La fuite en avant

En menant une guerre sur deux fronts, Israël donne le sentiment que l’actuel conflit s’assimile plus à une fuite en avant sensée sauver Benyamin Netanyahou d’obscures affaires de financements que de la volonté de libérer les otages détenus depuis le 7 octobre dernier. Au risque de surcroît de pousser le Liban dans la guerre civile.

Certes les batailles menées par l’armée israélienne à Gaza ou au Sud-Liban, et à Beyrouth en particulier, se soldent pour l’heure par des victoires. Mais pour autant, Israël gagnera-t-elle la guerre qui l’oppose au Hamas et au Hezbollah, et donc par extension à l’Iran qui a juré la disparition de l’État hébreu ? A coup de bombardements massifs ou ciblés, en balayant d’un revers de main les victimes civiles libanaises ou gazaouis générées par ces mêmes bombardements au prétexte que la sécurité d’Israël passe avant tout autre considération, l’État hébreu et avec lui son Premier ministre Benyamin Netanyahou se donnent l’illusion d’une victoire proche contre des cellules terroristes qui il est vrai harcèlent les Israéliens depuis des années.

Conséquences et violation

Conforté dans son action par les Etats-Unis pour des questions de politiques intérieures où la communauté juive joue un grand rôle dans les différentes élections présidentielles, Israël semble se moquer des conséquences de ces raids et assauts. Première erreur tacitement cautionnée par l’Organisation des Nations Unies, la violation de l’espace et du sol gazaoui sous l’autorité de la représentation palestinienne à quoi s’ajoute aussi celle de l’espace et du sol libanais et ce en dépit de résolutions inefficaces. Deuxième erreur, et non des moindres, le fait de sous-estimer la montée en puissance des rancoeurs dans la jeunesse libanaise et gazaoui chiite devant ces bombardements meurtriers, rancoeurs qui constituent le premier moteur du fanatisme et du terrorisme des années à venir. Embarqué dans une guerre personnelle qui ressemble plus à une fuite en avant qu’une confrontation légitime où les otages détenus depuis le 7 octobre 2023 ne semblent plus être la raison première de la guerre menée, Benyamin Netanyahou s’enferme tous les jours un peu plus dans une logique belliciste à laquelle seul lui et Tsahal seraient à même de donner un sens politique et militaire. »

Epée de Damoclès

Car ce conflit dévoile aussi les carences et dysfonctionnements d’un Etat, Israël, en situation de guerre larvée depuis 1948. Cette démocratie, sur laquelle plane une éternelle épée de Damoclès au regard de sa situation géographique frontalière avec des pays arabes plus ou moins enclins à accepter sa présence, renvoie par son existence aux fautes impardonnables des nations européennes pendant la Seconde Guerre mondiale et la Déclaration Balfour de 1917 sans compter une histoire millénaire, terreau de sa naissance dans la douleur. Ainsi, entre réalité contemporaine et géopolitique complexe et histoire ancienne ou plus récente, Israël vit certainement, et les nations qui l’entourent, à commencer par le si fragile Liban au bord de la guerre civile, une période, si ce n’est la plus sombre, de sa si courte et si longue histoire.

L’homme lige

En plaçant la question migratoire au centre de l’action de son gouvernement, le Premier Ministre Michel Barnier se pose en homme-lige du Rassemblement National dont il devient ainsi le débiteur politique. Explication.

En annonçant lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée Nationale que « la France ne maîtrisait plus sa politique migratoire », le Premier ministre Michel Barnier ouvre la Boîte de Pandore au risque d’y trouver les exigences toujours plus pressantes du Rassemblement National, celui-la même à qui il doit pour l’heure sa survie politique. Pourquoi ? Car en affirmant vouloir mieux appliquer les Obligations de quitter le territoire français (OQTF), le Premier Ministre donne déjà un gage à l’extrême droite en donnant à celle-ci gain de cause au regard de l’une de ses anciennes revendications. Pour autant, si faire respecter la loi républicaine n’est en rien assimilable à une quelconque idéologie politique, l’instrumentalisation qui en faite par le Rassemblement National donne aujourd’hui le sentiment que Premier Ministre agit plus sur commande que par la volonté d’appliquer la loi.

