La chance d’une Histoire

Si la réélection de Donald Trump a révélé les limites de la démocratie représentative aux Etats-Unis et au-delà, le scrutin doit peut-être aussi servir de moyen à une nouvelle réflexion sur l’avenir de l’Europe politique et ses relations avec le pays de l’Oncle Sam.

C’est peu dire que la réélection de Donald Trump en qualité de 47ème président des Etats-Unis a provoqué un séisme tant au Etats-Unis que sur le reste de la planète. Et d’aucuns, déjà, de tirer les conséquences de ce scrutin qualifié d’historique qui opposait les tenants d’une démocratie dure et populiste à ceux d’une démocratie ouverte et multiculturelle. En Europe, les résultats de l’élection, craints bien que redoutés en amont, ont généré une vague de commentaires divers et variés sur le futur de l’alliance entre les Etats-Unis et le Vieux Continent. A raison car les ambitions de Donald Trump à la Maison Blanche sont proprement antinomiques avec celles nourries par l’Union européenne. Faut-il comprendre avec cette élection que les Etats-Unis vont progressivement se détacher de l’Europe comme l’avait prophétisé en son temps le Général De Gaulle ?

Droits de douane

Voilà une hypothèse probable, le nouveau locataire du 1600 Pennsylvania Avenue n’étant en rien un fervent partisan du multilatéralisme, exècre en outre l’OTAN et s’interroge sur la nécessité de se tourner vers l’Europe si ce n’est pour l’accabler de droits de douane prohibitifs ou y revendre divers produits nord-américains. De l’autre côté de l’Atlantique, des voies s’élèvent aujourd’hui pour transformer cette élection en opportunité pour l’Europe de se détacher des Etats-Unis et d’enfin couper le cordon ombilical qui la relie au Nouveau Monde depuis 1945, voire plus, pour enfin gagner son autonomie et son indépendance. Certes. La pari est osé et s’avérerait, s’il était tenu et rempli, lourd de conséquences de dimensions mondiales. Mais la question qui se pose au regard de cette ambition est double : Les Européens ont-ils envie et sont-ils capables de se détacher des Etats-Unis ? L’Europe occidentale, farouchement attachée à l’OTAN et rassurée par la présence, même lointaine, de l’Oncle Sam, a-t-elle les moyens, économiques, financiers, humains, diplomatiques et militaires pour s’affranchir des Etats-Unis ? Au vu des tensions, y compris le conflit ukrainien, qui traversent le Vieux Continent et l’Europe politique, la réponse est clairement non. En a-t-elle l’envie ? La question est ancienne et renvoie à la volonté intrinsèque de l’Europe d’assumer ses propres responsabilités sans craindre les foudres de la bannière étoilée.

Monnaie unique et et menace

Or, cette volonté d’affranchissement pourrait aussi provoquer de nouvelles tensions avec les Etats-Unis, potentiellement irrités par les velléités d’indépendance d’une Europe désireuse de tracer son propre chemin. Car les outils existent : L’Union européenne, une monnaie unique, une économie finalement assez robuste, une implantation géographique favorable car au carrefour de deux continents, l’Asie et l’Afrique et une ouverture sur le monde atlantique via un océan éponyme. Beaucoup citeraient, et à raison, l’ogre russe présent en Afrique et menace sur l’Europe orientale. Certes. Mais ni Vladimir Poutine ni Donald Trump ne seront éternels. Et si l’Histoire bégaye souvent, elle ne repasse pas les plats deux fois. Comprenez que si l’Europe veut se détacher des Etats-Unis sans rompre définitivement comme un enfant quitte le foyer familial, le moment est peut-être venu. Et la crise démocratique révélée par l’élection de Donald Trump doit peut-être aussi servir de moyen à une réflexion nouvelle sur ce que l’Europe veut être et devenir. Encore faut-il que celle-ci le veuille…

Question d’attraction

A quelques jours de l’élection présidentielle américaine, force est de constater que le scrutin passionne une Europe fascinée et irritée par les Etats-Unis, tel un frère jumeau dont ne parvient pas à se passer en dépit de ses défauts.

