Poutine aux mains libres

Le survol des espaces aériens roumains et polonais a provoqué la ire des membres de l’OTAN sans qu’aucune action militaire ou diplomatique d’ampleur ne soient prise à l’encontre de la Russie. La raison ? La crainte d’une escalade dont les Occidentaux ne souhaitent en rien.

D’aucuns parleraient de provocation quand d’autres évoqueraient la volonté de tester les limites de l’adversaire. Car en traversant à l’aide de drones l’espace aérien roumain et polonais, la Russie sait jouer avec la patience de pays membres de l’OTAN tout en s’amusant avec l’ensemble des membres qui la composent. Ces survols de pays frontaliers de la Russie ou de la Mer Noire, s’inscrivent dans une forme de représailles voulues par Vladimir Poutine alors que Donald Trump a récemment annoncé sa volonté de durcir les sanctions contre la Russie quitte à mettre son économie à genoux. Pour l’instant sans réaction des membres de l’Alliance, le chef du Kremlin tend à se gausser des menaces proférées par le passé par ces mêmes membres qui avaient promis de répondre à toutes provocations.

Déclarations et logique belliqueuse

En réalité, l’OTAN s’est donc décrédibilisée face à une Russie qui poursuit sa guerre en Ukraine tout en multipliant les coups de menton contre des Occidentaux, non pas impuissants, mais terrorisés à l’idée de voir s’envenimer le conflit au regard du caractère imprévisible de Vladimir Poutine. Deux questions se posent désormais : Jusqu’où Vladimir Poutine ira-t-il dans cette logique de provocation ? Quand les Occidentaux se décideront-ils à agir et sous quelle forme ? Il est évident que les sanctions prises contre Moscou n’ont pour l’heure pas entamé sa capacité à combattre en Ukraine, Moscou se trouvant revigoré par son nouveau rapprochement avec la Chine et accessoirement la Corée du Nord. Européens et Occidentaux, à commencer par le Président des Etats-Unis, ont beau éructer de colère, condamner à qui mieux-mieux les agissements de Moscou, rien ne semble atteiendre un Vladimir Poutine qui sait que ni les déclarations fracassantes de Donald Trump ni l’agitation des Européens n’accoucheront d’une quelconque action militaire. Concrètement, Moscou agit les mains libres en sachant pertinemment que rien n’entravera sa logique belliqueuse et conquérante.

Négociations

Fin connaisseur des Occidentaux et de leur penchant naturel pour la négociation plutôt que la confrontation armée, Vladimir Poutine sait pouvoir s’engager dans un semblant de voie diplomatique pour donner le sentiment de vouloir conclure le conflit ukrainien tout en faisant en sorte de laisser traîner ces négociations pendant des mois, voire des années, pour finalement y consentir une fois ses buts de guerre atteints et alors présentés comme impossibles à céder. Politique du fait accompli en quelque sorte. Le Président russe l’a bien compris : l’inertie et la peur des Occidentaux d’initier un conflit de plus grande ampleur qui pourrait potentiellement engager l’arme nucléaire reste sa meilleure assurance-vie dans un contexte diplomatique tendu où les Etats-Unis ont perdu la main et toute influence. Tout comme en 1938, personne ne fut enclin à mourir pour les Sudètes, personne en 2025 n’est prêt à sacrifier la paix pour l’Ukraine, quitte à bafouer et humilier les textes fondateurs de l’OTAN bien que ni la Roumanie ni la Pologne n’aient été officiellement agressées.

De l’Etat fort à l’état faible

Le prochain Premier ministre nommé par Emmanuel Macron aura la double tâche de rassurer une nation inquiète et de proposer des perspectives sociales et économiques crédibles. Mais la question de l’état du pays après 2027 occupe aussi les esprits. Explications.

