La gauche ! Quelle gauche…?!

L’absence de discours crédible au sein de la gauche française explique en partie la désaffection d’un mouvement politique cantonné au rang de supplétif parlementaire et enfermé dans une opposition systématique stérile au Président de la République. Explication d’un gâchis politique et historique..

L’histoire retiendra, si tant est qu’elle s’en accorde le luxe, que la première motion de censure déposée contre le gouvernement Attal a été repoussée par l’Assemblée Nationale. Une goutte d’eau dans les pérégrinations parlementaires de la représentation nationale. Ce qui est en revanche plus inquiétant tant du point de vue politique que du point de vue de la pluralité démocratique, c’est que cette motion déposée par les quatre groupes de gauche ne soit pas parvenue à inquiéter un gouvernement dont les orientations libérales ne sont désormais plus qu’un secret de polichinelle. Pis ! Deux questions se posent désormais avec acuité alors qu’approche lentement mais sûrement 2027 : où est la gauche française et où en est la gauche française. Portée à bout de bras par La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon qui ne parvient pas cependant à incarner toutes les aspirations et les sensibilités de gauche, celle que l’on qualifiait par le passé de formation progressiste est, paradoxe absolu, en retrait et sur le reculoir depuis la première élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République.

Virage manqué

Les raisons qui peuvent expliquer cette désaffection sont nombreuses, à commencer par le siphonnage en règle effectué par les groupes parlementaires En Marche et Renaissance qui peinent même aujourd’hui, sans les émouvoir pour autant, à offrir une aile gauche à leurs mouvements. Longtemps parti de gouvernement, la gauche française, qui a manqué le virage de la social-démocratie au milieu des année quatre-vingt paye désormais son aveuglement sur de nombreux sujets (Education, salaires,…), celle-ci préférant se concentrer sur la lutte contre les inégalités dont elle n’a pas su entraver le creusement laissant par effet de ricochet la question sociale au Rassemblement national. Aveuglement mais aussi dogmatisme incompatible avec la réalité sociale et économique face à une mondialisation qui appelait souplesse et adaptation et non pas fermeté et maladresse, la loi El Khomry, votée sous la présidence de François Hollande incarnant parfaitement ces erreurs ou ces aveuglement.

Symbiose

Donc se reposent les questions initiales. Et force est de constater que le bilan est peu flatteur. Discréditée dans l’opinion, mal relayée au sein de cette dernière, peu lisible dans son discours plus articulé autour d’un anti-macronisme répétitif que d’un ensemble de propositions en symbiose avec l’histoire de la gauche et les attentes sociales de l’opinion, la gauche française, qui doit en plus subir les outrances de Jean-Luc Mélenchon, traîne sa misère dans un paysage politique où domine un libéralisme agressif et sauvage. En outre, si ce même libéralisme aux relents d’archaïsme nauséabonds par certains aspects occupe tant de place c’est plus en raison des manquements de la gauche à occuper le terrain avec pertinence que par hégémonie naturelle des mouvements libéraux contemporains. Le chemin de rédemption semble donc bien long pour un mouvement politique dont l’offre à ce jour se résume à LFI laissant Parti Socialiste, Radicaux de Gauche et Parti Communiste loin de tout. Y compris du monde dans lequel ils évoluent.

Matignon, à quitte ou double

Si le bras de fer engagé par les agriculteurs avec le Gouvernement trouvera nécessairement une issue, celui-ci n’est rien au regard des obstacles qui attendent le nouveau Premier Ministre Gabriel Attal. Entre dimension politique de la fonction et aspect technique, le locataire de Matignon joue soit sa mise sur orbite soit sa crédibilité politique. Explication.

Le nouveau Premier Ministre, Gabriel Attal, n’imaginait certainement pas un tel baptême du feu. La crise ouverte entre le Gouvernement et les agriculteurs, une partie de la profession en tous cas, met le locataire de Matignon sous les feux des projecteurs et la nécessaire réponse à apporter au monde agricole. Si dans l’instant, cette crise, comme toutes les précédentes, paraît exigeante dans sa résolution, elle ne sera, par définition, qu’aiguë et ponctuelle. Pour autant, celle-ci pourrait aussi laisser des traces et empoisonner l’avenir proche ou lointain de Gabriel Attal. Lui à qui de nombreux observateurs prêtent de grandes ambitions, de rêver à un dessein national, a l’occasion ici, soit de sortir par la grande porte et de gagner ses galons de chef de la majorité présidentielle, soit d’échouer et de voir alors son passage à Matignon se transformer en chemin de croix, confirmant par là même l’expression consacrée reprise par ses multiples prédécesseurs, à savoir que Matignon était un enfer. Car la crise des agriculteurs n’est certainement que la première sur la liste de toutes celles à venir. Artisans-taxis, professionnels du bâtiments, enseignants, autant de corporations fatiguées, et elles ne sont pas les seules, qui attendent beaucoup du nouveau Premier Ministre.

