L’autre ambassadeur

Si les relations diplomatiques franco-algériennes sont actuellement marquées par des tensions lourdes, la réception par Alger de Rodolphe Saadé, patron de CMA-CGM, ouvre la voie à un potentiel et informel rapprochement des deux Etats. Explications.

Faut-il voir dans la rencontre entre le Président Tebboune et Rodolphe Saadé, patron de CMA-CGM une forme de réchauffement des relations diplomatiques franco-algériennes ? S’il est trop tôt pour le dire, il apparaît cependant qu’Alger a pris la mesure, pour le développement de son économie et de sa branche maritime en particulier, d’une alliance avec le groupe maritime de transport de conteneurs et de fret, alliance qui ne serait que profitable au géant du Maghreb. Parallèlement, il est évident que Paris et le Quai d’Orsay, siège de la diplomatie française, scrutent avec attention cette rencontre et les décisions qui pourraient en découler, ces dernières pouvant donner une idée relativement précises de la teneur des relations diplomatiques futures entre les deux pays. Pour autant, affaires et politiques ne sont pas nécessairement appelées à être menées de front, voire ensemble, car les différends qui enveniment les relations entre Paris et Alger à ce jour sont avant tout d’ordre politique plus que commerciaux ou économiques.

Relations commerciales

Preuve en est, Alger n’a pas remis en cause les accords portant sur la vente de pétrole et de gaz à la France, accords remontant aux Accords d’Evian signés en mars 1962. Il n’en reste pas moins que le déplacement de Rodolphe Saadé à Alger revêt une dimension politique qui n’aura échappé à personne. De fait, France et Algérie sont naturellement conscients du poids des relations commerciales qui unissent les deux pays, tout comme du fait que la brouille ne pourra durer éternellement, trop lourdes de conséquences à tous points de vue. Donc, avancer que Rodolphe Saadé se mue en ambassadeur par procuration n’est en rien excessif, le rôle endossé pour la circonstance n’ayant pas d’effets directs ou indirects sur l’objectif central de son voyage : nouer ou signer des contrats de coopération pour son entreprise. Le nombre d’emplois créés, le développement logistique généré et la densification des réseaux commerciaux entre l’État algérien et l’entreprise française sont à même de susciter un assouplissement des relations actuelles.

Second plan

La reconnaissance de l’autorité marocaine sur la Sahara Occidental par Emmanuel Macron au détriment du Front Polisario soutenu par Alger, reconnaissance à l’origine de l’escalade diplomatique entre Alger et Paris pourrait donc progressivement passer au second plan si les initiatives telles que celles menées par celle de Rodophe Saadé se multipliaient via d’autres canaux, comprenez, que d’autres entreprises françaises s’implantent ou développent leur présence sur le sol algérien. Objectivement, Alger aurait tout à y gagner car le pays, enlisé dans une crise sociale et économique à l’issue lointaine, soumis aux soubresauts des cours du pétrole dont il tire la quasi-totalité de ses revenus, (près de 75 % à 95 %) trouverait là un moyen parmi d’autres de diversifier son économie en exploitant l’espace méditerranéen quand Maroc et Tunisie peinent à s’y exprimer.

Elon Musk passe au point mort

En quittant sa fonction de conseiller au sein du DOGE, Elon Musk consacre aussi l’échec d’une partie de la politique radicale et populiste de Donald Trump peu enclin à conserver à ses côtés un golden boy devenu gênant.

Il incarnait presque à lui tout seul le trumpisme triomphant, entre arrogance et démesure, excès et provocations en tout genre. Elon Musk a cependant décidé de quitter son poste de conseiller au sein du DOGE, à savoir le département pour l’efficacité gouvernementale. Un passage éclair dans l’administration fédérale qui ne restera dans l’Histoire que par les coups d’éclats qui l’ont composé, et qui à l’arrivée s’est soldé par un échec. La question est de savoir si l’échec est relatif ou cuisant. Les plus optimistes évoqueront un échec relatif, expliquant que la lourdeur de l’appareil administratif empêche toutes réformes d’ampleur ; les plus pessimistes expliqueront que la méthode de l’homme qui se tenait aux côtés de Donald Trump dans le Bureau ovale, casquette America great again solidement vissée sur la tête, était agressive, teintée d’un populisme tel qu’il en dégageait toute la dangerosité intrinsèque qu’il voulait exploiter.

