Damas, nouveau nœud gordien

Les affrontements et exécutions sauvages dont est victime la communauté alaouite et qui ont ensanglanté la Syrie préfigurent une guerre civile aux multiples conséquences d’envergure régionale. Explications.

Etait-ce à prévoir ? Les plus pessimistes l’affirmeront, les autres resteront, à tout le moins dubitatifs. Mais il apparaît aujourd’hui que la vendetta sanglante et aveugle qui s’abat en Syrie sur les populations alaouites, anciens soutiens, affirmés ou non, du clan Al-Assad, préfigure les contours d’une guerre civile à venir. Si le mouvement HTS, désormais au pouvoir, s’en défend en voulant donner des gages d’ouverture démocratique à la communauté internationale, il semble pourtant que les massacres qui ont émaillé ces derniers jours n’en sont qu’à leur début. Car il sera difficile d’arrêter des combattants et autres pourchassés de l’ancien régime de ne pas vouloir se venger de ceux qui, bien que factuellement innocents, incarnent les souffrances que l’ancien dictateur Bachar Al-Assad, et avant lui son père, leur a fait subir.

Faune et tensions

Parallèlement, il sera aussi très compliqué de séparer le grain de l’ivraie, à savoir que dans cette masse d’hommes et de femmes soucieux d’en découdre, va allègrement se fondre une faune d’hommes sans scrupules, agités de considérations diverses que cette furie sanglante sera à même de repaître. D’une guerre à l’autre, la Syrie est donc plongé depuis 2011 dans un chaos qui ne trouvera pas son épilogue avec l’arrivée de Ahmed Al-Charaa, le nouvel homme fort de la Syrie, présenté comme modéré et empreint d’apaisement. Là encore, les plus pessimistes avanceront l’idée que ce gouvernement n’est finalement qu’une organisation de transition, une de plus dans un pays qui en a connu d’autres et en connaîtra certainement d’autres. Mais la question qui émerge est donc de savoir comment apaiser durablement les tensions d’une nation pourtant centrale au Moyen-Orient, à l’influence forte et à la position stratégique ? La réponse se veut globale car le Proche-Orient, poudrière à ciel ouvert, d’autant plus après l’arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, appelle une solution d’ensemble et non parcellaire.

Vassalisation et bellicisme

Le Liban, frontalier, si vulnérable et si poreux aux influences extérieures doit pour sa part stabiliser sa situation politique afin de ne plus subir une forme de vassalisation de la Syrie et d’Israël. Celui-ci, embarqué dans une guerre sans fin contre le Hamas, guerre qui relève plus d’une opération militaire privée voulue et entretenue par Benyamin Netanyahou, devra conclure sans tarder une paix durable et ce avant que HTS, mouvement d’essence islamiste radical, ne viennent, a minima en nourrisse l’idée, aider des militants du Hamas malmenés par le bellicisme hébreu. In fine, cette guerre civile qui s’annonce , et qui finira aussi par progressivement restreindre les libertés individuelles dont celles des femmes, n’est en rien anecdotique ou à ranger au rayon d’énièmes confrontations lointaines. Dans un monde aujourd’hui intrinsèquement lié, où les alliances se forment et se déforment, Damas se pose comme un nouveau nœud gordien.

Du courage et de l’appétit

Prise en étau par la brutalité de Donald Trump et le cynisme mortifère de Vladimir Poutine, l’Europe brille aujourd’hui par sa lâcheté et son incapacité à tenir tête aux deux grands. Si elle veut s’émanciper, elle devra faire de courage. A quel prix ?

Etre humilié est une chose. Etre faible en est une autre. Les deux, aussi inconfortables qu’ils puissent être ne sont finalement pas répréhensibles. La première relève du peu d’intelligence et de délicatesse de celui qui administre cette humiliation ; la seconde, relève du jugement de valeur et se révèle finalement des plus relatives. L’Europe a connu, depuis l’accession de Donald Trump à la Maison Blanche les deux sentiments, tout comme elle les a connus avec le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022. Mais ce qui s’avère des plus dérangeants et des plus inquiétants, c’est la lâcheté sous-jacente ou clairement étalée de l’Europe face aux Etats-Unis de Donald Trump et la Russie de Vladimir Poutine. Lâche car incapable de tenir tête à un président nouvellement élu et qui agite la menace sécuritaire et économique comme une arme de destruction massive.