Peau de banane

La montagne de difficultés qui attend Gabriel Attal n’est pourtant pas la plus dangereuse quand on songe à tous ses rivaux directs, au sein ou à l’extérieur de la majorité, qui sont prêts à déposer sur son chemin, déjà étroit et glissant, une peau de banane. Ainsi, compte tenu de cette description, convenons que la marge de manœuvre pour le Premier Ministre est faible. La fonction, technique, est aussi immensément politique, elle qui donne à son titulaire tous les aperçus de la fonction suprême sans pour autant l’exercer. Et nombreux ont été ceux à s’y brûler les ailes quand ce ne furent pas leurs ambitions présidentielles qui en subirent les frais. De Michel Rocard à Lionel Jospin en passant par Edouard Balladur, entre autres, tous ont dû renoncer à la charge suprême non pas par incompétence mais car la dimension politique de la fonction associée à l’aspect technique et décisionnaire qu’elle véhicule usent et abîment des individus épuisés par un pouvoir cannibale. Est-ce à dire que la fonction revêt finalement les attributs d’un fusible présidentiel ? La réponse est clairement oui. Elizabeth Borne en ayant fait à son tour et comme d’autres avant elle, l’expérience. Gabriel Attal, tout frais émoulu, sera dans les jours et les semaines à venir confronté à la réalité du pouvoir, aux effets directs des orientations voulues par le Président de la République. Et à cette heure, combien les barrages des agriculteurs doivent paraître presque anecdotiques au regard de toutes les embûches dressées sur son chemin.

Gaza, martyr et objet politique

Alors que les combats dans la bande de Gaza font encore rage, d’aucuns s’interrogent sur la durée d’un conflit qui semble appelé à durer. Benyamin Netanyahou, Premier ministre israélien, conscient de ses forces et de ses appuis, sait aussi que un affrontement long reste à son avantage.

Il est fort probable, pour ne pas dire certain, que le conflit engagé entre le Hamas et Israël se prolonge durant toute l’année 2024. Les deux belligérants, respectivement sûrs de leur fait, n’ont, là encore et ce à l’aune des faits actuels, l’intention de reculer. Le Hamas, bien que pris au piège dans la bande de Gaza, n’abandonnera pas son objectif suprême, à savoir la destruction d’Israël, à tout le moins, y participer activement. Pouvant compter sur les milices chiites du Hezbollah implantées au Liban Sud, le groupe armé sait aussi que sa tactique militaire articulée autour du harcèlement de l’État hébreu, tend à exacerber une opinion israélienne non sans question quant à l’opération menée par Tsahal. Parallèlement, Israël, aussi convaincu de son bien-fondé dans cette opération, n’entend pas, fusse au prix de dizaines de victimes civiles gazaouis, abandonner ses objectif. Benyamin Netanyahou, qui a personnellement pris ce conflit en charge, sait aussi jouer son avenir politique sur l’issue d’un conflit qui s’appuie sur une rhétorique aussi simple que martiale : La sécurité d’Israël passe par la destruction du Hamas. Deux blocs idéologiques se font donc face désormais. Le bras de fer engagé, aux multiples victimes collatérales, pourrait cependant se régler si Israël acceptait une solution dite à deux Etats.

Année électorale et négociation

Sauf que Tel-Aviv n’entend en rien céder à cette option, pourtant soutenue par les Etats-Unis et l’Administration Biden, obligés de composer avec les exigences de Benyamin Netanyahou, et ce pour une raison simple : l’année 2024 est une année électorale aux Etats-Unis. Il convient dès lors pour Joe Biden et Anthony Blinken, son secrétaire d’État aux Affaires étrangères, d’aboutir à une solution avant Novembre. Peu probable devant l’entêtement de Benyamin Netanyahou qui a finalement tout intérêt à encore user du soutien des Etats-Unis, et ce même si Donald Trump devait réoccuper la Maison Blanche à compter de janvier 2025. Car ce dernier n’hésiterait en rien à soutenir Benyamin Netanyahou dans ses objectifs. Si pour l’Administration Biden, obtenir un cessez-le-feu pour engager une négociation, qui aboutirait à réhabiliter les Accords d’Oslo de 1993 signés entre Yasser Arafat et Itzak Rabbin, est une priorité, elle l’est moins, voire pas du tout, pour Israël ; L’État hébreu ayant, ô combien, compris que le temps jouait pour lui, quelque soit le futur locataire de la Maison Blanche. Entre action militaire disproportionnée et cynisme, Benyamin Netanyahou sait tenir son principal allié par des obligations tout à la fois politiques et historiques.