La question n’est pas de savoir si François Bayrou, Premier ministre, tombera suite au vote de confiance sollicité auprès de l’Assemblée Nationale le 8 septembre puisqu’il est déjà acquis que celui-ci devrait céder sa place. La question qui se pose en revanche est de savoir qui va le remplacer, pour quelles orientations politiques et pendant combien de temps ? Le Président de la République, qui avait jusqu’alors balayé toute possibilité de nommer à Matignon un Premier ministre de gauche, semble pourtant enclin à s’y astreindre. Deux raisons le poussent à cette solution : La première est qu’il n’a désormais plus guère le choix, les cartouches Michel Barnier et François Bayrou ayant été épuisées avec les résultats que l’on sait.

Casus belli

La seconde, plus froide et plus cynique, serait de porter à la tête du Gouvernement un progressiste avec l’espoir secret de le voir échouer et ainsi libérer l’espace pour un candidat de centre-droit pour l’élection présidentielle, à condition que le Gouvernement en question survive jusqu’en 2027, le budget étant depuis plusieurs mois désormais le casus belli provocant la chute des cabinets ministériels. Toutefois, ces hypothèses, qui le restent, ne reflètent en rien les objectifs précis du Chef de l’État, garant du respect des institutions. Mais, parallèlement à cela, le temps presse et le pays s’impatiente et bouillonne, irrité par l’instabilité d’un Etat reconnu pour sa constance, circonspect devant les perspectives économiques, notamment en terme d’emploi, peu amènes selon les dernières projections de l’INSEE. Sans être immense, le défi est de taille. Et tenter de jouer la montre jusqu’en 2027 révèle d’un pari risqué surtout au regard de la conjoncture globale. Le conflit ukrainien, dans lequel le Président français s’est engagé, suppose une situation intérieure sereine et posée, ce qui loin d’être le cas.

Echec du macronisme

Idem pour les relations avec les Etats-Unis ou Israël. Pour le résumer simplement, la France traverse une crise sociale et une crise de régime conjuguées pour accoucher d’une situation explosive que tous les marqueurs traduisent. Dans le même temps, la dite situation traduit aussi l’échec du macronisme, à tous le moins, celle d’une méthode de gouvernement jupitérienne articulée autour d’un seul homme avec un Gouvernement vu comme un supplétif chargé des basses oeuvres. Nicolas Sarkozy, Président de la République de 2007 à 2012, avait tenté avec plus de brutalité et de grossièreté, d’appliquer ce mode de fonctionnement, avec la fin que l’on connaît. Car une fois ce constat dressé, la dernière question qui se pose, non sans acuité, est de savoir dans quel état sera le pays après qu’Emmanuel Macron aura quitté le pouvoir ?

Sauver ce qui peut encore l’être

Devant la chute annoncée du gouvernement de François Bayrou, le Président de la République se retrouve acculé, ne souhaitant ni démissionner ni reconvoquer de nouvelles élections législatives. Entre raison et nécessité, il ne lui reste plus qu’à sauver ce qui reste de son mandat. Si c’est encore possible.

Si ce n’est pas l’hallali, cela y ressemble fort. Alors que s’annonce la chute inévitable du gouvernement de François Bayrou, l’exécutif se retrouve pris dans l’étau de la nécessité de reconduire une équipe gouvernementale en fonction de la majorité présidentielle ou de provoquer de nouvelles élections législatives pour espérer redonner du sens à son action politique en dégageant une majorité claire et nette. Et loin de vouloir convoquer le corps électoral pour renouveler l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron risque donc de devoir se plier, après moult tergiversations, à nommer un Premier ministre issu de l’alliance entre le Parti socialiste et les Ecologistes. Serait-ce une mauvaise décision ?

