Un autre Iran. Mais lequel… ?

La contestation populaire qui agite l’Iran depuis plusieurs jours et violemment réprimée par le pouvoir des Mollahs vise à la chute d’un régime honni par une majorité d’Iraniens. Mais quelle sera la nature du prochain régime ? Question cruciale qui inquiète déjà les chancelleries au regard des intérêts en jeu.

L’Iran vacille et titube sous les coups de manifestations violemment réprimées par un guide suprême aux abois mais, pour autant, la République islamique d’Iran debout depuis 1979, tombera-t-elle sous les coups de la contestation populaire ? D’aucuns seraient tentés de répondre par l’affirmative, tant le régime accumule des crises successives qui s’ajoutent les unes aux autres. Crises économiques et financières, crises sociales, politiques, religieuses…Bref ! La liste est longue et pourrait ne pas être exhaustive. Car de l’avis de tous les observateurs, les ayatollahs, à commencer par le premier d’entre Ali Khamenei, semblent avoir épuisé toutes le solutions possibles pour maintenir le régime en place, la répression en cours ne faisant que démontrer les limites d’un pouvoir dépassé par la contestation intérieure et extérieure. Les jours de la République islamique d’Iran sont dont comptés. Certes.

Aventure perse

Mais une fois le régime tombé, qui sera en mesure de prendre les rênes d’un pays exsangue ? On peut donc ainsi comprendre l’hésitation teintée de prudence des Occidentaux à s’impliquer plus que par des déclarations outragées au regard des évènements en cours. Même le va-t-en-guerre Donald Trump, si prompt à déstabiliser le Venezuela, ne songe pas à s’aventurer dans une aventure perse qui rappellerait par ailleurs de mauvais souvenirs à la patrie de l’Oncle Sam, l’ancien Président Jimmy Carter (1977 – 1981) y ayant laissé, en partie, son seul et unique mandat. Parce que l’Iran n’est pas un pays quelconque mais une nation complexe de 89 millions d’habitants, riche de pétrole, d’une multitude de confessions religieuses plus ou moins écrasées par une majorité chiite loin de vouloir se laisser déborder, d’infrastructures pétrolières et portuaires lourdes, d’une jeunesse cultivée et éduquée, d’universités performantes, d’une ouverture maritime sur le Golfe persique stratégique et d’une position géographique qui l’est tout autant. Si le fils de l’ancien Shah d’Iran Reza Pahlavi attise à distance les braises de la contestation avec l’espoir d’être rappelé au pouvoir en cas de chute des Mollahs, celui-ci est très loin de faire l’unanimité, le régime monarchique iranien n’ayant laissé aucun souvenir positif en Iran.

Vigilance

La question de la succession se pose donc avec acuité mais à condition que la dite succession soit en adéquation avec les attentes internationales, nombreuses et précises : Accord sur le nucléaire, sur les exportations et l’exploitation du pétrole, sur le soutien au Hamas et au Hezbollah. Autant de points sur lesquels les Occidentaux sont extrêmement vigilants car tout aussi détestable que soit le régime islamique iranien, celui-ci assure aussi une forme de stabilité régionale en dépit des difficultés rencontrées pour nouer, hier comme aujourd’hui, un dialogue constructif avec les Mollahs, notamment sur la question nucléaire ou sur la sécurité d’Israël. La chute du régime qui serait une excellente alternative pour une immense majorité d’Iraniens, s’apparenterait aussi à un piège à double tranchant pour les Occidentaux, une boîte de Pandore mésopotamienne, car ne pouvant prévoir à ce jour qui prendra le pouvoir et quelles en seront ses orientations futures. L’on peut ainsi craindre que devant l’élan romantique d’une révolution sociale devenue impérieuse en Iran, les réalités géopolitiques n’éteignent les velléités libertaires d’une population iranienne globalement excédée. Sans endiguer la contestation ou la chute du régime, il apparaît de plus en plus clairement que les Occidentaux, prudents, ne feront rien pour précipiter la fin de la République islamique.

Donald Trump, son droit et son monde

L’opération militaire et l’enlèvement de Nicolàs Maduro menés et organisés par les Etats-Unis, aussi illégaux soient-ils, confirment la volonté de Donald Trump d’imposer sa vision du monde et les intérêts des Etats-Unis, bafouant droit international et démocratie tout en réinterprétant à sa guise la doctrine Monroe.