Violence verbale

Mais le départ d’Elon Musk c’est aussi l’expression des limites de la méthode Trump, celle qui se heurte à la réalité qui, comme d’autres, s’avère compliqué à réformer car ancré dans son histoire et ses mécaniques propres et uniques. L’échec d’Elon Musk met aussi en évidence combien la violence verbale et les pratiques musclées, visant ici à libérer et alléger l’administration fédérale de l’influence d’un prétendu et fantasmé Etat profond, racine de maux imaginaires, ne sont pas compatibles avec la gestion d’un Etat, quel qu’il soit. Entre démagogie malsaine et populisme assumé, Elon Musk s’est voulu le fer de lance de l’Amérique rêvée de Trump, lui le tycoon de l’automobile et des nouvelles technologies, auréolé de succès éclatant. La chute est d’autant plus lourde et cruelle que c’est plus la réalité d’un monde complexe qui a précipité sa chute que les mesures annoncées aux effets brutaux mais a posteriori à relativiser tant celles-ci se sont révélées inefficaces et absurdes pour être in fine retoquées par des juges clairvoyants et conscients. Elon Musk aura donc été l’étoile filante du mandat de Donald Trump peu enclin à retenir un homme devenu plus boulet qu’atout alors que les ventes de Tesla, les voitures emblématiques du sud-africain s’effondrent, ternissant plus encore son image de golden boy moderne.

Un coup dans l’eau…

Les tentatives visant à instaurer un cessez-le-feu ou un protocole de paix entre la Russie et l’Ukraine ont une nouvelle fois échoué, fussent-elles menées par Donald Trump lui-même en relation directe avec Vladimir Poutine. Car la réalité s’impose, seules des négociations directes Kiev – Moscou porteront leurs fruits.

Fallait-il réellement s’attendre à des résultats tangibles après la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine ? D’aucuns, les plus optimistes, diront que oui. Les autres, plus lucides, voire pessimistes, subodoraient l’échec annoncé en catimini de cet entretien téléphonique. Les raisons d’ailleurs qui l’expliquent sont tout à la fois simples et évidentes. La première d’entre elles est qu’il est obvie que Vladimir Poutine ne voudra pas de paix qui lui sont dictée si ce n’est pas par lui. Toute tentative allant dans ce sens sera saluée de succès, toute tentative essayant de proposer un plan de paix extérieur sera vécue comme une agression, l’accepter une forme se soumission à l’Occident. La naïveté et la vanité de Donald Trump sont d’ailleurs à mettre en exergue, lui qui pensait régler le conflit en une journée s’est cassé les dents sur la ténacité sans limite, baignée de nationalisme, du président de la Russie.

Obstination

La seconde est que Vladimir Poutine veut, à tout prix, le départ de Volodymyr Zelensky, du pouvoir, pour à terme, y installer un homme lige qui engendrera une politique identique à celle pratiquée en Biélorussie avec Alexandre Loukachenko, ami fidèle et servile de Vladimir Poutine. Dernier point, par son obstination Vladimir Poutine sait qu’il finira par lasser son homologue nord-américain, qui commence déjà à donner des signes de fatigue et d’agacement devant le mutisme de du Président russe. Car il ne serait en rien étonnant que Donald Trump finisse par renvoyer l’affaire ukrainienne à ce qu’elle a toujours été, à savoir, une affaire purement européenne pour ne par dire est-européenne. Les rancoeurs anciennes, les haines cuites et recuites qui rongent les relations entre la Russie et l’Ukraine, et ce depuis des décennies, dépassent d’évidence, la logique diplomatique nord-américaine faite de pragmatisme et de radicalité dans la solution. Il serait excessif d’affirmer que Donald Trump n’est pas capable de régler le conflit, quelque soit la méthode employée, mais quiconque à sa place aurait buté devant une réalité russo-ukrainienne qui appelle une très fine connaissance de l’Histoire de l’Europe de l’Est. In fine, est-à-dire que ce conflit ne trouvera pas d’issue ? Naturellement, il en aura une mais elle ne sera pas marquée du sceau des Etats-Unis, ni de l’Union européenne, mais de celui de la Russie et de l’Ukraine, affranchies l’une et l’autre de tout intermédiaire, fut-il au fait de toutes les subtilités liant les deux belligérants. Cela ne signifie pas pour autant que aides et co-négociateurs sont automatiquement exclus, mais seulement que les pourparlers de paix ne peuvent s’articuler qu’autour d’un axe Kiev – Moscou.