Visibilité et lisibilité

D’un point de vue social, le Président respecterait le message des urnes ; d’un point de vue économique, sans faire sauter de joie le patronat, cela donnerait au moins à ce dernier une certaine visibilité et lisibilité en matière d’investissement et d’emploi. Et surtout, point non négligeable, cela donnerait au pays une loi de finances qui, à elle seule, rassurerait bourses et marchés inquiets de l’instabilité française depuis des mois. Alors que la question de la dette et de son poids (comprenez les taux d’intérêt appliqués chaque fois que la France recourt à l’emprunt) revient sur le devant de la scène, présentée comme une une nécessité impérieuse au risque de voir le pays sombrer dans le chaos, le Président de la République pourrait voir dans cette alternative un moyen de sauver, si c’est encore possible, son mandat, à savoir quelques mois. Comment ? La question est posée. Démissionner ? Il n’y songe pas. De nouvelles réformes ? Lesquelles ? Pour autant, un rapide récapitulatif s’impose. L’homme a été confronté à la crise des Gilets jaunes, puis la crise sanitaire du Covid, puis les soubresauts diplomatiques et économiques liés au conflit ukrainien sans compter le retour mouvementé de Donald Trump à la Maison Blanche avec son lot de droits de douanes revus à la hausse.

Affaires courantes

Rajoutez à cela l’erreur d’une dissolution aux conséquences mal anticipées, et nous aboutissons à la situation actuelle : un pays ingouvernable où s’affrontent ouvertement ou de manière larvée les blocs de gauche progressistes et l’extrême droite de plus en plus vive, active et présente bien qu’encore trop désordonnée et confuse pour espérer plus. Au lendemain de la défaite historique, car lourde et sévère du Parti Socialiste et de la gauche en 1993, lors des élections législatives, amenant par ailleurs à la seconde Cohabitation de la Vè République, nombreux étaient ceux à penser que le Président de la République d’alors, François Mitterrand, devait, jusqu’en 1995, se borner à expédier les affaires courantes. Certes. Mais que sont les affaires courantes pour Emmanuel Macron ? Tout est question de point de vue et reste hautement relatif car sauver son mandat, donc partir la tête haute et le sentiment du devoir accompli, relève là encore d’une appréciation qui appartient à chacun, y compris à lui.

Reconnaître pour être mieux vu

La reconnaissance de l’État palestinien par la France témoigne de la volonté de réinscrire l’Hexagone dans le jeu diplomatique mondial. Mais cette initiative isolée, bien que positive, n’augure en rien un changement de politique d’Israël à l’égard de la Bande de Gaza et des Etats-unis à celui d’Israël.

Après la décision d’Emmanuel Macron de reconnaître en septembre, à l’ONU, l’État palestinien en tant que tel, voilà que, timidement certes, d’autres nations, telles que le Royaume-Uni et le Canada épousent ce processus de légitimation et de reconnaissance. Irritante au plus haut point pour l’administration Trump, impensable pour l’État hébreu, cette décision vient surtout compenser l’inaction de la communauté internationale au regard de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza. La question qui se pose alors est de savoir si cette reconnaissance apportera la paix dans une région bouleversée depuis des décennies ? Il est naturellement trop tôt pour le savoir mais il est certain que la reconnaissance de l’État palestinien va tendre plus encore les relations entre Israël et les pays ayant opté pour le choix de la légitimation.

Hors du champ des nations

Bien que le niveau de tension à venir reste à établir, l’arbitre, ici les Etats-Unis, sera le seul maîtriser l’escalade ou la désescalade potentielle liée à la reconnaissance. Israël qui compte depuis la fin des années soixante sur le soutien des Etats-Unis, d’ailleurs à l’initiative des Accords de Camp David (I et II), se voit, là, embarrassés par des alliés qui ne vont pas le sens escompté. Car maintenir l’État palestinien hors du champ des nations reconnues permettait à Israël d’agir en toute impunité sur un sol qui ne disposait d’aucune légitimité territoriale, tout au plus celle que l’on lui prêtait non pas celle qui lui était officiellement reconnue via des frontières solennelles et arrêtées. La reconnaissance de l’État palestinien sollicite de fait le droit international, appelant celui-ci à poser les bases juridiques de la création d’un Etat comme ce fut le cas pour Israël en 1948.