Fin et stabilité

Est-ce à dire que la guerre de Benyamin Netanyahou sera sans fin, du moins tant que la physionomie de celle-ci ne prendra pas la forme que le Premier ministre israélien attend ? Il appartient à chacun de répondre à la question à l’aune de ses convictions ? Pourtant, dans l’intervalle, le mutisme assourdissant des pays arabes alentours devrait cependant inquiéter l’Israël. Car si le risque de voir ces derniers intervenir au nom d’un panarabisme, qui n’a jamais réellement réussi à se structurer, reste faible, le potentiel embrasement de la région avec les conséquences directes sur les équilibres géopolitiques et tout particulièrement les conditions d’extraction et de transport du pétrole pourraient à terme irriter des Etats, peu enclins à se voir priver de stabilité sociale, fût-elle acquise par la coercition, et revenus financiers lourds, et les pousser à montrer plus véhéments qu’ils ne le sont actuellement. Ainsi, la guerre menée par Benyamin Netanyahou, plus qu’une tragédie humaine, prend-t-elle le risque d’enflammer une région entière qui n’aspire pourtant qu’à la paix.

Rengaine présidentielle

L’élection du Président des Etats-Unis en novembre prochain constituera l’épicentre des futures relations internationales au regard des conflits menées en Ukraine et contre le Hamas. Car avec la potentielle élection de Donald Trump, l’environnement diplomatique apaisant voulu par Joe Biden pourrait sombrer dans une radicalité lourde de conséquences.

Voilà une musique qui revient tous les quatre ans et qui provient du Nouveau Monde, quand celui-ci incarné par les tout-puissants Etats-Unis, s’apprêtent, et c’est la cas cette année, à élire leur président. Sans surprise, encore que, se profilent à l’horizon les deux derniers candidats à la magistrature suprême, Joe Biden et Donald Trump. Ce dernier, que l’on croyait définitivement écarté de la course à la Maison Blanche en raison des multiples scandales qui ont émaillés son unique mandat (2017 – 2021), notamment son rôle dans l’assaut du Capitole en janvier 2017, se pose finalement aujourd’hui en très sérieux rival du président sortant. Alors, que changerait l’élection de Donald Trump vu d’Europe et du reste du monde en règle générale.

Adhésion et proximité

Deux éléments essentiels, de nature diplomatique seraient ainsi au menu du nouveau président. Tout d’abord, l’aide apportée par les Etats-Unis à l’Ukraine dans le conflit qui l’oppose depuis février 2022 à la Russie n’a jamais remporté l’adhésion de l’ancien président. Sa campagne électorale, hier comme aujourd’hui, articulée autour du slogan L’Amérique d’abord (America first), pourrait sonner le glas de l’assistance américaine à la république d’Europe centrale. Donald Trump n’ayant jamais caché sa proximité avec Vladimir Poutine, ce-dernier étant d’ailleurs intervenu dans son élection en 2016 via des moyens informatiques illicites, aurait là l’opportunité de renforcer ses liens avec le chef du Kremlin en privant l’Ukraine d’un allié précieux tout en laissant le champ libre à Moscou, sauf à voir l’Union européenne, chose peu probable, s’affirmer comme une puissance militaire et diplomatique à même de remplacer en totalité l’aide des Etats-Unis, Donald Trump n’attendant que çà. Deuxième point, le conflit israëlo-palestinien. Si les Etats-Unis restent depuis les années soixante le premier soutien de l’État hébreu, l’évolution de la situation actuelle à Gaza et au regard du conflit dans sa globalité, pourrait cependant pousser Donald Trump à la prudence, à l’image de celle qui prévaut aujourd’hui dans la diplomatie menée par Joe Biden et Anthony Blinken.

Cocotte-minute diplomatique

Un soutien trop affiché à Israël aurait pour conséquence immédiate d’irriter plus encore l’Iran mais aussi le Hamas et le Hezbollah, sans compter les puissances arabes certes silencieuses jusqu’à présent mais qui pourraient aussi s’agacer de l’interventionnisme des Etats-Unis. Le Proche-Orient, cocotte-minute diplomatique s’il en est, constituera sans nul doute, peut-être plus encore que la question ukrainienne, un des points d’ancrage de la campagne de Donald Trump conscient que son électorat protectionniste exacerbé sera plus enclin à soutenir Israël que l’Ukraine. Dans un contexte de dégradation économique latent associé au pourrissement des deux conflits cités, Donald Trump pourrait, une fois encore, apparaître comme la bouée de sauvetage d’une partie de la population des Etats-Unis peu regardante sur la forme employée pour résoudre les problèmes tant que le contenu, aussi inadapté soit-il, répond aux attentes isolationnistes d’une nation finalement divisée.