Coquille vide et Droits de l’Homme

Constat identique face au président russe auquel l’Europe, et la France en particulier, continue à acheter du gaz au pays dont il gère les destinées. D’aucuns, à raison ou pas, s’écrieront, que l’Europe n’a aucun moyen de contrarier les velléités de l’un ou de l’autre, que la puissance du premier s’allie au cynisme du second, l’Europe bafouée préférant se réfugier timidement, penaude, derrière des traités d’alliance, dont celui de l’OTAN, devenu pour ce dernier une coquille vide depuis que le vice-président J.D Vance a déclaré que l’Europe devait apprendre à se défendre seule. Alors passé le constat, pourquoi ne pas voir dans la volonté de Trump et Poutine d’éteindre la voix de l’Europe, l’opportunité de réinventer un continent qui dispose d’atouts et non des moindre. Sans en faire la liste complète, il serait de bon ton que le Vieux Continent fasse valoir sa majorité politique, diplomatique et militaire. Car elle en a les moyens sauf à vouloir devenir les vassaux silencieux de deux despotes en puissance dont l’objectif final n’est en rien l’intérêt général mais leurs intérêts propres baignés d’un populisme brutal, arrogant et condescendant. A force de brandir l’étendard d’un humanisme bienveillant, d’un atlantisme bercé d’illusions et de Droits de l’Homme incapables de contenir les pulsions destructrices de certains, l’Europe et l’Union européenne ont laissé passer le train des bouleversements géopolitiques en cours depuis déjà plusieurs années.

Sécurité et dissuasion

Convaincu de la fraternité des Etats-Unis, du pragmatisme poutinien, l’Europe s’est laissée abuser tout en se mentant à elle-même par facilité. Au pied du mur, elle doit désormais s’assumer quitte à froisser ou irriter le duo Trump – Poutine qui œuvre contre elle, la tâche étant rendue des plus faciles par l’absence d’actes et de réactions capables de freiner les deux grands. En abandonnant sa sécurité aux Etats-Unis, en désertant le champ diplomatique, en tergiversant sur l’aide en l’Ukraine (ouvrant ainsi la vie à la réaction de Donald Trump que à laquelle on a assisté dans le Bureau Ovale), l’Europe a perdu toute forme de crédibilité ce qui est peut-être encore pire que la lâcheté dont elle fait preuve. Et d’aucuns d’avancer la question de la dissuasion nucléaire confiée à la France et au Royaume-Uni. Là encore la question ne laisse pas sans interroger : quels moyens matériels déployer, où en Europe, qui le financerait et dans quelle limites budgétaires ? Devenir indépendant à un coût et pas seulement militaire car celui-ci est nécessairement servi par des obligations économiques qui pourraient rencontrer l’hostilité des peuples. Partant de la doctrine Si vis pacem para bellum, le Vieux Continent prend aussi le risque de braquer la Russie voire les Etats-Unis de Donald Trump qui entend vassaliser l’Europe, tout comme l’Ukraine, et non pas la voir s’émanciper en totalité. Car in fine, il s’agit bien d’une question de courage. Celui de tenir tête à deux pays à l’appétit, non pas insatiable mais certain. A l’Europe de montrer que le frigidaire n’est plus ouvert.

La course à l’échalote

Sous couvert d’augmentation des droits de douanes pour les produits issus de l’Europe et de la Chine, les Etats-Unis de Donald Trump ouvrent une guerre commerciale aux conséquences incertaines mais porteuse de tensions croissantes. Jusqu’à quand ?

En annonçant une hausse des droits de douanes sur les produits issus de l’Union Européenne puis désormais de Chine, Donald Trump poursuit son offensive commerciale visant à protéger, du moins le pense-t-il, les intérêts économiques des Etats-Unis à l’échelle planétaire. Le locataire de la Maison Blanche confirme sa croyance en un libéralisme sauvage, presque primal qui prévalait aux premiers âges de l’idéologie visant à promouvoir sans limite la libre entreprise. Cette posture n’est pas nouvelle puisqu’au début des années quatre-vingt, Ronald Reagan avait lui aussi tenté de déréguler les voies commerciales avec, a posteriori, un certain succès. Pour autant, si cette hausse des droits de douanes était globalement plus attendue que redoutée, elle appelle donc une réaction des zones ou des pays concernés avec des conséquences qui pourraient elles se révéler inattendues.

