Chaises bancales et potion amère

La nomination de François Bayrou en qualité de Premier Ministre répond aux impératifs constitutionnels mais ne règle en rien la question explosive d’un budget contraint à la sévérité qu’il conviendra de faire digérer.

Il est à se demander si la censure qui a poussé à la démission le gouvernement de Michel Barnier a servi à quelque chose. Car, bien que rapidement nommé par le Président de la République, le nouveau Premier ministre, François Bayrou (qui concrétise ici un rêve ancien même si celui-ci prenait plutôt les formes de ors du Palais de l’Elysée) est déjà confronté aux mêmes difficultés que son prédécesseur : tir de barrage de l’opposition, méfiance de l’extrême droite et absence de fondamentaux parlementaires apaisés, comprenez de majorité relativement stable qui lui permette de naviguer sereinement, sans à-coup à tout le moins, pendant son exercice dont il est très difficile d’avancer une durée.

Contexte économique

Pour autant, ces éléments qui relèvent plus de la stratégie politique que de la gestion de l’État ne pèsent donc finalement pas énormément dans la tâche qui attend le Premier Ministre et son futur gouvernement. Concrètement, c’est bien sur le budget 2025 qu’est attendu le nouveau locataire de Matignon, ce même budget, exactement celui de la Sécurité Sociale, qui a fait chuter Michel Barnier. Et la potion de rester la même en dépit du fait que les têtes ont changé : Faire avaler aux Français près de 40 milliards d’économie dans un contexte économique européen et mondial au mieux morose au pire dégradé. Et si le budget représente effectivement le plus grand défi que devra affronter et surmonter François Bayrou, celui-ci sera aussi attendu sur la question de l’immigration et de la sécurité, l’extrême droite ayant fait savoir qu’elle serait particulièrement attentive à la question. Si bien que l’exercice d’équilibriste auquel s’est adonné Michel Barnier reste identique à celui auquel François Bayrou devra se plier sans la possibilité de voir l’Assemblée Nationale dissoute en Juin 2025 pour potentiellement abréger ses souffrances ou lui faire gagner u peu de temps, le Président de la République ayant annoncé son intention de ne pas retourner aux urnes avant la fin de son mandat.

Stabilité et progression

Emmanuel Macron, à l’origine du chaos parlementaire actuel, sait plus que quiconque que la France, moteur européen, aspirant à rester ou devenir un acteur international, a désormais besoin de stabilité après un été et un automne agités. Mais entre identifier un besoin et y répondre, il y a un pas parfois un fossé pour ne pas dire un abysse car la rancoeur et les tensions cuites et recuites depuis des mois et des années au sein de l’opinion publique et des parlementaires ne se sont pas tues avec la nomination de François Bayrou à Matignon, loin s’en faut. In fine, croire béatement que l’arrivée du président du Modem, homme modéré par essence et par tradition politique, est un gage de stabilité et de progression vers une résolution des problèmes est un leurre. Au jeu des chaises musicales, si François Bayrou s’est imposé, les chaises restent toujours bancales.

Syrie à quitte ou double

L’arrivée des rebelles de HTS à la tête de la Syrie pose de multiples questions à commencer par celle de la nature du nouveau régime. Démocratie ou démoctature ? Et quid des relations avec les pays frontaliers dans une région déjà sous tension ? Essai d’explication.

Débarrassée de la dynastie Al-Assad, la Syrie n’en est pas moins encombrée des questions qui entourent l’arrivée au pouvoir des rebelles islamistes. Si ces derniers cherchent depuis plusieurs jours à se montrer sous leur meilleur jour, ouverts au dialogue et prompts à extirper la Syrie de l’héritage des Al-Assad, d’aucuns s’interrogent sur les motivations profondes du mouvement HTS qui a donc pris en mains les destinées du pays. Quid des libertés individuelles et fondamentales ? Des droits des femmes ? Des relations avec Israël, la Turquie, l’Iran et l’ancien allié la Russie devenue terre d’asile d’Al-Assad ? Autant de questions qui restent à cette heure sans réponse mais que la réalité géopolitique locale et la conjoncture mondiale se presseront d’amender. Ainsi, premier chantier du nouveau gouvernement, établir une passation de pouvoir efficace et apaisée entre les anciens ministres de Bachar Al-Assad et les nouveaux tenants du pouvoir.

