L’arme emploi

Les mesures annoncées par le Gouvernement afin de réduire la durée d’indemnisation et le montant des allocations attribuées aux demandeurs d’emploi dans un objectif de relance du marché de l’emploi cachent mal la volonté de réduire le déficit public et la stigmatisation à peine voilée des demandeurs d’emploi.

La réforme de l’assurance-chômage, présentée le 27 mars dernier par le Premier Ministre Gabriel Attal et selon les dires de ce dernier, a pour vocation de provoquer un retour rapide à l’emploi. La méthode, simple, est déjà engagée depuis 2017 : réduire le montant et la durée d’indemnisation des demandeurs d’emploi. La mesure n’est pas nouvelle dans un pays qui n’a jamais su depuis les années soixante-dix dompter le chômage de masse, plaie impossible à guérir dans la septième puissance économique mondiale (Données Statista 2022).

Un chômeur, un emploi

Si pour de nombreux économistes l’idée de réduire indemnisation et durée associée peut potentiellement avoir des effets (rappelons toutefois que depuis deux trimestres consécutifs le taux de chômage a encore augmenté pour se fixer au quatrième trimestre 2023 à 7,5 %), la mesure en question s’inscrit surtout dans la volonté du Gouvernement de poursuivre la réduction du déficit public fixé par le Ministère des Finances, réduction établie cette année à dix milliards d’euros. Concrètement, les mesures proposées par le Gouvernement, qui entreront en vigueur au 1er juillet prochain, devraient selon les premières estimations de Bercy, générer entre deux et trois milliards d’euros d’économie. D’un point de vue comptable, le Gouvernement peut se frotter les mains en considérant que ces économies et les mesures qui les génèrent poussent encore un peu plus le pays vers le plein emploi fixé à 5 % de la population active. Objectif ambitieux certes. Sauf qu’avec trois millions de demandeurs d’emploi indemnisés, qui pour leur immense majorité n’a en rien demandé à subir cette situation, et des entreprises, qui pour certaines peinent lourdement à recruter, il n’est pas écrit que l’on pourra mettre un chômeur devant chaque emploi vacant.

Précarisés et stigmatisés

Ainsi, indépendamment de la mesure purement financière que recèle cette réforme, se cache aussi en filigrane l’idée que les demandeurs d’emploi se complaisent dans l’inactivité temporaire qui est la leur, donnant de ces derniers l’image de parasites de la société vivant de la générosité de l’Etat-Providence. Là encore, c’est mal connaître la réalité socio-économique du pays et surtout de ceux qui sont soumis à l’allocation-chômage. Déjà précarisés en raison de leur situation, les demandeurs d’emploi se retrouvent ainsi stigmatisés et potentiellement contraints d’accepter un emploi qui ne le convient pas. Avec quel résultat : démission de l’emploi concerné, mal-être,…Et retour à France Travail. Une évidence s’impose : appeler à une baisse du nombre de demandeurs d’emploi est louable ; culpabiliser ces derniers n’est en rien une solution. Preuve en est, une fois encore, que l’arme de l’emploi s’utilise souvent à dessein dans une logique populiste, gratuite et facile.

Tensions sans fin au Proche-Orient

Si désescalade est le maître-mot qui préside à la crise que traverse le Proche-Orient, il apparaît aussi que les Etats-Unis se sont lancés dans un exercice d’équilibriste risqué sans option de résolution rapide des tensions. Pourtant, ces dernières existent.

En déclarant ne pas souhaiter d’escalade avec la République islamique d’Iran tout en continuant à soutenir l’État d’Israël, les Etats-Unis s’engage dans une diplomatie que d’aucuns qualifieraient de schizophrénique, voire de tautologique, tant les deux notions semblent tout à la fois opposées et impossibles à concilier. Pourtant, le pari lancé par l’administration Biden, largement influencé par les élections de Novembre prochain qui imposent une certaine fermeté à l’endroit de l’Iran ainsi qu’une forme de compréhension tacite à l’endroit d’Israël, se veut extrêmement risqué. Pourquoi ? Tout d’abord parce que l’Iran, bien qu’isolé sur la scène internationale et rongé de l’intérieur par une grogne sociale anti-mollahs, est malgré tout parvenu à agresser Israël enlisé dans son conflit contre la Hamas, lui-même soutenu, tout comme le Hezbollah, par l’Iran.