Tous les quatre ans, l’Europe, et en particulier la France pour cause d’histoire commune (à relativiser cependant), se passionnent l’une et l’autre pour l’élection présidentielle qui renouvelle le locataire de la Maison Blanche. Qu’il soit républicain ou démocrate, les Etats-Unis exercent sur le Vieux continent un pouvoir d’attraction que même la Chine millénaire ne parvient pas à égaler. Bien plus jeune que la plus grande nation asiatique ou européenne, les Etats-Unis ont en Europe une image faite de fascination et d’irritation, d’agacement et de connivence, image qui structure les relations qu’entretiennent les deux continents.

Condescendance

Si le second, à savoir l’Europe est clairement affidé et dépendant des Etats-Unis, le second, aime endosser le rôle de grand frère protecteur et moralisateur, souvent à raison, mais toujours perçu, à tort par ailleurs, par les Européens comme une forme de condescendance méprisante. Entre la querelle des modernes et des anciens, des romantiques mais cartésiens européens, face aux pragmatiques mais exubérants nord-américains, il n’est pas toujours aisé de comprendre les relations qui unissent ces deux continents. Peut-être faut-il chercher une explication dans une forme de réussite par procuration qu’incarneraient les Etat-Unis, là où les Européens des siècles passés et actuels ont échoué. L’Histoire serait longue à écrire mais il est cependant presque certains que les Européens voient dans les Etats-Unis quelque chose de différent, de plus grand, de plus ambitieux voire de plus énergisant.

Puissances mondiales

Pour s’en rendre compte, il suffit de survoler les journaux européens qui accordent tous les jours un peu plus de place à l’élection du futur ou future président (e) des Etats-Unis quand rares sont les élections européennes capables de passionner le peuple américain. C’est la force des puissances mondiales, (des hyper puissances comme les avaient qualifiées le politologue Francis Fukuyama) celle de concentrer sur elles les passions et les intérêts en dépit de leurs défauts que l’Europe et son alliance politique, louable, lourde et essentielle à l’économie mondiale ou aux équilibres géopolitiques, ne parvient pas à s’imposer à l’échelle globale, l’exemple ukrainien et palestinien le démontrant chaque jour un peu plus. Quoi qu’il en soit, au matin du 6 novembre, l’Europe et la France découvriront fébriles et impatients le nouveau représentant de l’Oncle Sam, en sachant une chose, à savoir que les relations ne seront pas nécessairement plus faciles avec l’un ou l’autre candidat. C’est le lot des relations anciennes et ancrées dans l’Histoire.

Perte de sens


En interdisant à l’agence onusienne dédiée à l’aide aux réfugiés palestiniens d’intervenir à Gaza, Israël défie la communauté internationale tout en donnant le sentiment de s’enfermer dans une paranoïa sans fin.

En refusant à l’Agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens d’intervenir dans la bande de gaza, violant par là même le droit international, Israël poursuit non seulement le conflit qui l’oppose au Hamas depuis le 7 octobre 2023 mais affiche aussi et clairement son mépris à l’endroit du droit international et de la communauté qui s’y soumet. Convaincue de son bon droit et considérant de fait que toute résolution de l’Organisation des Nations Unies ou organes en émanant cherche à lui nuire, l’État hébreu s’enferme plus encore et tous les jours un peu plus dans une forme de paranoïa, assumée ou non, qui lui offre un prétexte tout trouvé pour justifier la poursuite des opérations militaires.