Tensions internes

Parallèlement, elle relance la question du droit d’ingérence qui jusqu’alors n’avait pas lieu d’être puisque l’État palestinien n’existait pas officiellement. Pour l’heure, cependant, l’Assemblée générale des Nations Unies n’a en rien reconnu l’État en question, l’ONU étant elle aussi traversée par de multiples tensions internes et autres influences diverses contradictoires à même de ralentir le processus de reconnaissance. La décision française revêt donc à la lumière de ces éléments un aspect symbolique, destinée à redorer le blason d’une diplomatie hexagonale impuissante, peu influente, voire nullement, à l’échelle internationale car tenue par son allégeance plus ou moins officielle, visible ou invisible aux Etats-Unis. Reconnaître l’État palestinien ne peut donc pas relever d’une décision unique ou isolée mais d’une volonté collective, Israël et les Etats-Unis compris.

L’impuni

En usant de la famine et du bombardement systématique des installations sanitaires et hospitalières, Israël tend à dépeupler Gaza sous les yeux de la communauté internationale, prise entre non-ingérence et culpabilité historique.

« Tuez-les ! Mais tuez-les tous ! Qu’il n’en reste aucun pour me le reprocher ! » Ces mots sont ceux de Charles IX, extrait du roman d’Alexandre Dumas, La Reine Margot, publié en 1845. Ces mots, terribles, car ils ouvrirent, certes de manière romancée, la porte au Massacre de la Saint Barthélémy, le 24 août 1572, à Paris et partout, peu après en France, et vit les catholiques occire par milliers les protestants d’alors. Plus de 500 ans plus tard, ces mêmes mots, sont-ils applicables, toutes proportions gardées, au drame qui se déroule à Gaza. La question qui se pose désormais est : Quel est l’objectif d’Israël dans ce qui n’est même plus un conflit face au Hamas, décimé, exsangue, incapable de contre-attaquer ? Il a été lu ou entendu qu’Israël pratiquait un génocide qui ne voulait pas s’assumer en tant que tel.

Qualificatif et famine

Parallèlement, il est extrêmement délicat de critiquer la politique israélienne car fuse aussitôt le qualificatif d’antisémitisme et ce au regard de l’Histoire du peuple juif au XXème siècle. Or, il existe une différence nette entre antisémitisme et critiquer la politique d’Israël, comme l’a mainte fois explique le géopolitologue Pascal Boniface (IRIS – Institut de relations internationales et stratégiques). A ce jour, dire qu’Israël veut dépeupler Gaza de toute population palestinienne ne fait plus aucun doute tout comme il ne fait aucun doute qu’Israël use de la famine, du manque d’accès aux ressources essentielles et du bombardement systématique des hôpitaux et autres sites sanitaires pour parvenir à ses fins. Dans l’impunité la plus totale, auréolé de son offensive face à l’Iran, appuyée sans réserve par Donald Trump et conscient de la culpabilité historique de l’Europe qui pousse à cette dernière à mesurer son propos, Israël agit librement.

Cynisme et nettoyage ethnique

De la nécessité à disposer d’un Etat libre, affranchi de toutes menaces extérieures, obligation d’ailleurs reconnue comme essentielle par François Mitterrand en 1982 devant la Knesset, l’État fondé en 1948 par Ben Gourion a sombré dans un cynisme violent et destructeur, usant de sa force militaire mais aussi historique : comment s’en prendre à un pays créé de toutes pièces pour permettre aux Juifs du monde entier de vivre libre, loin de toutes persécutions. Affamer Gaza, en faisant des femmes et des enfants les premières victimes, semble loin de tout objectif militaire mais ressemble plus à un nettoyage ethnique, qui là encore ne dit pas son nom. La deuxième question qui se pose est donc de savoir quand Israël arrêtera ce cycle systématique de destruction généralisée ? Quand les Etats-Unis le demanderont ? Quand l’Union Européenne l’exigera ? Quand l’ONU enverra des Casques Bleus ? Toutes ces questions renvoient aussi à une notion d’ingérence que le droit international limite et contrôle. Finalement, la réponse se trouve dans les lignes précédentes : Quand Israël aura dépeuplé Gaza, les opérations militaires cesseront.