Menace iranienne

Négocier avec Téhéran, option qui s’avère pourtant des plus compromises à ce ce jour, renvoie à jeu d’équilibriste qui tranche avec la diplomatie généralement pratiquée par les Etats-Unis.Non que Washington ne sache faire preuve de finesse en la matière mais la sensibilité orientale s’accommode globalement assez mal avec le pragmatisme anglo-saxon d’outre-atlantique. Pour autant, si Israël et les Etats-Unis veulent espérer un arrêt, même temporaire, de la menace iranienne, il faudra nécessairement concéder des compromis que seule une négociation pesée et mesurée permettra. Or, si les Etats-Unis étaient à la barre, cette option pourrait prendre forme et se dessiner comme ce fut le cas lors du mandat de Barack Obama sur la question du nucléaire iranien conclu par l’accord de Vienne en 2015. Mais Washington doit aussi composer avec Israël, en première ligne d’un point de vue géographique et politique, et dont le poids diplomatique n’est plus à démontrer. En qualité de premier soutien de l’État hébreu, les Etats-Unis se retrouvent presque piégés tant leur implication dans l’alliance avec Israël est avancée. Reste donc à trouver une voie diplomatique apte à satisfaire l’Iran mais aussi ses satellites que sont le Hamas et le Hezbollah, autant de cailloux dans la chaussure de l’État hébreu loin de s’être débarrassé des deux mouvements armés.

Likoud ou Travailliste

Et la négociation de s’avérer encore plus difficile au regard des exigences d’Israël et de l’Iran, exigences diamétralement opposées. Pour autant, une solution existe, improbable certes à ce jour mais pas impossible. Le départ de Benyamin Netanyahou du Cabinet israélien et la chute des mollahs en Iran ouvrirait de nouvelles possibilités de négociation. Concernant la première hypothèse, il conviendra d’attendre les prochaines élections générales pour voir qui du Likoud ou des Travaillistes l’emportera même si le Parti travailliste israélien aujourd’hui soutien l’offensive contre la Hamas et fait bloc derrière le gouvernement au regard de la position à adopter face à l’Iran. Concernant l’Iran, la réponse ne viendra que de l’intérieur via le mouvement de révolte initié il y a plus de 12 mois désormais et qui pourrait potentiellement renverser le régime islamique. Mais sa faiblesse actuelle, de par la répression menée, compromet, pour ne pas dire interdit, tout espoir de changement rapide.

Du gaspi à la Sécu !

L’Assurance-Maladie soucieuse de réduire la fraude aux arrêts de travail lance une campagne de lutte contre les salariés indélicats amenés à profiter des failles du système. Si ces dernières restent entières pourquoi alors ne pas tenter de les résorber avant de culpabiliser des salariés occupés à conserver leur emploi.

Populaire dans les années soixante-dix, décennie marquée par le premier choc pétrolier de 1973 – 1974, l’expression chasse au gaspi a retrouvé une énième jeunesse au regard de la volonté de l’Assurance-Maladie de lutter contre les fraudes aux arrêts de travail. Rappelons incidemment que l’expression a maintes fois résonné, et résonnera encore, dans les ministères tout comme dans les ménages depuis plus de cinquante ans. Mais, cette fois-ci, ce sont donc les arrêts de travail qui sont dans le viseur du Ministère des Finances et de la Sécurité Sociale. L’objectif est simple : réduire au maximum le coût des arrêts en question pour travailler à la réduction du déficit public. Fixée à dix milliards d’euros cette année par le ministre des Finances, Bruno Lemaire, le choix est donc fait de tomber à bras raccourci sur les salariés tentés de solliciter un arrêt si d’aventure ils présentaient des troubles susceptibles d’en provoquer un. L’idée, simple et déjà à l’étude est d’augmenter les jours de carences, passant ces derniers de trois à sept, d’aucuns appelant ça de la dissuasion sanitaire.

