Questions sans réponses

Les 100 premiers jours de la présidence de Donald Trump ont donné lieu à un spectacle politique inédit. Entre annonces et volte face, bravades et humiliations, le Président des Etats-Unis plonge le monde dans l’incertitude et des sommes de questions sans réponse.

Entre annonces fracassantes à même de faire trembler le monde, à coups de volte-face tout aussi spectaculaires qu’inattendues, sans évoquer l’avalanche de mauvais goût en tout genre, les 100 premiers jours de la présidence de Donald Trump ne laissent pas sans commentaires. Car si c’était seulement une question de mauvais goût, d’aucuns, résignés et blasés, le toléreraient mais l’histoire ne s’arrête pas là, entraînée par une surenchère de décisions jugées totalement déconnectées de la réalité, comme, par exemple, la plus symptomatique, celle des droits de douanes. Bien qu’objet d’un moratoire qui sera levé au mois de juillet, ces derniers restent un sujet d’interrogations pour nombre d’économies et pour l’économie mondiale en règle générale. Après avoir battu en brèche le multilatéralisme qui prévalait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, multilatéralisme auquel les Etats-Unis ont largement contribué, Donald Trump a plongé la planète dans une forme d’angoisse et d’anxiété dont il semble beaucoup s’amuser.

Responsabilités

Soucieux, ou pas d’ailleurs, de satisfaire son électorat qui commence à se détourner et à se lasser de sa politique qui tient plus de bravades répétées que d’une logique de gouvernement établie et réfléchie, Donald Trump donne le sentiment de jouer avec sa présidence comme un enfant avec son hochet, ignorant les conséquences qui pourraient en découler y compris pour son propre pays. Après avoir bousculé les bourses mondiales, renvoyés les Européens à leurs responsabilités en matière de politique de défense (chose que Barack Obama avait commencé à évoquer lors de son premier mandat), tenu la dragée haute à la Chine, imaginé déplacer les populations gazaouis pour transformer la Bande de Gaza en Riviera du Moyen-Orient, humilié Volodymyr Zelensky sans pour autant parvenir à dompter les ambitions de Vladimir Poutine, le président des Etats-Unis propose un bilan qui interroge autant qu’il effraie et ce à peine 100 jours après son investiture en janvier dernier. Il reste donc quatre ans au Président de la première puissance économique mondiale pour briller par sa clairvoyance ou se compromettre dans des décisions toutes plus discutables les unes que les autres.

Mesures et impétuosité

Le Trump version I avait surpris le monde, le Trump version II l’effraie et l’inquiète. Et pour cause ! La question qui se pose alors est faut-il s’adapter à la nouvelle donne trumpienne ou développer un arsenal de mesures visant à contrer celles déjà prise par l’ancien magnat de l’immobilier ? Objectivement, s’adapter ou développer de nouvelles mesures revient finalement au même ; la mise en place d’une politique d’opposition étant aussi une forme d’adaptation. Pour autant, c’est aussi la question du coût économique et financier qui se pose en filigrane. L’Europe, l’Asie et l’Afrique, cette dernière des plus exposées, auront-elles les moyens et les capacités de s’opposer à l’impétuosité et l’imprévisibilité de Donald Trump ? In fine, et à y regarder de plus près, la présidence Trump se révèle être une succession de questions. Pour l’heure sans vraies réponses…

Indomptable Pékin ?

L’augmentation réciproque des droits de douanes engagée par les Etats-Unis et la Chine confine à l’affrontement entre les deux puissances commerciales rivales. Car si Donald Trump souhaite dompter l’Empire du Milieu, il s’avère que l’entreprise sera moins aisée qu’imaginée. Malheur au vaincu.

Déclencher la guerre commerciale avec l’espoir que celle-ci ait pour conséquences de régénérer le tissu industriel des Etats-Unis, tel est l’objectif de Donald Trump en relevant les droits de douanes tel qu’il l’a fait le 2 avril dernier. Dans son viseur, pelle-mêle, tous les partenaires commerciaux accusés d’avoir pillés l’Oncle Sam pendant des décennies dans un système de libre-échange, conçu par ailleurs par les Etats-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Et parmi, les accusés, la Chine avec ses 1,4 milliard d’habitants, seconde économie mondiale qui a décidé, pari risqué au regard de la fragilité actuelle de son économie, de relever ses droits de douanes à l’endroit de tous les produits provenant des Etats-Unis. Le bras de fer entre les deux géants a donc commencé et malheur au vaincu. Car si le relèvement des droits de douanes a pour conséquences d’effrayer l’Union européenne, la poussant à négocier plutôt qu’à s’imposer, à l’image de bien d’autres pays, la Chine, emmenée par Xi Jing Ping, n’a, pour sa part aucune intention de se laisser tenir la dragée haute par Washington car elle en a les moyens.