Chine et course à l’échalote

A n’en pas douter Chine et Union Européenne vont certainement relever leurs propres droits de douanes à l’égard des produits issus des Etats-Unis, et ce afin de compenser l’augmentation initiale. Jusque là, rien d’on ne peut plus classique. Autre conséquence, et non des moindre, alors que Donald Trump a fait de l’Asie et de la Chine en particulier des objectifs déclarés, il n’est pas impossible qu’Européens et Chinois opèrent, par une alliance d’intérêt objective, un rapprochement qui aurait pour finalité de contrarier, tout en y trouvant un fruit commun, la politique économique extérieure nord-américaine. Le dernier point qui interroge encore car il n’a pas vu s’esquisser l’once d’une réponse est donc de savoir quand s’interrompra cette hausse des droits de douanes. Dans une course à l’échalote au parfum malsain, d’aucuns devinent et ressentent une tension croissante entre les Etats-Unis et leurs partenaires même s’il est peut-être encore abusif de les nommer encore ainsi. Pour autant, il est évident que l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche a considérablement modifié les rapports commerciaux qui prévalaient jusqu’alors. Tout comme en matière de relations diplomatiques où régnait dans un accord général le multilatéralisme désormais enterré, le président nord-américain a fait voler en éclat le consensus économique et commercial de relations apaisées où chacun pouvait, à sa mesure, trouver un intérêt.

Déstructuration et strapontin

Convaincu par une doctrine qui lui est propre et à laquelle adhère manifestement de nombreux Américains et qui tend à faire des Etats-Unis la première puissance mondiale, ce qu’elle était d’ailleurs avant l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, l’actuel président des Etats-Unis déstructure une organisation d’envergure mondiale à des fins de pouvoir personnel adossé à quelques magnats des nouvelles technologies avides de profits. Il n’y a donc rien de bon à attendre de cette surenchère douanière sauf à assister à la croissance des tensions entre continents ou zones d’influence. L’Europe, longtemps assise sur le strapontin que les Etats-Unis leur laissaient, a peut-être l’opportunité d’enfin se fédérer autour d’un projet économique, commercial, diplomatique et militaire commun. Mais la lenteur des acteurs concernés, les intérêts divergents notamment de la France et de l’Allemagne si proche des Etats-Unis pour cette dernière, sont autant d’entraves et d’embûches à une parole unique et une action concertée à même de s’opposer à celle d’un pays actuellement loin de l’image que nous avions l’habitude d’avoir.

Le calice jusqu’à la lie

En mettant fin au multilatéralisme qui prévalait depuis 1945 et en rendant aux Européens, la responsabilité de leur propre sécurité, Donald Trump a posé les bases d’une nouvelle diplomatie mondiale : les Etats-Unis, la Chine, la Russie et les autres.

Humiliés, ridiculisés et infantilisés. Voilà les trois adjectifs qui peuvent qualifier les Européens au lendemain de la conférence de Munich où J.D Vance, le vice-président des Etats-Unis a posé sans forme ou précautions les termes des futures relations diplomatiques avec le vieux continent. Désormais, les chancelleries de Paris, Berlin, Londres, Rome et consort devront compter sans les Etats-Unis pour assurer leur sécurité, renversant la table de quatre-vingt ans de multilatéralisme issu de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs raisons expliquent cette attitude qui renvoie l’Europe au simple rang de préoccupation secondaire, voire de vase de mauvais goût dont on ne sait que faire et que l’on pose agacé en désespoir de cause sur un coin de meuble. La première réside dans la volonté de Donald Trump de se défaire des obligations de l’ancien monde, de contraintes politiques, perçues par lui comme tel en tous cas, qui entraveraient la marche en avant des Etats-Unis. Réduit à un simple espace économique, un lieu d’échange commercial, l’Europe ne vaut pas plus au yeux de Donald Trump que l’importance que celui-ci entend lui donner : faible.