A la tête de la première puissance économique et militaire du monde, Donald Trump se moque allègrement, voire éperdument des réactions outragées de la communauté internationale tout comme de celles des représentants du Congrès qui n’a pas été consulté avant l’intervention militaire (Absolute resolve) des Etats-Unis à Caracas. Donald Trump s’en moque car, persuadé que les intérêts des Etats-Unis passent par une mise sous tutelle du Venezuela, sa conviction est que pour restaurer l’autorité et le prestige des Etats-Unis face à la Chine et la Russie, à l’influence grandissante en Amérique du Sud et au Venezuela en particulier, il convenait d’intervenir pour éjecter Nicolàs Maduro du pouvoir et prendre possession des richesses pétrolières du pays. Ces dernières, considérées comme les plus vastes au monde, constituent un enjeu majeur pour un président qui a fait de la réindustrialisation du pays sa priorité tout en boutant hors de son champ de vision les questions environnementales. Voilà pour les raisons officieuses mais réelles qui ont motivées l’intervention des Etats-Unis au Venezuela, loin des prétendues entrées illégales de cocaïne et de fentanyl, soit disant à même d’inonder le marché de la drogue aux Etats-Unis.

Transition et coup de semonce

Qu’attendre désormais de cette mise sous tutelle ? Pour l’heure, Donald Trump évoque une transition à même de convenir aux Etats-Unis, à savoir à ce que lui considère comme acceptable, ce qui peut prendre beaucoup de temps. D’un point de vue juridique, nombre d’observateurs brandissent le droit international onusien comme rempart à l’expansionnisme trumpien. Mais là encore, le locataire de la Maison Blanche en a cure. En tant que membre permanent du Conseil de Sécurité, les Etats-Unis opposeront leur veto en cas de résolution condamnant l’enlèvement de Nicolàs Maduro et le coup de force. Restent donc la Russie, la Chine et l’Europe. Cette opération militaire peut apparaître comme un coup de semonce à l’endroit de Vladimir Poutine, (qui perd au passage un allié précieux en la personne de Nicolàs Maduro) alors que s’enlisent les négociations de paix dans le cadre du règlement du conflit russo-ukrainien. Pour autant, et dans une certaine mesure, elle légitime aussi l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Quand Vladimir Poutine évoquait les « nazis ukrainiens » pour justifier son intervention, Donald Trump évoque les narco-trafiquants vénézuéliens avec à leur tête Nicolas Maduro. Parallèlement, il sera difficile aux Etats-Unis de condamner l’invasion de Taiwan par la Chine si celle-ci devait s’y employer, Pékin étant alors en capacité de commenter l’aspect fallacieux de l’opération Absolute resolve pour potentiellement se justifier. Pour autant, l’Empire du Milieu, consciente du caractère impétueux et imprévisible de Donald Trump ne commettra pas l’erreur de procéder à une quelconque invasion de Taiwan tant que la question vénézuélienne ne sera pas réglée, si elle y procède un jour désormais.

Hugo Chavez et juntes militaires

Quant à l’Europe, si elle condamne la méthode employée par l’allié américain, elle se réjouit de la chute de Nicolàs Maduro, l’homme qui a dilapidé à son profit, l’héritage de la révolution bolivarienne d’Hugo Chavez. Cependant, consciente du poids des Etats-Unis dans les négociations avec la Russie, encore incapable de faire front politiquement et militairement à Vladimir Poutine, l’Europe préfère soigner ses rapports avec les Etats-Unis en se montrant mesurée dans ses réactions et ce afin de ne pas contrarier son président, si versatile, quitte à se retrouver affaiblie dans sa défense du droit international et de la démocratie. Entre la diplomatie du courage et de la lâcheté, l’Europe a choisi son camp et Donald Trump en diplomate de circonstances l’a parfaitement compris. Usant de la doctrine Monroe à sa guise et l’interprétant à sa convenance, Donald Trump a réhabilité l’impérialisme prédateur des Etats-Unis, celui qui destitué Salvador Allende au Chili en 1973 ou soutenu les juntes militaires au Brésil et en Argentine dans les années soixante-dix. Mais l’homme se moque des références historiques, Donald Trump a compris et sait qu’il peut faire ce qu’il veut car les Etats-Unis restent encore la première puissance mondiale. Quitte à briser près de quatre-vingt-ans de multilatéralisme au profit d’une diplomatie et d’une démocratie ilibérales.