Taiwan et semi-conducteurs

Pourquoi et comment ? Parce qu’en détenant aujourd’hui 29 % des capacités de production mondiale, contre 9 % en 2004, en possédant près de 9 % de la dette américaine via l’achat de milliards de dollars de Bons du Trésor nord-américains (ndlr : 759 milliards de dollars sont détenus par la Banque de Chine) en étant industriellement en capacité de couvrir la quasi totalité des champs d’activité (excepté l’aéronautique et les semi-conducteur dont la production est concentrée à Taiwan expliquant aussi la volonté de Pékin de récupérer l’île),  en faisant preuve d’une très grande réactivité associée à une puissante capacité d’innovation adossées à des aides publiques lourdes, la Chine sait pouvoir défier les Etats-Unis. Si le risque, comme précédemment évoqué, reste réel pour l’Empire du Milieu, il n’est cependant que ponctuel, la Chine sachant pouvoir compenser, en partie tout du moins, les pertes potentielles générées par la fermeture du marché nord-américain par les gains possibles engendrés via les relations entretenues avec d’autres partenaires commerciaux mondiaux, à savoir l’Union européenne et l’Afrique.

Effets audibles

Affirmer que la Chine n’a rien à craindre du relèvement des droits de douanes des Etats-Unis est excessif mais avancer le fait que celle-ci est en mesure de contourner la décision afin d’en limiter les effets reste audible. La question qui émerge désormais est de savoir qui, des Etats-Unis ou de la Chine cédera le premier ? L’obstination volcanique de Donald Trump se retrouve confrontée au calme désarmant de la première puissance asiatique qui a pour elle, d’être dès lors et objectivement, devenue l’alliée du reste du monde. Avantage considérable dans un univers commercial chamboulé et menacé par des craintes croissantes de ralentissement majeur de l’économie mondiale qui pourraient propulser la Chine au rang de premier partenaire commercial mondial, la hausse des droits de douanes américains faisant office de repoussoir au profit de l’Empire du Milieu. Tout le contraire de ce qui était imaginé par Donald Trump.

Un banal rassemblement

Si l’avenir de Marine Le Pen semble s’obscurcir, au profit de ses rivaux, c’est aussi l’image du parti d’extrême droite qui pâtit d’une condamnation altérant la réputation de probité et d’exemplarité d’une organisation tombée désormais dans le champ de la banalité vulgaire.

En condamnant, entre autres peines, Marine Le Pen à cinq d’inéligibilité, le tribunal judiciaire de Paris, a contribué, à son corps défendant, à la stratégie de victimisation, mais pas que, du Rassemblement National. Les cris d’orfraie poussés par la députée du Nord ont ainsi rajouté au psycho-drame politico-judiciaire qui s’est joué sous les yeux de militants sonnés. Mais passé les larmes de crocodiles, se pose la question de l’avenir politique de la chef de file de l’extrême droite française. Dans l’ombre, naturellement, Jordan Bardella, ne peut que se réjouir de la décision du tribunal, la condamnation de Marine Le Pen, si elle était confirmée en appel, lui ouvrirait les portes de l’investiture en vue de l’élection présidentielle, lui qui a la faveur des sondages, réalité qui n’est pas non plus sans irriter Marine Le Pen.

Fraude et détournement

Second point, toujours dans l’hypothèse d’une confirmation de la condamnation prononcée, il apparaît évident que les lendemains politiques de l’héritière de Jean-Marie Le Pen soit lourdement compromis tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle européenne. Pour autant, indépendamment de tous ces éléments, c’est surtout l’image du parti et de son discours qui sont altérés. Le Rassemblement National qui s’est fait depuis sa création, et bien avant encore lors de la naissance du Front National, le chantre et le thuriféraire de l’exemplarité et de la probité, tombe, comme tous ceux qu’il a dénoncé par le passé, sous les coups de la fraude et du détournement de fonds publics, européens qui plus est. Est-ce à dire que le Rassemblement National serait un parti comme les autres, au moins de ce point de vue là ? Il appartiendra à chacun de se forger sa propre opinion, mais, cyniquement parlant, cette condamnation et les faits qui sont reprochés à Marine Le Pen travaillent finalement, à la dédiabolisation d’un parti politique qui a fini par sombrer dans la banalité. Que restera-t-il donc du discours d’une organisation plus délétère que fondamentalement attractive ?