Travail devenu précieux

Pour autant, indépendamment des idées avancées, celle-ci ou une autre, il apparaît clairement que l’État et le Gouvernement ont ouvert une chasse aux salariés désignés comme coupables d’être, de temps à autres, malades. Ce que semble toutefois oublier la Sécurité Sociale, noble et vénérable institution dont toutes les branches ne sont pas déficitaires, c’est que, globalement, personne ne souhaite être malade ou en arrêt pour la simple et bonne raison que le travail, devenu précieux et essentiel, pour l’immense majorité des salariés, se présente encore comme une priorité. Précisément, il serait peut-être intéressant de renverser la table et de s’interroger sur le nombre de personnes qui se rendent sur leur lieu de travail tous les jours en étant souffrants (hors maladies longues ou incurables), préférant s’affranchir de tout arrêt car ces derniers ont un coût et un effet immédiat sur le salaire mensuel. Certes, d’aucuns argueront qu’il existe des professionnels de l’arrêt maladie tout comme il existe pléthore de praticiens qui distribuent les arrêts de complaisance.

Etat-Providence

Mais si réfléchir aux moyens d’effectuer des économies substantielles est louable, traquer les salariés relèvent d’un combat facile qui devrait peut-être être remplacé par une réflexion plus profonde sur la nature et les objectifs de l’État-Providence sans que celui-ci défasse de ces avantages ceux qui l’alimentent par leur travail actuel ou passé. Prenant comme postulat de départ que les soins médicaux sont remboursés par la Sécurité Sociale, notre système entérine de fait la possibilité d’une fraude. Donc à lutter contre quelque chose, il convient de lutter contre les failles du système et non pas engager un combat disproportionné contre des salariés plus préoccupés à conserver leur emploi qu’à se vautrer dans le luxe, des plus relatifs et des plus discutables, de l’arrêt de travail et de ses conséquences financières.

Un duel et des raisons

A quelques semaines des élections européennes, c’est un duel entre le parti présidentiel Renaissance et le Rassemblement National qui se profile. Occasion de revenir sur les raisons qui ont permis l’ascension des deux formations politiques au détriment du Parti socialiste et des Républicains en premier lieu.

Si certains en doutaient, cela devient désormais une évidence, presque un drame démocratique, mais il apparaît que les prochaines élections européennes, en France pour le moins, vont tourner au duel Renaissance, le parti présidentiel, contre Rassemble National, le parti d’extrême droite, d’ailleurs officiellement qualifié ainsi par le Conseil d’État. Au-delà de l’affrontement qui semble inéluctable, sauf à voir se concrétiser dans les jours à venir un renversement de situation qui verrait droite et gauche reprendre vie (entendez par là Parti socialiste et Les Républicains), il n’est pas inopportun de s’intéresser aux raisons qui ont poussé droite et gauche à être siphonnées, la première par le Rassemblement National, la seconde par La France Insoumise et le parti présidentiel. En ce qui concerne Les Républicains, il est possible d’identifier au moins deux raisons.

Héritier du gaullisme

La première est liée à la volonté affichée du parti d’extrême droite de justement quitter et se défaire de cette dénomination en se présentant tel un parti de droite dure, partisan de l’ordre et de la rigueur, allant même parfois à se présenter comme l’héritier d’un gaullisme oublié où la France voulait briller par sa grandeur et son aura. Cette opération de séduction, plutôt grossière, a cependant assez bien fonctionné auprès d’un électorat de droite déçu par un parti originel jugé trop proche du macronisme, lui-même plus adepte d’une politique de centre-droit que réellement libérale et droitière. La seconde raison, plus historique celle-ci, d’ailleurs rappelée en 1997 par Lionel Jospin, alors Premier secrétaire du Parti socialiste et pas encore Premier ministre, est la porosité idéologique naturelle existante entre droite républicaine et extrême droite. Car si la droite républicaine a toujours honni les thèses xénophobes avancées par le Front National d’alors et le Rassemblement National d’aujourd’hui, il persiste malgré tout un fond réactionnaire qui en période d’incertitude sociétale croît et attire à lui des électeurs en mal d’autorité.