Cygne ou vilain petit canard 

Longtemps perçu comme un pays instable et maladroitement géré, l’Italie de Georgia Meloni surprend nombre d’observateurs cependant peu regardant sur les dérives antidémocratiques d’un gouvernement aux tendances autoritaires. Analyse.

Et si l’Italie, longtemps l’enfant malade de l’Union européenne, en raison notamment d’une dette publique abyssale, était en passe de devenir le modèle à suivre ? Pour les investisseurs, la question ne se pose pas tant les résultats de l’économie transalpine sont remarqués et encouragent à l’optimisme. A titre d’exemple, et sans tomber dans débats économico-financiers abscons, le taux des obligations d’État italiennes se rapprochent des taux des obligations d’État françaises ( ndlr : l’écart entre les taux cités à dix ans est tombé à 20 points de base seulement soit 0,2 %).

Dissolution et expansion européenne

Il n’en faut pas plus à la planète finance pour applaudir la Première Ministre italienne, Georgia Meloni, issue des rangs de l’extrême droite italienne, post-fasciste, d’apparence policée mais toujours empreinte d’un autoritarisme sectaire sous-jacent. Car c’est là que la bât blesse. Il semble que les milieux financiers soient à ce jour plus attirés par la stabilité, de façade à tout le moins, d’un régime aux penchants autoritaires, qui a su dompter Bruxelles en se présentant comme europhile mais sans excès, que par les atermoiements multiples et aux conséquences incertaines de démocraties anciennes et installées. La dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron voilà un peu plus d’un an a jeté le trouble sur les attentes d’un pays, membre fondateur de l’Union Européenne, moteur de l’expansion européenne avec l’Allemagne, quand les dérives antidémocratiques de Georgia Meloni laissent de marbre chefs d’entreprise et investisseurs. L’Histoire, qui sert souvent de référence pour éclairer le présent, regorge de cas où, afin de favoriser l’activité économique, donc la croissance, les milieux d’affaires n’ont pas hésité à pactiser avec le Diable. L’exemple le plus dramatique dans ses effets est la collusion entre les industriels allemands et le parti Nazi emmené par Adolf Hitler à l’orée des années trente. Le Chancelier d’alors était parvenu à berner ses alliés pour finalement inverser la hiérarchie et passer du statut de dominé à celui de dominant. Certains jugeront l’analogie osée, voire anachronique mais elle a surtout vocation à alerter sur une réalité politique devenue aujourd’hui en Europe incontournable. Les régimes autoritaires séduisent non seulement les peuples, certains a minima, mais aussi les investisseurs et les milieux d’affaires, à savoir ceux qui détiennent le pouvoir économique et financier. Aussi, faut-il y voir un signal d’alarme ou une évolution économique comme la sphère éponyme en subit régulièrement ?

La bonne méthode…

En se présentant comme un Président soucieux des seuls intérêts des Etats-Unis en poussant son pays vers un isolationnisme forcené, Donald Trump s’avère finalement être un interventionniste hors pair, agissant partout quand la patrie de l’Oncle Sam peut en bénéficier.

Lui qui se voulait l’incarnation de l’isolationnisme, l’héritier de la Doctrine Monroe, le voilà sur tous les fronts, soufflant certes le chaud et le froid mais finalement partout et presque incontournable. Donald Trump, président multi-cartes, se mue d’économiste en diplomate avec une facilité déconcertante, sans que soient garantis les résultats attendus a minima. Pour autant, en bombardant les installations nucléaires de l’Iran en soutien à Israël, en maintenant avec plus ou moins de fermeté son soutien à l’Ukraine meurtrie, en multipliant les crises avec pour seul but de pousser ses interlocuteurs à céder à sa volonté, le Président des Etats-Unis, a développé une politique interventionniste à rebours.

