Le climat et l’avenir

La multiplication, la fréquence et la durée des vagues de chaleur poussent l’Humanité vers un défi inédit : assurer sa survie en inventant une nouvelle société.

La question n’est plus de savoir si les températures estivales, tout comme hivernales d’ailleurs, défieront à l’avenir tous les modèles climatiques qui prévalaient jusqu’alors mais comment l’Humanité, première actrice du dérèglement climatique, s’adaptera à ces hausses violentes et subites de ces mêmes températures. Avec des canicules à répétition, une ressource en eau se raréfiant et une utilisation contre-productive du point de vue climatique des systèmes de climatisation, une grande partie de la population mondiale risque de retrouver démunie pour faire face à ce bouleversement. Certes des réponses existent : constructions adaptées et isolées, utilisation raisonnée de l’eau, adaptation des horaires de travail dans les entreprises….Autant de solutions viables mais qui restent des solutions à court terme et qui ne peuvent servir de modèles de fonctionnement au-delà du siècle en cours.

Norme et principes

Les générations futures auront à leur charge de développer certes de nouveaux moyens pour se protéger des vagues de chaleur qui deviendront de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses au point de devenir la norme mais aussi la responsabilité de certainement développer de nouveaux mode de vie et de nouveaux modèles économiques qui ne seront plus basés sur les énergies fossiles. Car, ne nous y trompons pas, de multiples causes du réchauffement climatiques trouvent leurs origines dans l’utilisation des énergies carbonées (Pétrole et charbon en particulier). Est-ce à dire que les siècles à venir seront articulés autour d’économies affranchies de la tutelle qu’impose aujourd’hui les énergies fossiles ? Il n’est pas interdit de le penser mais si la réflexion est ouverte il reste néanmoins à en poser les principes, à savoir avec quelles énergies l’Humanité basera-t-elle son développement futur. Eolien, solaire, géothermique,..Là encore les solutions ne manquent pas. Et à vrai dire, et sans négliger cette question, peu importe car ce qui sera au coeur de la réflexion et de la matérialisation de celle-ci, c’est de savoir de quel type de société l’Humanité se contentera. Frugale ou confortable ? La question du réchauffement climatique, au-delà d’une question environnementale, pose les bases d’une réflexion sur les sociétés de demain, sur leur architecture sociale et économique. Et d’émerger de nouvelles interrogations, certainement mal appréhendées à ce jour, sur le type d’alimentation futur, l’utilisation des terres arables, les céréales à privilégier, les constructions à privilégier. Mais aussi politiques avec le choix ou non d’une gouvernance mondiale, continentale ou poursuivre avec des régimes autonomes amenés à collaborer plus encore qu’à l’heure actuelle.….Bref ! Le défi est immense car le changement climatique pose à l’Humanité un défi essentiel qu’elle sera tenue de relever car celui-ci est directement lié à sa survie.

Un monde à part

L’homicide de Nahel M. associé aux émeutes urbaines des jours passés plongent la France dans une crise de régime et, inédit, dans une crise de légitimité où la République est bousculée dans ses fondements, ses symboles et ses institutions.

Après l’épisode de la réforme des retraites qui avait poussé le pays dans une de crise de régime, voilà que les émeutes urbaines consécutives à l’homicide de Nahel M. en génère non seulement une nouvelle mais accouche aussi d’une crise de légitimité propre à altérer, voire à remettre en question pour certains émeutiers, la République elle-même. Touchée en son sein car impliquant les forces de l’ordre, décrédibilisées dans leur action par l’acte commis par le brigadier auteur du tir mortel sur Nahel M., mais aussi par les dégradations ayant touché des bâtiments publics, des mairies en l’occurrence, la Vème République traverse certainement parmi les épreuves les plus déstabilisantes de son histoire. Crise de régime d’abord car elle met l’exécutif face à des responsabilités presque inédites, à savoir assurer simultanément la justice la plus absolue dans l’affaire de l’homicide de l’adolescent, ne pas céder aux sirènes de l’autoritarisme aveugle par une répression disproportionnée qui serait mal interprétée au point de démultiplier les tensions actuelles, et assurer le maintien de l’ordre républicain dans le respect des institutions.