Repères politiques

En réalité, peu de chose, le message xénophobe du parti, encore une fois plus répulsif qu’incitatif, la faiblesse et la vacuité du travail parlementaire, à l’Assemblée ou au Parlement européen, achèvent de sanctionner un parti dont la spécialité reste plus d’aboyer que de mordre, de dénoncer que d’agir. Dans un sophisme certes rompu et aguerri qui séduit des électeurs en perte de repères politiques et idéologiques, le Rassemblement National a vu sa crédibilité largement entamé au point de perdre son pouvoir d’attraction. D’aucuns argueront, et à raison, que le Rassemblement National continuera à faire venir à lui des milliers d’électeurs mais la condamnation prononcée le renvoie à une forme de banalité qu’il voulait combattre par une prétendue exemplarité battue en brèche désormais. Tombé dans la vulgarité de l’existence politique, au même titre que d’autres formations parlementaires, le parti d’extrême droite se voit affublé du bonnet d’âne que d’autres ont porté avant lui. Honte à lui !

La guerre ou la paix ?

Si les conflits ukrainiens et moyen-orientaux s’éternisent, c’est aussi en raison de l’attitude des dirigeants qui les mènent, ici Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou, dont les intentions de pacification restent incertaines, interrogent à tout le moins.

De Vladimir Poutine à Benyamin Netanyahou, il serait pertinent de s’interroger si l’un et l’autre souhaitent la paix ? Non pas une paix temporaire, fragile et mal négociée, mais une paix, a contrario, durable et fondée sur les intérêts des belligérants. Car en continuant à bombarder la Bande de Gaza, le Premier Ministre israélien prouve tout le contraire et pousse à l’interrogation ; tout comme Vladimir Poutine en multipliant les attaques de drones sur Kiev ou l’Ukraine. La seconde question qui se pose alors est, pourquoi ces deux chefs d’État poursuivent cette logique belliqueuse quand s’imposerait, au regard des conditions humaines et militaires qui prévalent sur le théâtre des opérations, de cesser toutes hostilités. Concernant Vladimir Poutine, à l’avantage du terrain s’ajoute l’ascendant psychologique que celui-ci a sur son homologue, Donald Trump. Le Président des Etats-Unis, pressé de régler le conflit, serait prêt à tout pour sceller une paix durable, quitte à céder à de nombreuses compromissions propres à satisfaire Vladimir Poutine.

Aide militaire

Mais, objectivement, un constat s’impose aussi, le Président russe n’a pas fondamentalement besoin de Donald Trump, interlocuteur de circonstances qui voit aussi dans le règlement de la question russe, un moyen de légitimer sa stature internationale quand naît le doute sur sa politique intérieure au sein même de son électorat. A toute prendre,Vladimir Poutine, qui ne voit aucun inconvénient à poursuivre la guerre sachant pertinemment que les Etats-Unis n’iront jamais plus loin en terme d’aide militaire que là ils sont allés dans leur assistance à l’Ukraine, négocie avec le Président américain en toute quiétude en posant ses conditions dans un conflit qu’il a voulu et dont il fixera le terme. Quant à Benyamin Netanyahou, si la situation est diamétralement opposée à celle prévalant en Ukraine, celui-ci ayant engagé le conflit avec le Hamas au nom de la sécurité d’Israël, la logique guerrière du Premier Ministre israélien est mue par l’assurance du soutien des Etats-Unis dans une région qui redoute plus que tout un embrasement général, d’où les réactions globalement timorées des pays arabes voisins.

Doctrine Monroe

Froisser l’Oncle Sam pourrait avoir des conséquences lourdes, l’exemple irakien de 2003 l’a prouvé. Pour autant, Israël sait aussi que son action, critiquée et condamnée à l’échelle internationale, ne sera jamais suivie d’une quelconque intervention ou menace militaire visant à contraindre ou stopper son opération. Deux logiques guerrières, deux chefs d’État et une pierre angulaire, les Etats-Unis. Donald Trump qui souhaitait durant sa campagnes électorale renouer avec la doctrine Monroe et extraire les Etats-Unis du rôle de gendarme du monde (Barack Obama avait d’ailleurs aussi commencé à lancer le processus), se retrouve ainsi, non par devers lui, mais par nécessité, à arbitrer, essayer tout du moins, des conflits éloignés d’une nation soucieuse de son propre confort.