Démocratie ouverte

Autre chantier,et non des moindre, définir les règles sociales et juridiques d’un pays qui vit depuis 1970 sous le joug violent et sanguinaire d’une famille, les Al-Assad, dont les méthodes se sont toujours plus rapprochées de celles d’une dictature féroce que d’une démocratie libérale. Et c’est d’ailleurs sur ce point bien spécifique que sont attendus les nouveaux hommes forts de la Syrie. Mettront-ils en place une démocratie à l’occidentale ou une sorte de démoctature à la Russe, comparable à celle de Vladimir Poutine ? Les aspirations du peuple syrien sont grandes et fortes, en gestation depuis le printemps arabe de 2011 où la Tunisie et l’Egypte avaient ouvert le bal de la rébellion des peuples usés par des régimes oppressifs et démesurément autoritaires. Hélas ! Les années qui suivirent virent les deux pays retomber dans leurs travers originaux où les velléités libertaires ont été confisquées par un pouvoir aux allures démocratiques mais en réalité castrateur. C’est justement cette étape, ce dévoiement, que doit éviter la Syrie pour ne pas réécrire l’Histoire dictée par la voix des rebelles islamistes du HTS. Et les nations occidentales de veiller au grain en s’intéressant au plus près à l’avenir de la Syrie qui pourrait alors, bien dirigée, devenir un pivot et un relais régional crédible au Moyen-Orient à même de contrôler les élans et les pulsions d’Israël.

Passé commun

Parallèlement, les démocraties occidentales tireraient plus encore avantage d’une Syrie reconstruite sur des bases démocratiques, notamment la France, qui par son passé commun avec Damas, pourraient y trouver un allié de poids au Proche-Orient, Paris qui peine à faire entendre sa voix dans la région au profit des Etats-Unis et de la Russie. Dernier chantier enfin, les relations internationales, en particulier celles à venir avec les pays frontaliers que sont la Turquie, la Jordanie, l’Irak, Israël, et le Liban. Exceptés la Turquie et la Jordanie, toutes les autres nations sont enlisés dans des conflits ouverts ou larvés, d’essence politique ou religieuse, quand ce n’est pas les deux. A la Syrie donc, et à son nouveau gouvernement de jouer la bonne partition pour assurer sa résurrection sans froisser des voisins susceptibles à de multiples égards. La tâche s’avère passionnante mais immense, reste à savoir si les rebelles HTS mus en dirigeants d’apparence raisonnée sauront faire face au défi qui se pose à eux.

Retour de bâton

En composant avec l’extrême-droite, le Gouvernement s’est laissé prendre au piège du Rassemblement National en éludant l’alliance de gauche pourtant plus ouverte au dialogue. Confronté à deux motions de censure, l’exécutif, par son entêtement, risque de jeter le pays dans l’incertitude.

L’Histoire l’a pourtant enseigné à maintes reprises : il n’est jamais bon de négocier ou de pactiser avec les extrêmes. Ainsi, quel que soit le résultat des motions de censure présentées devant l’Assemblée Nationale, le Premier ministre en exercice, Michel Barnier, doit déjà, et amèrement, regretter d’avoir accédé aux demandes du Rassemblement National. Dans un chantage sans fin, le parti d’extrême droite, usant et abusant de la faiblesse d’un gouvernement aux pieds d’argile, a fait valoir ses revendications contre l’assurance d’un soutien aussi fragile que risqué. Et comme tout chantage qui se respecte, celui-ci a été ponctué de demandes toujours plus nombreuses, exposant le Gouvernement à la merci d’un parti qui, sans être majoritaire, a su, par sa présence et une discipline interne, faire front et s’imposer comme une des clefs de voûte de l’architecture parlementaire.