Un express Moscou – Istanbul

La possible absence de Vladimir Poutine lors de la rencontre prévue à Istanbul pour poser les bases d’un cessez-le feu entre la Russie et l’Ukraine interroge sur l’issue du conflit. Mais le président russe dispose-t-il réellement d’autant de temps qu’il l’imagine pour se permettre de bouder ce rendez-vous ?

A vouloir trop en gagner, il est fort probable que Vladimir Poutine finisse par en perdre beaucoup. Cette denrée si précieuse, est le temps. Car en refusant d’accepter ce que le président russe nomme un ultimatum et qui n’est rien d’autre qu’une rencontre diplomatique entre lui-même et Volodymyr Zelensky, Vladimir Poutine tend à s’isoler plus encore sur la scène internationale y compris auprès de son allié improbable, à savoir Donald Trump. La question est donc de savoir pourquoi le président russe boude, pour l’instant, cette opportunité de se rendre à Istanbul, de poser les bases d’un cessez-le-feu de trente jours.

Rhétorique absurde

Plusieurs réponses émergent et la première d’entre elle est que Vladimir Poutine ne veut pas de la paix, en tous cas pas d’une paix dont il n’aura pas dessiné les contours ou dicté les axes, position d’ailleurs qui témoigne de sa posture au regard du conflit qu’il a toujours expliqué être une réponse à l’attitude de l’Ukraine, pays nourrissant l’ambition de vouloir intégrer l’OTAN et l’Union européenne. Seconde raison, embarqué dans une rhétorique absurde qui défend l’idée que l’Ukraine serait peuplée de nazis à commencer par Volodymyr Zelensky, le président russe ne semble pas enclin à vouloir rencontrer son homologue ukrainien comme ce fut le cas lors des Accords de Minsk II. Dernière raison, le poids croissant des Etats-Unis dans les négociations qui ne tournent plus nécessairement en faveur de la Russie, pousse Vladimir Poutine à écarter l’idée dune négociation avancée ou non en faveur d’un cessez-le-feu, a fortiori d’un traité de paix. Pourtant, les évolutions géopolitiques actuelles ne laissent pas beaucoup de place aux réticences de la Russie.

Ogre russe

La coalition des volontaires emmenée par Paris et Berlin, accompagnés par Londres et soutenue de manière sous-jacente par les Etats-Unis renforce l’opposition à la Russie qui a longtemps pu compter sur la désunion des Européens. Désormais mis face au mur du fait de l’annonce du désengagement des Etats-Unis en matière de défense sur le théâtre européen, les puissances du Vieux Continent ont dû prendre leur destin en mains et donc s’imposer face à l’ogre russe. Effet positif ou négatif, les historiens le diront dans les années à venir, la position des Etats-Unis aura au moins eu le mérite de réunifier une Europe en panne, a minima, au ralenti. L’imprévisibilité du président russe associée à la nouvelle détermination des Européens et la volonté des Etats-Unis de régler au plus tôt un conflit en voie d’enlisement accouche d’une situation loin d’être réglée, même si, la prudence est de mise, l’on semble plus s’approcher de la fin du conflit que d’un statu quo impossible.