Pétrole et paix

Mais, ne nous y trompons pas, ces soutiens et ces décisions militaires ont tous en revanche un seul et même but : préserver la place des Etats-Unis dans le monde. Les bombardements sur les installations nucléaires iraniennes : couper court à l’intervention israélienne et s’assurer de cours du pétrole acceptables, les Etats-Unis étant de grands consommateurs d’or noir provenant d’Arabie Saoudite, pays sensible à la stabilité du Moyen-Orient. Son soutien à l’Ukraine, indépendamment de l’humiliation publique infligée à Volodymyr Zelensky ? Tenir tête à Vladimir Poutine afin de limiter ses velléités expansionnistes en Europe de l’Est. Il est donc clair que l’interventionnisme trumpien n’est pas guidé par la volonté d’instaurer la paix pour la paix, mais la paix pour la continuité des affaires et la stabilité politique de pays affichés comme de potentiels clients à l’avenir. En homme d’affaires qu’il es, pragmatique et cynique, Donald Trump, a compris que l’avenir de son pays passait part une diplomatie variable, préambule à de futurs profits.

Gaza et disparition

Guidé par la seule grandeur des Etats-Unis à travers le monde, face à une Chine toujours plus agressive sur le plan commercial, notamment en Afrique contient ô combien riche de ressources naturelles (Terres rares, pétrole, métaux précieux, uranium,…), les Etats-Unis de Donald Trump se pose en défenseur du droit des affaires et tant pis si Gaza se meurt sous les bombes (Notons que les Etats-Unis ne sont pas la seule nation à assister à la disparition voulue et planifiée de l’enclave palestinienne, voire plus, par l’État hébreu). Quel paradoxe donc, que l’Histoire retiendra peut-être comme tel, de voir un président ouvertement fermé au monde mais ouvert à ce dernier quand celui-ci se présente comme un éventuel débouché économique. Là encore les Etats-Unis ne sont pas les seuls à agir ainsi. D’autres nations s’y adonnent aussi avec plus de discrétion mais souvent avec les mêmes résultats. Dès lors, qu’elle est la bonne méthode ?

Le piège refermé… ?

L’offensive israélienne menée contre l’Iran, appuyée par les Etats-Unis, n’aura abouti qu’à un statu quo diplomatique loin d’entraîner la chute du régime des Mollahs. Mais le but poursuivi par Benyamin Netanyahou était-il plus la destruction des sites nucléaires iranien et la chute du régime iranien que de s’assurer le soutien des Etats-Unis ?

La question n’est pas tant de savoir qui des deux belligérants, entre Israël et l’Iran, acceptera le cessez-le-feu. La question est surtout de savoir quelle suite sera donnée à cette guerre éclair qui a déstabilisé le Moyen-Orient sans précipiter, loin et s’en faut et a contrario des espoirs israéliens, la chute du régime iranien. Un constat s’impose : Et maintenant ? Israël a essayé de faire tomber un régime qui a juré sans perte sans y parvenir, la menace est donc toujours entière et prégnante ; les Etats-Unis, en bombardant les sites stratégiques nucléaires iraniens ont fait valoir leur force mais se retrouvent dans la même situation qu’Israël : le régime des Mollahs, initié en 1979 est toujours debout. Car pour le voir s’effondrer, force est de constater que seul le peuple iranien est en capacité de renverser la table pour installer en Iran une démocratie.

Solution crédible

L’exemple irakien, via lequel les Etats-Unis pensaient, par la destitution de Saddam Hussein, imposer la démocratie comme un paquet de lessive à un consommateur lambda, s’est soldé par un échec cuisant qui plus de vingt ans après n’est toujours pas définitivement réglé. Imaginer faire chuter le régime iranien par l’entremise d’une intervention militaire conjointe et coordonnée entre Israël et les Etats-Unis est un leurre diplomatique qui se heurte à la solidité d’un régime blindé contre toute tentative de déstabilisation. En revanche, imaginer un soutien à l’opposition iranienne, quelque que soit son origine, peut s’avérer comme une solution crédible et surtout réaliste. Il sera beaucoup plus difficile pour Téhéran de contenir sa propre population que de lutter contre des missiles tirés d’Israël, tout aussi meurtriers que ces derniers soient. La puissance de la contestation, larvée ou semi-officielle, de l’opposition iranienne pourrait dès lors devenir une vraie menace profitant de l’exposition du régime à des attaques extérieures. Cette forme d’affaiblissement, à exploiter sans tarder, avant en tous cas que le régime ne panse les plaies des attaques israéliennes et américaines, se présente comme une aubaine pour la société iranienne favorable à un changement de régime, certes, mais pas à un remplacement dicté par une puissance étrangère.