Base étroite et agenda

Dans un cynisme presque nauséeux, le Rassemblement National a doucement refermé son piège au point de décider à lui seul du devenir du Gouvernement. Il est vrai que la tâche avait été rendue des plus aisées dans la mesure où l’exécutif ne disposait que d’une base étroite de députés à même de suivre et d’appuyer les mesures proposées par le Gouvernement. Emporté par la vague populiste qui secoue les démocraties occidentales, Michel Barnier n’a eu d’autre choix que de céder pour espérer durer alors qu’à peine, nommé, celui-ci était déjà condamné par un agenda à haut risques car touchant au sacro-saint budget de l’Etat. C’est finalement le budget de la Sécurité Sociale qui aura focalisé tous les regards, notamment ceux de la droite, de l’extrême droite et du Gouvernement soucieux pour ce dernier de ne satisfaire que ces partenaires particuliers, délaissant au passage les députés de gauche alors que leur soutien s’avérait, avec le recul, des plus précieux.

Chaos et Europe

Dès lors avec la chute probable de Michel Barnier, va s’ouvrir une nouvelle guerre de succession tant à droite qu’au sein de l’hémicycle où tous les partis se revendiqueront d’une légitimité gouvernementale. Ce qui laisse à penser que la motion de censure n’est qu’une énième étape dans l’imbroglio politique né au lendemain de la dissolution qui a propulsé le pays dans un chaos politique sans précédent. Entre inconscience de l’exécutif et crise de régime, l’Hexagone se retrouve pris dans une tempête rare où un Gouvernement conservateur tient les rênes des affaires d’une nation qui a envoyé à l’Assemblée Nationale des députés de gauche (sans que ces derniers aient la majorité) dans des débats arbitrés par un parti d’extrême droite. Situation ubuesque moquée en Europe, la France apparaissant comme une nation à la stabilité exemplaire, stabilité qu’elle a d’ailleurs toujours érigé avec une certaine arrogance. Retour de bâton….

Le temps et le paillasson

Si le cessez-le-feu entré en vigueur entre Israël et le Hezbollah est porteur d’espoir pour un Liban piétiné et méprisé, il n’est pour les belligérants qu’un temps de répit avant un nouvel affrontement dont l’intensité reste une énigme.

Après l’annonce du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, une question se pose : Combien de temps celui-ci va-t-il durer. Epuisée par les bombardements, les raids aériens et le vol quasi permanent des drones, la population libanaise a accueilli avec un soulagement mêlé d’inquiétude l’arrêt des combats. Car, rappelons-le, ni Israël, ni le Hezbollah n’ont l’un et l’autre renoncé à leurs objectifs. L’État hébreu, et son Premier Ministre Benyamin Netanyahou, travaillent plus que jamais à la destruction intégrale du mouvement terroriste d’inspiration chiite soutenu par l’Iran ; le Hezbollah, reste ancré sur ses positions, à savoir la disparation de l’État d’Israël.

Chaos et objectifs

Il apparaît donc clair que les deux positions, inconciliables s’opposent plus que jamais et que le cessez-le feu observé depuis quelques heures, n’est qu’une forme de pause dans des combats qui sont amenés à reprendre. Et peu importe si le Liban, devenu le paillasson du Moyen-Orient, piétiné dans sa souveraineté et sa dignité par la Syrie, Israël, l’Iran et le Hezbollah s’avère au bord du chaos et de la faillite, les objectifs de l’État hébreu et du mouvement terroriste, respectivement soutenu par les Etats-Unis et l’Iran, prévalent sur toutes autres considérations, fussent-elles de l’ordre de la protection des populations civiles. Ainsi, et à ce jour, avec plus de 2.600 morts, près de 13.500 blessés et 1,4 millions de déplacés dans un pays comptant 5 millions d’habitants, le Liban se révèle être la première victime d’un affrontement stérile qui ne demande qu’à être ravivé après un cessez-le-feu que d’aucuns croient solide mais qui n’est finalement que temporaire, les objectifs des belligérants n’ayant pas été changés. Deuxième question qui alors se pose : qui pour faire respecter dans la durée ce cessez-le-feu pour aboutir à un plan de paix.