Trop de bornes !? On change le moteur !

Le prochain Premier Ministre, et avec lui le nouveau gouvernement, aura pour tâche de relancer un quinquennat aux portes de l’immobilisme. Mais qui parmi le personnel politique à la qualité des plus discutables sera en mesure de relever un tel défi ?

La tentation est grande quand un quinquennat s’essouffle de pousser vers la sortie, avec une avalanche de remerciements dont on se demande s’ils respirent la sincérité ou exsudent l’hypocrisie, le Gouvernement en place, en tête le Premier Ministre. Voilà le scénario auquel est confronté aujourd’hui et dans les heures qui viennent, le Président Macron. Son Premier Ministre, de l’avis de tous les observateurs, usé jusqu’à la corde et qui a certainement effectué son baroud d’honneur lors du vote de la loi Immigration en décembre dernier, a donc donné sa démission. Tel le condamné s’avançant les yeux bandés sur la passerelle qui se conclut par le vide (sauf qu’en l’occurrence point de bandeau), Elizabeth Borne savait son destin scellé. Certes. Donnée partante depuis plusieurs jours, aucun signe avant coureur n’avait pourtant laissé place à l’ombre d’une interprétation. Désormais, hors du jeu politique, se pose la question ritualo-constitutionnelle : qui pour la remplacer ? D’aucuns argueront du fait que les prétendants ne manquent pas.

Politique et symbolique

Mais le Président Macron, soucieux de relancer son mandat afin de le conclure dans les meilleures conditions, cherchera un successeur digne de sa confiance et là, en revanche, la liste se réduit considérablement. Or le choix du successeur, sera éminemment et tout à la fois politique et symbolique. Issu de l’aile gauche du mouvement présidentiel, et le quinquennat prendra une orientation plus sociale ; issu de l’aile droite, une connotation plus libérale. Parallèlement, un constat s’impose aussi : la médiocrité du personnel politique ne laisse place qu’à peu d’options au regard des enjeux qui se présentent. Car il faudra tout à la fois contenir la poussée des extrêmes, satisfaire les classes populaires sans blesser ou heurter syndicats et patronat. Rien que de très normal pourrait-on arguer mais la physionomie politique du pays est telle que l’exercice qui relevait de la routine il y a encore dix ou quinze ans s’assimile aujourd’hui à une vraie gageure. Et celui ou celle qui sera amené à la relever sera appeler à souffrir dans ce que nombre d’anciens Premiers Ministres nommaient l’enfer de Matignon.

En panne

Pour autant, le choix du Président Macron sera disséqué et analysé sous toutes se formes, ne serait-ce que pour essayer de comprendre la ligne de conduite d’un exécutif quelque peu déboussolé. Longtemps maître du jeu, Emmanuel Macron se retrouve aujourd’hui aux commandes d’un navire en panne de gouvernail mais aussi de cap précis, le second étant peut-être pire que le premier, mais entre la peste et le choléra…Bref ! In fine, le successeur d’Elizabeth Borne et les ministres qui l’accompagneront auront pour tâche de redonner vie à un mandat déjà fatigué, épuisé par le « en même temps » cher au Président qui par ce remaniement cherche avant tout à ne pas tomber dans l’immobilisme, lui qui par deux fois, s’est justement fait élire sur l’idée de combattre cette inertie propre à l’ancien monde qui pourtant ne cesse de lui revenir à la figure.

Netanyahou, l’hubris et Créon

En avertissant Benyamin Netanyahou d’un risque de perte du soutien international dans son combat contre le Hamas, Joe Biden ouvre une porte de sortie honorable Israël. Mais charnellement lié au conflit, le Premier Ministre israélien sait son destin scellé en cas de dérive du conflit.

En affirmant qu’Israël était progressivement en train de perdre le soutien international dans sa guerre contre le Hamas via ses bombardements aveugles touchant indifféremment civils et combattants du mouvement terroriste, Joe Biden a jeté un pavé dans la mare. Certain que ses propos seraient entendus par le Premier ministre Benyamin Netanyahou, le président des Etats-Unis espère que l’État hébreu finira dans les plus brefs délais par canaliser et probablement assouplir son intervention militaire et pour cause : Les Etats-Unis figurent parmi les rares soutiens à Israël. Pourtant, ce conflit, ouvert après le 7 octobre, apparaît, comme une forme de fuite en avant de la part de Benyamin Netanyahou, dont le Cabinet, contesté dans sa composition par la Maison Blanche qui le juge beaucoup trop sévère et va-t-en-guerre, pousse pourtant à accentuer l’offensive. Mais le Premier ministre israélien sait aussi qu’une interruption de l’offensive ou l’acceptation d’une solution à deux Etats – Israël et Palestine – signerait la fin de sa carrière politique.