Question budgétaire

Tenu en otage par le mouvement d’extrême droite, qui, par ce Gouvernement d’alliances de circonstances, peut afficher une victoire par procuration aux élections législatives tenues en juin et juillet derniers, Michel Barnier sait qu’il lui sera difficile, voire impossible de s’affranchir du vote des députés du Rassemblement national qui en demanderont toujours plus au locataire de Matignon. Et jusqu’à quel point ? Pour l’heure, la marche en avant vers une politique de plus en plus conservatrice et discriminante est enclenchée si bien que la question budgétaire, si souvent présentée comme le point d’exergue des obligations à remplir par le nouveau gouvernement tendrait à passer pour secondaire, pour ne pas dire anecdotique. Et l’actuelle situation de traduire le paradoxe dans lequel le pays est en train de sombrer, s’il ne l’est déjà, à savoir un pays rongé par sa dette publique mais focalisé sur des questions migratoires dont l’essence même apparaît plus comme une solution que comme un problème fondamental. Loin d’avoir conquis le pouvoir par les urnes, le Rassemblement National l’a ainsi conquis par son influence politique et électorale, défiant Machiavel dans l’art de Gouverner. Devenu l’éminence grise du Gouvernement de Michel Barnier, le mouvement de Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont imposés comme des acteurs incontournables alors même qu’ils s’avèrent minoritaires à l’Assemblée, transformant Michel Barnier en homme-lige et ses ministres en simples supplétifs. Alors, certes, l’Hexagone s’en remettra mais les institutions, bafouées et reniées, insultées pour beaucoup, doivent encaisser ici un coup qui porte atteinte à leur légitimité historique et ouvre la voie à un futur inquiétant pour ces dernières.

La guerre sans crainte


L’offensive armée d’Israël sur le sud-Liban menée au détriment des populations civiles confirment l’impunité dont bénéficie l’État hébreu à l’échelle internationale lui-même convaincu de la pertinence de ces choix politiques, diplomatiques et militaires.

D’aucuns évoqueraient un cynisme sans borne dans l’attitude de Benyamin Netanyahou, Premier ministre israélien, qui a lancé une offensive massive contre le Hezbollah implanté au Liban sud, et ce sans se soucier des effets collatéraux que les bombardements ont généré et vont générer. Convaincu de la pertinence de l’action de l’armée israélienne, conscient du risque potentiel d’embrasement général de la région, Benyamin Netanyahou sait pourtant que sa politique belliqueuse pourra s’appliquer sans qu’Israël ou lui ne soient inquiétés.

Cours du pétrole et élection présidentielle

Et pour cause, le Premier ministre israélien se sait protégé par les Etats-Unis, qui même à la tribune des Nations Unies par la voix de Joe Biden, président de la patrie de l’Oncle Sam, n’ont en rien condamné l’intervention israélienne au Liban, appelant simplement à une résolution pacifique et négociée du conflit. Et c’est bien là, dans cette forme d’impunité que réside le cynisme du Premier Ministre israélien, sûr que l’allié nord-américain ne lui fera jamais défection ou défaut, impressionnant malgré tout l’Iran, finalement soucieuse d’éviter un embrasement du conflit, l’Egypte, peu encline à se lancer dans un conflit local, sans compter les marchés, notamment les cours du pétrole, qui ne manqueraient pas de s’emballer dans l’hypothèse où le conflit dégénérerait. Pourtant, le temps presse pour Israël car à quelques semaines de la prochaines élection présidentielle au Etats-Unis, nul ne sait si le successeur se montrera aussi conciliant que l’actuel locataire de la Maison Blanche. Si Donald Trump devait ainsi remporter le scrutin, il est probable qu’Israël puisse poursuivre son offensive sans crainte ; a contrario, si Kamala Harris devait s’imposer en novembre à venir, la position des Etats-Unis, en dépit des déclarations empreintes de prudence de cette dernière, pourrait potentiellement infléchir la politique belliqueuse d’Israël et ainsi rebattre les cartes au Proche-Orient. Sans vouloir mettre l’État hébreu en position de faiblesse, le soutien plus modéré des Etats-Unis à Israël serait un signal de détente dans la région. Mais pour l’heure, les bombardements quasi-aveugles menés par Israël, quelque part assimilables à une course contre le temps à double tranchant, à savoir conserver l’appui des Etats-Unis et vaincre le Hezbollah dans les meilleurs délais, terrorisent la population libanaise sans pour autant régler la question gazaouie.