Gueule de bois

Le retour du Royaume-Uni au sein du programme d’échange étudiant Erasmus + annonce à mot couvert un rapprochement toujours plus étroit de l’Albion avec l’Union Européenne. Un rapprochement qui trouve son origine dans la nécessité de rompre l’isolement diplomatique et économique de Londres tout en reconnaissant l’échec de l’expérience populiste, moteur du Brexit.

De prime abord, voilà une information qui n’a rien d’extraordinaire. En tous cas rien qui puisse bouleverser la hiérarchie de l’information quotidienne, voire hebdomadaire. Pourtant, le fait que le Royaume-Uni s’apprête à réintégrer début 2027 le programme européen Erasmus + est le signe d’un changement significatif de l’Albion au regard de ce que l’Union Européenne est susceptible de lui apporter. Résumons rapidement les raisons qui poussèrent le Royaume-Uni à quitter le programme d’échange étudiant. En 2016, le Royaume-Uni se prononce majoritairement pour sa sortie de l’Union Européenne. Le Brexit s’accompagne donc, et aussi, de l’interruption des programmes à vocation pédagogique tels qu’Erasmus qui permettaient à de nombreux étudiants d’aller poursuivre leurs études outre-Manche, ou inversement sur le continent à Paris, Berlin, Rome ou Bruxelles.

Perfectionnement

Enrichissant à bien des égards, ce programme rencontrait un succès tel que les cités de Bath, Edimbourg et autres étaient régulièrement sollicitées pour accueillir des étudiants en quête de perfectionnement linguistique, de nouveaux enseignements, de nouvelles méthodes et autres connaissances à même d’amender leur parcours. Mais la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne coupa court aux élans estudiantins, sacrifiés sur l’autel du populisme de Nigel Farrage, Boris Johnson et Theresa May. Presque dix ans plus tard, le Royaume-Uni se réveille avec la gueule de bois, comme après avoir avalé une mauvaise pinte de bière, et se tourne à nouveau l’Union Européenne avec l’espoir non pas d’y entrer à nouveau, quoique, mais avec celui d’y nouer des relations assez étroites pour se rapprocher au plus près d’une situation peu ou prou égale à une adhésion pleine et entière. Alors pourquoi un tel revirement ? Car le Brexit, vanté par ses partisans comme la victoire de la liberté retrouvée face à une Europe castratrice, a en réalité coûté plus cher qu’il n’a réellement rapporté.

Anciens partenaires

Isolée à l’échelle européenne, snobée, voire méprisée par les Etats-Unis de Donald Trump qui n’y voient qu’un simple partenaire économique, devenue presque inaccessible pour les chefs d’entreprises ou les étudiants pourtant séduits par les possibilités offertes par le Royaume-Uni, l’Albion a donc commencé par retourner vers ses anciens partenaires, comprenant un décennie plus tard que le Brexit fut une erreur. Sans le reconnaître ouvertement, le gouvernement travailliste de Keir Starmer a ouvert la porte à une forme de normalisation qui en appellera probablement d’autres notamment au regard de la situation internationale actuelle. D’ailleurs, les efforts conjugués du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France dans le cadre du plan de paix à élaborer pour mettre fin au conflit russo-ukrainien en sont des preuves supplémentaires. Mais ce potentiel retour du Royaume-Uni dans le giron de l’Union Européenne tendrait aussi à prouver combien les politiques et les discours populistes, les mêmes qui ont poussées le Royaume-Uni hors de l’Union Européenne, une fois mis en pratique se heurtent à la réalité pour se révéler inertes, vides et incapables de dessiner un avenir probant.

Le compromis et les sauterelles

L’adoption par l’Assemblée Nationale du texte portant sur le financement de la Sécurité sociale marque un tournant historique dans la politique hexagonale : l’acceptation d’un compromis. Se pose désormais la question de la ponctualité de l’évènement ou d’une nouvelle logique politique récurrente et installée.