Acheteur et espace de collusions

L’ONU ? Les Etats-Unis ? A vrai dire, ni l’un ni l’autre n’y sont prêts ou enclins. La première car elle est incapable de faire appliquer ses résolutions dans cette région du monde car le Conseil de Sécurité, seul habilité à prendre ce type de décisions, est composé des Etats-Unis qui bloqueront toute résolution allant à l’encontre d’Israël ; le second, les Etats-Unis, pour les raisons citées plus avant et qui voient aussi dans Israël un acheteur d’armes (Ils ne sont pas les seuls car plusieurs pays de l’Union européenne fournissent aussi du matériel militaire à Israël tels que l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la France). In fine, ce conflit, décrié à raison est aussi un espace de collusions et d’alliances géopolitiques et stratégiques négociées et appliquées dans le dos d’un Liban exsangue et de populations civiles qui le sont autant. D’ailleurs, le Premier Ministre israélien, dans une allocution télévisée ayant suivi la mise en place du cessez-le-feu l’a reconnu à demi-mot, la cessation des combats n’est que ponctuelle et servira à reconstituer les stocks d’armes tout comme à reposer les troupes. Le message ne pouvait pas être hélas plus clair.

Mue diplomatique

Se présentant comme capable de régler le conflit ukrainien en un jour, Donald Trump est néanmoins confronté à une situation diplomatique complexe où intérêts nord-américains, européens, chinois, ukrainiens et russes se font face et s’opposent. D’où la nécessité d’amorcer une mue à l’international à contre-emploi du personnage.

Pour reprendre une sémantique physique, l’on pourrait potentiellement qualifier l’élection de Donald Trump d’accélérateur de particule à l’échelle géopolitique, du moins est-ce ainsi que l’intéressé se présentait de manière implicite. A titre d’exemple, lui qui se targuait au cours de sa campagne électorale de régler la question ukrainienne en un jour est ainsi attendu au tournant par Vladimir Poutine et Volodymir Zelensky. Si le premier attend du nouveau locataire de la Maison Blanche un règlement qui entérine les territoires conquis comme définitivement russes, le second espère un règlement rapide du conflit qui se solderait par une perte aussi limitée que possible du territoire urkrainien.

Vision et manichéisme

Deux aspirations différentes mais qui auraient la caractéristique, en fonction de l’option choisie par Donald Trump, de donner la couleur de son mandat en matière d’affaires relation étrangères. Si celui-ci donnait quitus à Vladimir Poutine, l’Europe occidentale et le monde entier comprendrait aisément de quel côté penche la vision des relations internationales de l’ancien et du nouveau président des Etats-Unis, comprenez : « La guerre est finie, les Etats-Unis ont accompli leur devoir d’assistance en temps voulu et veulent désormais rester loin de tout conflit qui pourrait, de près ou de loin, l’engager de quelque manière que ce soit » Dans le cas contraire, la réponse serait plus amène pour les Européens et laisserait supposer que les Etats-Unis de Donald Trump seraient encore intéressés et soucieux du sort de l’Europe. Le manichéisme du magnat de l’immobilier, qui effraie encore nombre de ses adversaires, pourrait cependant être pondéré par une réalité géopolitique plus tendue.

Front diplomatique

Les visées et l’imprévisibilité de Vladimir Poutine restant des menaces pour l’ordre mondial, l’exemple des troupes nord-coréennes venues prêter main forte aux troupes russes le prouve (aggravant par la même le front diplomatique ouvert depuis des années entre la Corée du Nord et les Etats-Unis). Or, une détérioration des relations internationales dans un contexte économique mondial médiocre au sein duquel les Etats-Unis, tout comme l’Union européenne, sont en concurrence avec la Chine pourrait pousser Donald Trump à plus pencher pour l’option Volodymir Zelensky que pour la solution Vladimir Poutine qui le couperait plus encore de l’allié européen et déstabiliserait plus encore le continent éponyme. Ainsi, en se présentant comme un va-t-en-paix prêt à tout, Donald Trump, se retrouve, plus encore qu’en 2017 lors de son premier mandat, face à une situation diplomatique épineuse qu’il faudra dompter non pas à coup de lasso de cow-boy mais de négociations fines et mesurées. Tout ce que Donald Trump n’est pas mais vertu à laquelle il devra se plier car en la matière, populisme et démagogie, sont totalement inutiles, voire contre-productifs.

