Du pavé à la table

Les tensions sociales liées à la réforme des retraites et les risques de paralysie du pays soulèvent à nouveau l’idée d’une solution à trouver par la voie de la négociation plutôt que par la manifestation. Explications.

Souvent vanté, voire admiré, mais finalement rarement, ou maladroitement, imité, le modèle allemand pourrait en ces temps de tensions sociales liées à la réforme des retraites, être fort utile. Par l’art de la concertation et du compromis, hérité d’une longue histoire syndicale et progressiste née au XIXème siècle, l’Allemagne sait éviter les conflits sociaux lourds tels que ceux qui se profilent en France. Dans l’Hexagone, les thuriféraires de la manifestation, dont l’ampleur a pour vocation tant d’impressionner que de pousser les gouvernements successifs à céder aux manifestants, peinent à adopter cette culture de la négociation jugée avec méfiance et toujours considérée comme favorable aux initiateurs des réformes contestées. La France, pays sanguin, a toujours donc préféré dans un premier temps la révolte à la discussion.

Action syndicale

Notre Histoire en témoigne avec dans nombre de mémoires, les conséquences heureuses issues des l’occupation des usines et des grèves de 1936. Certes, cette histoire qui reste gravée dans les annales syndicales est encore érigée tel un totem intouchable. Et à raison car d’autres grands mouvements de grève, notamment ceux de 1995 et 2006, respectivement contre la réforme de retraite devant démanteler les régimes spéciaux proposée par le gouvernement d’Alain Juppé et celle du Contrat Première Embauche du gouvernement de Dominique de Villepin, ont poussé les gouvernements en place à céder. Pour autant, la confrontation de masse est-elle encore productive ? La question peut se poser sans nécessairement porter atteinte à l’action syndicale. Ainsi, entamer un processus de négociation avec le gouvernement avec non seulement toutes les organisations syndicales représentatives mais aussi tous les représentants des branches professionnelles affiliés ou non à une quelconque organisations permettrait d’aborder toutes les difficultés rencontrées par chaque profession. Le processus, certes long et complexe, aurait aussi le mérite d’impliquer dans la négociations tous les ministères potentiellement concernés, tout comme les représentants des PME / TPE, permettrait d’engager des négociations salariales de fond dans l’ensemble des branches tout en analysant, avec propositions à la clef, les attentes de chaque secteur d’activité.

Romantisme et grand soir

D’aucuns, partisans d’une opposition franche destinée à faire plier le gouvernement, balaieraient cette idée en privilégiant le statu quo pour diverses raisons : histoire de luttes syndicales passées, multiplicité des profils à considérer,…Toutes ces arguties sont évidemment valables et audibles mais ont-elle encore une raison d’être alors que le nerf central du système des retraite, à savoir la démographie, est en berne ? Si la manifestation reste teintée d’une forme de romantisme syndical où s’invite les frissons de grand soir, celle-ci incarne surtout une logique binaire où s’oppose le bien contre le mal sans laisser de place aux solutions intermédiaires et présente aussi le risque de déboucher sur une paralysie du pays. In fine, se pose une seule question : Comment sauver notre système de retraite par répartition dans un contexte démographique et social tendu ? Concertation ou manifestation, la solution reste à trouver.

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