Social-démocratie

Concernant la gauche, longtemps omnipotent et après avoir vidé le Parti Communiste de ses militants et de ses idées les plus progressistes (car il y en avait), le Parti Socialiste, s’est vu damer le pion par LFI et par Emmanuel Macron en 2017, se présentant comme le fils naturel de la social-démocratie dont la gauche classique n’a jamais su négocier le tournant, y compris quand Michel Rocard, Premier Ministre de 1988 à 1991, en posa les bases, ensuite reniées par ses pairs et le PS dans son ensemble. LFI, plus brutalement mais efficacement, s’est donc imposée comme une forme de nouvelle gauche populaire quand le PS s’est liquéfié, voire délité, au sein de la macronie qui ne l’a même pas remerciée. In fine, la bi-polarisation de la vie politique hexagonale, réduite aujourd’hui à un duel de partis de droite, met aussi en évidence la crise et l’indigence démocratiques qui étrangle le pays tout en révélant la faiblesse idéologique des formations politiques historiques tout comme leur médiocrité métabolique.

Faim de pouvoir et fin de règne

Triomphalement réélu à la tête de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine semble autant intouchable qu’inoxydable. Pourtant, une analyse plus avancée de la réalité tendrait à évoquer une atmosphère de fin de règne, du moins les prémices d’années difficiles à venir.

Il y a dans la victoire tronquée, presque vulgaire tant la manipulation s’est révélée grossière, de Vladimir Poutine lors de l’élection présidentielle du 17 mars qui l’a reconduit pour six ans à la tête de la Russie, une ambiance de fin de règne qui ne veut pas dire son nom. Pourtant, au regard de la situation actuelle, triomphalement réélu et chef de guerre incontesté, Vladimir Poutine semble intouchable et inoxydable puisque au pouvoir depuis le 31 janvier 1999. Alors pourquoi évoquer cette notion d’atmosphère de fin de règne ? Plusieurs raisons pourraient le justifier. Tout d’abord, si Vladimir Poutine était si sûr de son pouvoir et de son influence, il n’aurait pas pris temps de soin à martyriser Alexei Navalny dont le nom hantera longtemps l’Histoire russe et celle du président russe.

Ligne de crête

Vladimir Poutine a eu beau évoquer dans son discours post-électoral, un « évènement triste », il n’en reste pas moins que la mort de Navalny dans une colonie pénitentiaire de l’Arctique ressemble plus à l’élimination d’un opposant actif et dangereux plus qu’à un accident classique. D’opposition aussi il est question dans cette fin de règne, car, bien que muselée sur le sol russe, celle-ci n’en reste pas moins active à l’extérieur, travaillant à dénoncer les excès commis par un pouvoir russe enlisé dans des difficultés économiques lourdes et la guerre en Ukraine. Car là encore, la ligne budgétaire russe révèle plus d’une ligne de crête que d’un boulevard serein. En se prononçant pour des baisses d’impôts et autres amortisseurs sociaux, Vladimir Poutine s’expose et impose à son administration et sa gouvernance d’être au rendez-vous des promesses dans un contexte économique épineux : les sanctions de l’Occident infligées à la Russie en raison de la guerre en Ukraine portent leurs fruits, altérant les résultats de l’économie russe, même si ces derniers sont invisibles ou mal appréhendés de l’extérieur.

Failles et tradition

Dernier point, Vladimir Poutine pourra-t-il encore demander aux Russes efforts et sacrifices alors que s’éternise une guerre en Ukraine qui devait être courte et rapide ? Le score d’essence soviétique via lequel Vladimir Poutine a été réélu cache tout un ensemble de failles qui, une à une, fissurent la présidence de Poutine tout comme les scores fleuves visant à réélire les anciens premiers secrétaires du Parti Communiste cachaient le naufrage de l’Union soviétique. Et que penser alors de la demande du chef du Kremlin d’une trêve des combats pendant les Jeux Olympiques. Si Vladimir Poutine doit très certainement connaître la tradition grecque antique qui voulait que les cités hellènes interrompent leurs affrontements durant les Jeux, il serait intéressant de connaître les motivations qui le poussent à formuler cette demande. In fine, et en dépit d’une toute puissance qui ne semble pas connaître de limites, il apparaît aussi combien Vladimir Poutine semble seul dans un avenir qui ne plaide pas nécessairement en faveur de la Russie ou, en tous les cas, de son bonheur immédiat.

L’Europe et Tocqueville

Si 73 % des Français se déclarent favorables au projet européen, ces derniers placent aussi le Rassemblement national en tête des intentions de vote lors des élections européennes de juin prochain. Antinomie politique que Tocqueville avait évoqué au XIXème sous d’autres formes mais toujours d’actualité.