Beaucoup à faire

La nomination prochaine d’un nouveau gouvernement ne pourra effacer les semaines de flottement que le pays a subi au risque de voir les extrêmes se renforcer plus encore. Pourtant, qu’attendre des années à venir ?

Après le suspense de la nomination du Premier ministre, c’est au tour de la composition du Gouvernement de faire l’objet de toutes les spéculations. Pour autant, si, comme l’affirmait Michel Barnier, nouveau locataire de Matignon, il y aura un gouvernement la semaine prochaine (entendez celle qui s’ouvre demain lundi), rares sont ceux à attendre beaucoup, a fortiori, des miracles de ce nouvel attelage exécutif. A vrai dire, alors que la gauche parlementaire est déjà vent debout contre la réforme des retraites qui, avec le budget 2025, seront les deux chantiers pharaoniques du futur Gouvernement, il plane déjà une atmosphère de fin de règne en macronie. D’ailleurs, le président de la République ne s’en est pas spécialement caché, multipliant les interventions via lesquelles il affirme qu’il se bornera à sa fonction stricto sensu de garant de la Constitution et de chef de la diplomatie laissant le soin à l’équipe de Michel Barnier de gouverner, entendez là prendre les coups à sa place en mettant en première ligne l’ancien commissaire européen.

Dilemme cornélien

Cynique ? Oui certainement mais aussi terriblement et banalement politique de la part d’un homme qui n’a pas digéré le revers de la dissolution et qui s’interroge aujourd’hui sur le contenu des trois années qui lui reste à accomplir à la tête de l’État. Le dilemme est cornélien. S’investir tel qu’il l’a fait jusqu’alors au point de saturer l’espace et travailler à une image de rejet ; laisser la place à la seconde tête de l’exécutif afin de prendre une forme de hauteur, tel Jupiter au sein de l’Olympe, spectateur des tracasseries et des aléas des mortels. Là encore, le Président devra choisir, lui qui au terme de son mandat, devra abandonner son fauteuil pour un successeur dont la tache s’avère déjà compliquée. Le successeur en question, homme ou femme, y parviendra-t-il ? Nul ne le sait mais les prétendants ne manquent pas, transformant la période qui s’ouvre en pré-campagne électorale. Si les opposants traditionnels et historiques sont légions et connus, il s’en trouve aussi dans les rangs macronistes, fatigués ou lassés de celui qui en 2017 semblait ouvrir la voie d’un nouveau monde. Essorés et échaudés par la déconvenue de la dissolution et le pied de nez fait à la Constitution en nommant un Premier Ministre non issu des rangs du parti, fut-il le fruit d’une alliance, arrivé en tête à l’assemblée, nombre de soutiens ont décidé de s’affranchir de la tutelle de l’ancien ministre des Finances de François Hollande. Concrètement et in fine, qu’attendre donc des trois années à venir ? D’un point de vue législatif, une gestion des affaires courantes saupoudrée d’une impression de réforme de grande ampleur, l’obligation d’affronter le déficit public devenu abyssal (soit 5,1 % du PIB qui s’élève lui-même à 2805 milliards d’euros), tenter de faire voter sans recours au 49.3 la loi sur les retraites ; d’un point de vue politique, donner le sentiment que le pays n’est plus dans une situation de déréliction afin de donner encore à une démocratie en plein doute talonnée par les extrêmes prompts à user de tout flottement pour s’imposer. Finalement, il y aura beaucoup à faire.