Du chaos et du désordre sortent toujours quelque chose. C’est peut-être ce à quoi Sébastien Lecornu, Premier ministre en sursis permanent, a songé lorsque a été approuvé le budget de la Sécurité sociale par l’Assemblée nationale. Entre concessions et tractations multiples et variées, renoncements et reniements idéologiques, les députés ont franchi un cap tout à la fois symbolique et pratique en validant le plan de financement d’un des piliers de l’État-Providence. Mais au-delà du soulagement que le vote majoritaire, à treize voix près, a dû procurer au Premier ministre, c’est surtout la réalité politique qu’il induit qui mérite une certaine attention. Les parlementaires français, et la France en règle générale, que l’on disait incapables d’opter pour le compromis ont finalement choisi, contraints et forcés, de s’y résoudre. A l’image de nos voisins d’outre-Rhin, voire transalpins ou plus largement au Royaume-Uni, l’Assemblée s’est convertie à un exercice nouveau et salutaire pour le bien du pays. Y a-t-elle perdu son âme ? Est-elle décrédibilisée ?

Intérêt général

Pour l’heure non. Mais elle a accompli un grand pas, celui que sont capables d’effectuer les démocraties modernes, ou qui se présentent comme telles, afin de privilégier l’intérêt général. Il est peu probable que la France se réveille demain sous une pluie acide ou une invasion de sauterelles mais il est sûr, en revanche, qu’elle s’assure, pour un temps en tous cas, une relative sérénité, ce qui est beaucoup au regard de la situation actuelle. Parallèlement, se pose la question de savoir si les députés seront capables de reconduire l’exercice. A vrai dire, et selon l’adage populaire, il n’y a que le premier pas qui coûte et au point où en est le pays, les scrupules idéologiques avancés par certains pèsent peu, voire rien, au regard du gain politique que représente ce compromis. Est-ce à dire donc qu’après des mois d’atermoiements, de responsabilités gouvernementale engagées à coup de 49.3, de chute de gouvernements à peine nommés ou à peine installés, l’Hexagone a atteint l’âge de raison, abandonnant la fièvre montagnarde à la raison girondine ? D’aucuns le penseraient, ouvrant la voie à une réflexion sur l’avenir politique et idéologique du pays. Or, réside dans cette même réflexion des aspects positifs et négatifs.

Equation

Au rang des aspects positifs, l’idée que le compromis passé et acté se révèle un réservoir presque infini de combinaisons politiques à même de répondre aux aspirations du pays, des alliances idéologiques nouvelles ou originales. Mais dans le même temps, au rang des aspects négatifs, elle expose à la possibilité d’intégrer dans la nouvelle équation l’extrême-droite qui se voit offert une forme de banalisation objective de ses thèses arguant du fait que le compromis peut aussi intégrer ses idées. Voilà la faiblesse du compromis, il ne satisfait personne mais tous s’en contentent. En abandonnant le manichéisme majoritaire typique des sociétés empreintes de traditions romaines antiques et sous-jacentes, la France a fait le choix, ponctuellement, d’une logique grecque voire byzantine. L’avenir dira si l’Hexagone laissera sa nature reprendre le dessous ou se convertira, dans un sur-moi politique possible, à la logique de la transigeance.

Ankara aujourd’hui…Mais demain ?

La visite du pape Léon XIV en Turquie révèle le poids croissant de l’ancien empire ottoman dans la diplomatie internationale car capable de s’adresser à nombre d’acteurs. Mais cette influence, reconnue et avérée, n’aura peut-être qu’un temps.

Voilà un pays qui parfois, au gré des soubresauts de l’actualité et de la géopolitique, occupe le devant de la scène médiatique sans pour autant en prendre toute la place. La Turquie est donc ce pays, aux confins de l’Europe et aux portes de l’Orient, qui a récemment reçu la visite du pape Léon XIV. Cette visite, qui aurait pu sembler presque accessoire, a pourtant revêtu un intérêt tout à la fois religieux mais aussi diplomatique, le deux aspects pouvant à l’occasion de confondre. Ainsi, en se rendant en Turquie, le pape cherchait-il à rassurer la communauté chrétienne, discrète et peu nombreuse, quand au soutien du Vatican à leur endroit. Là encore, rien d’exceptionnel. Pour autant ; la visite d’un chrétien en terre musulmane n’a rien d’anodin au regard de la situation diplomatique globale et en particulier celle du Moyen-Orient.