Moyens déployés

La guerre éclair menée par Israël a donc de grandes chances de s’achever comme elle a commencé, à savoir, sans idée précise si ce n’est la vague volonté de faire tomber le régime iranien, impossible en l’état et au vu des moyens déployés, à savoir uniquement aérien. Le seul résultat de cette offensive a été de troubler plus encore un Moyen-Orient qui l’était déjà au plus haut point au regard de la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza. Autre résultat, celui de s’assurer pour Israël du soutien indéfectible des Etats-Unis, tombés dans le piège de l’alliance à tout prix. Benyamin Netanyahou, fragilisé par le conflit dans la bande de Gaza pour l’heure sans issue, avait besoin de redorer son blason de chef d’État tout en confirmant l’hégémonie israélienne au Moyen-Orient. Le calcul diplomatique du Premier ministre israélien, cynique et mortifère, a finalement très bien fonctionné. Mais pour quel résultat ?

Si puissant, si faible

Le conflit opposant israélo-iranien met en évidence toute la puissance diplomatique de l’État hébreu sachant pouvoir compter sur le soutien des Etats-Unis, pris au piège entre sa volonté de maintenir des liens étroits avec Téhéran et la protection sans limite accordée à Israël.

Quel est le point commun entre Kiev, Téhéran et Tel Aviv ? Les plus chagrins diraient la guerre, ce qui est d’une vérité absolue. Mais en analysant plus finement la situation, l’on s’aperçoit que le premier de tous les points communs, car il y en a plusieurs, c’est les Etats-Unis. Dans ces conflits, pour le dernier en date opposant Israël à l’Iran, la patrie de L’Oncle Sam est impliquée, et Donald Trump en particulier. Non pas directement mais diplomatiquement parlant, mais il est clair que l’un et l’autre y jouent un rôle évident. Pour le premier, à savoir le conflit ukrainien, qui, ironie du sort, est en passe de devenir le dernier, les Etats-Unis ont opté pour un rôle d’intermédiaire, pour l’heure sans succès.

Déception

En témoigne d’ailleurs, le départ précipité de Donald Trump lors du sommet du G7 au Canada qui n’a pas eu l’heurt de rencontrer Volodymyr Zelensky, de fait déçu, mais toujours pressé de trouver une solution à un conflit qui s’éternise le tout non sans réjouir Vladimir Poutine. Quant au conflit opposant Israël à l’Iran, sans compter la guerre menée contre le Hamas, l’ombre des Etats-Unis est telle que d’aucuns penseraient qu’ils sont directement impliqués dans le conflit. Pour autant, les deux guerres citées précédemment mettent aussi en évidence l’incapacité des Etats-Unis, pourtant présentés comme omnipotents, à régler des conflits régionaux mais aux interactions mondiales. En attaquant directement l’Iran, soutien du Hamas, au motif de détruire ses installations militaires sensées abriter des ressources militaires, Israël met les Etats-Unis devant ses responsabilités, voire au pied du mur : Soit les négociations avec Téhéran, soit le soutien inconditionnel à Israël quel qu’en soit le prix.

Guerre préventive

Il sera difficile pour la Maison Blanche de choisir entre un maintien des relations avec Téhéran et le soutien à Benyamin Netanyahou aujourd’hui chef d’orchestre de la diplomatie moyen-orientale voire au-delà. Il n’est pas d’ailleurs inintéressant de s’attarder sur le poids d’Israël à l’échelle mondiale, capable de déclarer sans sommation une guerre qualifiée de préventive sans que ne broche la communauté internationale préférant se réfugier derrière le droit international pour la justifier ou la condamner. Par là même, l’embarras de Donald Trump face à l’offensive israélienne décrédibilise l’action et le discours de ce dernier, notamment face à Vladimir Poutine qui aura beau jeu de rappeler combien face à Israël le Président nord-américain se révèle tétanisé, pris au pièce d’engagements historiques le dépassant lui et son administration. Diplomatie à multiples vitesses qui met aussi en exergue les limites du discours de Donald Trump qui a oublié combien la connaissance des enjeux régionaux et mondiaux ne s’accommodait pas du radicalisme et de la violence verbale dont celui-ci a fait preuve pendant sa campagne.