La chance d’une Histoire

Si la réélection de Donald Trump a révélé les limites de la démocratie représentative aux Etats-Unis et au-delà, le scrutin doit peut-être aussi servir de moyen à une nouvelle réflexion sur l’avenir de l’Europe politique et ses relations avec le pays de l’Oncle Sam.

C’est peu dire que la réélection de Donald Trump en qualité de 47ème président des Etats-Unis a provoqué un séisme tant au Etats-Unis que sur le reste de la planète. Et d’aucuns, déjà, de tirer les conséquences de ce scrutin qualifié d’historique qui opposait les tenants d’une démocratie dure et populiste à ceux d’une démocratie ouverte et multiculturelle. En Europe, les résultats de l’élection, craints bien que redoutés en amont, ont généré une vague de commentaires divers et variés sur le futur de l’alliance entre les Etats-Unis et le Vieux Continent. A raison car les ambitions de Donald Trump à la Maison Blanche sont proprement antinomiques avec celles nourries par l’Union européenne. Faut-il comprendre avec cette élection que les Etats-Unis vont progressivement se détacher de l’Europe comme l’avait prophétisé en son temps le Général De Gaulle ?

Droits de douane

Voilà une hypothèse probable, le nouveau locataire du 1600 Pennsylvania Avenue n’étant en rien un fervent partisan du multilatéralisme, exècre en outre l’OTAN et s’interroge sur la nécessité de se tourner vers l’Europe si ce n’est pour l’accabler de droits de douane prohibitifs ou y revendre divers produits nord-américains. De l’autre côté de l’Atlantique, des voies s’élèvent aujourd’hui pour transformer cette élection en opportunité pour l’Europe de se détacher des Etats-Unis et d’enfin couper le cordon ombilical qui la relie au Nouveau Monde depuis 1945, voire plus, pour enfin gagner son autonomie et son indépendance. Certes. La pari est osé et s’avérerait, s’il était tenu et rempli, lourd de conséquences de dimensions mondiales. Mais la question qui se pose au regard de cette ambition est double : Les Européens ont-ils envie et sont-ils capables de se détacher des Etats-Unis ? L’Europe occidentale, farouchement attachée à l’OTAN et rassurée par la présence, même lointaine, de l’Oncle Sam, a-t-elle les moyens, économiques, financiers, humains, diplomatiques et militaires pour s’affranchir des Etats-Unis ? Au vu des tensions, y compris le conflit ukrainien, qui traversent le Vieux Continent et l’Europe politique, la réponse est clairement non. En a-t-elle l’envie ? La question est ancienne et renvoie à la volonté intrinsèque de l’Europe d’assumer ses propres responsabilités sans craindre les foudres de la bannière étoilée.

Monnaie unique et et menace

Or, cette volonté d’affranchissement pourrait aussi provoquer de nouvelles tensions avec les Etats-Unis, potentiellement irrités par les velléités d’indépendance d’une Europe désireuse de tracer son propre chemin. Car les outils existent : L’Union européenne, une monnaie unique, une économie finalement assez robuste, une implantation géographique favorable car au carrefour de deux continents, l’Asie et l’Afrique et une ouverture sur le monde atlantique via un océan éponyme. Beaucoup citeraient, et à raison, l’ogre russe présent en Afrique et menace sur l’Europe orientale. Certes. Mais ni Vladimir Poutine ni Donald Trump ne seront éternels. Et si l’Histoire bégaye souvent, elle ne repasse pas les plats deux fois. Comprenez que si l’Europe veut se détacher des Etats-Unis sans rompre définitivement comme un enfant quitte le foyer familial, le moment est peut-être venu. Et la crise démocratique révélée par l’élection de Donald Trump doit peut-être aussi servir de moyen à une réflexion nouvelle sur ce que l’Europe veut être et devenir. Encore faut-il que celle-ci le veuille…

Question d’attraction

A quelques jours de l’élection présidentielle américaine, force est de constater que le scrutin passionne une Europe fascinée et irritée par les Etats-Unis, tel un frère jumeau dont ne parvient pas à se passer en dépit de ses défauts.