La table des certitudes

Convaincu de pouvoir contraindre Vladimir Poutine à la paix en Ukraine, quitte à flatter ce dernier, Donald Trump s’est heurté à toute la détermination sourde et implacable de l’homme fort du Kremlin, inflexible et maître du jeu.

Pendant sa campagne électorale, le candidat Donald Trump se vantait de pouvoir régler le conflit ukrainien en un jour. Nul n’y croyait naturellement mais le volontarisme qu’affichait l’ex-candidat interrogeait et laissait à penser que, peut-être, l’homme d’affaires pressé ferait plier Vladimir Poutine. Une fois à la Maison Blanche, la réalité du conflit s’est invité à la table des certitudes du nouveau président, bien obligé de s’adapter à un homologue qu’il connaissait déjà pour l’avoir éprouvé lors de son premier mandat. Certain de pouvoir cependant dompter l’ours russe, Donald Trump a multiplié les coups d’éclats allant jusqu’à humilier dans le Bureau Ovale, accompagné de J.D Vance, son vice-président, et devant la Terre entière un Volodymyr Zelensky défait, obligé à la contrition et à l’expiation, ce à quoi il ne s’est d’ailleurs pas contraint.

Démonstration de force

Sûr de son fait Donald Trump s’est donc fendu de communiqués toujours plus inquiétants pour le peuple ukrainien annonçant tour à tour la suspension de l’aide militaire et du renseignement américain pensant forcer Kiev à accepter les conditions de la paix voulue par les Etats-Unis et les Russes. Mais dans cette démonstration de force facile et gratuite, Donald Trump a oublié combien l’homme fort du Kremlin jouait sa propre partition se moquant des gesticulations américaines d’un président gouailleur quand Vladimir Poutine, froid et cynique, préférait les mots ciblés et les actes précis. Aujourd’hui, toujours dans cette logique où s’affrontent le feu et la glace, Donald Trump fait face au mur russe qui renvoie à son vis-à-vis toute la morgue et le mépris dont le président américain a fait preuve à l’endroit de Volodymyr Zelensky. L’arroseur arrosé doit désormais composer avec le bon vouloir de Vladimir Poutine qui ne lâchera pas une seule concession stratégique, des miettes tout au plus. Cette situation, loin d’être nouvelle, et que Donald Trump pensait pouvoir dénouer sans mal, perdure dans les faits depuis les premiers jours de l’invasion russe en Crimée en 2014 quand la communauté internationale a détourné les yeux sachant pertinemment que rien ne ferait reculer Vladimir Poutine qui ne s’arrêterait pas à la seule péninsule de la Mer Noire.

Tentatives et entrisme

Stratège éprouvé, formé au KGB, Vladimir Poutine possède cette qualité de pouvoir jauger les ambitions et les capacités de son adversaire. Il n’est peut-être d’ailleurs pas erroné d’avancer que l’homme fort du Kremlin a plus d’estime pour Volodymyr Zelensky que pour Donald Trump. L’avenir le dira mais si quelqu’un a aujourd’hui l’avantage, c’est bien Vladimir Poutine qui tient la paix entre ses mains. Les tentatives de séduction engagées par Donald Trump à l’endroit du président russe ont visiblement échoué, se heurtant au réalisme acide de l’ancien espion du KGB. Les conversations téléphoniques entre les deux hommes pourront se multiplier à l’envi : si Vladimir Poutine n’obtient pas ce qu’il veut, tout l’entrisme et tout le volontarisme clinquant de Donald Trump ne suffiront pas à le faire changer d’avis. Peut-être eût-il été judicieux que Donald Trump relise les vers de Pouchkine, lui qui a su si bien saisir toute la profondeur et le mystère de l’âme russe. Car pour l’heure, nul ne sait réellement ce que Vladimir Poutine exigera demain.

Damas, nouveau nœud gordien

Les affrontements et exécutions sauvages dont est victime la communauté alaouite et qui ont ensanglanté la Syrie préfigurent une guerre civile aux multiples conséquences d’envergure régionale. Explications.