On aurait pu croire les Français remontés contre la construction européenne, presque fâchés. Force est de constater, à la lecture du dernier sondage Ipsos, que c’est l’inverse qui prévaut puisque 73 % des sondés se déclarent favorables au projet européen. Résultats encourageants mais qui tranchent, voire étonnent, quand, dans le même temps , le Rassemblement National distance de 13 points le parti Renaissance, pilier de la majorité présidentielle. D’aucuns s’interrogent sur cette antinomie d’autant plus que le projet politique du parti d’extrême droite ne s’accorde pas spécialement avec le projet européen mené depuis sa création en 1957 via le Traité de Rome. D’autres se rallieront peut-être à la réflexion de Tocqueville qui affirmait que les affaires intérieures conditionnaient souvent les affaires extérieures. Avancée au XIXème siècle, cette réflexion n’en est pas moins d’une contemporanéité qui pourrait expliquer cette apparente antinomie.

Instrumentalisation

Car si les sondés en question, sensés représenter les Français, se déclarent favorables au projet européen, les inquiétudes qui les traversent, les angoisses qui les étreignent et les peurs qui les agitent sont à l’origine de la popularité croissante du Rassemblement national à quelques semaines d’une élection d’envergure européenne donc extérieure. L’instrumentalisation du scrutin par le parti d’extrême droite, si elle n’est plus à démontrer, afin de discréditer l’action gouvernementale, et ainsi utiliser les échéances européennes en qualité de test grandeur nature avant l’élection présidentielles de 2027, ne renvoie cependant que partiellement à la réflexion de Tocqueville car si l’extrême droite se renforce en France, elle n’en est pas pour autant au pouvoir. Et, aussi insidieuse que puisse être son influence sur la conduite des affaires publiques, elle n’exerce aucun mandat exécutif à même de lui offrir une tribune et un espace d’action. Pour autant, elle illustre dans une certaine mesure comment un peuple reste d’abord tourné vers ses préoccupations intérieures avant de considérer la politique extérieure comme une solution possible aux maux qu’il traverse.

Malaise intérieur

Imprimer à ses relations extérieures une teinte intérieure n’a d’ailleurs rien de nouveau. Dernier exemple en date, les précautions prises par les Etats-Unis à l’endroit d’Israël au regard du conflit qui oppose ce dernier au Hamas alors que se profile l’élection présidentielle en novembre 2024 sensé élire le successeur de Joe Biden ou reconduire celui-ci dans ses fonctions. Ainsi, ne faut-il voir dans l’ascension du Rassemblement national que l’expression d’un malaise intérieur, mais pas uniquement non plus, que l’on pourrait aussi étudier dans d’autres pays de l’Union invitant dès lors à distinguer le projet européen, et les potentielles fautes qui peuvent lui être imputées, et les objectifs politiques d’un parti soucieux de détourner un scrutin communautaire à des fins purement domestiques. Il serait d’ailleurs intéressant d’étudier dans quelle mesure s’exprime le poids des députés européens issus des partis d’extrême droite sur la politique intérieure de leurs pays d’origine. Mais de cela, Tocqueville n’en a point fait état.

Même aux Etats-Unis….

Aux Etats-Unis, à quelques mois de l’élection présidentielle, deux prétendants semblent se détacher pour occuper la Maison Blanche. Mais sont-ils pour autant les meilleures représentants de leurs partis et ont-ils l’un et l’autre toutes les capacités pour siéger dans le bureau ovale ? Tentative de réponse.

Dans l’impasse car pour l’heure sans solution de substitution, le Parti Démocrate va vraisemblablement à nouveau se tourner vers Joe Biden pour affronter Donald Trump, candidat déclaré à un nouveau mandat au sein de la Maison Blanche. Or, la question qui se pose aujourd’hui au Parti démocrate est de savoir si ce choix se veut dicté par la nécessité, l’évidence ou le dépit ? La question revêt tout son sens quand on analyse au plus près le bilan de la mandature de Joe Biden mais elle en revêt encore plus lorsque l’on s’interroge sur son âge et ses capacités cognitives. Reprenons dans l’ordre. Concernant la nécessité, il est apparaît évident qu’aucun candidat démocrate ne se pose à ce jour comme capable d’éluder Joe Biden, encore moins d’affronter l’ogre démagogue Trump. L’évidence, elle, se veut plus nuancée car, à l’aune des arguments précédents, Joe Biden est le seul à présenter un bilan à la tête de la Maison Blanche et pour cause, il est le seul élu démocrate à avoir damé le pion à Donald Trump en novembre 2019.