Tous les quatre ans, l’Europe, et en particulier la France pour cause d’histoire commune (à relativiser cependant), se passionnent l’une et l’autre pour l’élection présidentielle qui renouvelle le locataire de la Maison Blanche. Qu’il soit républicain ou démocrate, les Etats-Unis exercent sur le Vieux continent un pouvoir d’attraction que même la Chine millénaire ne parvient pas à égaler. Bien plus jeune que la plus grande nation asiatique ou européenne, les Etats-Unis ont en Europe une image faite de fascination et d’irritation, d’agacement et de connivence, image qui structure les relations qu’entretiennent les deux continents.

Condescendance

Si le second, à savoir l’Europe est clairement affidé et dépendant des Etats-Unis, le second, aime endosser le rôle de grand frère protecteur et moralisateur, souvent à raison, mais toujours perçu, à tort par ailleurs, par les Européens comme une forme de condescendance méprisante. Entre la querelle des modernes et des anciens, des romantiques mais cartésiens européens, face aux pragmatiques mais exubérants nord-américains, il n’est pas toujours aisé de comprendre les relations qui unissent ces deux continents. Peut-être faut-il chercher une explication dans une forme de réussite par procuration qu’incarneraient les Etat-Unis, là où les Européens des siècles passés et actuels ont échoué. L’Histoire serait longue à écrire mais il est cependant presque certains que les Européens voient dans les Etats-Unis quelque chose de différent, de plus grand, de plus ambitieux voire de plus énergisant.

Puissances mondiales

Pour s’en rendre compte, il suffit de survoler les journaux européens qui accordent tous les jours un peu plus de place à l’élection du futur ou future président (e) des Etats-Unis quand rares sont les élections européennes capables de passionner le peuple américain. C’est la force des puissances mondiales, (des hyper puissances comme les avaient qualifiées le politologue Francis Fukuyama) celle de concentrer sur elles les passions et les intérêts en dépit de leurs défauts que l’Europe et son alliance politique, louable, lourde et essentielle à l’économie mondiale ou aux équilibres géopolitiques, ne parvient pas à s’imposer à l’échelle globale, l’exemple ukrainien et palestinien le démontrant chaque jour un peu plus. Quoi qu’il en soit, au matin du 6 novembre, l’Europe et la France découvriront fébriles et impatients le nouveau représentant de l’Oncle Sam, en sachant une chose, à savoir que les relations ne seront pas nécessairement plus faciles avec l’un ou l’autre candidat. C’est le lot des relations anciennes et ancrées dans l’Histoire.

Perte de sens


En interdisant à l’agence onusienne dédiée à l’aide aux réfugiés palestiniens d’intervenir à Gaza, Israël défie la communauté internationale tout en donnant le sentiment de s’enfermer dans une paranoïa sans fin.

En refusant à l’Agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens d’intervenir dans la bande de gaza, violant par là même le droit international, Israël poursuit non seulement le conflit qui l’oppose au Hamas depuis le 7 octobre 2023 mais affiche aussi et clairement son mépris à l’endroit du droit international et de la communauté qui s’y soumet. Convaincue de son bon droit et considérant de fait que toute résolution de l’Organisation des Nations Unies ou organes en émanant cherche à lui nuire, l’État hébreu s’enferme plus encore et tous les jours un peu plus dans une forme de paranoïa, assumée ou non, qui lui offre un prétexte tout trouvé pour justifier la poursuite des opérations militaires.