Bucarest, l’épine européenne

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle roumaine ouvre la voie à la potentielle arrivée d’un candidat d’extrême-droite à la tête de l’État. Mauvaise nouvelle pour une Union européenne à la position bousculée à l’échelle internationale et taraudée en son sein. Explications.

La probable arrivée de George Simion, candidat d’extrême droite, à la tête de la Roumanie n’a rien d’anodin et notamment pour l’Union européenne. Plusieurs raisons l’expliquent. Tout d’abord, bien que loin de Bruxelles, Bucarest reste la capitale d’un Etat pivot au sein de la partie orientale de l’Union européenne. Frontalière de l’Ukraine et de la Moldavie, pays tampon entre les deux territoires et ô combien sensibles, la Roumanie jouxte aussi la Hongrie, pays aussi en délicatesse avec l’Union européenne. Pour l’heure, naturellement, rien n’est entériné mais si les résultats du premier tour de l’élection présidentielle devaient se confirmer en portant à la tête de l’État George Simion, l’Union européenne abriterait deux pays aux relations compliquées avec Bruxelles.

Crise gouvernementale

Si la Hongrie de Viktor Orban se révèle clairement hostile aux règles européennes, l’europhilie des plus tièdes de George Simion laisse augurer un avenir chargé de tensions. Or, à l’heure où la géopolitique mondiale subit un bouleversement d’ampleur en raison de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, du conflit ukrainien en voie d’enlisement et de l’immobilisme de Vladimir Poutine, l’Union européenne se serait bien passée d’un nouveau caillou dans sa chaussure à même d’affaiblir son unité et son influence à l’échelle internationale. Tous les yeux sont donc tournés vers Bucarest qui essuie en outre une crise gouvernementale lourde, qui sans menacer sa stabilité, jette le trouble sur ses partenaires européens, interdits et interrogateurs à l’endroit du pays des Carpates et de la Transylvanie. Car s’il était déjà difficile de composer avec la Hongrie, il est à craindre qu’il soit aussi délicat de négocier avec un potentiel gouvernement d’extrême-droite roumain, ou autre d’ailleurs, sans compter le risque de contagion au sein de l’Union. L’extrême-droite, aux abois et en croissance dans de nombreux pays de l’Union européenne, verrait dans cette élection, une nouvelle légitimation de ses thèses eurosceptiques, arguant du fait que les questions identitaires sont devenues essentielles et prioritaires dans un ensemble européen prétendument déshumanisé, éloigné des préoccupations des citoyens européens. Concernant la Roumanie en revanche, il s’agirait plutôt d’une contestation de la répartition des richesses entre villes prospères et ruralité délaissée qui semble être à l’origine de la poussée du candidat d’extrême-droite. Pour autant, il conviendrait de ne pas sous-estimer la potentielle arrivée de George Simion à la tête de la Roumanie, pays de 19 millions d’habitants, qui reste, malgré tout, un poids lourd d’Europe orientale sur lequel il faudra compter, entre autre, au regard de la crise ukrainienne.

Questions sans réponses

Les 100 premiers jours de la présidence de Donald Trump ont donné lieu à un spectacle politique inédit. Entre annonces et volte face, bravades et humiliations, le Président des Etats-Unis plonge le monde dans l’incertitude et des sommes de questions sans réponse.

Entre annonces fracassantes à même de faire trembler le monde, à coups de volte-face tout aussi spectaculaires qu’inattendues, sans évoquer l’avalanche de mauvais goût en tout genre, les 100 premiers jours de la présidence de Donald Trump ne laissent pas sans commentaires. Car si c’était seulement une question de mauvais goût, d’aucuns, résignés et blasés, le toléreraient mais l’histoire ne s’arrête pas là, entraînée par une surenchère de décisions jugées totalement déconnectées de la réalité, comme, par exemple, la plus symptomatique, celle des droits de douanes. Bien qu’objet d’un moratoire qui sera levé au mois de juillet, ces derniers restent un sujet d’interrogations pour nombre d’économies et pour l’économie mondiale en règle générale. Après avoir battu en brèche le multilatéralisme qui prévalait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, multilatéralisme auquel les Etats-Unis ont largement contribué, Donald Trump a plongé la planète dans une forme d’angoisse et d’anxiété dont il semble beaucoup s’amuser.