Complexe et sécurité

Se pose alors la question des sanctions auxquelles Israël s’expose, et qui au vu de la décision prise par le parlement israélien, la Knesset, ne semble en rien inquiéter un Etat qui depuis 1967 n’a de cesse de balayer d’un revers de main les résolutions prises par l’ONU. Soutenu par les Etats-Unis, jouant sur la culpabilité nourrie par les pays d’Europe occidentale à son égard, Israël sait pouvoir s’affranchir des décisions onusiennes sans aucun risque. S’appuyant sur le équilibres diplomatiques et géopolitiques qu’il exploite à son avantage, Israël affiche sans complexe le dédain qu’elle nourrit à l’endroit de sous ses contradicteurs, le président Emmanuel Macron en ayant récemment fait l’expérience. Autant d’éléments qui font aujourd’hui d’Israël un des pays les plus puissants du monde, usant de la corde diplomatique et morale, avançant sans arrêt que son action n’a pour seul but que d’assurer sa sécurité. Mais après plus d’un an de guerre, des bombardements aveugles tant à Gaza qu’au Liban, des provocations répétées et on ne plus risquées envers l’Iran, il apparaît cependant que le conflit dans lequel est embarqué l’État Hébreu relève plus aujourd’hui de la vengeance, mue par une Knesset dominée par l’extrême-droite israélienne décidée à effacer l’autorité palestinienne, que par des considérations de sécurité de l’État menacé.

Sens et inflexion

Arguer du fait que le conflit a désormais perdu tous sens n’a rien d’inopportun. Pis ! Cela permettrait surtout de juger l’action d’Israël non plus sous l’angle purement défensif et sécuritaire mais plutôt belliqueux et inutile. Et si une lueur d’espoir devait se dessiner, encore une fois celle-ci proviendrait des Etats-Unis où doit se tenir le 5 novembre prochain l’élection présidentielle. Car en cas de victoire de Kamala Harris, candidate démocrate, peut-être assisterions-nous à une inflexion du soutien des Etats-Unis à Israël. Mais là encore rien n’est moins sûr et dans cette attente, l’Eta Hébreu poursuit ses bombardements.

Un quinquennat et T.S Eliot

Si le budget 2025 semble loin d’être adopté, l’amendement du texte initial met en évidence les fractures au sein du groupe macroniste, perdu et en quête de repères politiques.

Entre recours au 49.3 qui se profile et groupe macroniste qui se déchire sur le budget, voilà que l’Hexagone s’apprête à vire une nouvelle crise politique, à moins que ce ne soit la même qui se renouvelle depuis la réélection d’Emmanuel Macron en avril 2022. Pour l’heure, la question est renvoyée aux historiens qui sauront l’analyser à l’aune du recul du temps passé mais concrètement, il devient de plus en plus évident que le Gouvernement de Michel Barnier s’enlise dans un impasse dont il sera très difficile de s’extraire. Entre la théorie du budget proposé et la réalité de l’adoption du texte, maintes fois amendé depuis sa présentation, un insondable fossé s’est creusé entre partisans du rétablissement des comptes publics et les thuriféraires de l’Etat-Providence. A vrai dire rien d’exceptionnel dans ce schéma politique des plus banals.

Socle et hypothèse

Là où le bât blesse, c’est dans les composantes des pour et des anti-austérité, les plus diplomates diront rigueur. Et c’est dans les rangs des macronistes de la première heure que se retrouvent les plus violentes dissensions au point qu’il n’est pas inopportun d’employer le terme de scission entre les différentes parties. Sous l’oeil indifférent, selon sa propre volonté, du Chef de l’État, le socle du premier et du second quinquennat d’Emmanuel Macron s’effrite et se délite tant et si bien que le locataire de l’Elysée se retrouve totalement isolé. Est-il prématuré d’évoquer une fin de règne presque pathétique au point de voir celui-ci s’achever dans les meilleurs délais ? Si rien n’est moins sûr, la probabilité de voir chuter le gouvernement de Michel Barnier dans les mois ou les semaines à venir n’est en rien une hypothèse farfelue tout comme l’organisation de nouvelles élections qui se profilent à l’horizon. Ainsi aura vécu le macronisme, entre volontarisme et séduction personnelle, idée de rupture avec l’ancien monde, sans pour autant trouver les bases du nouveau, pour finalement revenir à des modes de fonctionnement abhorrés mais incontournables au regard de la structure de l’État. L’expérience aura donc tourné court et l’espoir d’assister à la naissance d’un nouvel Etat dans une République régénérée avec lui. La déception pourrait être grande mais elle sanctionne une simple réalité, à savoir que l’on ne réforme pas un Etat aussi ancien que la France peuplé d’une population attachée à son confort et ses principes si aisément. Peut-être trop en avance ou trop ambitieux, le macronisme n’a pas su trouver l’équilibre entre libéralisme et progressisme, entre social-démocratie et nouvel donne sociale. De crises en soubresauts, des Gilets Jaunes à la dissolution manquée en passant par le recours systématique au 49.3 sous le gouvernement d’Elizabeth Borne, la macronie se cherche tout comme le macronisme telle une toile inachevée, à l’image du quinquennat actuel qui pourrait se résumer à cet extrait du poème de T.S Eliot :