Dégâts collatéraux

Car pour avoir intrinsèquement lié son destin politique à celui d’Israël et de ce conflit en particulier, Benyamin Netanyahou, par hubris, a certainement franchi la frontière qui sépare la carrière du destin. Tel Créon qui exposa le corps de Polynice au soleil de Thèbes, Benyamin Netanyahou a lié sa trace dans l’Histoire à celle de l’éradication du Hamas, fusse au prix de victimes civiles, vues comme des dégâts collatéraux, à un conflit perçu comme vital par le Premier ministre israélien. Et la question de se poser : l’est-il finalement ? Aux yeux de Benyamin Netanyahou assurément. Mais dans une optique à long terme, les bombes qui ont jeté sur les routes des milliers de gazaouis sont autant de prétextes dans les années à venir pour la jeunesse palestinienne pour encore mener le combat contre Israël. Il n’y a plus guère de doute que le Hamas disparaisse, traqué qu’il est par Tsahal, mais la rancoeur née d’une offensive israélienne ne s’éteindra pas au lendemain de l’arrêt des combats. La seule solution qui s’impose aujourd’hui est naturellement d’opter pour une solution à deux Etats mais si celle-ci est plébiscitée par la communauté internationale, Israël sous la coupe de Benyamin Netanyahou ne semble pas ouverte à cette option pour les raisons citées. Eradiquer le Hamas et placer la bande de Gaza sous l’autorité israélienne, souhait de Benyamin Netanyahou, qui se résume à une annexion de fait du territoire, allumerait la mèche d’un embrasement de la région.

Discorde sans fin

Le fragile Liban, déjà otage du Hezbollah, la Jordanie, soucieuse de préserver son indépendance et surtout l’Arabie Saoudite peu encline à supporter plus encore les conséquences du conflit sur les cours du pétrole pourraient cependant prendre fait et cause pour la Palestine démembrée et accablée. Et dans cette hypothèse, il serait difficile aux Etats-Unis de continuer à soutenir la politique israélienne tant la déstabilisation de la région serait catastrophique. In fine, il apparaît simplement que la balle est dans le camp hébreu. Poursuivre le conflit coûte que coûte revient à semer les graines d’une discorde sans fin ; cesser in petto le combat signerait la fin de la carrière politique de Benyamin Netanyahou y compris en cas d’annexion de la bande de Gaza. En jouant sur le principe de la sécurité de l’État hébreu, Benyamin Netanyahou a volontairement omis de songer à celle des Gazaouis. Jeu risqué qui se retournera indubitablement contre lui, les propos de Joe Biden lui ouvrant toutefois une porte de sortie honorable sous la forme d’un avertissement. L’entendra-t-il ?

A l’école de la presse

L’influence croissante des chaînes d’informations en continu interroge sur le rôle de la presse dans nos sociétés et sur une éducation aux médias devenue essentielle mais pourtant défaillante.

Alors que les débats toujours plus houleux se multiplient sur le poids et le rôle des chaînes d’informations en continu, il n’est pas aujourd’hui inopportun de s’interroger sur la fonction première des médias et de la presse dans un monde bouleversé par l’explosion des réseaux sociaux et de l’information en temps réel. D’un point de vue historique et étymologique, la fonction de la presse reste celle d’informer avec, point d’éthique fondateur, une obligation permanente d’objectivité. Obligation certes mais qui dès l’origine a souvent été éludée au profit de ce qu’il est couramment commun de nommer la presse d’opinion. Jusqu’alors, que le monde de la presse soit scindé en plusieurs chapelles, souvent teintées d’appartenances politiques distinctes, ne semblait pas émouvoir le grand public qui trouvait dans la pluralité journalistique le ou les supports qui lui convenait et ce au regard de la sensibilité de chacun.