Jaurès, Clemenceau et l’abîme

Et le débat Jaurès – Clemenceau de ressurgir, lui qui en 1906, avait opposé les deux hommes, le premier défendant des manifestations ouvrières légitimes sur le fond, le second défendant l’ordre public et au nom des institutions républicaines. Car entre l’affect et la loi, la passion et la raison, il est un fossé qui ne cesse de se creuser, travaillé plus encore par la culture du paraître et de la superficialité devenue omnipotente. Crise de légitimité ensuite car le rapprochement des crises sociales, telle que celle que nous vivons actuellement, est inversement proportionnel au respect et à la confiance portés à la République par certains de nos concitoyens. L’abîme, car il ne s’agit plus de fossé, qui existe entre certaines franges minoritaires de la population totalement « dérépublicanisées » et le restant de la population est au coeur de cet épisode. Animée d’un sentiment d’impunité, nourrie de discours fantasmés et complotistes véhiculés par les réseaux sociaux, en rupture complète avec la citoyenneté enseignée par l’Ecole d’ailleurs totalement décrédibilisée dans son action, cette population, déscolarisée ou en rupture avec le système scolaire ou échappant à un quelconque contrôle parental, confronte aujourd’hui l’Etat, se greffant sur la mort de Nahel M. pour manifester sa méfiance exacerbée de la République et de l’autorité qu’elle incarne mais aussi de l’État et de tous ses attributs quels qu’ils soient (Ecole, Force de l’ordre, Mairies,…).

Pavloviens et monde à part

Dans une forme de rejet des institutions que peu d’entre eux connaissent et affrontent par réflexes pavloviens de contestation bornée, ces franges de la population capables de terroriser des quartiers urbains entiers, défient l’État et la République. Or si la contestation de l’État et de l’ordre restent parmi les premières motivations, celles-ci s’avèrent finalement superficielles ; Les racines essentielles étant certainement à rechercher dans une forme d’ignorance, d’inculture et de médiocrité à laquelle s’ajoute une incompréhension du système socio-politique dans lequel ils vivent sans y trouver leur place. Evoluant dans un monde à part, lui-même articulé autour de ses propres lois et de territoires considérés comme soustraits à la République, ces populations tentent de briser les repères républicains communs, propageant ainsi les germes d’une guerre civile pour l’heure en gestation.

Poutine et le déluge ?

Si le pouvoir de Vladimir Poutine a tremblé sans s’effondrer sous les coups de boutoir assénés par les Wagner, la tentative de renversement avortée ouvre cependant la perspective de l’après Poutine devenue inéluctable. Mais pour quel régime à venir ?

Rébellion, coup de force, tentative de coup d’État, les mots et expressions ne manquent pas pour qualifier l’action menée par les paramilitaires de Wagner et de leur chef Evgueni Prigogine contre Vladimir Poutine. Et nul besoin d’être un politologue averti ou un grand spécialiste de la Russie pour comprendre et prévoir que ce genre d’évènements est amené à se reproduire dans les jours ou les semaines à venir. Une évidence s’impose : Vladimir Poutine est menacé en son sein par des hommes qu’il croyait fidèles à son régime, à sa politique et plus encore à sa personne. Affaibli, en dépit du soutien affiché par la Chine, Vladimir Poutine va désormais devoir compter ses amis et choisir avec prudence et précaution ses alliances afin de ne pas affaiblir une position des plus fragiles.

Quel régime ?

Car, et c’est certainement une question de temps, Vladimir Poutine ne tombera pas par les actions souterraines et secrètes menées par les puissances extérieures à la Russie mais par une opposition interne, fatiguée de son pouvoir autocratique et de ses décisions à contre-courant de l’Histoire. Evgueni Prigogine, qui aura été le premier à donner un coup de pied dans la fourmilière poutinienne, sera vraisemblablement suivi, par d’autres qui tenteront, pour y parvenir, à destituer Vladimir Poutine. Tout n’est désormais que question de temps. Et l’interrogation qui se pose dès lors est : mais pour quel régime ? La chute possible, devenue soudainement probable, de Vladimir Poutine, ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour pays enlisé dans un conflit sans horizon et sans pertinence géopolitique ou géostratégique. Imaginer une transition démocratique dans une nation formatée par plus de vingt ans de démoctature ou de dictacratie, habile mélange de démocratie moderne et d’État tout-puissant, est une option mais le risque majeur auquel s’expose la Russie reste véritablement celui d’un chaos politique et social, à la durée inconnue, dans l’hypothèse de la chute de Poutine, qui affaiblirait encore plus un pays au ban des nations depuis plus d’un an. Et de ce chaos pourrait naître, non pas nécessairement un régime ouvert et démocratique, mais bien un nouvel épisode autoritaire similaire à celui que Poutine dirige depuis 1999.