A chacun son rôle

De Nogent à Graz, la violence qui s’exprime aujourd’hui, dans ou à l’extérieur, des enceintes scolaires met en évidence la nécessité de relancer le débat sur la responsabilité des parents tout comme celui d’une réhabilitation de l’autorité due aux institutions et à ses représentants.

Entre l’assassinat d’une assistant d’éducation à Nogent et la tuerie qui a ensanglanté la ville autrichienne de Graz, une réalité s’impose : les écoles sont devenues des cibles que d’aucuns qualifieront de faciles car, par essence, un lieu de savoir et d’apprentissage n’a pas vocation à être blindé et surprotégé. Et pourtant, le discours qui tendait à refuser cette option va peut-être devoir changer et évoluer. Dans un second temps, passées l’émotion, la stupeur et la colère légitimes qui animent les familles des victimes et au-delà, se pose aussi la question des raisons qui poussent certains individus à commettre ces actes. L’avalanche de commentaires sur la libre circulation des armes blanches, sur le poids et l’influence des réseaux sociaux, qui appellent à l’interdiction ou le contrôle de l’un ou de l’autre relèvent de la démagogie, d’une indignation de circonstances qui pourraient aisément être jugée comme vulgaire et déplacée. Que les deux éléments cités précédemment aient joué un rôle apparaît comme indubitable mais ils ne sont pas les seuls.

Limites et racines

Affirmer qu’une partie des adolescents, et ce à l’échelle mondiale, a perdu une grande partie des repères qui tendaient à établir les limites du socialement acceptable, n’est pas erroné. Affirmer que l’Ecole n’est plus en mesure, en raison d’une perte de sens des enseignements dispensés, de développer un discours altruiste et citoyen n’est pas plus erroné non plus. Cette violence physique, qui trouve ses racines dans une violence sociale, diversement encouragée par des parents démissionnaires, par ailleurs en rupture chronique avec l’institution scolaire vue comme castratrice, l’explosion des cellules familiales, la banalisation des rapports de force entre élèves et enseignants, le défi constant à l’autorité régalienne, institutionnelle ou parentale, travaille aussi au développement d’un climat instable, anxiogène et propice à la violence. Reste désormais à établir les solutions pour tenter d’endiguer cette même violence qui touche parmi les lieux les plus sacrés de nos démocraties, à savoir l’Ecole. Le challenge est immense car de dimension globale, appelant à un sursaut d’exemplarité et à une prise de conscience des responsabilités de chacun, à commencer par celle des parents, trop souvent amenés à déléguer leur autorité à l’Ecole qui, pour rappel, enseigne quand les parents éduquent.

Postulat et identification

Cette répartition des rôles oblige tous les acteurs à assumer ce qui leur revient de droit certes mais surtout par devoir. La violence dans ou à l’extérieur de l’Ecole n’est pas un problème intrinsèque à l’institution, elle relève d’une responsabilité collective se basant sur le postulat que l’Ecole est aussi la reproduction fidèle, mais réduite et circonscrite à l’enceinte des établissements, de nos sociétés. Le lien de causalité peut apparaître raccourci mais il n’en est pas moins pertinent dans la mesure où les élèves, certains en tous cas, reproduisent ou répètent par syndrome d’identification la violence dont ils sont témoins, voyant en cette dernière une forme d’affirmation ou d’existence sociale. Le problème est donc profond et substantiellement grave car il concerne les générations sensées assurer la pérennité de nos sociétés. Or accepter la violence comme élément consubstantiel de ces dernières se révélerait rapidement une erreur mortifère.