La vie est très longue

Entre le désir

Et le spasme

Entre la puissance

Et l’existence

(The hollow Men – 1925)

Devoir critique et outil mémoriel

La passe d’armes verbales entre Benyamin Netanyahou et Emmanuel Macron illustre toute la complexité à critiquer l’État d’Israël et ses actions militaires sans que celui-ci n’engage l’outil mémoriel. Explications.

En répondant à Emmanuel Macron que « ce n’est pas la résolution de l’ONU qui a établi l’Etat d’Israël, mais plutôt la victoire obtenue dans la guerre d’indépendance avec le sang de combattants héroïques, dont beaucoup étaient des survivants de la Shoah – notamment du régime de Vichy en France », Benyamin Netanyahou coupe court à toutes discussions portant sur les guerres menées contre le Hezbollah à Gaza et au Liban. Usant de la culpabilité des nations occidentales au regard des atrocités commises contre le peuple juif européen durant la Seconde Guerre mondiale, par ailleurs ici très cyniquement instrumentalisées par le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou sait que personne ne viendra alors contester son action militaire menée au nom de la sécurité d’Israël. Pourtant, si cette dernière est légitime et reconnue par tous, la question se pose de savoir si Israël est en droit de martyriser des populations civiles, qu’elles soient gazaouis ou libanaises, toujours au nom de sa sécurité ?

Intervention et jugement

D’aucuns affirmeront que la réponse est dans la question, et que sans évidemment remettre en cause sa sécurité, Israël fait ici preuve d’excès militaristes au point de commencer à irriter l’allié nord-américain qui a, par la voix de Joe Biden, condamné l’intervention au Liban. Parallèlement, il est aussi aujourd’hui devenu extrêmement épineux d’évoquer les actions de l’État d’Israël au risque de se voir taxer d’anti-sémitisme. Or les deux notions sont différentes mais habilement instrumentalisées par Benyamin Netanyahou car si l’anti-sémitisme se veut être la haine nourrie à l’endroit du peuple juif, position des plus condamnables, critiquer Israël revient à porter un jugement neutre et objectif sur la politique d’un Etat qui bafoue depuis 1967 les résolutions de l’ONU lui intimant de quitter les territoires occupés depuis la Guerre des Six-Jours. Ainsi, en rappelant que l’État d’Israël s’est créé avec le sang de combattants héroïques dont beaucoup étaient des survivants de la Shoah, Benyamin Netanyahou alourdit le débat de considérations affectives et charnelles fortes et incontestables qui renvoient à une histoire dramatique ; comprenez : ceux qui critiquent aujourd’hui les actions militaires d’Israël attentent aussi à sa sécurité et à son avenir au regard du passé connu de tous. A ce titre, le Premier Ministre israélien se sait donc intouchable, appuyé par les Etats-Unis, allié non impliqué dans le génocide juif, qui peut se permettre d’adopter une posture de donneur de leçon face aux Européens occidentaux, et sûr de son fait car ces mêmes Européens, rongés la culpabilité, n’oseront jamais franchir la frontière d’une opposition nette et déclarée à Israël, punis et contraints qu’ils sont par un passé ineffaçable. Est-ce à dire que ce conflit ne trouvera jamais de fin ? Nul ne sait le dire à ce jour tant les plaies de la Seconde Guerre mondiale restent vives, les alliances politiques et géopolitiques mouvantes, sans cesse renouvelées dans une région où Histoire et politique se nouent et se dénouent depuis près de 3000 ans.