Schémas et clans

Alors, effectivement, vu d’Occident le coup de force des Wagner a sonné comme une forme de bonne nouvelle, naturellement à pondérer car ces paramilitaires n’ont rien de démocrates éclairés, mais la tentative de renversement de Poutine par ces derniers a mis à nu les failles d’un Etat et d’un système épuisés. Vladimir Poutine, admirateur sans fin du régime soviétique et qui a tout au long de ses présidences successives, tenté de reproduire les schémas de l’ancien bloc de l’Est, s’est laissé aveuglé par une illusion de puissance que sa personne et son régime ont essayé de promouvoir s’appuyant sur des clans proches du pouvoir qui trouvaient dans cette proximité, à l’image des oligarques russes, de nombreuses satisfactions. Pour l’heure, si la tension semble en apparence doucement retomber, il convient de ne pas oublier que le conflit russo-ukrainien, premier moteur de la tentative de renversement des Wagner, perdure, que les paramilitaires, payés pour agir suivront toujours ceux qui se montreront les plus généreux avec eux et que les faiblesses politiques et structurelles de la Russie, flagrantes désormais, nourrissent silencieusement un courant de contestation qui, tôt ou tard, finira par émerger sans accepter l’échec comme option.

Le risque du faux pas

En annonçant accueillir la formation de soldats ukrainiens sur son sol, l’Union Européenne franchit un pas supplémentaire dans son assistance à Kiev. Au risque de répéter l’Histoire. Explications.

Et si le conflit russo-ukrainien devenait le Viêt-Nam des Européens ? L’analogie peut paraître audacieuse, voire totalement anachronique notamment au regard du contexte historique car les années soixante et soixante dix, décennies durant lesquelles les Etats-Unis sont intervenus dans le Sud-Est asiatique, étaient marquées par la Guerre Froide qui opposait blocs de l’Est et de l’Ouest. A ce jour, nulle opposition de ce genre n’a été relevée par les politologues même si les comparaisons sont tentantes et faciles. Mais pour quelles raisons alors évoquer une forme de possible vietnamisation du conflit qui déchire l’Ukraine depuis le 24 février 2022 ? En annonçant mardi 20 juin que jusqu’à 30.000 soldats ukrainiens allaient être formés par l’Union Européenne en 2023, Kiev gravit un échelon supplémentaire dans la guerre matérielle et psychologique livrée à la Russie.

Mission d’assistance

Pour autant, ce n’est pas tant l’Ukraine qui semble concernée dans cette nouvelle étape du conflit mais bien l’Union européenne qui, dans le cadre de la mission d’assistance qu’elle s’est fixée vis à vis de Kiev, s’implique plus encore dans une confrontation qu’elle voulait périphérique à son aire d’influence sans en négliger la portée. Et les souvenirs de l’intervention des Etats-Unis au Viêt-Nam au début des années soixante, voulue par John F. Kennedy sous la forme de missions de conseils pour ensuite prendre la forme d’une intervention militaire au sens premier du terme de refaire surface. Car en se présentant comme une aire d’accueil et de formation géographique et technique dédiée au soldats ukrainiens, l’Union européenne fait un pas de plus vers une implication grandissante dans une guerre qui pourrait durer encore des années. Cette analogie avec la Guerre du Viet-Nam prend d’autant plus d’ampleur que l’Ukraine se sait destinée à intégrer dans un futur à déterminer l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ce qui lui confère un nouveau statut de puissance est-européenne aux portes de la Russie.

Prochaine étape

Et l’Union Européenne, dont nombre de pays font aussi partie de l’Otan, de se retrouver par sa décision du 20 juin, doublement impliquée dans une opposition devenue hautement géopolitique et géostratégique. Et quid de la position et de la réaction de la Russie ? Impénétrable tout comme peut l’être Vladimir Poutine, on peut raisonnablement penser que la décision de l’Union Européenne tendra évidemment encore un peu plus des relations déjà glaciales. Enfin, la dernière question qui se pose, après l’aide matérielle apportée à l’Ukraine (Canons César, Chars Tigre,…), et l’aide annoncée à la formation des soldats ukrainiens, est donc de savoir quel sera le prochain degré d’intervention de l’Union dans le conflit. Il n’échappe ainsi à personne que cette prochaine étape sera à réfléchir avec moult précautions car le moindre faux pas diplomatique pourrait alors générer des conséquences qui dépasseraient la simple confrontation russo-ukrainienne.