Responsabilités

Soucieux, ou pas d’ailleurs, de satisfaire son électorat qui commence à se détourner et à se lasser de sa politique qui tient plus de bravades répétées que d’une logique de gouvernement établie et réfléchie, Donald Trump donne le sentiment de jouer avec sa présidence comme un enfant avec son hochet, ignorant les conséquences qui pourraient en découler y compris pour son propre pays. Après avoir bousculé les bourses mondiales, renvoyés les Européens à leurs responsabilités en matière de politique de défense (chose que Barack Obama avait commencé à évoquer lors de son premier mandat), tenu la dragée haute à la Chine, imaginé déplacer les populations gazaouis pour transformer la Bande de Gaza en Riviera du Moyen-Orient, humilié Volodymyr Zelensky sans pour autant parvenir à dompter les ambitions de Vladimir Poutine, le président des Etats-Unis propose un bilan qui interroge autant qu’il effraie et ce à peine 100 jours après son investiture en janvier dernier. Il reste donc quatre ans au Président de la première puissance économique mondiale pour briller par sa clairvoyance ou se compromettre dans des décisions toutes plus discutables les unes que les autres.

Mesures et impétuosité

Le Trump version I avait surpris le monde, le Trump version II l’effraie et l’inquiète. Et pour cause ! La question qui se pose alors est faut-il s’adapter à la nouvelle donne trumpienne ou développer un arsenal de mesures visant à contrer celles déjà prise par l’ancien magnat de l’immobilier ? Objectivement, s’adapter ou développer de nouvelles mesures revient finalement au même ; la mise en place d’une politique d’opposition étant aussi une forme d’adaptation. Pour autant, c’est aussi la question du coût économique et financier qui se pose en filigrane. L’Europe, l’Asie et l’Afrique, cette dernière des plus exposées, auront-elles les moyens et les capacités de s’opposer à l’impétuosité et l’imprévisibilité de Donald Trump ? In fine, et à y regarder de plus près, la présidence Trump se révèle être une succession de questions. Pour l’heure sans vraies réponses…

Indomptable Pékin ?

L’augmentation réciproque des droits de douanes engagée par les Etats-Unis et la Chine confine à l’affrontement entre les deux puissances commerciales rivales. Car si Donald Trump souhaite dompter l’Empire du Milieu, il s’avère que l’entreprise sera moins aisée qu’imaginée. Malheur au vaincu.

Déclencher la guerre commerciale avec l’espoir que celle-ci ait pour conséquences de régénérer le tissu industriel des Etats-Unis, tel est l’objectif de Donald Trump en relevant les droits de douanes tel qu’il l’a fait le 2 avril dernier. Dans son viseur, pelle-mêle, tous les partenaires commerciaux accusés d’avoir pillés l’Oncle Sam pendant des décennies dans un système de libre-échange, conçu par ailleurs par les Etats-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Et parmi, les accusés, la Chine avec ses 1,4 milliard d’habitants, seconde économie mondiale qui a décidé, pari risqué au regard de la fragilité actuelle de son économie, de relever ses droits de douanes à l’endroit de tous les produits provenant des Etats-Unis. Le bras de fer entre les deux géants a donc commencé et malheur au vaincu. Car si le relèvement des droits de douanes a pour conséquences d’effrayer l’Union européenne, la poussant à négocier plutôt qu’à s’imposer, à l’image de bien d’autres pays, la Chine, emmenée par Xi Jing Ping, n’a, pour sa part aucune intention de se laisser tenir la dragée haute par Washington car elle en a les moyens.