Les caprices du prince

En nommant Michel Barnier Premier Ministre, le Président de la République, a foulé du pied les résultats des élections législatives, faisant preuve d’orgueil déplacé et affirmant de fait son orientation clairement droitière.

Alors qu’Emmanuel Macron vient de nommer en qualité de Premier Ministre Michel Barnier, plusieurs questions se posent, notamment au regard du respect dû aux résultats des élections législatives, du précédent politique créé par la situation actuelle et sur la volonté affichée pendant des années par le Président de la République de faire entrer la France dans un nouveau monde en rupture avec l’ancien. Pour autant, il apparaît que, par ego associé à la volonté de ne pas assister au détricotage partiel ou total de son premier quinquennat et second en cours, le Président de la République a foulé du pied les résultats des urnes convoquées pour un scrutin législatif anticipé les 30 juin et 7 juillet derniers.

Apprentissage du compromis

Il n’est pas excessif d’évoquer ici un déni de démocratie et une insulte faite, jetée à la face des électeurs ayant voté pour le Nouveau Front Populaire, majoritaire à l’Assemblée, de manière certes relative et éclaté dans une coalition des plus fragiles, mais majoritaire toute de même. Deuxième point et non des moindres, peut-être à inscrire dans l’apprentissage du compromis démocratique (les historiens sauront le définir dans les années à venir) le précédent créé par la nomination d’un Premier Ministre conservateur dont la fonction d’homme lige ne fait aucun doute, chargé d’expédier une fin de quinquennat qui s’annonce longue et pénible. En nommant Michel Barnier, homme de droite, Emmanuel Macron ouvre la voie à la possibilité pour ses successeurs de s’affranchir du résultats des urnes, ce qui en démocratie n’est tout simplement pas possible car les résultats électoraux sont le coeur même du système qui prévaut dans l’Hexagone. Dernier point, après avoir reçu une kyrielle de prétendants à l’Hôtel Matignon, dont Xavier Bertrand et Bernard Cazeneuve, toujours dans l’optique de rompre avec l’ancien monde qui s’avère finalement plus une vue de l’esprit qu’une réalité matérielle, sociale ou politique, Emmanuel Macron qui redoutait d’installer un homme du passé dans le bâtiment construit par Louis XV pour sa favorite Madame de Pompadour, a nommé un commissaire européen quasiment oublié du grand public, élu pour la première fois conseiller général de Savoie en 1973, alors que le président Macron est né en 1977. D’aucuns pourraient, et à raison s’interroger, sur les contours du nouveau monde recherché par cette nomination qui ressemble plus à des remerciements pour bons et loyaux services à la Nation qu’à une réponse politique et institutionnelle dictée par les impératifs du moment. N’hésitons pas à l’affirmer : d’une dissolution manquée, nous sommes passés à une nomination qui l’est tout autant. Pis ! Celle-ci accorde au Rassemblement National une victoire par procuration, celui-ci voyant à Matignon un conservateur auquel le parti d’extrême droite ne s’opposera pas frontalement ou indirectement, trop heureux de damer le pion au Nouveau Front Populaire. Dans l’attente d’un futur Gouvernement, il reste dans la bouche de Marianne un goût amer d’injustice politique et de manipulation constitutionnelle insupportable.

La querelle du nouveau et de l’ancien

Alors qu’Emmanuel Macron et son concept de nouveau monde semblent pris au piège de la réalité politique et institutionnelle, émerge la question de savoir si ledit nouveau monde a réellement existé un jour ?

