutions géopolitiques actuelles ne laissent pas beaucoup de place aux réticences de la Russie.

Ogre russe

La coalition des volontaires emmenée par Paris et Berlin, accompagnés par Londres et soutenue de manière sous-jacente par les Etats-Unis renforce l’opposition à la Russie qui a longtemps pu compter sur la désunion des Européens. Désormais mis face au mur du fait de l’annonce du désengagement des Etats-Unis en matière de défense sur le théâtre européen, les puissances du Vieux Continent ont dû prendre leur destin en mains et donc s’imposer face à l’ogre russe. Effet positif ou négatif, les historiens le diront dans les années à venir, la position des Etats-Unis aura au moins eu le mérite de réunifier une Europe en panne, a minima, au ralenti. L’imprévisibilité du président russe associée à la nouvelle détermination des Européens et la volonté des Etats-Unis de régler au plus tôt un conflit en voie d’enlisement accouche d’une situation loin d’être réglée, même si, la prudence est de mise, l’on semble plus s’approcher de la fin du conflit que d’un statu quo impossible.

Bucarest, l’épine européenne

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle roumaine ouvre la voie à la potentielle arrivée d’un candidat d’extrême-droite à la tête de l’État. Mauvaise nouvelle pour une Union européenne à la position bousculée à l’échelle internationale et taraudée en son sein. Explications.

La probable arrivée de George Simion, candidat d’extrême droite, à la tête de la Roumanie n’a rien d’anodin et notamment pour l’Union européenne. Plusieurs raisons l’expliquent. Tout d’abord, bien que loin de Bruxelles, Bucarest reste la capitale d’un Etat pivot au sein de la partie orientale de l’Union européenne. Frontalière de l’Ukraine et de la Moldavie, pays tampon entre les deux territoires et ô combien sensibles, la Roumanie jouxte aussi la Hongrie, pays aussi en délicatesse avec l’Union européenne. Pour l’heure, naturellement, rien n’est entériné mais si les résultats du premier tour de l’élection présidentielle devaient se confirmer en portant à la tête de l’État George Simion, l’Union européenne abriterait deux pays aux relations compliquées avec Bruxelles.

Crise gouvernementale

Si la Hongrie de Viktor Orban se révèle clairement hostile aux règles européennes, l’europhilie des plus tièdes de George Simion laisse augurer un avenir chargé de tensions. Or, à l’heure où la géopolitique mondiale subit un bouleversement d’ampleur en raison de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, du conflit ukrainien en voie d’enlisement et de l’immobilisme de Vladimir Poutine, l’Union européenne se serait bien passée d’un nouveau caillou dans sa chaussure à même d’affaiblir son unité et son influence à l’échelle internationale. Tous les yeux sont donc tournés vers Bucarest qui essuie en outre une crise gouvernementale lourde, qui sans menacer sa stabilité, jette le trouble sur ses partenaires européens, interdits et interrogateurs à l’endroit du pays des Carpates et de la Transylvanie. Car s’il était déjà difficile de composer avec la Hongrie, il est à craindre qu’il soit aussi délicat de négocier avec un potentiel gouvernement d’extrême-droite roumain, ou autre d’ailleurs, sans compter le risque de contagion au sein de l’Union. L’extrême-droite, aux abois et en croissance dans de nombreux pays de l’Union européenne, verrait dans cette élection, une nouvelle légitimation de ses thèses eurosceptiques, arguant du fait que les questions identitaires sont devenues essentielles et prioritaires dans un ensemble européen prétendument déshumanisé, éloigné des préoccupations des citoyens européens. Concernant la Roumanie en revanche, il s’agirait plutôt d’une contestation de la répartition des richesses entre villes prospères et ruralité délaissée qui semble être à l’origine de la poussée du candidat d’extrême-droite. Pour autant, il conviendrait de ne pas sous-estimer la potentielle arrivée de George Simion à la tête de la Roumanie, pays de 19 millions d’habitants, qui reste, malgré tout, un poids lourd d’Europe orientale sur lequel il faudra compter, entre autre, au regard de la crise ukrainienne.

Questions sans réponses

Les 100 premiers jours de la présidence de Donald Trump ont donné lieu à un spectacle politique inédit. Entre annonces et volte face, bravades et humiliations, le Président des Etats-Unis plonge le monde dans l’incertitude et des sommes de questions sans réponse.

Entre annonces fracassantes à même de faire trembler le monde, à coups de volte-face tout aussi spectaculaires qu’inattendues, sans évoquer l’avalanche de mauvais goût en tout genre, les 100 premiers jours de la présidence de Donald Trump ne laissent pas sans commentaires. Car si c’était seulement une question de mauvais goût, d’aucuns, résignés et blasés, le toléreraient mais l’histoire ne s’arrête pas là, entraînée par une surenchère de décisions jugées totalement déconnectées de la réalité, comme, par exemple, la plus symptomatique, celle des droits de douanes. Bien qu’objet d’un moratoire qui sera levé au mois de juillet, ces derniers restent un sujet d’interrogations pour nombre d’économies et pour l’économie mondiale en règle générale. Après avoir battu en brèche le multilatéralisme qui prévalait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, multilatéralisme auquel les Etats-Unis ont largement contribué, Donald Trump a plongé la planète dans une forme d’angoisse et d’anxiété dont il semble beaucoup s’amuser.