Immédiateté

Mais l’émergence des réseaux sociaux, immédiats et instantanés, faisant de n’importe quel quidam muni d’un téléphone mobile équipé d’une caméra un journaliste de circonstance, ont poussé nombre de supports à devoir se réinventer pour répondre à cette demande d’immédiateté d’ailleurs née de l’offre d’information souvent brute, non vérifiée et sujette à caution délivrée par ces journalistes, au mieux, en herbe, au pire accidentel. S’en est donc suivi une cascade de surenchère informationnelle que le commun des mortels, habitué jusqu’alors à un paysage médiatique arrêté, a reçu frontalement, parfois en le refusant, souvent en l’acceptant. Désormais rivé devant des chaînes d’informations continu souvent elles-mêmes friandes des rebonds des réseaux sociaux, le grand public s’abreuve d’une actualité multiforme et facilement orientable car adressée à des téléspectateurs avides d’informations et non plus de réflexion. Cette dernière vécue comme exigeante et laborieuse a cédé le pas à une information débitée à un tel rythme qu’elle empêche toute forme de recul pourtant nécessaire à une compréhension juste du monde. Associée à une éducation aux médias défaillantes dans les établissements scolaires eux-mêmes rongés par l’influence des réseaux sociaux, une atmosphère paradoxale a ainsi émergé au sein de nos sociétés où se disputent méfiance croissante envers les médias et plébiscite des chaînes d’infos souvent premiers vecteurs d’informations pour une opinion désormais sans repère.

Torrents d’informations

Car la presse a longtemps joué un rôle de repère. La fiabilité des informations diffusées, vérifiées et attestées, la compétence des journalistes, cultivés et pondérés, autant d’éléments qui, conjugués au rôle et à l’influence de l’école, structuraient des sociétés fières de pouvoir se prévaloir de la liberté d’expression et de la presse. Or, si ces deux libertés n’ont pas disparu, leur utilisation peut aujourd’hui être discutée car celles et ceux qui s’en prévalent et en usent, le font sans mesurer les conséquences qui en découlent. Au nom de l’information et de la liberté consubstantielle qui la sous-tend, les chaînes d’informations en continu déversent des torrents d’informations sans nécessairement imaginer l’impact que celles-ci auront sur les téléspectateurs. Car de l’autre côté de l’écran, c’est un public pluriel et divers, aux références, aux principes, à la culture tous différents les uns des autres qui reçoit ces informations et qui ne réagira donc pas nécessairement de la même manière au flot informationnel. Peu évoquée par peur de stigmatiser ceux qui n’en n’ont pas reçu, l’éducation au médias est pourtant essentielle pour comprendre leur rôle et leur mode de fonctionnement tant il s’avère, comme évoqué précédemment, que celle-ci est défaillante. Pis ! Force est de constater que ce sont aujourd’hui chaînes d’informations et réseaux sociaux, in fine des outils d’informations, qui se voient quelque part chargés de cette éducation au médias. Comme si le marteau enseignait au charpentier comment l’utiliser…

Rousseau et la fracture

Tiraillée par des tensions sociales aux origines diverses, la France traverse une profonde crise de confiance à l’endroit de son modèle fondateur au risque de voir se rompre le contrat social qui sous-tend la notion de vivre-ensemble.

Affirmer que l’Hexagone est aujourd’hui en proie à d’inquiétantes tensions est un euphémisme. Alors que se dressent, face à face, deux blocs composés d’extrémistes animés de rancoeurs et de haines se nourrissant l’une l’autre, le pays s’enfonce lentement mais sûrement dans une crise sociale dont il est difficile de mesurer l’ampleur et les conséquences à venir. Parallèlement entretenue par l’inertie de discours politiques soit vains et stériles, soit teintés de radicalité, ladite crise n’épargne aucun segment de la société. De l’économique à l’éducatif, l’entièreté du pays est touché par ce marasme d’où émerge une forme de délitement des principes qui soutenaient jusqu’alors la société française. D’aucuns évoqueraient un changement de modèle, influencé par le vent de l’Histoire qui pousse chaque civilisation à épouser de nouvelles règles tacites quand d’autres y voient l’effondrement d’un modèle désormais au bout de ses capacités. Les deux options ne sont ni à balayer du revers de la main, ni à même de susciter une adhésion pleine et entière. Et il appartiendra à chacun de choisir celle qui lui convient, si l’une d’entre elle lui convient.

Forces profondes

Pour autant, une réalité s’impose : les premières manifestations de ces tensions sont la recrudescence des violences verbales et physiques de tout ordre à commencer par les actes anti-sémites qui sont en nette augmentation en 2023 au regard des années précédentes (Plus de 1518 actes recensés depuis le 7 octobre – données du 15 novembre 2023). Sans cristalliser le débat autour de cette seule question, il apparaît cependant que ce type de violences caractérisent aussi les passions obscures, les forces profondes comme décrites par l’historien Pierre Renouvin pour donner corps à ces lames de fonds venues des entrailles de la société française. Cette sensation de malaise ambiant nourrie de médiocrité politique, de superficialité institutionnalisée, de réseaux sociaux véritables réservoirs à haines tend ainsi à ronger une société qui ne peut plus désormais masquer ses fractures. Est-ce à dire que le contrat social cher à Rousseau, pierre angulaire du vivre ensemble a été rompu ? Là encore, il appartient à chacun d’en juger mais force est de constater que la vision collective de la destinée de la nation a cédé le pas à un amalgame d’intérêts individuels tendant à l’exclusion de ceux qui n’y adhèrent pas. Exemple type de cette désagrégation et de la rupture du contrat social : la crise traversée par l’Ecole.