Paru dans le journal Le Monde (1er septembre 2024), l’article de Solenn Le Royer insistait, non sans raison, que nommer Bernard Cazeneuve, dernier Premier ministre de la présidence de François Hollande, marquait pour le président de la République Emmanuel Macron l’aveu d’échec du nouveau monde si cher à l’actuel locataire de l’Elysée. L’idée, des plus valables, mérite pourtant d’être mâtiné de pondération par une question simple, à savoir, le nouveau monde a-t-il réellement existé ? Cette notion, d’aucuns diraient ce concept, cheval de bataille du macronisme depuis 2017, ne cesse d’interroger autant que le macronisme lui-même tant les deux semblent intrinsèquement liés. Ainsi, que reste-t-il de l’ancien monde, tant honni par le président de la République ?

Nécessité politique

In fine, des institutions aux partis politiques, affaiblis ou pas, il semble bien que l’ancien monde n’a pas totalement disparu, les résultats des élections législatives le prouvant encore en posant, non pas de nouveaux clivages, mais au contraire des clivages renforcés entre droite et gauche, fussent-elles extrêmes. Attribuer, potentiellement en tous les cas, le poste de Premier Ministre à Bernard Cazeneuve, ne serait pas nécessairement un retour à l’ancien monde mais une acceptation pragmatique de la réalité politique dictée par les résultats des élections législatives, les institutions et la nécessité politique et sociale de donner au pays un Gouvernement stable en adéquation avec les urnes. Il n’y a finalement pas là d’échec radical du nouveau monde car ce-dernier s’avère plus une velléité de changement que la concrétisation formelle d’une ambition politique.

Eldorado politique et social

L’échec ne se situerait donc pas tant dans la nomination d’un ancien premier ministre que dans l’incapacité d’un homme, ici le président de la République, à faire adhérer un pays et sa propre vision, fut elle novatrice et originelle. L’Histoire dira si Emmanuel Macron a été en avance sur son temps ou si celui-ci n’a été que l’avatar 2.0 d’un ancien monde si décrié mais indispensable à l’avènement du nouveau monde. D’ailleurs, reste à établir à quoi ressemblerait ce nouveau monde, cet eldorado politique et social fait de concorde nationale et de plein emploi, baigné de mondialisation heureuse. Pour l’heure, les contours restent flous et difficiles à dessiner pour une raison simple : le nouveau monde n’existe pas. Il est seulement le fruit de l’évolution de l’ancien. Concrètement, un homme du XVè siècle parlerait-il de nouveau monde en regardant celui du XXè ? Vraisemblablement mais factuellement, ce qu’il désignerait comme nouveau ne serait qu’une évolution de celui qu’il a connu. Désormais, s’imposent deux nécessités : revenir à la réalité de l’instant et nommer un Premier Ministre adossé à son gouvernement.

Pré carré présidentiel

En donnant quitus au royaume du Maroc dans son approche du règlement de la question du Sahara Occidental, le Président Macron a irrité l’Algérie mais s’est surtout posé en qualité de Chef de l’État comme seul décisionnaire en matière de relations étrangères.

A quelques jours de la pause estivale et après un début d’été mouvementé qui a vu s’installer une Assemblée nationale à la composition hétéroclite et sans réelle majorité, le Président Macron a informé le roi Mohammed VI de la décision de la France de donner quitus au royaume marocain dans le dossier du Sahara occidental. Pour rappel, ce territoire nord-africain, ancienne colonie espagnole jusqu’en 1976, est revendiqué par le Maroc pour ses richesse halieutiques et minières (le territoire est riche de phosphate) ainsi que par l’Algérie via le Front Polisario soutenu par Alger et qui appelle à l’autonomie du territoire.