Etait-ce à prévoir ? Les plus pessimistes l’affirmeront, les autres resteront, à tout le moins dubitatifs. Mais il apparaît aujourd’hui que la vendetta sanglante et aveugle qui s’abat en Syrie sur les populations alaouites, anciens soutiens, affirmés ou non, du clan Al-Assad, préfigure les contours d’une guerre civile à venir. Si le mouvement HTS, désormais au pouvoir, s’en défend en voulant donner des gages d’ouverture démocratique à la communauté internationale, il semble pourtant que les massacres qui ont émaillé ces derniers jours n’en sont qu’à leur début. Car il sera difficile d’arrêter des combattants et autres pourchassés de l’ancien régime de ne pas vouloir se venger de ceux qui, bien que factuellement innocents, incarnent les souffrances que l’ancien dictateur Bachar Al-Assad, et avant lui son père, leur a fait subir.

Faune et tensions

Parallèlement, il sera aussi très compliqué de séparer le grain de l’ivraie, à savoir que dans cette masse d’hommes et de femmes soucieux d’en découdre, va allègrement se fondre une faune d’hommes sans scrupules, agités de considérations diverses que cette furie sanglante sera à même de repaître. D’une guerre à l’autre, la Syrie est donc plongé depuis 2011 dans un chaos qui ne trouvera pas son épilogue avec l’arrivée de Ahmed Al-Charaa, le nouvel homme fort de la Syrie, présenté comme modéré et empreint d’apaisement. Là encore, les plus pessimistes avanceront l’idée que ce gouvernement n’est finalement qu’une organisation de transition, une de plus dans un pays qui en a connu d’autres et en connaîtra certainement d’autres. Mais la question qui émerge est donc de savoir comment apaiser durablement les tensions d’une nation pourtant centrale au Moyen-Orient, à l’influence forte et à la position stratégique ? La réponse se veut globale car le Proche-Orient, poudrière à ciel ouvert, d’autant plus après l’arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, appelle une solution d’ensemble et non parcellaire.

Vassalisation et bellicisme

Le Liban, frontalier, si vulnérable et si poreux aux influences extérieures doit pour sa part stabiliser sa situation politique afin de ne plus subir une forme de vassalisation de la Syrie et d’Israël. Celui-ci, embarqué dans une guerre sans fin contre le Hamas, guerre qui relève plus d’une opération militaire privée voulue et entretenue par Benyamin Netanyahou, devra conclure sans tarder une paix durable et ce avant que HTS, mouvement d’essence islamiste radical, ne viennent, a minima en nourrisse l’idée, aider des militants du Hamas malmenés par le bellicisme hébreu. In fine, cette guerre civile qui s’annonce , et qui finira aussi par progressivement restreindre les libertés individuelles dont celles des femmes, n’est en rien anecdotique ou à ranger au rayon d’énièmes confrontations lointaines. Dans un monde aujourd’hui intrinsèquement lié, où les alliances se forment et se déforment, Damas se pose comme un nouveau nœud gordien.

Du courage et de l’appétit

Prise en étau par la brutalité de Donald Trump et le cynisme mortifère de Vladimir Poutine, l’Europe brille aujourd’hui par sa lâcheté et son incapacité à tenir tête aux deux grands. Si elle veut s’émanciper, elle devra faire de courage. A quel prix ?

Etre humilié est une chose. Etre faible en est une autre. Les deux, aussi inconfortables qu’ils puissent être ne sont finalement pas répréhensibles. La première relève du peu d’intelligence et de délicatesse de celui qui administre cette humiliation ; la seconde, relève du jugement de valeur et se révèle finalement des plus relatives. L’Europe a connu, depuis l’accession de Donald Trump à la Maison Blanche les deux sentiments, tout comme elle les a connus avec le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022. Mais ce qui s’avère des plus dérangeants et des plus inquiétants, c’est la lâcheté sous-jacente ou clairement étalée de l’Europe face aux Etats-Unis de Donald Trump et la Russie de Vladimir Poutine. Lâche car incapable de tenir tête à un président nouvellement élu et qui agite la menace sécuritaire et économique comme une arme de destruction massive.