Complexe et sécurité

Se pose alors la question des sanctions auxquelles Israël s’expose, et qui au vu de la décision prise par le parlement israélien, la Knesset, ne semble en rien inquiéter un Etat qui depuis 1967 n’a de cesse de balayer d’un revers de main les résolutions prises par l’ONU. Soutenu par les Etats-Unis, jouant sur la culpabilité nourrie par les pays d’Europe occidentale à son égard, Israël sait pouvoir s’affranchir des décisions onusiennes sans aucun risque. S’appuyant sur le équilibres diplomatiques et géopolitiques qu’il exploite à son avantage, Israël affiche sans complexe le dédain qu’elle nourrit à l’endroit de sous ses contradicteurs, le président Emmanuel Macron en ayant récemment fait l’expérience. Autant d’éléments qui font aujourd’hui d’Israël un des pays les plus puissants du monde, usant de la corde diplomatique et morale, avançant sans arrêt que son action n’a pour seul but que d’assurer sa sécurité. Mais après plus d’un an de guerre, des bombardements aveugles tant à Gaza qu’au Liban, des provocations répétées et on ne plus risquées envers l’Iran, il apparaît cependant que le conflit dans lequel est embarqué l’État Hébreu relève plus aujourd’hui de la vengeance, mue par une Knesset dominée par l’extrême-droite israélienne décidée à effacer l’autorité palestinienne, que par des considérations de sécurité de l’État menacé.

Sens et inflexion

Arguer du fait que le conflit a désormais perdu tous sens n’a rien d’inopportun. Pis ! Cela permettrait surtout de juger l’action d’Israël non plus sous l’angle purement défensif et sécuritaire mais plutôt belliqueux et inutile. Et si une lueur d’espoir devait se dessiner, encore une fois celle-ci proviendrait des Etats-Unis où doit se tenir le 5 novembre prochain l’élection présidentielle. Car en cas de victoire de Kamala Harris, candidate démocrate, peut-être assisterions-nous à une inflexion du soutien des Etats-Unis à Israël. Mais là encore rien n’est moins sûr et dans cette attente, l’Eta Hébreu poursuit ses bombardements.

Un quinquennat et T.S Eliot

Si le budget 2025 semble loin d’être adopté, l’amendement du texte initial met en évidence les fractures au sein du groupe macroniste, perdu et en quête de repères politiques.

Entre recours au 49.3 qui se profile et groupe macroniste qui se déchire sur le budget, voilà que l’Hexagone s’apprête à vire une nouvelle crise politique, à moins que ce ne soit la même qui se renouvelle depuis la réélection d’Emmanuel Macron en avril 2022. Pour l’heure, la question est renvoyée aux historiens qui sauront l’analyser à l’aune du recul du temps passé mais concrètement, il devient de plus en plus évident que le Gouvernement de Michel Barnier s’enlise dans un impasse dont il sera très difficile de s’extraire. Entre la théorie du budget proposé et la réalité de l’adoption du texte, maintes fois amendé depuis sa présentation, un insondable fossé s’est creusé entre partisans du rétablissement des comptes publics et les thuriféraires de l’Etat-Providence. A vrai dire rien d’exceptionnel dans ce schéma politique des plus banals.

Socle et hypothèse

Là où le bât blesse, c’est dans les composantes des pour et des anti-austérité, les plus diplomates diront rigueur. Et c’est dans les rangs des macronistes de la première heure que se retrouvent les plus violentes dissensions au point qu’il n’est pas inopportun d’employer le terme de scission entre les différentes parties. Sous l’oeil indifférent, selon sa propre volonté, du Chef de l’État, le socle du premier et du second quinquennat d’Emmanuel Macron s’effrite et se délite tant et si bien que le locataire de l’Elysée se retrouve totalement isolé. Est-il prématuré d’évoquer une fin de règne presque pathétique au point de voir celui-ci s’achever dans les meilleurs délais ? Si rien n’est moins sûr, la probabilité de voir chuter le gouvernement de Michel Barnier dans les mois ou les semaines à venir n’est en rien une hypothèse farfelue tout comme l’organisation de nouvelles élections qui se profilent à l’horizon. Ainsi aura vécu le macronisme, entre volontarisme et séduction personnelle, idée de rupture avec l’ancien monde, sans pour autant trouver les bases du nouveau, pour finalement revenir à des modes de fonctionnement abhorrés mais incontournables au regard de la structure de l’État. L’expérience aura donc tourné court et l’espoir d’assister à la naissance d’un nouvel Etat dans une République régénérée avec lui. La déception pourrait être grande mais elle sanctionne une simple réalité, à savoir que l’on ne réforme pas un Etat aussi ancien que la France peuplé d’une population attachée à son confort et ses principes si aisément. Peut-être trop en avance ou trop ambitieux, le macronisme n’a pas su trouver l’équilibre entre libéralisme et progressisme, entre social-démocratie et nouvel donne sociale. De crises en soubresauts, des Gilets Jaunes à la dissolution manquée en passant par le recours systématique au 49.3 sous le gouvernement d’Elizabeth Borne, la macronie se cherche tout comme le macronisme telle une toile inachevée, à l’image du quinquennat actuel qui pourrait se résumer à cet extrait du poème de T.S Eliot :