Avec ses propres armes

Confronté à une résistance ukrainienne sous-estimée et méprisée, Vladimir Poutine en est réduit à détruire des installations civiles dans l’espoir de briser les espoirs de Kiev. Plus que de guerre psychologique, ces actes démontrent surtout l’échec d’une opération militaire infondée et sans horizon.

Parce qu’il sait ne pas pouvoir, sans conséquence incalculable, utiliser l’armée nucléaire contre l’Ukraine, Vladimir Poutine a donc choisi, pour porter plus encore atteinte à l’intégrité du territoire nationale ukrainien, de détruire le 6 juin dernier le barrage hydroélectrique de Kakhovka. Les effets physiques de cette destruction ont été immédiats puisque des milliers d’hectares de terres arables et / ou habitées ont été inondés, parfois sur des hauteurs de trois ou quatre mètres au-dessus du sol. Car l’Ukraine est aujourd’hui devenue, et plus que jamais, pour Vladimir Poutine une obsession qui confine à la pathologie tant tous les efforts de la Russie sont désormais tournés vers ce seul objectif : écraser le pays dirigé par Volodymyr Zelenski dans une humiliation voulue totale mais qui tarde à se dessiner, si tant est que celle-ci se dessine un jour.

Conséquences nucléaires

Voilà pour le constat. Mais attardons-nous un instant sur ce barrage détruit certes à des fins stratégiques, bien que discutables, mais aussi afin d’attenter au moral de la population ukrainienne. Premier élément de réponse, riche d’enseignements pour le Kremlin : officiellement, les Ukrainiens donnent plus le sentiment d’avoir surmonté cette épreuve, une de plus, pour se fédérer encore plus autour de la cause commune, défendre l’Ukraine et, accessoirement, autour de leur président. L’eau que Poutine voulait voir éteindre le ardeurs ukrainiennes, n’a en fait qu’exacerber ces dernières. Pourtant, depuis le début du conflit, Vladimir Poutine n’a eu de cesse, dans des mises en scène télévisées grotesques, de rappeler que la Russie disposait du feu nucléaire et que le doute planait sur sa potentielle utilisation. Or, toutes les chancelleries du monde savent pertinemment que jamais Vladimir Poutine n’utilisera jamais l’arme nucléaire d’abord au regard des conséquences engendrées (contre-offensive nucléaire occidentale,…). Et de prouver par cette inaction nucléaire, paradoxe militaro-diplomatique, que la dissuasion éponyme est plus un piège qu’une solution à compter du moment ou d’autres pays la possèdent aussi. Alors pour contrarier cette réalité Poutine opte pour une nouvelle forme de guerre qui n’a finalement rien de si nouveau que cela. En optant de terroriser les populations par des actes de destructions de cet ordre, tout comme les menaces exercées sur la centrale nucléaire de Zaporijia, Poutine renoue avec avec des tactiques militaires presque ancestrales remontant pour certaines au XIXème siècle.

Installations civiles

A titre d’exemple historique, la seule annonce de l’arrivée des armées napoléoniennes suffisait à faire fuir des milliers de d’hommes et de femmes, terrorisés à l’idée des saccages et des sévices que ces dernières étaient capables de perpétrer. Exemple type d’une forme de guerre psychologique efficace. Pour autant, et c’est peut-être le point ultime de cette réflexion car en constatant que la guerre conventionnelle n’a pas cassé l’enthousiasme ukrainien à défendre son territoire, que le feu nucléaire n’est pas utilisable au regard des effets secondaires, il apparaît que Vladimir Poutine et son armée en sont réduits à s’en prendre à des installations civiles pour tenter d’infléchir la volonté ukrainienne. Pour résumer, Poutine est désormais contraint de se battre avec les armes restant à sa disposition. D’aucuns parmi les défenseurs de l’action du Kremlin, évoqueront une guerre psychologique mais elle témoigne surtout de l’échec de la stratégie militaire qui portait une opération spéciale voulue et présentée comme rapide. Acculé dans une impasse militaire et diplomatique, avec pour seule porte de sortie la Chine (qui n’est pas nécessairement la meilleure des portes de sortie), Vladimir Poutine joue certainement parmi ces dernières cartes dans l’espoir de faire basculer l’Ukraine vers la pente de la défaite alors que débute la contre-offensive militaire élaborée par Kiev.