Coquille vide et Droits de l’Homme

Constat identique face au président russe auquel l’Europe, et la France en particulier, continue à acheter du gaz au pays dont il gère les destinées. D’aucuns, à raison ou pas, s’écrieront, que l’Europe n’a aucun moyen de contrarier les velléités de l’un ou de l’autre, que la puissance du premier s’allie au cynisme du second, l’Europe bafouée préférant se réfugier timidement, penaude, derrière des traités d’alliance, dont celui de l’OTAN, devenu pour ce dernier une coquille vide depuis que le vice-président J.D Vance a déclaré que l’Europe devait apprendre à se défendre seule. Alors passé le constat, pourquoi ne pas voir dans la volonté de Trump et Poutine d’éteindre la voix de l’Europe, l’opportunité de réinventer un continent qui dispose d’atouts et non des moindre. Sans en faire la liste complète, il serait de bon ton que le Vieux Continent fasse valoir sa majorité politique, diplomatique et militaire. Car elle en a les moyens sauf à vouloir devenir les vassaux silencieux de deux despotes en puissance dont l’objectif final n’est en rien l’intérêt général mais leurs intérêts propres baignés d’un populisme brutal, arrogant et condescendant. A force de brandir l’étendard d’un humanisme bienveillant, d’un atlantisme bercé d’illusions et de Droits de l’Homme incapables de contenir les pulsions destructrices de certains, l’Europe et l’Union européenne ont laissé passer le train des bouleversements géopolitiques en cours depuis déjà plusieurs années.

Sécurité et dissuasion

Convaincu de la fraternité des Etats-Unis, du pragmatisme poutinien, l’Europe s’est laissée abuser tout en se mentant à elle-même par facilité. Au pied du mur, elle doit désormais s’assumer quitte à froisser ou irriter le duo Trump – Poutine qui œuvre contre elle, la tâche étant rendue des plus faciles par l’absence d’actes et de réactions capables de freiner les deux grands. En abandonnant sa sécurité aux Etats-Unis, en désertant le champ diplomatique, en tergiversant sur l’aide en l’Ukraine (ouvrant ainsi la vie à la réaction de Donald Trump que à laquelle on a assisté dans le Bureau Ovale), l’Europe a perdu toute forme de crédibilité ce qui est peut-être encore pire que la lâcheté dont elle fait preuve. Et d’aucuns d’avancer la question de la dissuasion nucléaire confiée à la France et au Royaume-Uni. Là encore la question ne laisse pas sans interroger : quels moyens matériels déployer, où en Europe, qui le financerait et dans quelle limites budgétaires ? Devenir indépendant à un coût et pas seulement militaire car celui-ci est nécessairement servi par des obligations économiques qui pourraient rencontrer l’hostilité des peuples. Partant de la doctrine Si vis pacem para bellum, le Vieux Continent prend aussi le risque de braquer la Russie voire les Etats-Unis de Donald Trump qui entend vassaliser l’Europe, tout comme l’Ukraine, et non pas la voir s’émanciper en totalité. Car in fine, il s’agit bien d’une question de courage. Celui de tenir tête à deux pays à l’appétit, non pas insatiable mais certain. A l’Europe de montrer que le frigidaire n’est plus ouvert.

La course à l’échalote

Sous couvert d’augmentation des droits de douanes pour les produits issus de l’Europe et de la Chine, les Etats-Unis de Donald Trump ouvrent une guerre commerciale aux conséquences incertaines mais porteuse de tensions croissantes. Jusqu’à quand ?

En annonçant une hausse des droits de douanes sur les produits issus de l’Union Européenne puis désormais de Chine, Donald Trump poursuit son offensive commerciale visant à protéger, du moins le pense-t-il, les intérêts économiques des Etats-Unis à l’échelle planétaire. Le locataire de la Maison Blanche confirme sa croyance en un libéralisme sauvage, presque primal qui prévalait aux premiers âges de l’idéologie visant à promouvoir sans limite la libre entreprise. Cette posture n’est pas nouvelle puisqu’au début des années quatre-vingt, Ronald Reagan avait lui aussi tenté de déréguler les voies commerciales avec, a posteriori, un certain succès. Pour autant, si cette hausse des droits de douanes était globalement plus attendue que redoutée, elle appelle donc une réaction des zones ou des pays concernés avec des conséquences qui pourraient elles se révéler inattendues.

Chine et course à l’échalote

A n’en pas douter Chine et Union Européenne vont certainement relever leurs propres droits de douanes à l’égard des produits issus des Etats-Unis, et ce afin de compenser l’augmentation initiale. Jusque là, rien d’on ne peut plus classique. Autre conséquence, et non des moindre, alors que Donald Trump a fait de l’Asie et de la Chine en particulier des objectifs déclarés, il n’est pas impossible qu’Européens et Chinois opèrent, par une alliance d’intérêt objective, un rapprochement qui aurait pour finalité de contrarier, tout en y trouvant un fruit commun, la politique économique extérieure nord-américaine. Le dernier point qui interroge encore car il n’a pas vu s’esquisser l’once d’une réponse est donc de savoir quand s’interrompra cette hausse des droits de douanes. Dans une course à l’échalote au parfum malsain, d’aucuns devinent et ressentent une tension croissante entre les Etats-Unis et leurs partenaires même s’il est peut-être encore abusif de les nommer encore ainsi. Pour autant, il est évident que l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche a considérablement modifié les rapports commerciaux qui prévalaient jusqu’alors. Tout comme en matière de relations diplomatiques où régnait dans un accord général le multilatéralisme désormais enterré, le président nord-américain a fait voler en éclat le consensus économique et commercial de relations apaisées où chacun pouvait, à sa mesure, trouver un intérêt.