Négociations et Terres rares

Deuxième raison, accélérer la résolution du problème ukrainien en échangeant directement avec les Russes afin de pouvoir se concentrer sur l’ennemi numéro un des Etats-Unis, la Chine. Les négociations engagées avec Vladimir Poutine, sous les yeux ébahis d’Européens encore spectateurs de leur Histoire, mettent en évidence la volonté du Président Trump de se défaire des chaînes de négociations à rallonge, et ce même si les dites négociations devaient offenser des Européens dépassés et sonnés par l’interventionnisme trumpien et écarter des Ukrainiens instrumentalisés. Dernière raison, la nécessité pour le locataire de la Maison Blanche de donner corps à ses promesses de campagne en désengageant au maximum les Etats-Unis des affaires internationales. Le règlement de la question ukrainienne ne sera naturellement pas exempte de retour sur investissement, Donald Trump entendant profiter des Terres rares ukrainiennes essentielles dans la fabrication des outils des nouvelles technologies si chères à Elon Musk, Mark Zuckerberg ou encore Jeff Bezos. En capitaliste qui se respecte, Donald Trump considère comme juste de tirer profit de toute opération, fut elle politique ou financière.

Insignifiants et et divisée

Quant aux effets collatéraux, ici la timide réaction des Européens contraints de trouver dans l’urgence une parade pour assurer une défense commune durable dans un monde en perpétuel mouvement, ils apparaissent à Donald Trump comme négligeables, voire insignifiants. Longtemps pétrie d’une forme de suffisance issue de son histoire diplomatique, par certains aspects peu glorieuse par ailleurs, l’Europe se voit traitée à la hauteur de ce qu’elle est devenue à l’échelle internationale : un acteur parmi tant d’autres, dépassée par la lutte que se livrent désormais Etats-Unis, Russie et Chine. Dans un monde à nouveau polarisé, entre les trois géants cités précédemment, il devient très difficile pour le vieux continent non seulement de compter mais aussi d’exister. Partagée depuis trois ans sur la nature et la portée de l’aide à apporter à l’Ukraine, divisée sur l’entrée de cette dernière dans l’OTAN ou l’Union Européenne, les Continentaux ont laissé passer le train de la responsabilité pour en laisser la direction à d’autres, ici Donald Trump et Vladimir Poutine. Et rien ne laisse présager qu’ils accepteront de stopper le convoi pour que d’autres puissent monter à bord…

Rideau de fer et zone tampon

Pressés de régler la question ukrainienne, Donald Trump et Vladimir Poutine ambitionnent de transformer l’Europe orientale en zone tampon qui leur éviterait une confrontation directe. Explications.

Il est devenu commun d’affirmer que la guerre en Ukraine débuté il y a presque trois ans désormais a rebattu les cartes de la géopolitique européenne. L’appétit de la Russie de Poutine n’a finalement pas trouvé d’opposition crédible et suffisamment armée, hormis les Etats-Unis, pour contrarier ses ambitions. Pour autant, une réalité s’impose aujourd’hui : Il faudra composer avec une Russie conquérante, ou du moins, pétrie d’ambitions territoriales sur le continent et ce au moins tant que Vladimir Poutine sera Président. Qui donc pour canaliser l’ancien agent du KGB ? D’aucuns, et à raison, pensent évidemment aux Etats-Unis, qui sont les seuls, à tous points de vue, capables de s’opposer à Vladimir Poutine. La question est donc de poser les termes du compromis qui va unir les deux géants en faisant de la sécurité de l’Europe orientale l’enjeu majeur des négociations à venir.

Ukraine russe et gendarme du monde

Que ce soit Donald Trump ou Vladimir Poutine, les deux ont, d’évidence, intérêt à s’entendre sur la question sécuritaire. Si le centre de gravité s’est déplacé, dans un monde post Guerre Froide, de l’Europe occidentale vers l’Europe orientale, les deux protagonistes ne sont en rien enclins à s’affronter directement, cherchant de fait une zone tampon dont l’Ukraine pourrait faire les frais. C’est ce que la récente déclaration du président Nord-Américain laisse entendre subliminalement en affirmant qu’un jour, « l’Ukraine pourrait être russe… » La phrase laisse rêveur et ouvre un champ de commentaires et de suppositions multiples qui ravissent le locataire du Kremlin qui n’en attendait pas tant. Est-ce à dire qu’il existe une alliance tacite et objective entre Donald Trump et Vladimir Poutine ? La réponse officielle est non et les Etats-Unis, en gendarme du monde, soutiennent l’Ukraine agressée. Officieusement, la situation est tout autre et redessiner les frontières de l’Europe orientale n’est en rien un problème pour le Président Trump pour qui un déplacement de population, comme annoncé à Gaza, n’en est déjà pas un, alors repenser des frontières….