Taiwan et semi-conducteurs

Pourquoi et comment ? Parce qu’en détenant aujourd’hui 29 % des capacités de production mondiale, contre 9 % en 2004, en possédant près de 9 % de la dette américaine via l’achat de milliards de dollars de Bons du Trésor nord-américains (ndlr : 759 milliards de dollars sont détenus par la Banque de Chine) en étant industriellement en capacité de couvrir la quasi totalité des champs d’activité (excepté l’aéronautique et les semi-conducteur dont la production est concentrée à Taiwan expliquant aussi la volonté de Pékin de récupérer l’île),  en faisant preuve d’une très grande réactivité associée à une puissante capacité d’innovation adossées à des aides publiques lourdes, la Chine sait pouvoir défier les Etats-Unis. Si le risque, comme précédemment évoqué, reste réel pour l’Empire du Milieu, il n’est cependant que ponctuel, la Chine sachant pouvoir compenser, en partie tout du moins, les pertes potentielles générées par la fermeture du marché nord-américain par les gains possibles engendrés via les relations entretenues avec d’autres partenaires commerciaux mondiaux, à savoir l’Union européenne et l’Afrique.

Effets audibles

Affirmer que la Chine n’a rien à craindre du relèvement des droits de douanes des Etats-Unis est excessif mais avancer le fait que celle-ci est en mesure de contourner la décision afin d’en limiter les effets reste audible. La question qui émerge désormais est de savoir qui, des Etats-Unis ou de la Chine cédera le premier ? L’obstination volcanique de Donald Trump se retrouve confrontée au calme désarmant de la première puissance asiatique qui a pour elle, d’être dès lors et objectivement, devenue l’alliée du reste du monde. Avantage considérable dans un univers commercial chamboulé et menacé par des craintes croissantes de ralentissement majeur de l’économie mondiale qui pourraient propulser la Chine au rang de premier partenaire commercial mondial, la hausse des droits de douanes américains faisant office de repoussoir au profit de l’Empire du Milieu. Tout le contraire de ce qui était imaginé par Donald Trump.

Un banal rassemblement

Si l’avenir de Marine Le Pen semble s’obscurcir, au profit de ses rivaux, c’est aussi l’image du parti d’extrême droite qui pâtit d’une condamnation altérant la réputation de probité et d’exemplarité d’une organisation tombée désormais dans le champ de la banalité vulgaire.

En condamnant, entre autres peines, Marine Le Pen à cinq d’inéligibilité, le tribunal judiciaire de Paris, a contribué, à son corps défendant, à la stratégie de victimisation, mais pas que, du Rassemblement National. Les cris d’orfraie poussés par la députée du Nord ont ainsi rajouté au psycho-drame politico-judiciaire qui s’est joué sous les yeux de militants sonnés. Mais passé les larmes de crocodiles, se pose la question de l’avenir politique de la chef de file de l’extrême droite française. Dans l’ombre, naturellement, Jordan Bardella, ne peut que se réjouir de la décision du tribunal, la condamnation de Marine Le Pen, si elle était confirmée en appel, lui ouvrirait les portes de l’investiture en vue de l’élection présidentielle, lui qui a la faveur des sondages, réalité qui n’est pas non plus sans irriter Marine Le Pen.

Fraude et détournement

Second point, toujours dans l’hypothèse d’une confirmation de la condamnation prononcée, il apparaît évident que les lendemains politiques de l’héritière de Jean-Marie Le Pen soit lourdement compromis tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle européenne. Pour autant, indépendamment de tous ces éléments, c’est surtout l’image du parti et de son discours qui sont altérés. Le Rassemblement National qui s’est fait depuis sa création, et bien avant encore lors de la naissance du Front National, le chantre et le thuriféraire de l’exemplarité et de la probité, tombe, comme tous ceux qu’il a dénoncé par le passé, sous les coups de la fraude et du détournement de fonds publics, européens qui plus est. Est-ce à dire que le Rassemblement National serait un parti comme les autres, au moins de ce point de vue là ? Il appartiendra à chacun de se forger sa propre opinion, mais, cyniquement parlant, cette condamnation et les faits qui sont reprochés à Marine Le Pen travaillent finalement, à la dédiabolisation d’un parti politique qui a fini par sombrer dans la banalité. Que restera-t-il donc du discours d’une organisation plus délétère que fondamentalement attractive ?