Interrogations et sursis

En s’accordant avec le royaume marocain, le président Macron a dans un premier temps fâché la République algérienne au point que celle-ci a rappelé son ambassadeur à Paris pour consultation et appréciation de la conduite à tenir dans les semaines à venir à l’endroit de la France, alors que les relations entre les deux pays étaient déjà au plus bas dans un contexte diplomatique qui devait potentiellement se détendre avec la visite en septembre du président algérien Tebboune en France, visite pour l’heure pleine d’interrogations. Mais passée la question diplomatique, cette reconnaissance de la politique du Maroc à l’égard du Sahara Occidental par Emmanuel Macron est aussi un coup à lier à sa position politique au sein même de l’Hexagone. Concrètement, par cette décision de nature diplomatique, Emmanuel Macron rappelle par les actes qu’en matière de relations internationales et de diplomatie, le Président de la République, reste, au regard des textes de la Constitution, le seul autorisé à orienter la politique étrangère de la France. Le locataire de l’Elysée, bien esseulé et accompagné d’un Gouvernement en sursis, a appliqué dans les faits l’analyse de Tocqqueville qui veut que la politique étrangère d’un pays est toujours conditionnée par sa politique intérieure.

Impression d’isolement

En perte de vitesse voire de légitimité, Emmanuel Macron a donc cherché à reprendre la main dans le débat politique tout en réaffirmant sa présent et son autorité, quand bien même la seconde serait contestée. D’ailleurs, les réactions, plus ou moins modérées, des différents partis se sont faites entendre renforçant parallèlement l’impression d’isolement du Président. Plus simplement, ce quitus donné à l’État marocain altérera certes les relations franco-algérienne mais temporairement. Mais cet accord est surtout le moyen pour Emmanuel Macron, et accessoirement la France, de rendre un peu de visibilité à l’Hexagone sur la scène internationale, ici limitée au bassin méditerranéen, quand la France, invisible dans le dossier palestinien et à l’influence limitée dans le dossier ukrainien en raison d’une action européenne, peine à se faire entendre. Fin tacticien Emmanuel Macron a su utiliser les texte des institutions pour valoriser sa fonction et replacer, a minima, la France sur l’échiquier international.

Chers lecteurs, cette chronique sera la dernière de la saison. Prochain article, début septembre.

Une élection, deux styles

Le retrait de Joe Biden de la course à la présidentielle nord-américaine de novembre prochain laisse le champ libre à Kamala Harris. Charge à elle désormais de contrer Donald Trump qui hérite d’un adversaire à l’envergure politique et humaine à même d’amorcer un nouveau modèle sociétal.

Faut-il y voir un geste du Destin ? Le renoncement de Joe Biden à l’élection présidentielle du 5 novembre prochain a naturellement bousculé les camps républicains et démocrates qui ne s’attendaient ni l’un ni l’autre, même si les Démocrates poussaient à la roue, à ce que l’actuel locataire du Bureau ovale abandonne la course à sa réélection. Et parmi les Républicains les plus surpris, à n’en pas douter, Donald Trump. Car en se retirant de la course et en cédant la place à sa vice-présidente Kamala Harris, qui doit cependant être reconnue comme candidate officielle du Parti Démocrate, Donald Trump perd son meilleur ennemi. Cible facile, affaibli et diminué, Joe Biden aurait certainement été progressivement étrillé par Donald Trump, à coup d’insultes, d’humiliations ou de comparaisons diverses et variées.

Pire adversaire

Concrètement, en conservant Joe Biden comme candidat du Parti Démocrate, d’aucuns imaginaient déjà une cinglante défaite à l’automne prochain. Mais en présentant Kamala Harris, femme afro-américaine et asio-américaine (francophone), sénatrice, vice-président sortante, au fait des dossiers, procureur général de Californie (un des Etats les plus peuplés et démocrate des Etats-Unis), le Parti Démocrate sait tenir là un adversaire à la mesure de Donald Trump. Dès lors, l’homme d’affaires sait aussi hériter du pire adversaire qu’il pouvait imaginer pour lui faire face avant, pendant et après le débat télévisé prévu en septembre. Désormais, les mots de l’ancien président des Etats-Unis devront être pesés dans une Amérique toujours traversées de relents de puritanisme et séduite, pour le camp démocrate en tous cas, par une candidate qui s’inscrit dans la lignée d’Hillary Clinton en 2016. Mais le charisme et le professionnalisme reconnus de Kamala Harris suffiront-ils face à Donald Trump auréolé de son statut de martyr après la tentative d’assassinat dont il a fait l’objet ? Pis ! Il est à parier que de nombreux électeurs étudieront de près les programmes proposés, Donald Trump ayant axé le sien sur la question migratoire quand les Démocrates ne sont en rien focalisés sur cette problématique.