Interrogations et crédibilité

Reste la question du dépit. La pire qui soit car elle renvoie le candidat désigné à un rôle passif et non actif, choisi par défaut et non par conviction, à qui la défaite ne sera pas reprochée car intégrée dans le processus de désignation. Voilà donc une élection à venir (novembre 2024) au parfum certes de déjà vu mais surtout d’interrogation sur la vitalité de la démocratie nord-américaine et sa capacité à générer des acteurs politiques plus jeunes que les deux prétendants attendus et à même de mobiliser pleinement leurs camps respectifs. Car si Donald Trump est loin de faire l’unanimité au sein des Républicains, il en est de même pour Joe Biden sur qui courent questions et commentaires sur sa santé globale. Les récentes pertes de mémoire lors de conférences de presse ou ses confusions sur les dirigeants des pays alliés sont autant d’éléments qui poussent électeurs et grands électeurs à s’interroger sur le candidat Biden. Certes. Mais qui alors pour le remplacer ? Kamala Harris, vice-présidente trop discrète pendant le mandat de Joe Biden, aurait pu, voire aurait dû, grandir dans l’ombre de son mentor afin de se positionner comme candidate crédible. Tel ne fut pas le cas, laissant la place nette à Joe Biden et à d’autres mais là encore, lesquels ? Vu d’Europe, la situation est des plus paradoxales car si Joe Biden incarne tout ce qu’une majorité d’Européens apprécient en terme de progrès social, de coopération internationale, d’ouvertures au monde, la chevauchée empreinte de démagogie de Donald Trump stupéfie le Vieux Continent au regard de ce que fut le mandat du magnat de l’immobilier. Et à ce titre, toujours flanqué de cet étonnement, nombreux s’interrogent sur l’incapacité du Parti démocrate à présenter un ou plusieurs candidats susceptibles de concurrencer Joe Biden. Une conclusion semble alors s’imposer. En Europe comme aux Etats-Unis, et dans de nombreuses démocraties contemporaines, le personnel politique est à l’image des populations sensées être dirigées ou guidées par lui. Sans remettre en question les qualités intrinsèques de chacun des acteurs engagés dans l’action publique, force est de constater que la faiblesse globale de cette action, qui confine parfois à la médiocrité, pousse les corps électoraux à se tourner vers des candidats jugés, à tort ou à raison, plus dynamiques car prompt à développer des thèses empreintes de démagogie et de populisme rempli de raccourci idéologiques.

D’un populisme à l’autre…

Alors que se profilent des élections européennes (8 et 9 juin 2024) annoncées périlleuses pour la majorité présidentielle, Emmanuel Macron, Président de la République et Jordan Bardella, président du Rassemblement National, ont rivalisé de démagogie et de populisme, dans des styles très différents, mais toujours à dessein.

Entre la visite d’Emmanuel Macron, mouvementée, au Salon de l’Agriculture le 24 février dernier et celle de Jordan Bardella, plus calme, nombreux furent les observateurs à voir dans ces deux déplacements un combat politique à distance qui trouve son explication dans les prochaines élections européennes. Distancée dans les sondages au profit du Rassemblement National, la majorité présidentielle, à commencer par son premier représentant, a donc décidé d’aller à la rencontre du monde agricole. Dans un échange frôlant le corps à corps, quasi charnel, en bras de chemise, usant parfois de trivialités destinées à renforcer la proximité du rendez-vous improvisé, Emmanuel Macron, a écouté les agriculteurs venus à sa rencontre, expliqué les décisions prises ou à venir et proposé des solutions. A-t-il convaincu ? Pour l’heure, la question reste sans réponse.