Repères politiques

En réalité, peu de chose, le message xénophobe du parti, encore une fois plus répulsif qu’incitatif, la faiblesse et la vacuité du travail parlementaire, à l’Assemblée ou au Parlement européen, achèvent de sanctionner un parti dont la spécialité reste plus d’aboyer que de mordre, de dénoncer que d’agir. Dans un sophisme certes rompu et aguerri qui séduit des électeurs en perte de repères politiques et idéologiques, le Rassemblement National a vu sa crédibilité largement entamé au point de perdre son pouvoir d’attraction. D’aucuns argueront, et à raison, que le Rassemblement National continuera à faire venir à lui des milliers d’électeurs mais la condamnation prononcée le renvoie à une forme de banalité qu’il voulait combattre par une prétendue exemplarité battue en brèche désormais. Tombé dans la vulgarité de l’existence politique, au même titre que d’autres formations parlementaires, le parti d’extrême droite se voit affublé du bonnet d’âne que d’autres ont porté avant lui. Honte à lui !

La guerre ou la paix ?

Si les conflits ukrainiens et moyen-orientaux s’éternisent, c’est aussi en raison de l’attitude des dirigeants qui les mènent, ici Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou, dont les intentions de pacification restent incertaines, interrogent à tout le moins.

De Vladimir Poutine à Benyamin Netanyahou, il serait pertinent de s’interroger si l’un et l’autre souhaitent la paix ? Non pas une paix temporaire, fragile et mal négociée, mais une paix, a contrario, durable et fondée sur les intérêts des belligérants. Car en continuant à bombarder la Bande de Gaza, le Premier Ministre israélien prouve tout le contraire et pousse à l’interrogation ; tout comme Vladimir Poutine en multipliant les attaques de drones sur Kiev ou l’Ukraine. La seconde question qui se pose alors est, pourquoi ces deux chefs d’État poursuivent cette logique belliqueuse quand s’imposerait, au regard des conditions humaines et militaires qui prévalent sur le théâtre des opérations, de cesser toutes hostilités. Concernant Vladimir Poutine, à l’avantage du terrain s’ajoute l’ascendant psychologique que celui-ci a sur son homologue, Donald Trump. Le Président des Etats-Unis, pressé de régler le conflit, serait prêt à tout pour sceller une paix durable, quitte à céder à de nombreuses compromissions propres à satisfaire Vladimir Poutine.

Aide militaire

Mais, objectivement, un constat s’impose aussi, le Président russe n’a pas fondamentalement besoin de Donald Trump, interlocuteur de circonstances qui voit aussi dans le règlement de la question russe, un moyen de légitimer sa stature internationale quand naît le doute sur sa politique intérieure au sein même de son électorat. A toute prendre,Vladimir Poutine, qui ne voit aucun inconvénient à poursuivre la guerre sachant pertinemment que les Etats-Unis n’iront jamais plus loin en terme d’aide militaire que là ils sont allés dans leur assistance à l’Ukraine, négocie avec le Président américain en toute quiétude en posant ses conditions dans un conflit qu’il a voulu et dont il fixera le terme. Quant à Benyamin Netanyahou, si la situation est diamétralement opposée à celle prévalant en Ukraine, celui-ci ayant engagé le conflit avec le Hamas au nom de la sécurité d’Israël, la logique guerrière du Premier Ministre israélien est mue par l’assurance du soutien des Etats-Unis dans une région qui redoute plus que tout un embrasement général, d’où les réactions globalement timorées des pays arabes voisins.

Doctrine Monroe

Froisser l’Oncle Sam pourrait avoir des conséquences lourdes, l’exemple irakien de 2003 l’a prouvé. Pour autant, Israël sait aussi que son action, critiquée et condamnée à l’échelle internationale, ne sera jamais suivie d’une quelconque intervention ou menace militaire visant à contraindre ou stopper son opération. Deux logiques guerrières, deux chefs d’État et une pierre angulaire, les Etats-Unis. Donald Trump qui souhaitait durant sa campagnes électorale renouer avec la doctrine Monroe et extraire les Etats-Unis du rôle de gendarme du monde (Barack Obama avait d’ailleurs aussi commencé à lancer le processus), se retrouve ainsi, non par devers lui, mais par nécessité, à arbitrer, essayer tout du moins, des conflits éloignés d’une nation soucieuse de son propre confort.