Désengagement et Pologne

Autre point, et non des moindre, voir l’Ukraine subir des découpages territoriaux aux conséquences géographiques, humaines et économiques lourdes sans que celle-ci soit en mesure de pouvoir donner son avis. Ballottée entre les velléités expansionnistes russes et la volonté de désengagement des Etats-Unis voulue par Donald Trump, l’Ukraine pourrait ainsi se transformer en nœud gordien que peu oseront trancher, sacrifiée sur l’autel de la tranquillité, ou du moins supposée comme telle, comme le fût la Pologne en 1939, abandonnée à l’Allemagne nazie contre une paix qui vola en éclat. Traitée au chapitre des affaires courantes, la question ukrainienne risque d’échapper aux premiers concernés, les Ukrainiens, au profit de Vladimir Poutine, conforté dans les prétentions territoriales actuelles et à venir, de Donald Trump, pressé de régler une question diplomatique vue comme une scorie à évacuer dans les meilleurs délais.

La diplomatie du risque

Les déclarations de Donald Trump concernant le Canada, le Groënland et la Bande de Gaza inquiètent autant qu’elles amusent. Mais toutes s’inscrivent dans la volonté d’un homme convaincu que les conséquences potentielles de ses décisions poussent ses alliés, et autres, à respecter et à se méfier des Etats-Unis.

Entre faire du Canada le cinquante-et-unième Etat des Etats-Unis, acheter le Groënland au Danemark et transformer la Bande de Gaza en espace de villégiature pour nord-américains fortunés en mal d’orientalisme à bas-coût, le président Donald Trump ne rechigne pas à la surenchère. Action de communication ou réelle volonté de mettre en œuvre les projets cités ci-dessus, quoi qu’il en soit, Donald Trump bouscule les règles diplomatiques du multilatéralisme qui prévaut depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la création de l’Organisation des Nations Unies. Concernant l’annexion du Canada, il est clair que d’aucuns n’y croient. Certes Donald Trump donnerait corps, si il s’exécutait, à une ancienne idée qui avait eu cours au XIXème siècle aux Etats-Unis, et qui était justement celle d’annexer le Canada.

Valeur stratégique

Sérieusement, personne, même les Canadiens les plus portés sur les Etats-Unis, n’y songent au regard de toutes les implications qui s’y rattachent. Le constat est le même pour le Groënland. L’acheter certes. Mais à quel prix ? Le fait que de nombreux navires chinois et russes transitent dans les eaux de ce territoire sous domination danoise, en raison notamment de la fonte de banquise due au réchauffement climatique (alors que le Président Trump se pose paradoxalement en climato-sceptique officiel,) ne suffira pas à convaincre Copenhague d’abandonner ce bout de terre glacé qui revêt, preuve en est, une valeur stratégique considérable. Pour ce qui est de la Bande de Gaza, que Donald Trump veut préalablement évacuer des Gazaouis en direction d’autres pays arabes, ce qui ressemble tout simplement à une forme de nettoyage ethnique qui ne dit pas son nom, sa potentielle mise sous tutelle nord-américaine n’a que pour seul objectif de rassurer l’allié israélien enlisé dans une guerre contre le Hamas et dont personne, en dépit de la trêve, ne voit d’issue durable et pacifique. La présence de forces ou de populations nord-américaines garantiraient à Israël une sécurité indirecte dans la mesure où le Hamas hésiterait probablement à s’attaquer aux intérêts des Etats-Unis une fois ces-derniers implantés.

L’essentiel est qu’ils le croient !

D’une manière générale, il est peu probable que les partenaires ou non des Etats-Unis acceptent que de tels projets se réalisent mais pour le Président Trump la priorité n’est pas là. Celui-ci fait sienne la réflexion de Ronald Reagan qui dans les années quatre-vingt, alerté par son secrétaire d’État aux Affaires étrangères, George Shultz, fut informé que les Soviétiques s’inquiétaient du fait que les Etats-Unis voulaient leur déclarer la guerre. Ce à quoi, Ronald Reagan avait répondu : « Nous ne leur déclarerons pas la guerre. Mais l’essentiel est qu’ils le croient ! » Dans le même esprit mais beaucoup plus cyniquement, Donald Trump joue ainsi sur la crainte qu’inspirent ses paroles, considérant que celles-ci posent sa stature internationale et que le risque de le voir les appliquer appelle la prudence et l’humilité de ses alliés ou non. Si les trois idées avancées par Donald Trump relève pour tout individu rationnel de l’improbable, son imprévisibilité et son impulsivité, factice ou non, font entrer les dites idées dans le domaine du possible et donc du risque. In fine, pour s’assurer le respect que Donald Trump croit comme dû aux Etats-Unis, celui-ci attise, par une diplomatie bruyante et agressive les braises de la déstabilisation afin d’apparaître tout à la fois comme le fauteur de trouble et celui par lequel le trouble cesse. Vis pacem, para bellum…