Déstructuration et strapontin

Convaincu par une doctrine qui lui est propre et à laquelle adhère manifestement de nombreux Américains et qui tend à faire des Etats-Unis la première puissance mondiale, ce qu’elle était d’ailleurs avant l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, l’actuel président des Etats-Unis déstructure une organisation d’envergure mondiale à des fins de pouvoir personnel adossé à quelques magnats des nouvelles technologies avides de profits. Il n’y a donc rien de bon à attendre de cette surenchère douanière sauf à assister à la croissance des tensions entre continents ou zones d’influence. L’Europe, longtemps assise sur le strapontin que les Etats-Unis leur laissaient, a peut-être l’opportunité d’enfin se fédérer autour d’un projet économique, commercial, diplomatique et militaire commun. Mais la lenteur des acteurs concernés, les intérêts divergents notamment de la France et de l’Allemagne si proche des Etats-Unis pour cette dernière, sont autant d’entraves et d’embûches à une parole unique et une action concertée à même de s’opposer à celle d’un pays actuellement loin de l’image que nous avions l’habitude d’avoir.

Le calice jusqu’à la lie

En mettant fin au multilatéralisme qui prévalait depuis 1945 et en rendant aux Européens, la responsabilité de leur propre sécurité, Donald Trump a posé les bases d’une nouvelle diplomatie mondiale : les Etats-Unis, la Chine, la Russie et les autres.

Humiliés, ridiculisés et infantilisés. Voilà les trois adjectifs qui peuvent qualifier les Européens au lendemain de la conférence de Munich où J.D Vance, le vice-président des Etats-Unis a posé sans forme ou précautions les termes des futures relations diplomatiques avec le vieux continent. Désormais, les chancelleries de Paris, Berlin, Londres, Rome et consort devront compter sans les Etats-Unis pour assurer leur sécurité, renversant la table de quatre-vingt ans de multilatéralisme issu de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs raisons expliquent cette attitude qui renvoie l’Europe au simple rang de préoccupation secondaire, voire de vase de mauvais goût dont on ne sait que faire et que l’on pose agacé en désespoir de cause sur un coin de meuble. La première réside dans la volonté de Donald Trump de se défaire des obligations de l’ancien monde, de contraintes politiques, perçues par lui comme tel en tous cas, qui entraveraient la marche en avant des Etats-Unis. Réduit à un simple espace économique, un lieu d’échange commercial, l’Europe ne vaut pas plus au yeux de Donald Trump que l’importance que celui-ci entend lui donner : faible.

Négociations et Terres rares

Deuxième raison, accélérer la résolution du problème ukrainien en échangeant directement avec les Russes afin de pouvoir se concentrer sur l’ennemi numéro un des Etats-Unis, la Chine. Les négociations engagées avec Vladimir Poutine, sous les yeux ébahis d’Européens encore spectateurs de leur Histoire, mettent en évidence la volonté du Président Trump de se défaire des chaînes de négociations à rallonge, et ce même si les dites négociations devaient offenser des Européens dépassés et sonnés par l’interventionnisme trumpien et écarter des Ukrainiens instrumentalisés. Dernière raison, la nécessité pour le locataire de la Maison Blanche de donner corps à ses promesses de campagne en désengageant au maximum les Etats-Unis des affaires internationales. Le règlement de la question ukrainienne ne sera naturellement pas exempte de retour sur investissement, Donald Trump entendant profiter des Terres rares ukrainiennes essentielles dans la fabrication des outils des nouvelles technologies si chères à Elon Musk, Mark Zuckerberg ou encore Jeff Bezos. En capitaliste qui se respecte, Donald Trump considère comme juste de tirer profit de toute opération, fut elle politique ou financière.