La fuite en avant

En menant une guerre sur deux fronts, Israël donne le sentiment que l’actuel conflit s’assimile plus à une fuite en avant sensée sauver Benyamin Netanyahou d’obscures affaires de financements que de la volonté de libérer les otages détenus depuis le 7 octobre dernier. Au risque de surcroît de pousser le Liban dans la guerre civile.

Certes les batailles menées par l’armée israélienne à Gaza ou au Sud-Liban, et à Beyrouth en particulier, se soldent pour l’heure par des victoires. Mais pour autant, Israël gagnera-t-elle la guerre qui l’oppose au Hamas et au Hezbollah, et donc par extension à l’Iran qui a juré la disparition de l’État hébreu ? A coup de bombardements massifs ou ciblés, en balayant d’un revers de main les victimes civiles libanaises ou gazaouis générées par ces mêmes bombardements au prétexte que la sécurité d’Israël passe avant tout autre considération, l’État hébreu et avec lui son Premier ministre Benyamin Netanyahou se donnent l’illusion d’une victoire proche contre des cellules terroristes qui il est vrai harcèlent les Israéliens depuis des années.

Conséquences et violation

Conforté dans son action par les Etats-Unis pour des questions de politiques intérieures où la communauté juive joue un grand rôle dans les différentes élections présidentielles, Israël semble se moquer des conséquences de ces raids et assauts. Première erreur tacitement cautionnée par l’Organisation des Nations Unies, la violation de l’espace et du sol gazaoui sous l’autorité de la représentation palestinienne à quoi s’ajoute aussi celle de l’espace et du sol libanais et ce en dépit de résolutions inefficaces. Deuxième erreur, et non des moindres, le fait de sous-estimer la montée en puissance des rancoeurs dans la jeunesse libanaise et gazaoui chiite devant ces bombardements meurtriers, rancoeurs qui constituent le premier moteur du fanatisme et du terrorisme des années à venir. Embarqué dans une guerre personnelle qui ressemble plus à une fuite en avant qu’une confrontation légitime où les otages détenus depuis le 7 octobre 2023 ne semblent plus être la raison première de la guerre menée, Benyamin Netanyahou s’enferme tous les jours un peu plus dans une logique belliciste à laquelle seul lui et Tsahal seraient à même de donner un sens politique et militaire. »

Epée de Damoclès

Car ce conflit dévoile aussi les carences et dysfonctionnements d’un Etat, Israël, en situation de guerre larvée depuis 1948. Cette démocratie, sur laquelle plane une éternelle épée de Damoclès au regard de sa situation géographique frontalière avec des pays arabes plus ou moins enclins à accepter sa présence, renvoie par son existence aux fautes impardonnables des nations européennes pendant la Seconde Guerre mondiale et la Déclaration Balfour de 1917 sans compter une histoire millénaire, terreau de sa naissance dans la douleur. Ainsi, entre réalité contemporaine et géopolitique complexe et histoire ancienne ou plus récente, Israël vit certainement, et les nations qui l’entourent, à commencer par le si fragile Liban au bord de la guerre civile, une période, si ce n’est la plus sombre, de sa si courte et si longue histoire.

L’homme lige

En plaçant la question migratoire au centre de l’action de son gouvernement, le Premier Ministre Michel Barnier se pose en homme-lige du Rassemblement National dont il devient ainsi le débiteur politique. Explication.