La table des certitudes

Convaincu de pouvoir contraindre Vladimir Poutine à la paix en Ukraine, quitte à flatter ce dernier, Donald Trump s’est heurté à toute la détermination sourde et implacable de l’homme fort du Kremlin, inflexible et maître du jeu.

Pendant sa campagne électorale, le candidat Donald Trump se vantait de pouvoir régler le conflit ukrainien en un jour. Nul n’y croyait naturellement mais le volontarisme qu’affichait l’ex-candidat interrogeait et laissait à penser que, peut-être, l’homme d’affaires pressé ferait plier Vladimir Poutine. Une fois à la Maison Blanche, la réalité du conflit s’est invité à la table des certitudes du nouveau président, bien obligé de s’adapter à un homologue qu’il connaissait déjà pour l’avoir éprouvé lors de son premier mandat. Certain de pouvoir cependant dompter l’ours russe, Donald Trump a multiplié les coups d’éclats allant jusqu’à humilier dans le Bureau Ovale, accompagné de J.D Vance, son vice-président, et devant la Terre entière un Volodymyr Zelensky défait, obligé à la contrition et à l’expiation, ce à quoi il ne s’est d’ailleurs pas contraint.

Démonstration de force

Sûr de son fait Donald Trump s’est donc fendu de communiqués toujours plus inquiétants pour le peuple ukrainien annonçant tour à tour la suspension de l’aide militaire et du renseignement américain pensant forcer Kiev à accepter les conditions de la paix voulue par les Etats-Unis et les Russes. Mais dans cette démonstration de force facile et gratuite, Donald Trump a oublié combien l’homme fort du Kremlin jouait sa propre partition se moquant des gesticulations américaines d’un président gouailleur quand Vladimir Poutine, froid et cynique, préférait les mots ciblés et les actes précis. Aujourd’hui, toujours dans cette logique où s’affrontent le feu et la glace, Donald Trump fait face au mur russe qui renvoie à son vis-à-vis toute la morgue et le mépris dont le président américain a fait preuve à l’endroit de Volodymyr Zelensky. L’arroseur arrosé doit désormais composer avec le bon vouloir de Vladimir Poutine qui ne lâchera pas une seule concession stratégique, des miettes tout au plus. Cette situation, loin d’être nouvelle, et que Donald Trump pensait pouvoir dénouer sans mal, perdure dans les faits depuis les premiers jours de l’invasion russe en Crimée en 2014 quand la communauté internationale a détourné les yeux sachant pertinemment que rien ne ferait reculer Vladimir Poutine qui ne s’arrêterait pas à la seule péninsule de la Mer Noire.

Tentatives et entrisme

Stratège éprouvé, formé au KGB, Vladimir Poutine possède cette qualité de pouvoir jauger les ambitions et les capacités de son adversaire. Il n’est peut-être d’ailleurs pas erroné d’avancer que l’homme fort du Kremlin a plus d’estime pour Volodymyr Zelensky que pour Donald Trump. L’avenir le dira mais si quelqu’un a aujourd’hui l’avantage, c’est bien Vladimir Poutine qui tient la paix entre ses mains. Les tentatives de séduction engagées par Donald Trump à l’endroit du président russe ont visiblement échoué, se heurtant au réalisme acide de l’ancien espion du KGB. Les conversations téléphoniques entre les deux hommes pourront se multiplier à l’envi : si Vladimir Poutine n’obtient pas ce qu’il veut, tout l’entrisme et tout le volontarisme clinquant de Donald Trump ne suffiront pas à le faire changer d’avis. Peut-être eût-il été judicieux que Donald Trump relise les vers de Pouchkine, lui qui a su si bien saisir toute la profondeur et le mystère de l’âme russe. Car pour l’heure, nul ne sait réellement ce que Vladimir Poutine exigera demain.