Homme blanc viril et dominateur

Jouant sur la peur du déclassement social dont les flux migratoires seraient pour certains responsables sans en apporter de preuves pertinentes, Donald Trump se voit désormais forcé de changer de stratégie. Non pas en terme de contenu de programme, encore que la connaissance pointue des dossiers par Kamala Harris pourrait obliger ce-dernier à approfondir ses propositions au risque d’apparaître limité au regard de solutions à apporter, mais en terme de posture. Donald Trump qui incarne l’homme blanc viril impitoyable et dominateur devra pondérer cette attitude aux parfums machistes face à une candidate diamétralement opposé au schéma social que veut défendre l’ancien président. Au-delà d’une opposition de programme, c’est aussi une opposition de style et de modèle de société qui se joue Outre-Atlantique, les Etats-Unis ayant encore une fois l’opportunité de porter à leur tête une femme. Quel plus grand symbole d’émancipation à l’envergue mondiale qu’incarnerait cette élection si Kamala Harris parvenait à remporter ce scrutin !

Feu sur la démocratie

La tentative d’assassinat de Donald Trump ne serait-elle pas l’expression d’une dérive du débat démocratique au profit d’une violence nourrie de radicalité présente dans de nombreux discours politiques aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde. Essai d’explication.

Passée l’émotion multiforme qu’a suscité la tentative d’assassinat de l’ancien président des Etats-Unis, Donald Trump, il convient dès à présent, de s’interroger, certes sur les motivations du tireur, même si à cette heure celles-ci restent inconnues, floues a minima, mais aussi et avant tout sur ce qu’exprime ce geste dans un pays, où, rappelons-le, certains Etats autorisent l’achat et le port d’armes. Historiquement, Donald Trump n’est pas le premier président à avoir été la cible de coups de feu. Avant lui, Abraham Lincoln, John Fitzgerald Kennedy et Ronald Reagan ont tous trois fait l’objet de tentatives d’assassinat qui pour les deux premiers se sont soldées par leur mort respective. Il existe donc au sein de la première démocratie du monde un recours assez habituel aux armes pour éliminer le représentant de la dite démocratie.

Libre circulation des armes

Plusieurs raisons peuvent l’expliquer à commencer par la libre circulation des armes à feu accessibles y compris à des individus qui de toutes évidences, ne devraient entrer en contact avec eux. Ensuite, le poids et l’influence des réseaux sociaux, bercés de théories complotistes des plus farfelues aux plus dangereuses sans compter sur la capacité de ces derniers à attiser haines et rancoeurs chez des individus faiblement, voire jamais, exposés à des dialogues constructifs, réfléchis et doctement argumentés. Dernier point, qui se pose en synthèse des deux premiers, le fait que désormais la confrontation entre deux partis politiques passerait par un affrontement physique et armé au prétexte que le discours porté par l’un serait incompatible avec celui porté par l’autre. La militarisation des échanges, qui de fait n’en sont plus, tendrait à remplacer la base de toute démocratie : le dialogue. Ce qui peut être assimilé à une dérive plus qu’inquiétante menace ainsi de devenir la norme car dans d’autres pays, les violences ou les assassinats à l’encontre de représentants politiques se relèvent aussi.

Radicalité

Est-ce à dire que nos démocraties, déjà soumises à bien des écueils, devront intégrer cette violence comme constitutive à leur évolution ou, au contraire, un discours et un effort communs pour réhabiliter la notion d’échanges et de dialogue vont-ils émerger ? Il est à espérer que la seconde solution soit retenue mais il est vrai aussi que les discours de certains représentants politiques de par le monde se révèlent particulièrement violents, tant dans leur forme que dans leur fond, alimentant consciemment ou inconsciemment, une forme de colère et de fureur. Il ne s’agit naturellement en rien d’une généralité, mais la radicalité de certains discours peut nourrir des réflexes et des attitudes similaires à celles dont le candidat républicain a été victime. In fine, la question qui se pose à nos démocraties s’avère simple : la radicalité a-t-elle sa place en politique ? Il appartiendra à chacun d’apporter sa propre réponse.