DeepSeek, l’inconnue venue de Chine

L’émergence inattendue de DeepSeek, application chinoise d’intelligence artificielle, renforce plus encore la guerre commerciale que se livrent Chine et Etats-Unis dans ce domaine. Avec pour enjeu la domination des outils d’IA à l’échelle mondiale. Essai d’explication.

Un camouflet ! Presque une gifle ! Voilà ce qu’ont reçu de concert Donald Trump, Président des Etats-Unis et la Bourse de Wall Street via l’indice Nasdaq, plus que bousculé par la nouvelle application d’intelligence artificielle chinoise DeepSeek. Figurant, au terme de la journée du 27 janvier dernier, comme la première des applications téléchargées sur l’AppStore, ce faisant infligeant une chute vertigineuse au Nasdaq, DeepSeek a renvoyé, pour un temps et si cela est possible, le Président des Etats-Unis dans le champ de la modestie qui s’est dit « inquiet de la situation». Sans bruit et en toute confidentialité, l’application chinoise a fait trembler les géants du domaine au point que ces derniers s’interrogent désormais, et en catastrophe, sur leur stratégie globale. Car au-delà de la secousse boursière qui n’aura qu’un temps et qui sera rapidement digérée, c’est surtout l’environnement mondial de l’intelligence artificielle qui est renversé.

StarGate et géants

Loin des plans de développement pharaoniques et empreints d’une surpuissance teintée de condescendance imaginés par Donald Trump via son projet StarGate (abondé à hauteur de 500 milliards de dollars), l’application chinoise, ouvre ou confirme, il appartiendra à chacun de choisir sa position, la guerre commerciale que se livrent Chine et Etats-Unis. N’évoquons même pas ici l’Europe, qui, bien que remarquée par ses progrès et ses idées sur le plan de l’IA (notamment la société française Mistral), ne peut en rien rivaliser, pour l’instant en tous cas, avec les géants en lice. Car il s’agit bien d’une question de prééminence d’envergure mondiale qui se cache derrière cette rivalité aux accents de soft power. Interdite de séjour sur le sol des Etats-Unis, mais en passe d’être potentiellement rachetée par Microsoft, Tik Tok, ennemi juré du nouveau président de la Maison Blanche, s’est plus ou moins vue vengée par Deep Seek, chargée de concurrencer American IA. Mais l’émergence inattendue de DeepSeek interroge aussi sur les moyens déployés et nécessaires pour développer des applications d’intelligence artificielle. Moins énergivore, gratuite et dotée de processeurs moins puissants mais pensée en mode Open Source, DeepSeek se pose en David face au Goliath nord-américain.

Puissance et rival occidental

Et la réflexion d’aller plus loin : l’IA demande-t-elle autant de moyens déployés par les géants actuels au regard de ceux engagés par DeepSeek pour un résultat égal, voire supérieur ? La réponse est : peut-être. Et ce si l’IA est envisagée comme un élément de puissance économique et politique à même de conforter la prééminence d’une nation, voulue par Donald Trump et ses affidés, comme la première nation mondiale. D’un point de vue chinois, ne nous leurrons pas, la volonté de domination est la même mais se révèle moins tapageuse que celle du rival occidental. Est-elle pour autant plus pernicieuse ? Rien ne le laisse supposer mais il est devenu évident que l’Intelligence artificielle est devenue un enjeu stratégique à vocation politique, économique et, à terme, géopolitique. Car les capacités d’influence sur l’opinion publique d’un tel outil vu et utilisé par beaucoup comme un facilitateur peut potentiellement se révéler, en revanche, comme un outil de manipulation à grande échelle.

Le nouveau président et son cortège

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ne laisse pas sans poser de multiples questions sur les relations internationales mais aussi sur les risques qui pèsent désormais sur la démocratie à l’échelle mondiale. Essai d’explications.