La vie est très longue

Entre le désir

Et le spasme

Entre la puissance

Et l’existence

(The hollow Men – 1925)

Devoir critique et outil mémoriel

La passe d’armes verbales entre Benyamin Netanyahou et Emmanuel Macron illustre toute la complexité à critiquer l’État d’Israël et ses actions militaires sans que celui-ci n’engage l’outil mémoriel. Explications.

En répondant à Emmanuel Macron que « ce n’est pas la résolution de l’ONU qui a établi l’Etat d’Israël, mais plutôt la victoire obtenue dans la guerre d’indépendance avec le sang de combattants héroïques, dont beaucoup étaient des survivants de la Shoah – notamment du régime de Vichy en France », Benyamin Netanyahou coupe court à toutes discussions portant sur les guerres menées contre le Hezbollah à Gaza et au Liban. Usant de la culpabilité des nations occidentales au regard des atrocités commises contre le peuple juif européen durant la Seconde Guerre mondiale, par ailleurs ici très cyniquement instrumentalisées par le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou sait que personne ne viendra alors contester son action militaire menée au nom de la sécurité d’Israël. Pourtant, si cette dernière est légitime et reconnue par tous, la question se pose de savoir si Israël est en droit de martyriser des populations civiles, qu’elles soient gazaouis ou libanaises, toujours au nom de sa sécurité ?

Intervention et jugement

D’aucuns affirmeront que la réponse est dans la question, et que sans évidemment remettre en cause sa sécurité, Israël fait ici preuve d’excès militaristes au point de commencer à irriter l’allié nord-américain qui a, par la voix de Joe Biden, condamné l’intervention au Liban. Parallèlement, il est aussi aujourd’hui devenu extrêmement épineux d’évoquer les actions de l’État d’Israël au risque de se voir taxer d’anti-sémitisme. Or les deux notions sont différentes mais habilement instrumentalisées par Benyamin Netanyahou car si l’anti-sémitisme se veut être la haine nourrie à l’endroit du peuple juif, position des plus condamnables, critiquer Israël revient à porter un jugement neutre et objectif sur la politique d’un Etat qui bafoue depuis 1967 les résolutions de l’ONU lui intimant de quitter les territoires occupés depuis la Guerre des Six-Jours. Ainsi, en rappelant que l’État d’Israël s’est créé avec le sang de combattants héroïques dont beaucoup étaient des survivants de la Shoah, Benyamin Netanyahou alourdit le débat de considérations affectives et charnelles fortes et incontestables qui renvoient à une histoire dramatique ; comprenez : ceux qui critiquent aujourd’hui les actions militaires d’Israël attentent aussi à sa sécurité et à son avenir au regard du passé connu de tous. A ce titre, le Premier Ministre israélien se sait donc intouchable, appuyé par les Etats-Unis, allié non impliqué dans le génocide juif, qui peut se permettre d’adopter une posture de donneur de leçon face aux Européens occidentaux, et sûr de son fait car ces mêmes Européens, rongés la culpabilité, n’oseront jamais franchir la frontière d’une opposition nette et déclarée à Israël, punis et contraints qu’ils sont par un passé ineffaçable. Est-ce à dire que ce conflit ne trouvera jamais de fin ? Nul ne sait le dire à ce jour tant les plaies de la Seconde Guerre mondiale restent vives, les alliances politiques et géopolitiques mouvantes, sans cesse renouvelées dans une région où Histoire et politique se nouent et se dénouent depuis près de 3000 ans.