La macronie ? On y est en plein !

Les résultats des élections législatives ont confirmé la destructuration du paysage politique national historique tout en scellant les limites d’une présidence sans axe politique défini, alternant entre néo-libéralisme et social-démocratie, l’un et l’autre mal appliqués.

En dissolvant l’Assemblée Nationale le 9 juin dernier, au soir d’un raz de marée qualifié d’historique de l’extrême droite dans les urnes, le président Macron, souhaitant par le nouveau scrutin législatif annoncé pour le 30 juin et le 7 juillet, donner à l’assemblée une majorité plus claire et plus nette, ne pensait pas aboutir au résultat que l’on connaît à ce jour, à savoir une assemblée sans majorité quand la précédente en possédait une relative, certes, mais une majorité. Désormais trois groupes dominent la chambre basse donnant lieu à une situation peut-être pire que celle qui prévalait jusqu’alors. Dès lors ressortent les éléments de langages connus, tels que la nécessité d’apprendre à pratiquer le compromis politique, à gouverner avec des coalitions plus ou moins volontaires, à instaurer des gouvernements techniques ou à vivre sous la menace d’une motion de censure qui renverserait le Gouvernement.

Partis historiques

Pourtant, à y regarder de plus près, la composition de la nouvelle assemblée est finalement non seulement le reflet du paysage politique national actuel, composé de trois blocs, mais aussi de ce que l’on pourrait qualifier d’enfant de la macronie. Concrètement, élu par deux fois sur l’idée du dépassement des partis historiques sans pourtant les pousser à la disparition, Emmanuel Macron avait fait le pari de rassembler sous son nom toutes celles et ceux qui souhaitaient réformer le pays sans abandonner leurs convictions mais en les associant dans une forme de maelstrom politique dont il serait le garant. En cherchant à déstructurer le paysage politique ancestral articulé autour de la bipolarité droite – gauche, avec un centre plus ou moins identifié, Emmanuel Macron a, volontairement ou involontairement, poussé à la situation qui préside aux destinées de l’Hexagone : trois pôles aux divergences profondes et irréconciliables pour certains, aux plages de coopération rares et étroites pour d’autres. Le président qui attendait une majorité claire et identifiée, se retrouve aujourd’hui avec une assemblée à l’image de son mandat : sans réelle orientation, sans identité et sans projet de fond apte à accoucher d’une ligne directrice elle aussi identifiée.

Absence de ligne

Entre libéralisme débridé, social-démocratie à refonder et extrémisme de droite exclusif et autarcique, le président de la République devra choisir non pas un camp mais plusieurs. L’exercice était des plus aisés quand il était le seul, accompagné d’une majorité godillot, absolue ou relative, qui votait sans coup férir ou qui s’en remettait au 49.3, à piocher à droite ou à gauche des idées, des projets ou des orientations qu’il souhaitait mettre en œuvre. Mais cette absence de ligne claire, renvoyée par la dissolution à l’Assemblée comme pour se défaire de la responsabilité régalienne, a fini par se retourner contre un président seul face à une inertie qui a commencé à sérieusement s’exprimer au lendemain de sa réélection. Et si une leçon devait être tirée de cette épisode c’est bien qu’aucun pays ne peut être gouverné à vu mais au contraire, avec une ligne politique claire, fut-elle clivante, et ce au profit de la démocratie car celle-ci nourrit aussi le débat d’opposition, et non une somme de convictions diverses et variées incapables de constituer un corpus politique valable. Ainsi, les résultats des élections législatives ont certainement sonné le glas du « en même temps » cher à un président qui se voulait au dessus des partis mais qui se révèle finalement être leur otage.