De l’exigence républicaine

La succession d’agressions verbales ou physiques de plusieurs élus témoigne de la perte croissante de l’autorité naturelle qu’inspirait la République. Si certains groupes politiques extrémistes y contribuent fortement, l’effondrement de piliers tels que l’Ecole ou la méritocratie aussi. Essai d’explications.

S’il est des signaux qui alertent sur la crise de légitimité que traverse notre démocratie, ce sont bien ceux qui ont été lancés par les différentes agressions récemment subies par divers élus, agressions verbales ou physiques. Souvent commises à l’endroit d’élus proches de la majorité ou sans étiquette, ces agressions se veulent le témoin d’une défiance croissante en la représentation publique d’une collectivité, quelle qu’elle puisse être, municipale, nationale ou régionale portées par des groupes ou individus idéologiquement méfiants ou ouvertement ennemis de la République. Mais passé ce constat, il convient de s’interroger sur les suites à donner, hormis les suites judiciaires. Restaurer l’autorité de la République dans une nation aujourd’hui en proie au doute politique relève de la gageure dans un pays qui depuis 1875, excepté la parenthèse de 1940 – 1944, a toujours confié sa destinée au modèle républicain.

La Gueuse et la crise

D’aucuns argueraient que la République est certainement malade au regard notamment du faible taux de participation aux différents scrutins. Pour autant, cette faiblesse ne tiendrait-elle pas plus à la qualité de l’offre politique et idéologique qu’au cadre juridique que représente la République ? Une réalité s’impose donc : La République, autorité suprême d’une démocratie représentative telle que celle pratiquée en France ne revêt plus le caractère sacrée que l’Histoire lui a prêtée. Car érigée en modèle supérieur inaltérable et seul à même d’assurer le bonheur de ceux qui s’y sont voués, la République n’a pas toujours été aussi respectée que beaucoup pourraient l’avancer. L’Entre-Deux-Guerres, marquée par la montée des mouvements d’extrême-droite, a laissé à ces mêmes mouvements l’espace de dénoncer la Gueuse, cette République affairiste et corrompue, dont ils voulaient la perte. Pourtant, il serait dénué de sens de chercher une quelconque analogie avec les soubresauts que traverse la Vème République, soubresauts nés d’une forme d’incongruité que représente lui-même ce régime accouché dans la douleur d’une autre crise liée à l’enlisement de la Guerre d’Algérie en 1958.

Méritocratie et médiocrité

Attisé par des provocateurs évoluant dans la mouvance d’extrême-droite se nourrissant de la contestation issue de la réforme des retraites, le malaise actuel qui étreint notre République, beaucoup plus profond, est aussi à chercher dans l’évolution de notre société. Avec un recul patent et avéré du poids de l’Ecole, avec la banalisation du principe méritocratique (certes des plus discutables dans sa réalité historique et sociétale), avec l’émergence de la médiocrité en mode de fonctionnement au détriment de l’excellence, les principes républicains qui s’appuyaient sur les deux premiers éléments, école et méritocratie, ont été progressivement rognés au profit d’un appauvrissement culturel car plus séduisant, plus facile d’accès et donc plus souple. Cadre juridique exigeant dans sa compréhension et sans sa pratique, responsabilisant dans sa mise en œuvre démocratique, la République s’est donc progressivement vue attaquée puisque jugée trop lourde à porter pour certains et ce par ignorance, par incompétence, par refus de l’altruisme naturel que suppose l’idéal républicain, voire par l’ensemble de ces éléments. Le Chemin de Damas, si l’on peu oser cette image mystique dans un environnement républicain, s’annonce donc long afin de réhabiliter des principes et un cadre républicains pour l’instant plus critiqués qu’encensés. Et pour cause.

Erdogan pour un tour de plus

La réélection de Recep Tayyip Erdogan à la présidence de la République turque éteint les ambitions occidentales d’assister à un changement d’orientation politique notamment au regard des enjeux géopolitiques cristallisés autour de la Crimée, de la Mer Noire et de l’Ukraine.