En annonçant lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée Nationale que « la France ne maîtrisait plus sa politique migratoire », le Premier ministre Michel Barnier ouvre la Boîte de Pandore au risque d’y trouver les exigences toujours plus pressantes du Rassemblement National, celui-la même à qui il doit pour l’heure sa survie politique. Pourquoi ? Car en affirmant vouloir mieux appliquer les Obligations de quitter le territoire français (OQTF), le Premier Ministre donne déjà un gage à l’extrême droite en donnant à celle-ci gain de cause au regard de l’une de ses anciennes revendications. Pour autant, si faire respecter la loi républicaine n’est en rien assimilable à une quelconque idéologie politique, l’instrumentalisation qui en faite par le Rassemblement National donne aujourd’hui le sentiment que Premier Ministre agit plus sur commande que par la volonté d’appliquer la loi.

Question budgétaire

Tenu en otage par le mouvement d’extrême droite, qui, par ce Gouvernement d’alliances de circonstances, peut afficher une victoire par procuration aux élections législatives tenues en juin et juillet derniers, Michel Barnier sait qu’il lui sera difficile, voire impossible de s’affranchir du vote des députés du Rassemblement national qui en demanderont toujours plus au locataire de Matignon. Et jusqu’à quel point ? Pour l’heure, la marche en avant vers une politique de plus en plus conservatrice et discriminante est enclenchée si bien que la question budgétaire, si souvent présentée comme le point d’exergue des obligations à remplir par le nouveau gouvernement tendrait à passer pour secondaire, pour ne pas dire anecdotique. Et l’actuelle situation de traduire le paradoxe dans lequel le pays est en train de sombrer, s’il ne l’est déjà, à savoir un pays rongé par sa dette publique mais focalisé sur des questions migratoires dont l’essence même apparaît plus comme une solution que comme un problème fondamental. Loin d’avoir conquis le pouvoir par les urnes, le Rassemblement National l’a ainsi conquis par son influence politique et électorale, défiant Machiavel dans l’art de Gouverner. Devenu l’éminence grise du Gouvernement de Michel Barnier, le mouvement de Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont imposés comme des acteurs incontournables alors même qu’ils s’avèrent minoritaires à l’Assemblée, transformant Michel Barnier en homme-lige et ses ministres en simples supplétifs. Alors, certes, l’Hexagone s’en remettra mais les institutions, bafouées et reniées, insultées pour beaucoup, doivent encaisser ici un coup qui porte atteinte à leur légitimité historique et ouvre la voie à un futur inquiétant pour ces dernières.

La guerre sans crainte


L’offensive armée d’Israël sur le sud-Liban menée au détriment des populations civiles confirment l’impunité dont bénéficie l’État hébreu à l’échelle internationale lui-même convaincu de la pertinence de ces choix politiques, diplomatiques et militaires.

D’aucuns évoqueraient un cynisme sans borne dans l’attitude de Benyamin Netanyahou, Premier ministre israélien, qui a lancé une offensive massive contre le Hezbollah implanté au Liban sud, et ce sans se soucier des effets collatéraux que les bombardements ont généré et vont générer. Convaincu de la pertinence de l’action de l’armée israélienne, conscient du risque potentiel d’embrasement général de la région, Benyamin Netanyahou sait pourtant que sa politique belliqueuse pourra s’appliquer sans qu’Israël ou lui ne soient inquiétés.