Voilà ! Maintenant, inutile d’y songer comme une éventualité, une possibilité issue du domaine de l’irrationnel. Le 47ème président des Etats-Unis Donald Trump a pris ses fonctions après une cérémonie d’investiture spectaculaire qui frôlait presque le grotesque tant la mise en scène renvoyait à une apologie vulgaire d’une soi-disant Amérique surpuissante sur le retour. Quoi qu’il en soit, et passé l’aspect rocambolesque de cette investiture, il conviendra donc de composer pendant quatre ans, voire plus, avec Donald Trump, ses excès, ses outrances et sa vision des plus particulières du monde. Vue d’Europe, les questions se posent, bien qu’elles n’aient pas attendu le 20 janvier pour être avancées.

Volonté et confiscation

Quelle position adopter face au nouveau locataire de la Maison Blanche, lui qui a annoncé augmenter de 25 % les droits de douanes à l’endroit des produits provenant du Canada et du Mexique ? Pour l’heure, l’Europe n’est pas dans le collimateur trumpien. Mais jusqu’à quand ? Si tant est qu’elle le soit un jour. Certes. Mais une chose est certaine, la volonté de puissance de Donald Trump associée à un libéralisme quasi-sauvage lui-même adossé à une oligarchie issue du monde du numérique ne laisse rien augurer de bon pour la démocratie déjà mise à mal en ce premier quart de XXIème siècle. La confiscation des richesses, et du pouvoir qui y est associé par une poignée d’individus, tend ainsi à créer des déséquilibres sociaux croissants à même de favoriser des crises démocratiques lourdes et pérennes, jetant dans les bras du populisme le plus vil des franges de populations exclues, ou ayant le sentiment de l’être. Si tel est l’objectif de Donald Trump et de ses soutiens tels qu’Elon Musk ou Mark Zuckerberg, sans qu’il soit à ce jour atteint, il s’avère, objectivement, que toutes les conditions sont réunies pour qu’il le soit, et ce dans les années à venir.

Opinion et principes démocratiques

La faiblesse des contre-pouvoirs médiatiques ou journalistiques, déjà pris en étau par leurs devoirs éditoriaux et leurs financeurs privés, les prive, limite en tous cas, leur influence sur une opinion publique déjà méfiante à leur égard. Parallèlement, la frilosité de nombreuses nations, notamment occidentales, liées par des traités militaires ou des accords économiques, tend aussi à affaiblir la capacité de réaction ou de sursaut face à l’ogre renaissant outre-Atlantique. Le combat est-il perdu d’avance pour autant ? S’il se révèle compliqué, le sort n’en est pas jeté pour autant. Là encore, une affirmation volontaire et courageuse en qualité de puissance continentale d’envergure mondiale peut être une option. Tout comme une réaffirmation des principes démocratiques passant par un repositionnement des objectifs sociétaux. Un exemple concret serait de ne plus faire de l’argent une fin mais un moyen, de redonner sa place première à l’école et aux savoirs et renvoyer Internet, réseaux sociaux et intelligence artificielle à ce qu’ils sont : des outils. La bataille s’annonce difficile et surtout longue car les troupes sur lesquelles peuvent compter Donald Trump et ses soutiens sont nombreuses et convaincues. Mais sait-on jamais…

Civilisations en panne

La multiplication des personnalités politiques populistes convaincues de leur domination sur une planète à leurs yeux soumise à leur ambitions pourrait être endiguée si les principes fondamentaux que sont l’éducation et la liberté de la presse étaient entre autre défendues. Explications.

Quel point commun existe-il entre Donald Trump, Vladimir Poutine, Kim Jung Un et plus globalement l’ensemble des personnalités politiques étiquetées comme populistes ? D’aucuns diraient qu’il y en a plus d’un et qu’ils sont nombreux mais ce qui caractérise tous ces personnages, c’est l’idée de croire que ce sont les prétendus plus forts, qu’ils se voient incarner, qui doivent nécessairement dominer ou soumettre les prétendus plus faibles. C’est une des multiples facettes du populisme auquel s’ajoute l’idée que celui qui criera le plus fort qui aura, là encore, nécessairement raison. Constat établi, que faire pour limiter ces excès qui menacent a minima la planète d’une guerre froide, chaude dans le pire des cas.