Insignifiants et et divisée

Quant aux effets collatéraux, ici la timide réaction des Européens contraints de trouver dans l’urgence une parade pour assurer une défense commune durable dans un monde en perpétuel mouvement, ils apparaissent à Donald Trump comme négligeables, voire insignifiants. Longtemps pétrie d’une forme de suffisance issue de son histoire diplomatique, par certains aspects peu glorieuse par ailleurs, l’Europe se voit traitée à la hauteur de ce qu’elle est devenue à l’échelle internationale : un acteur parmi tant d’autres, dépassée par la lutte que se livrent désormais Etats-Unis, Russie et Chine. Dans un monde à nouveau polarisé, entre les trois géants cités précédemment, il devient très difficile pour le vieux continent non seulement de compter mais aussi d’exister. Partagée depuis trois ans sur la nature et la portée de l’aide à apporter à l’Ukraine, divisée sur l’entrée de cette dernière dans l’OTAN ou l’Union Européenne, les Continentaux ont laissé passer le train de la responsabilité pour en laisser la direction à d’autres, ici Donald Trump et Vladimir Poutine. Et rien ne laisse présager qu’ils accepteront de stopper le convoi pour que d’autres puissent monter à bord…

Rideau de fer et zone tampon

Pressés de régler la question ukrainienne, Donald Trump et Vladimir Poutine ambitionnent de transformer l’Europe orientale en zone tampon qui leur éviterait une confrontation directe. Explications.

Il est devenu commun d’affirmer que la guerre en Ukraine débuté il y a presque trois ans désormais a rebattu les cartes de la géopolitique européenne. L’appétit de la Russie de Poutine n’a finalement pas trouvé d’opposition crédible et suffisamment armée, hormis les Etats-Unis, pour contrarier ses ambitions. Pour autant, une réalité s’impose aujourd’hui : Il faudra composer avec une Russie conquérante, ou du moins, pétrie d’ambitions territoriales sur le continent et ce au moins tant que Vladimir Poutine sera Président. Qui donc pour canaliser l’ancien agent du KGB ? D’aucuns, et à raison, pensent évidemment aux Etats-Unis, qui sont les seuls, à tous points de vue, capables de s’opposer à Vladimir Poutine. La question est donc de poser les termes du compromis qui va unir les deux géants en faisant de la sécurité de l’Europe orientale l’enjeu majeur des négociations à venir.

Ukraine russe et gendarme du monde

Que ce soit Donald Trump ou Vladimir Poutine, les deux ont, d’évidence, intérêt à s’entendre sur la question sécuritaire. Si le centre de gravité s’est déplacé, dans un monde post Guerre Froide, de l’Europe occidentale vers l’Europe orientale, les deux protagonistes ne sont en rien enclins à s’affronter directement, cherchant de fait une zone tampon dont l’Ukraine pourrait faire les frais. C’est ce que la récente déclaration du président Nord-Américain laisse entendre subliminalement en affirmant qu’un jour, « l’Ukraine pourrait être russe… » La phrase laisse rêveur et ouvre un champ de commentaires et de suppositions multiples qui ravissent le locataire du Kremlin qui n’en attendait pas tant. Est-ce à dire qu’il existe une alliance tacite et objective entre Donald Trump et Vladimir Poutine ? La réponse officielle est non et les Etats-Unis, en gendarme du monde, soutiennent l’Ukraine agressée. Officieusement, la situation est tout autre et redessiner les frontières de l’Europe orientale n’est en rien un problème pour le Président Trump pour qui un déplacement de population, comme annoncé à Gaza, n’en est déjà pas un, alors repenser des frontières….

Désengagement et Pologne

Autre point, et non des moindre, voir l’Ukraine subir des découpages territoriaux aux conséquences géographiques, humaines et économiques lourdes sans que celle-ci soit en mesure de pouvoir donner son avis. Ballottée entre les velléités expansionnistes russes et la volonté de désengagement des Etats-Unis voulue par Donald Trump, l’Ukraine pourrait ainsi se transformer en nœud gordien que peu oseront trancher, sacrifiée sur l’autel de la tranquillité, ou du moins supposée comme telle, comme le fût la Pologne en 1939, abandonnée à l’Allemagne nazie contre une paix qui vola en éclat. Traitée au chapitre des affaires courantes, la question ukrainienne risque d’échapper aux premiers concernés, les Ukrainiens, au profit de Vladimir Poutine, conforté dans les prétentions territoriales actuelles et à venir, de Donald Trump, pressé de régler une question diplomatique vue comme une scorie à évacuer dans les meilleurs délais.