En choisissant de réélire Recep Tayyip Erdogan à la tête de la Turquie (52,14% des voix exprimées), les Turcs semblent donc avoir intégré les griefs qui avaient permis à son principal rival Kemal Kiliçdaroglu de se présenter en rival crédible lors d’un scrutin des plus serrés. Ainsi, que ce soit sa dérive populiste assumée ou la lenteur de sa réaction à juger de la gravité du tremblement de terre survenue le 6 février dernier au sud de la Turquie, rien, surprenant paradoxe, n’a finalement altéré l’image d’un homme contesté mais devenu pour son pays incontournable. Sur le plan de la politique intérieure donc, sauf ambition nouvelle, la Turquie ne devrait pas modifier ses orientations économiques ou sociales même si les résultats de Kemal Kiliçdaroglu inviteront Erdogan a tempérer son discours et ses projets en la matière. Pour autant, c’est bien sur le plan de la politique extérieure que cette victoire déçoit nombre de nations à commencer par le bloc occidental qui espérait secrètement la défaite du président sortant.

Médiateur international

Plusieurs raisons concourent à cette déception à commencer par les liens entretenus par Erdogan avec Vladimir Poutine et perçus comme irritants et ambigus, la Turquie affichant volontairement mal sa position à l’égard de l’invasion russe en Ukraine. Les deux hommes qui se partagent désormais la même mer, à savoir la Mer Noire, sont à l’évidence d’un point de vue géopolitique intimement lié. Or, Erdogan, et avec lui la Turquie, qui depuis le début de la guerre en Ukraine se rêvent en médiateur international, ont jusqu’alors vu leurs ambitions diplomatiques déçues et douchées. Percevant le conflit comme un moyen de hisser la Turquie au rang de puissance mondiale, à tout le moins de puissance du bassin oriental de la Méditerranée, Erdogan a toujours échoué dans cette entreprise car contrarié dans son action diplomatique par la Chine qui cherche désormais à se poser en conciliateur impartial et ce pour d’autres motifs très éloignés de ceux d’Erdogan. Et, Vladimir Poutine, beaucoup plus sensible au poids de Pékin que de celui d’Ankara, a rapidement tourné son regard vers l’Empire du Milieu au détriment de l’ancien Empire ottoman, à l’influence secondaire voire marginale à ses yeux.

Soft power turc

Autre motif à même de décevoir les Occidentaux, l’aspect versatile des relations diplomatiques d’Erdogan, obsédé, comme peut d’ailleurs l’être Vladimir Poutine, par la volonté de rendre à la Turquie l’influence et l’aura dont disposait l’Empire Ottoman. Sans défendre de politique territoriale expansionniste comme Vladimir Poutine, Erdogan a donc articulé ses relations avec le monde occidental dans cette optique, blessant et irritant Européens et Etats-Unis par des prises de position à même de contrarier les uns et les autres ou par un soft power turc très actif dans le bassin méditerranéen oriental. Enfin, dernier point expliquant la déception des Occidentaux, l’absence désormais actée de voir évoluer socialement un pays traversé par une agitation croissante qui se heurte au conservatisme prôné par Erdogan. Conscients qu’un renouveau diplomatique est intrinsèquement lié à un changement global d’orientation politique, les Occidentaux devront donc patienter jusqu’au prochain scrutin pour espérer voir la Turquie sous un nouveau jour.

Kiev regarde plus loin

L’action diplomatique menée par Volodymyr Zelensky en marge du G7 met en évidence une vision du conflit russo-ukrainien et de ses lendemains qui vise à donner à l’Ukraine un rôle autre que celui qu’elle occupait avant la déflagration.

Invité surprise du G7 tenu voilà quelques jours à Hiroshima, au Japon,Volodymyr Zelensky a su faire preuve d’une habilité diplomatique à même d’obliger dans le futur ses partenaires et ses alliés. Ce volontarisme affiché doublé d’une fine opération de communication, d’aucuns parleraient presque d’une forme de soft power ukrainien, s’inscrit dans des orientations militaires bien précises et qui renvoient à la contre-offensive que l’armée ukrainienne prépare pour une date qui n’a pas encore été dévoilée aux alliés. Pour autant, officielle ou pas, la dite contre-offensive se doit, et le président ukrainien l’a très bien compris, être réfléchie d’un point de vue militaire mais aussi d’un point de vue diplomatique.