Viril ou policé

Dès lors que penser de cette rencontre dans lequel le Président de la République s’est montré à l’aise, car l’homme affectionne beaucoup ce type d’exercice, face à un Jordan Bardella, lui aussi dans son élément au milieu d’un monde agricole pour une partie sensible à son discours teinté de nationalisme économique ? En réalité, que ce soit tant Emmanuel Macron que Jordan Bardella, l’un et l’autre, à leur manière et dans des styles très différents, viril, pour le Président de la République, plus policé pour Jordan Bardella, se sont adonnés à un exercice populiste en règle. Le premier, entouré dans un périmètre restreint d’agriculteurs attentifs mais exigeants au regard des réponses attendues, tel un tribun de la plèbe, a flatté et tancé sans pour autant condamner son auditoire, de sorte à le mettre devant la réalité économique à laquelle le monde agricole est confronté sans donner à celui-ci le sentiment d’être abandonné en promettant une révision des normes ou des prix planchers. Démagogie crieront certains, purement politique d’autres.

Attaques faciles

Promesses tenables ou non, ces dernières ont eu le mérite, à tous le moins, de laisser une marge de manœuvre à l’exécutif tout en renforçant la figure présidentielle d’homme proche et conscient des difficultés d’une des franges de la population. Dans un autre style, répétons-le plus policé, Jordan Bardella, s’est fendu de déclarations hautes en couleur évoquant une forme de schizophrénie présidentielle au coeur d’un auditoire friand d’attaques finalement assez faciles. Le président du Rassemblement National s’est donc, comme l’y invite la nature de son parti, délecté à dessein du désarroi et du désespoir d’une partie du monde agricole sans pour autant avancer de réelles solutions faisant fi du fait que certains acteurs de la filière agricole sont, rappelons-le, acculés à la faillite, voire pire. Deux formes de populisme se sont donc affrontés par procuration lors du Salon de l’agriculture dans ce qui ressemble déjà à une campagne électorale qui ne dit pas encore son nom. Reste à savoir désormais quelle démagogie prendra le pas sur l’autre…

Alexei Navalny, martyr sans écho

Si la disparition d’Alexei Navalny a ému le monde occidental, celle-ci ne s’avère pas suffisante pour motiver l’apparition d’une opposition globale et crédible à Vladimir Poutine. Profitant du désintérêt et du cynisme occidental, la Russie ne se cache plus désormais d’être devenue une dictature contemporaine.

Avec la disparition d’Alexei Navalny, c’est un pan de l’Histoire de la Russie contemporaine qui disparaît aussi. Tout comme le meurtre d’Anna Politkovskaïa, journaliste, disparue en 2006, pour avoir bravé le pouvoir poutinien, la mort d’Alexei Navalny a pour vocation de lancer un avertissement, en avaient-ils besoin, à tous les opposants à Vladimir Poutine, qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur de la Russie. Naturellement, peu de danger pèse sur les opposants au régime si ces derniers vivent à l’étranger mais le message est des plus clairs : évitez pour votre sécurité ultime de rentrer en Russie. D’un point de vue extérieur, il est évident que la Russie bascule lentement mais sûrement d’un statut de démoctature à celui de dictature qui ne prend même plus la peine de s’en cacher.

Terreur et banalité

Exacerbées par la guerre en Ukraine, les tendances despotiques du régime de Vladimir Poutine deviennent chaque jour plus franches. Mais jusqu’à quel point ? L’objectif est-il d’asservir et de faire vivre dans la terreur la plus sombre le peuple russe ? Cette politique est-elle mue par la volonté de pousser l’Occident à ne pas s’intéresser aux affaires intérieures russes ? Autant de questions, et elles sont encore nombreuses, qui émergent à ce jour. Pour autant, une chose devient désormais certaine : le pouvoir russe, totalement phagocyté par Vladimir Poutine et ses proches, se veut maintenant au service d’un homme. Et gare à celui ou celle qui dénoncerait la marche en avant vers un absolutisme contemporain qui renvoie aux heures les plus noires de l’Union soviétique. Ce qui semble pourtant encore pire, c’est que rien ni personne ne semble en mesure d’entraver la route de Vladimir Poutine dont la présence et l’action, notamment en Ukraine, tombent progressivement dans la banalité quotidienne d’un Occident peu à peu amené à se détacher des dérives d’un pays devenu tout simplement dangereux.