Responsabilités

Soucieux, ou pas d’ailleurs, de satisfaire son électorat qui commence à se détourner et à se lasser de sa politique qui tient plus de bravades répétées que d’une logique de gouvernement établie et réfléchie, Donald Trump donne le sentiment de jouer avec sa présidence comme un enfant avec son hochet, ignorant les conséquences qui pourraient en découler y compris pour son propre pays. Après avoir bousculé les bourses mondiales, renvoyés les Européens à leurs responsabilités en matière de politique de défense (chose que Barack Obama avait commencé à évoquer lors de son premier mandat), tenu la dragée haute à la Chine, imaginé déplacer les populations gazaouis pour transformer la Bande de Gaza en Riviera du Moyen-Orient, humilié Volodymyr Zelensky sans pour autant parvenir à dompter les ambitions de Vladimir Poutine, le président des Etats-Unis propose un bilan qui interroge autant qu’il effraie et ce à peine 100 jours après son investiture en janvier dernier. Il reste donc quatre ans au Président de la première puissance économique mondiale pour briller par sa clairvoyance ou se compromettre dans des décisions toutes plus discutables les unes que les autres.

Mesures et impétuosité

Le Trump version I avait surpris le monde, le Trump version II l’effraie et l’inquiète. Et pour cause ! La question qui se pose alors est faut-il s’adapter à la nouvelle donne trumpienne ou développer un arsenal de mesures visant à contrer celles déjà prise par l’ancien magnat de l’immobilier ? Objectivement, s’adapter ou développer de nouvelles mesures revient finalement au même ; la mise en place d’une politique d’opposition étant aussi une forme d’adaptation. Pour autant, c’est aussi la question du coût économique et financier qui se pose en filigrane. L’Europe, l’Asie et l’Afrique, cette dernière des plus exposées, auront-elles les moyens et les capacités de s’opposer à l’impétuosité et l’imprévisibilité de Donald Trump ? In fine, et à y regarder de plus près, la présidence Trump se révèle être une succession de questions. Pour l’heure sans vraies réponses…

Indomptable Pékin ?

L’augmentation réciproque des droits de douanes engagée par les Etats-Unis et la Chine confine à l’affrontement entre les deux puissances commerciales rivales. Car si Donald Trump souhaite dompter l’Empire du Milieu, il s’avère que l’entreprise sera moins aisée qu’imaginée. Malheur au vaincu.

Déclencher la guerre commerciale avec l’espoir que celle-ci ait pour conséquences de régénérer le tissu industriel des Etats-Unis, tel est l’objectif de Donald Trump en relevant les droits de douanes tel qu’il l’a fait le 2 avril dernier. Dans son viseur, pelle-mêle, tous les partenaires commerciaux accusés d’avoir pillés l’Oncle Sam pendant des décennies dans un système de libre-échange, conçu par ailleurs par les Etats-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Et parmi, les accusés, la Chine avec ses 1,4 milliard d’habitants, seconde économie mondiale qui a décidé, pari risqué au regard de la fragilité actuelle de son économie, de relever ses droits de douanes à l’endroit de tous les produits provenant des Etats-Unis. Le bras de fer entre les deux géants a donc commencé et malheur au vaincu. Car si le relèvement des droits de douanes a pour conséquences d’effrayer l’Union européenne, la poussant à négocier plutôt qu’à s’imposer, à l’image de bien d’autres pays, la Chine, emmenée par Xi Jing Ping, n’a, pour sa part aucune intention de se laisser tenir la dragée haute par Washington car elle en a les moyens.

Taiwan et semi-conducteurs

Pourquoi et comment ? Parce qu’en détenant aujourd’hui 29 % des capacités de production mondiale, contre 9 % en 2004, en possédant près de 9 % de la dette américaine via l’achat de milliards de dollars de Bons du Trésor nord-américains (ndlr : 759 milliards de dollars sont détenus par la Banque de Chine) en étant industriellement en capacité de couvrir la quasi totalité des champs d’activité (excepté l’aéronautique et les semi-conducteur dont la production est concentrée à Taiwan expliquant aussi la volonté de Pékin de récupérer l’île),  en faisant preuve d’une très grande réactivité associée à une puissante capacité d’innovation adossées à des aides publiques lourdes, la Chine sait pouvoir défier les Etats-Unis. Si le risque, comme précédemment évoqué, reste réel pour l’Empire du Milieu, il n’est cependant que ponctuel, la Chine sachant pouvoir compenser, en partie tout du moins, les pertes potentielles générées par la fermeture du marché nord-américain par les gains possibles engendrés via les relations entretenues avec d’autres partenaires commerciaux mondiaux, à savoir l’Union européenne et l’Afrique.

Effets audibles

Affirmer que la Chine n’a rien à craindre du relèvement des droits de douanes des Etats-Unis est excessif mais avancer le fait que celle-ci est en mesure de contourner la décision afin d’en limiter les effets reste audible. La question qui émerge désormais est de savoir qui, des Etats-Unis ou de la Chine cédera le premier ? L’obstination volcanique de Donald Trump se retrouve confrontée au calme désarmant de la première puissance asiatique qui a pour elle, d’être dès lors et objectivement, devenue l’alliée du reste du monde. Avantage considérable dans un univers commercial chamboulé et menacé par des craintes croissantes de ralentissement majeur de l’économie mondiale qui pourraient propulser la Chine au rang de premier partenaire commercial mondial, la hausse des droits de douanes américains faisant office de repoussoir au profit de l’Empire du Milieu. Tout le contraire de ce qui était imaginé par Donald Trump.