Cours du pétrole et élection présidentielle

Et pour cause, le Premier ministre israélien se sait protégé par les Etats-Unis, qui même à la tribune des Nations Unies par la voix de Joe Biden, président de la patrie de l’Oncle Sam, n’ont en rien condamné l’intervention israélienne au Liban, appelant simplement à une résolution pacifique et négociée du conflit. Et c’est bien là, dans cette forme d’impunité que réside le cynisme du Premier Ministre israélien, sûr que l’allié nord-américain ne lui fera jamais défection ou défaut, impressionnant malgré tout l’Iran, finalement soucieuse d’éviter un embrasement du conflit, l’Egypte, peu encline à se lancer dans un conflit local, sans compter les marchés, notamment les cours du pétrole, qui ne manqueraient pas de s’emballer dans l’hypothèse où le conflit dégénérerait. Pourtant, le temps presse pour Israël car à quelques semaines de la prochaines élection présidentielle au Etats-Unis, nul ne sait si le successeur se montrera aussi conciliant que l’actuel locataire de la Maison Blanche. Si Donald Trump devait ainsi remporter le scrutin, il est probable qu’Israël puisse poursuivre son offensive sans crainte ; a contrario, si Kamala Harris devait s’imposer en novembre à venir, la position des Etats-Unis, en dépit des déclarations empreintes de prudence de cette dernière, pourrait potentiellement infléchir la politique belliqueuse d’Israël et ainsi rebattre les cartes au Proche-Orient. Sans vouloir mettre l’État hébreu en position de faiblesse, le soutien plus modéré des Etats-Unis à Israël serait un signal de détente dans la région. Mais pour l’heure, les bombardements quasi-aveugles menés par Israël, quelque part assimilables à une course contre le temps à double tranchant, à savoir conserver l’appui des Etats-Unis et vaincre le Hezbollah dans les meilleurs délais, terrorisent la population libanaise sans pour autant régler la question gazaouie.

Beaucoup à faire

La nomination prochaine d’un nouveau gouvernement ne pourra effacer les semaines de flottement que le pays a subi au risque de voir les extrêmes se renforcer plus encore. Pourtant, qu’attendre des années à venir ?

Après le suspense de la nomination du Premier ministre, c’est au tour de la composition du Gouvernement de faire l’objet de toutes les spéculations. Pour autant, si, comme l’affirmait Michel Barnier, nouveau locataire de Matignon, il y aura un gouvernement la semaine prochaine (entendez celle qui s’ouvre demain lundi), rares sont ceux à attendre beaucoup, a fortiori, des miracles de ce nouvel attelage exécutif. A vrai dire, alors que la gauche parlementaire est déjà vent debout contre la réforme des retraites qui, avec le budget 2025, seront les deux chantiers pharaoniques du futur Gouvernement, il plane déjà une atmosphère de fin de règne en macronie. D’ailleurs, le président de la République ne s’en est pas spécialement caché, multipliant les interventions via lesquelles il affirme qu’il se bornera à sa fonction stricto sensu de garant de la Constitution et de chef de la diplomatie laissant le soin à l’équipe de Michel Barnier de gouverner, entendez là prendre les coups à sa place en mettant en première ligne l’ancien commissaire européen.

Dilemme cornélien

Cynique ? Oui certainement mais aussi terriblement et banalement politique de la part d’un homme qui n’a pas digéré le revers de la dissolution et qui s’interroge aujourd’hui sur le contenu des trois années qui lui reste à accomplir à la tête de l’État. Le dilemme est cornélien. S’investir tel qu’il l’a fait jusqu’alors au point de saturer l’espace et travailler à une image de rejet ; laisser la place à la seconde tête de l’exécutif afin de prendre une forme de hauteur, tel Jupiter au sein de l’Olympe, spectateur des tracasseries et des aléas des mortels. Là encore, le Président devra choisir, lui qui au terme de son mandat, devra abandonner son fauteuil pour un successeur dont la tache s’avère déjà compliquée. Le successeur en question, homme ou femme, y parviendra-t-il ? Nul ne le sait mais les prétendants ne manquent pas, transformant la période qui s’ouvre en pré-campagne électorale. Si les opposants traditionnels et historiques sont légions et connus, il s’en trouve aussi dans les rangs macronistes, fatigués ou lassés de celui qui en 2017 semblait ouvrir la voie d’un nouveau monde. Essorés et échaudés par la déconvenue de la dissolution et le pied de nez fait à la Constitution en nommant un Premier Ministre non issu des rangs du parti, fut-il le fruit d’une alliance, arrivé en tête à l’assemblée, nombre de soutiens ont décidé de s’affranchir de la tutelle de l’ancien ministre des Finances de François Hollande. Concrètement et in fine, qu’attendre donc des trois années à venir ? D’un point de vue législatif, une gestion des affaires courantes saupoudrée d’une impression de réforme de grande ampleur, l’obligation d’affronter le déficit public devenu abyssal (soit 5,1 % du PIB qui s’élève lui-même à 2805 milliards d’euros), tenter de faire voter sans recours au 49.3 la loi sur les retraites ; d’un point de vue politique, donner le sentiment que le pays n’est plus dans une situation de déréliction afin de donner encore à une démocratie en plein doute talonnée par les extrêmes prompts à user de tout flottement pour s’imposer. Finalement, il y aura beaucoup à faire.