Clique funeste et esquisse

L’exemple ukrainien en est l’exemple type et il est l’oeuvre de Vladimir Poutine qui incarne à la perfection la définition avancée ci-dessus. Et les velléités de Donald Trump à l’égard du Groënland pour soi-disant maîtriser les passages des navires chinois et russes ne font que confirmer plus encore cette volonté de domination. Mais ce que semble oublier cette clique funeste, c’est que le restant de l’Humanité n’est pas automatiquement enclin à épouser ce format de pensée. Convaincants et persuasifs, voire charismatiques, tous ces hommes, usent et abusent aussi des faiblesses des démocraties occidentales dont ils exploitent les failles pour se hisser au sommet du pouvoir. Est-ce à dire qu’il y aurait donc un moyen de contrarier l’ascension de ses despotes en devenir quand ils ne le sont pas déjà ? Une esquisse de solution, modeste et sans prétention, pourrait être dès lors avancée. Et la première d’entre elle commence par un renforcement de l’éducation, pilier de la formation des citoyens d’aujourd’hui et demain, afin d’amender leur esprit critique pour apprécier avec justesse les mots et les propositions des populistes divers et variés.

Crise et pensée collective

Car le populisme est aussi le fruit d’une crise de l’éducation. Deuxième piste et non des moindre, assurer et protéger la liberté de la presse car une société bien informée, au sens juste du terme, est une société qui pense et qui réfléchit. Liée à cette même liberté, éloigner du monde la presse les magnats et autres milliardaires avides de contrôler la pensée collective en orientant l’information dans des espaces intellectuels arides et appauvris. Et dernier point, limiter l’influence et le poids des réseaux sociaux tout comme celle des programmes de télévision portée par des démagogues au sophisme rare et dangereusement précis. Mais pour l’heure, force est de constater qu’aucune de ces solutions n’est posée sur la table, encore moins avancée comme une hypothèse de travail. C’est d’ailleurs peut-être pire que la montée en puissance des populistes qui ne sont que la face cachée de civilisations incapables à ce jour de se réinventer.

Le conte et le procès

Le procès du financement libyen de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 doit faire la lumière sur les pratiques de corruption passive dont est soupçonné l’ancien président. Et la République de pouvoir redorer son blason dans une période où la méfiance à l’égard de la sphère politique n’a jamais été aussi grande.

C’est l’histoire d’un ancien président de la République, ambitieux, toujours très sûr de sa personne qui avait besoin de fonds pour financer sa campagne électorale, et aujourd’hui soupçonné de s’être rapproché d’un dictateur nord-africain, au ban des nations qui, lui, avait un cruel besoin de reconnaissance internationale. Une fois élu, le président s’est progressivement éloigné de l’ancien dictateur après l’avoir cependant reçu en grandes pompes sous les ors de la République dont le dictateur se moquaient éperdument : Et pour cause, il avait payé son billet d’entrée en finançant la campagne du président en question. La République, toute honte bue, a donc accueilli cet obligé aux manières cavalières qui se mariaient si bien à celles de son hôte tout aussi cavalières.

Ironie et agissements

Mais hélas ! L’histoire tourna court et le président qui sentit le vent tourner déclencha une guerre avec ses alliés britanniques pour évincer le dictateur devenu gênant. Pour autant, la justice ne manqua pas de s’intéresser aux tergiversations du président au point d’ouvrir une enquête qui aboutit à un procès. Narrée sous la forme ironique d’un conte aux relents sordides, cette histoire rappelle que c’est demain lundi 6 janvier et ce jusqu’au 10 avril que s’ouvre le procès du financement de la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy soupçonné d’avoir bénéficié de fonds libyens accordés par le Colonel Kadhafi, fonds totalement illégaux donc. Au-delà du procès, c’est surtout les agissements de l’ancien Président de la République qui seront au coeur des débats et plus largement les pratiques souterraines mises en œuvre par certains candidats.

Perception et grandeur

Or ce procès revêt une double importance dans un pays qui traverse une profonde crise de confiance, voire inédite, à l’endroit de sa classe politique. Importance morale afin d’évacuer des pratiques qui ternissent la République mais aussi ceux qui la servent au point de semer le discrédit au sein d’élus qui pour l’immense majorité n’ont rien à se reprocher. Importance politique afin de démontrer que n’importe quel citoyen, fût-il un ancien président de la République, est soumis à la loi et que ses fonctions actuelles ou passées, ne lui accordent aucun passe-droit. Naturellement, c’est le verdict qui sera prononcé qui influera sur l’opinion et sur sa perception de la chose politique mais dès à présent s’impose l’idée que si la République veut sortir grandie de ce procès, il faudra un verdict exemplaire au regard des faits et des pièces avancées par les parties en présence.