Officine

Inutile ici de revenir sur la somme de problèmes qui l’accable et la fragilise, mais posons une simple question. Est-elle encore respectée comme elle le fût ? Devenue une officine pour de nombreux élèves et parents, celle qui aurait dû être préservée et considérée comme le gardien du temple des clefs républicaines, a été bafouée, vendue à la facilité à des fins de paix sociale, bradant la notion mère de méritocratie au profit de l’indifférenciation et de l’égalitarisme forcenés. Résultat : une institution déclassée, pour ne pas dire décavée, qui a perdu toute sa légitimité alors que cette même légitimité aurait permis de lutter contre cette sensation de malaise en renforçant l’idée d’appartenance à la République. Abandonnée, concurrencée par les réseaux sociaux aux contenus faciles et séduisants, l’Ecole a dû baisser les bras en nivelant ses exigences par le bas, terrassée par un égalitarisme triomphant. Pour l’heure, seul le constat d’une société fracturée prévaut. La potion risque cependant d’être plus amère quand viendra le temps d’assumer les conséquences des fractures en question.

Tenter le diable

L’élection de Javier Milei à la présidence argentine confirme la montée en puissance du populisme comme alternative politique. Dans un pays déclassé, les Argentins ont fait le choix de l’expérience populiste alors que nombre de tentatives se sont soldées, en Amérique ou en Europe par des échecs cuisants.

Ainsi, les Argentins ont-ils élu à hauteur de 55,7 % des voix Javier Milei, candidat anti-système, se définissant lui-même comme un anarcho-libéral, désireux de pourfendre l’héritage justicialiste du peronisme. Plus clairement, l’homme, ouvertement populiste, entend effectuer des coupe-sombres dans la dépense sociale argentine, remplacer le peso argentin par le dollar et redonner à l’Argentine l’espoir qui l’avait abandonnée rongée par une inflation de 140 %. Au lendemain d’une victoire saluée par Jair Bolsonaro, ancien président brésilien et Donald Trump, ancien président des Etats-Unis, les questions ne cessent portant d’émerger. Entre volonté démocratique des Argentins de porter au pouvoir un homme qualifié de neuf et la nécessité d’extraire l’un des plus grands pays d’Amérique du Sud du marasme qui l’étreint depuis plusieurs années, pourquoi s’engager sur une voie déjà empruntée par d’autres nations au cours des dernières années, et dont les résultats ne sont plus à démontrer ?

Liste de déçus

En 2016, le Royaume-Uni portait à sa tête le bouillonnant Boris Johnson pour sortir de l’Union Européenne, pour aujourd’hui regretter un choix qui pousse Rishi Sunak, Premier Ministre britannique à réfléchir à de nouvelles formes d’alliances avec l’Europe politique. Aux Etats-Unis, l’aventure trumpienne s’est achevée par une impressionnante et pathétique prise d’assaut du Capitole le 6 janvier 2021 par les partisans de l’ancien président refusant la victoire de Joe Biden. La liste des déçus du populisme est longue et pourrait encore s’allonger tout comme elle trouverait des partisans arguant de la pertinence de tels discours et de tels régimes que ce soit en Turquie, en Hongrie ou en Russie. Pour autant, la victoire de Javier Milei traduit, à l’échelle argentine et sud-américaine, le malaise et le mécontentement social d’un pays éloigné des grands flux de la mondialisation et de ses fruits. Mais a contrario, nombreux sont aussi les pays baignés par les produits de la globalisation qui ont poutant cédé aux sirènes du populisme. La réponse est donc à chercher ailleurs, et peut-être tout simplement dans l’échec des politiques menées précédemment au sein de pays forts de disparités sociales lourdes et souvent visibles. Car il s’agit bien là d’un point commun à ces nations ayant basculé dans le populisme : les disparités sociales. Des pans entiers de populations se sentent ainsi, à tort ou à raison, marginalisées ou écartées des flux socio-économiques amenant à une reconnaissance sociale et une certaine aisance économique.