Les caprices du prince

En nommant Michel Barnier Premier Ministre, le Président de la République, a foulé du pied les résultats des élections législatives, faisant preuve d’orgueil déplacé et affirmant de fait son orientation clairement droitière.

Alors qu’Emmanuel Macron vient de nommer en qualité de Premier Ministre Michel Barnier, plusieurs questions se posent, notamment au regard du respect dû aux résultats des élections législatives, du précédent politique créé par la situation actuelle et sur la volonté affichée pendant des années par le Président de la République de faire entrer la France dans un nouveau monde en rupture avec l’ancien. Pour autant, il apparaît que, par ego associé à la volonté de ne pas assister au détricotage partiel ou total de son premier quinquennat et second en cours, le Président de la République a foulé du pied les résultats des urnes convoquées pour un scrutin législatif anticipé les 30 juin et 7 juillet derniers.

Apprentissage du compromis

Il n’est pas excessif d’évoquer ici un déni de démocratie et une insulte faite, jetée à la face des électeurs ayant voté pour le Nouveau Front Populaire, majoritaire à l’Assemblée, de manière certes relative et éclaté dans une coalition des plus fragiles, mais majoritaire toute de même. Deuxième point et non des moindres, peut-être à inscrire dans l’apprentissage du compromis démocratique (les historiens sauront le définir dans les années à venir) le précédent créé par la nomination d’un Premier Ministre conservateur dont la fonction d’homme lige ne fait aucun doute, chargé d’expédier une fin de quinquennat qui s’annonce longue et pénible. En nommant Michel Barnier, homme de droite, Emmanuel Macron ouvre la voie à la possibilité pour ses successeurs de s’affranchir du résultats des urnes, ce qui en démocratie n’est tout simplement pas possible car les résultats électoraux sont le coeur même du système qui prévaut dans l’Hexagone. Dernier point, après avoir reçu une kyrielle de prétendants à l’Hôtel Matignon, dont Xavier Bertrand et Bernard Cazeneuve, toujours dans l’optique de rompre avec l’ancien monde qui s’avère finalement plus une vue de l’esprit qu’une réalité matérielle, sociale ou politique, Emmanuel Macron qui redoutait d’installer un homme du passé dans le bâtiment construit par Louis XV pour sa favorite Madame de Pompadour, a nommé un commissaire européen quasiment oublié du grand public, élu pour la première fois conseiller général de Savoie en 1973, alors que le président Macron est né en 1977. D’aucuns pourraient, et à raison s’interroger, sur les contours du nouveau monde recherché par cette nomination qui ressemble plus à des remerciements pour bons et loyaux services à la Nation qu’à une réponse politique et institutionnelle dictée par les impératifs du moment. N’hésitons pas à l’affirmer : d’une dissolution manquée, nous sommes passés à une nomination qui l’est tout autant. Pis ! Celle-ci accorde au Rassemblement National une victoire par procuration, celui-ci voyant à Matignon un conservateur auquel le parti d’extrême droite ne s’opposera pas frontalement ou indirectement, trop heureux de damer le pion au Nouveau Front Populaire. Dans l’attente d’un futur Gouvernement, il reste dans la bouche de Marianne un goût amer d’injustice politique et de manipulation constitutionnelle insupportable.