Bipolarisation

Lassitude, écoeurement, désintérêt,…pléthore de sentiments président au manque d’attention croissant que l’Occident porte à la Russie et la disparition d’Alexei Navalny n’y fait pas exception. Plus largement, une forme de bipolarisation de l’espace européen semble s’être opéré depuis plusieurs années, entre une Russie en mal de reconnaissance internationale et un Occident potentiellement soucieux d’éloigner le danger russe quand bien même celui-ci apporte-t-il son soutien, mesuré cependant, à l’Ukraine. Si la disparition d’Alexei Navalny marque un tournant dans l’Histoire russe, celle-ci s’inscrit néanmoins dans la liste déjà longue d’opposants liquidés par Moscou, opposants certes soutenus par l’Occident mais de si loin que le pouvoir poutinien n’a jamais vu se dresser devant lui de réelle contestation internationale crédible. Pour le résumer avec une certaine forme de realpolitik, que ce soit au regard du cas Navalny ou de l’Ukraine, la Russie de Vladimir Poutine a devant elle un boulevard tracé par l’indifférence mal dissimulée d’Occidentaux finalement satisfaits d’être absorbés à d’autres taches que celle de s’opposer à Moscou.

D’Athènes à Mamoudzou

En annonçant réformer le droit du sol à Mayotte par voie constitutionnelle, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin joue du texte fondateur de la République à des fins politiques bien plus que légales ou juridiques.

En 451 av. J.-C., Périclès, stratège d’Athènes, décida de réformer l’accès à la citoyenneté de la cité-Etat, en imposant à tous ceux qui prétendaient à ce statut envié d’être fils de père et de mère athéniens. Cette restriction avait pour vocation de limiter le nombre de citoyens à l’Ecclesia (l’assemblée d’Athènes), Périclès craignant que la démocratie athénienne ne finisse par mal fonctionner devant le flot croissant de citoyens intégrant les institutions. Certes. Mais quel rapport avec la décision de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, qui a décidé de réformer le droit du sol à Mayotte, et ce par voie constitutionnelle ? Et bien dans les deux cas, avec plus près de 1600 ans d’écart, le droit du sol est invoqué pour priver des individus de droits fondamentaux, reconnus comme tel en France et au sein de la République depuis la Révolution française.

Voie détournée

Que ce soit à Athènes ou à Mamoudzou, réformer le droit du sol avec l’espoir de contraindre une population relève de la même logique : la volonté d’une communauté de maîtriser sa propre taille. Sans le dire mais en l’imposant par voie constitutionnelle détournée, baigné par un parfum populiste et démagogique, Gérald Darmanin fait ainsi valoir le droit du sang. La mesure se révèle d’autant plus inique et immensément politicienne, et politisée, qu’elle ne concerne qu’une partie du territoire, Mayotte, confrontée à des flux migratoires venus des Comores. Présentée comme la solution aux problèmes rencontrés par cette île de l’Océan Indien, celle-ci ignore aussi la possibilité d’engager avec le gouvernement comorien un dialogue dont la teneur est connue, mais le ton à définir, afin de maîtriser ces flux. Car ne nous y trompons pas, une réforme de cet ordre ouvre la porte à d’autres mesures analogues. Et en appeler à la Constitution pour imprimer à la décision prise un aspect juridique irréprochable témoigne, non pas d’une méconnaissance du texte sacralisant la République comme seul régime à même d’assurer la cohésion nationale, mais d’une manipulation de cette dernière afin de répondre aux sirènes d’une extrême droite vent debout sur la question migratoire.

Apprentis-sorciers

Périclès, au lendemain de sa réforme, avait dû affronter la montée d’une opposition croissante, hostile à cette mesure, qui, aidée par d’autres motifs et raisons, ont participé à la chute de la démocratie athénienne. A notre échelle, non que la démocratie soit en danger immédiat, mais jouer les apprentis-sorciers avec le texte fondateur de la République peut se révéler extrêmement risqué, surtout lorsque celui-ci veut répondre, d’une part, à une exigence ponctuelle (certes problématique) exprimée par une population mahoraise excédée mais, d’autre part, lorsque ce jeu politique cherche à étouffer le Rassemblement National en donnant corps à l’une de ses revendications sans que celui-ci soit aux commandes des institutions. L’Histoire, souvent source de réflexion, pourrait à nouveau servir en rappelant, qu’Athènes, épuisée et perdue par de multiples alliances, vit sa démocratie piteusement s’éteindre en 323 av. J.-C. A méditer…