Ambitions et humiliation

Soucieux de conserver ses alliés et les soutiens que ces derniers lui apportent, notamment d’un point de vue logistique et tout particulièrement après l’annonce officielle des Etats-Unis de livrer ses avions de chasse F-16, Volodymyr Zelensky a conscience du fait qu’en cas de revers militaire lors de la contre-offensive, les alliés occidentaux seraient potentiellement pris d’une forme de lassitude à l’endroit de la cause ukrainienne au risque de voir les si précieux soutiens s’effriter un à un. Ainsi, le premier objectif du président ukrainien, tenue de combat revêtue, était de s’assurer de la fidélité des alliés de la première heure, aujourd’hui et demain, en cas de d’échec de la contre-offensive. La tactique de Volodymyr Zelensky est d’autant plus fine que, en recueillant aujourd’hui l’agrément des alliés, il leur sera difficile de se dédier au cas où l’armée ukrainienne échouait dans ses ambitions. Et quid alors si la contre-offensive réussissait ? Le président ukrainien en sortirait grandit et renforcé tout comme ses alliés, Volodymyr Zelensky se posant alors en chef de file du monde slave auquel il serait malaisé de refuser quoi que ce soit, y compris une adhésion rapide de l’Ukraine dans l’OTAN. Mais cet objectif, dernier sur la liste des priorités des membres du Traité Atlantique, pourrait bien longtemps y figurer car si libérer l’est de l’Ukraine est un but partagé au sein des membres, humilier la Russie en intégrant l’Ukraine dans l’Organisation atlantique, n’est pas à l’ordre du jour. Ceci étant, se fiant à l’adage que gouverner c’est prévoir, Volodymyr Zelensky prépare déjà, et à raison, l’après-guerre, d’abord pour le bien de son pays, ensuite et surtout aussi pour assurer sa place dans le nouvel ordre européen qui naîtra au lendemain du conflit. Car en cas de victoire de l’Ukraine, celle-ci passerait de nation invisible à carrefour incontournable en Europe de l’Est, devenant un relais géopolitique essentiel au sein d’un continent européen bousculé.

Les loups et la survie

La rupture annoncée par Marine Le Pen avec le GUD, outre la mise en évidence d’une tentative de crédibilisation du Rassemblement National, confirme aussi la mue engagée par le parti d’extrême-droite dans la perspective de 2027. Et la démocratie de s’exposer à tous les dangers.

En annonçant sa décision de prendre ses distances avec le Groupe Union Défense (GUD), groupuscule d’extrême-droite fondé dans les années soixante-dix et dont elle était proche, Marine Le Pen opère ici une mue que d’aucuns qualifieraient de très inquiétante pour qui abhorre les idées défendues par l’ancienne candidate à l’élection présidentielle. Pour les partisans de cette dernière, en revanche, il s’agit là d’un pas supplémentaire vers une réhabilitation du parti. Pourtant, il convient de ne pas en douter, cette rupture avec le GUD présentée comme officielle, s’inscrit dans la volonté de Marine Le Pen de crédibiliser son parti en vue de la prochaine échéance présidentielle. Défait, en tous cas le parti d’extrême-droite épouse-t-il cette posture et tente de s’y conformer, de ces oripeaux les plus répulsifs, le Rassemblement National reste encore mu par les doctrines xénophobes et nationalistes sur lequel l’ancien Front National avait fait sa litière.

Images policées

Certes prudent et silencieux pendant les débats portant sur la réforme des Retraites, souvent en retrait dans les débats qui animent l’Assemblée Nationale, le Rassemblement National tente depuis les élections législatives de juin 2022 de présenter un visage de parti politique acceptable, soucieux de démocratie et empreint de principes sociaux. Ce calcul, élaboré au lendemain de la défaite de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, ne relève pourtant que du jeu de dupes, basant sa réussite supposée sur la faiblesse politique et culturelle de son électorat sensible aux images lisses et policées plus qu’aux réalités idéologiques du parti. La question qui désormais se pose n’est donc plus de savoir si cette mue réussira, non pas en tant que telle, mais plutôt si les résultats escomptés seront au rendez-vous ? Le danger auquel s’expose aujourd’hui la démocratie est donc réel car pour paraphraser Serge Reggiani, si les Loups sont entrés dans Paris, ils risquent rapidement de propager les pires maux possibles. Autre question qui émerge aussi, à savoir : la politique menée par Emmanuel Macron favorise-t-elle la montée de l’extrême-droite ? La réponse est des plus mitigées car depuis les années soixante-dix, en dépit de quelques élections où il a été sévèrement balayé, le parti d’extrême-droite séduit lentement un nombre d’électeurs croissant. L’imputer au seul Emmanuel Macron serait donc excessif.

