Un ver dans le fruit

L’affaire de corruption qui secoue le Parlement européen entache non seulement la réputation d’une institution fondée sur des principes éthiques et humanistes mais jette aussi l’opprobre sur une sphère politique européenne déjà souvent critiquée.

Le mal est fait

On pensait l’institution incorruptible tant la complexité de son fonctionnement, où se succèdent organismes et commissions de contrôles, semblait entraver toute tentative de corruption. Et pourtant, voilà le Parlement Européen entaché par une affaire de pots de vin dont il serait volontiers passé et qui met, de surcroît, en exergue les relations entre le Parlement et un pays au coeur de l’actualité, à savoir le Qatar. Au-delà des personnes impliquées, dont l’une des vice-présidentes, Eva Kaili, cette affaire jette le trouble sur une institution souvent décriée et, par effet, de domino sur l’Union Européenne. Accusée de nombreux maux par ses détracteurs, l’Union perd via cette affaire une part de crédibilité qu’elle cherche à protéger depuis sa création. Sale coup donc pour l’Europe politique qui était parvenue par la guerre en Ukraine à donner le sentiment d’une solidarité nouvelle face à l’expansionnisme russe. Mais ici, point de Russie à l’horizon, mais le Qatar, pays lui aussi décrié depuis le début dela Coupe du Monde de football, notamment en raison du traitement des personnels ayant participé à la construction des stades.

Car pour beaucoup, cette affaire de corruption n’en serait qu’une de plus si elle ne concernait pas l’Union européenne. Cette dernière, fondée dès son origine sur le respect des droits humains et de l’Homme en général, se voit salie par une affaire mettant en cause un pays où justement les droits humains dans son acception la plus large est des plus contestables et des plus contestés pour le moins. Voilà en quoi la crédibilité de l’institution, qui souffrait déjà d’une image plus ou moins dégradée, se voit altérée car adossée par devers elle désormais à la polémique portant sur les conditions de travail pratiquées dans l’émirat. Certes, cette affaire de corruption ne concerne qu’un nombre restreint de personnes rapidement ostracisées mais comme l’affirme l’adage populaire, « le mal est fait ». Et les commentaires fondés ou infondés, sur l’influence de la puissance qatarie de certainement redoubler dans les semaines et les mois à venir. Autre évidence mise en exergue par cette affaire, au-delà de la crédibilité entachée, l’avidité de certains élus, pourtant sensés défendre les idéaux humanistes et égalitaires avancés par l’Union européenne. Mais là encore, répétons-le, il ne s’agit que d’une infime minorité d’individus sauf si les investigations menées par la police belge venaient à faire émerger d’autres cas de collusions. Et par cette affaire de voir à nouveau l’image et la probité d’élus et plus largement de la sphère politique gravitant autour du Parlement et de l’Union européenne d’être aussi altérées. Séduits, voire éblouis au point d’en perdre le sens de leur mission originelle par la réussite économique du Qatar, certains élus ont donc succombé aux sirènes de l’argent en échange de décisions favorables à l’émirat qatari. Ainsi, dans une logique de soft power que d’aucuns qualifieraient d’un peu grossière dans son exécution (car le but d’une influence est de rester invisible), l’émirat s’est infiltré via des complicités choisies au sein d’une institution une fois de plus fragilisée.

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