Idée et circuit mondialisé

Souvent acculturées, ces mêmes franges de population cèdent à des discours peu étayés qui prétendent résoudre simplement des équations sociales et économiques pourtant des plus complexes. Avancer, comme le prétend Javier Milei, remplacer le peso argentin par le dollar, laisse à penser que l’Argentine se dotera par là même de la puissance de la première monnaie mondiale et des avantages qu’elle véhicule. L’idée est séduisante mais renvoie à des mécanismes financiers complexes qui s’appuie sur la solvabilité d’une nation et non pas sur un argument de campagne tapageur. La montée en puissance des populismes, finalement mondiale, n’est plus réservée à un lot de nations aux réalités sociales violentes issues des affres d’un libéralisme débridé, habitées de populations incapables, pour de multiples raisons, de s’insérer dans le circuit de la mondialisation. Cette dernière serait d’ailleurs à interroger quant à sa capacité à générer une forme de bonheur universel tant vanté par ses partisans. Il appartiendra aux historiens et sociologues de présenter dans plusieurs années quels ont été les résultats apportés par la mondialisation. Mais pour l’heure, c’est au tour de l’Argentine de faire l’expérience populiste. Avec les résultats que l’on connaît dans les autres pays ayant tenté la même aventure…

Une présence à haut risque

Présent lors de la manifestation contre l’antisémitisme, le Rassemblement National poursuit sa quête de légitimité au sein d’un paysage politique totalement bouleversé et désorienté. Au risque de voir le parti d’extrême droite s’imposer plus encore.

Pour reprendre les mots de l’historien Grégoire Kauffmann (Le monde.fr – 12 novembre 2023), la présence du Rassemblement National lors de la marche contre l’antisémitisme tenue à Paris et dans plusieurs villes du pays est « le signe d’une profonde recomposition du jeu politique ». Le parti d’extrême droite, d’ailleurs reconnu comme tel par le Conseil d’État le 29 septembre dernier, cherche depuis plusieurs années, et de manière assez grossière, à se défaire d’une part de son passé et de son image de parti extrémiste mais aussi à gagner une forme de respectabilité politique, voire idéologique qui tendrait à légitimer le discours global de la formation présidée par Jordan Bardella. Usant des dérapages de la France Insoumise pour, une fois encore, polir et policer son image, le Rassemblement National court après toutes les opportunités possibles afin de redorer son blason. Et la marche contre l’antisémitisme figure au rang de ces opportunités que le mouvement politique tente de saisir. La question qui émerge désormais face à cet entrisme, est donc de savoir si les tentatives de légitimisation porteront leurs fruits ?

Solutions et contemporanéité

L’opinion publique, souvent versatile, fragile et fracturée, peut pour une partie d’entre elle céder aux sirènes d’un populisme xénophobe facile et simplificateur qui prétend résoudre les maux contemporains alors que les solutions proposées ne feraient qu’aggraver une ou des situations déjà complexes. Pour autant, la présence du Rassemblement National lors de cette manifestation sensée illustrée la concorde nationale ne lasse pas d’interroger sur la capacité des autres partis politiques à proposer et développer un discours empreint de contemporanéité susceptible de répondre aux maux du temps. La médiocrité de la classe politique française, maintes fois dénoncée, touche cette fois à son paroxysme car incapable de décrédibiliser le discours d’un parti aux ambitions claires et annoncées. Il sera ainsi malaisé en quelques semaines de refondre le paysage politique pour tenter de voir émerger une ou plusieurs figures à même de proposer un discours riche de vision et de gravité. L’élection d’Emmanuel Macron témoigne aussi à sa façon de la pauvreté intellectuelle de la classe politique hexagonale. Sans concurrent direct, et à deux reprises 2017 et 2022, l’ancien énarque a été élu avec pour opposant au second tour un candidat, d’ailleurs le même, d’extrême droite.

Antithèse et digues

S’il fallait un signal annonciateur de la décrépitude du climat et du paysage idéologique français, celui-ci ne pouvait être plus évident. Pis ! La présence du Rassemblement National à la manifestation citée en préambule tendrait à banaliser un parti aux fondements à l’antithèse des principes républicains voire démocratiques. Cette banalisation, concomitante et corollaire de la superficialité et de l’ignorance de la société, travaille ainsi et parallèlement, à l’abêtisation de cette même société séduite par la facilité d’un discours défaits de toutes arguties ou thèses réflexives. S’il devait encore rester des digues capables de résister à la progression de l’extrémisme en France face aux mouvements populistes de cet ordre, il semble bien que la présence du Rassemblement National lors de la manifestation les a rompues. Reste donc à savoir, deuxième question qui émerge au soir de la manifestation, comment le mouvement d’extrême droite récupérera sa présence. Il est ainsi à craindre que cette récupération ne soit en rien neutre ou passée au second rang mais, bien au contraire, serve de passeport et de linceul de probité à un parti pressé de voir s’annoncer 2027.