Terreau de croissance

Isolement géographique, déclassement social, question migratoire instrumentalisée à l’excès, chômage de masse, désert culturel dans lequel erre son électorat et autres réalités économiques ont nourri les thèses d’un parti qui a fait de la misère et du désespoir social son terreau de croissance. D’aucuns, inquiets à nouveau, ont déploré la fragilité du Front républicain qui avait, et qui a par ailleurs réussi à contenir l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir lors de la dernière échéance présidentielle quand d’autres craignent de voir ce même front voler en éclat lors de la prochaine élection présidentielle. Ainsi, si lors de la crise politique qui a suivi l’adoption de la réforme des retraites via l’emploi de l’article 49.3, nombreux ont évoqué une crise de régime, il est à craindre cependant que la démocratie française soit encore plus en danger devant la montée en puissance de l’extrême-droite. Il ne convient donc plus aujourd’hui d’évoquer une quelconque crise de régime mais plutôt d’une réelle crise de survie de la démocratie.

Remonter le temps

Plombé par la réforme des retraites, le Président de la République Emmanuel Macron ne parvient pas à retourner une opinion encore braquée contre lui. Cette crise politique qui fragilise son mandat ampute aussi l’opportunité qu’avait le président de réformer durablement le pays pendant son quinquennat.

Décidément rien n’y fait. Ni l’annonce d’un agenda surchargé de réformes à venir, ni l’évocation de Jean Moulin, ni celle de la Résistance ou de la justice portée par la République, rien ne semble redorer le blason du Président de la République qui traîne comme un boulet la réforme des retraites passée en force à l’Assemblée Nationale. Est-ce à dire que le restant du quinquennat sera assimilable à un chemin ou de croix, ou, une actualité en chassant une autre, l’émotion suscitée par la dite réforme finira par s’éteindre doucement. Pour l’heure, aucun indice ne penche en ce sens. Que faire alors ? Démissionner ? Le Président de la République a annoncé qu’il s’y refusait. Dissoudre l’Assemblée Nationale au risque de perdre le peu de majorité, déjà relative, dont il dispose ? Finalement, passées toutes ces options, il ne reste au Président que celle de la résilience, épreuve ô combien plus psychologique que politique tant cette dernière appelle aux qualités intrinsèques de l’individu à s’adapter à son environnement.

Pays grippé

Une question se pose malgré tout, sachant qu’une réforme des retraites était certes nécessaire mais sans revêtir de caractère urgent, pourquoi Emmanuel Macron n’a-t-il pas engagé d’autres projets de sociétés éminemment moins politiques alors que son agenda présidentiel s’interrompait après le printemps 2027 ? Si la réforme des retraites est déjà vue comme le point noir du quinquennat du Président, il est dommage que celui-ci n’est pas utilisé son second mandat, défait de toute pression électorale liée à une potentielle réélection pour tenter, comme il l’avait amorcé en 2017, de réformer un pays grippé. Tous les observateurs politiques s’accordent sur ce point : Emmanuel Macron avait devant lui une autoroute via laquelle s’ouvrait une multitude de réformes à même de transformer, essayer du moins, la société française. En faisant de la réforme des retraites une question centrale et un objectif crucial de son mandat alors que celle-ci n’est in fine qu’une simple question d’intendance comme le rappelait voilà peu l’ingénieur et enseignant Jean-Marc Jancovici, le Président de la République a hypothéqué les quatre années à venir de son mandat sans compter les effets délétères causés sur sa majorité et plus largement sur le parti présidentiel. Et d’aucuns de pousser des cris d’orfraie prédisant que cette erreur politique a conforté l’extrême droite dans ses ambitions présidentielles. L’idée n’est cependant pas nouvelle et devra attendre 2027 pour potentiellement se confirmer ou s’infirmer. Pour l’heure, une chose s’affirme en revanche comme réelle : Le Président Macron et sa majorité souffrent comme certainement aucun attelage politique sous la Vème République n’a souffert, espérant secrètement que revienne la magie des premiers mois du premier quinquennat. Mais en politique, nulle magie. Et si remonter le temps est impossible, assumer l’instant est en revanche une nécessité.