Politique autoritaire

Car la Turquie s’avère aujourd’hui un pays non pas courtisé mais ménagé en dépit de ses atteintes aux droits de l’homme et de la presse qui ne cessent d’ailleurs de se multiplier dans le silence des chancelleries internationales. Plusieurs raisons expliquent ce mutisme qui permet, au passage, à Recep Erdogan de poursuivre sans heurt sa politique autoritaire. Parmi les raisons avancées, le fait que la Turquie est aujourd’hui l’interlocuteur d’organisations ou d’Etats mis au ban des accusés. La Russie de Vladimir Poutine qui sait trouver en Turquie un ensembles de matériels militaires, notamment des drones de combat, est un fidèle du président turc. Terre musulmane sunnite, la Turquie est aussi écoutée et entendue du Hamas, ennemi juré d’Israël avec qui Ankara entretient aussi des relations cordiales. Cette situation de carrefour diplomatique qui s’appuie aussi sur un carrefour géographique, la Turquie dominant les détroits du Bosphore et des Dardanelles, clefs de la Mer Noire, est le fruit de l’entrisme permanent de Recep Erdogan à l’échelle internationale, désireux de rendre la Turquie la grandeur et l’influence de l’Empire ottoman.

Aura et influence

Pour l’heure, force est de constater que le pari est réussi, nombre de nations occidentales faisant appel officiellement ou officieusement à Ankara, pour s’immiscer discrètement dans les négociations sans s’attarder sur la situation des droits de l’homme en Turquie, et considérée comme secondaire au regard de la situation. Pour autant, si l’influence de la Turquie, son rôle à tout le moins, est avérée, peut-être surestimée au demeurant, celle-ci est aussi nourrie par l’actualité de la situation internationale et de circonstances qui invitent à se tourner vers ce pays aux multiples facettes. Reste donc à savoir si, les crises ukrainiennes achevées ou le Hamas contrôlé, Ankara conservera la même aura. Car, pour mémoire, tout aussi puissant fût-il, l’empire ottoman disparut au profit de la Turquie actuelle.

Concernée mais dépassée

Les négociations multipartites dédiées à l’élaboration d’un plan de paix entre Russes et Ukrainiens sous l’égide américaine se révèle être une consultation polie du Vieux continent sur une question qui la concerne mais qui la dépasse.

Il apparaît comme presque évident, pour ne pas dire totalement évident, que les négociations entamées à Genève entre les puissances européennes soutenant Kiev dans sa lutte contre la Russie les Etats-Unis et l’Ukraine, ne sont qu’une forme polie de consultation du Vieux continent avant la validation du plan élaboré par l’administration Trump dans le cadre du règlement du conflit opposant l’Ukraine à la Russie. Fatigué de cette guerre, Washington et Moscou se sont donc entendus afin pour établir un processus de pacification plus que favorable à Vladimir Poutine. Pourtant, au-delà du plan en tant que tel, se dessine en filigrane une autre réalité tout aussi inquiétante pour l’Europe.

Dénégations et considérations

Attachée à sa proximité avec les Etats-Unis, l’Europe est forcée de constater, en dépit de ses dénégations, que Washington ne partage plus les mêmes sentiments à son endroit. Plusieurs raisons l’expliquent dont la volonté de Donald Trump de vider l’OTAN de sa substance et de répondra aux piliers de son programme, L’Amérique d’abord, donc loin de l’Europe et des coûts généraux, financiers, diplomatiques et humains qu’elle engendre. Conséquence immédiate pour des Européens, confits de naïveté et d’un cruel manque de lucidité sur la réalité géopolitique de leur propre continent, le fait d’être escamotés dans les négociations visant à établir la paix en Ukraine. Se dessine de fait un axe Washington – Moscou, Londres, Paris, Berlin ou Rome, axe où les considérations humanistes ont cédé le pas à un pragmatisme baigné de cynisme.

Raison et théâtre d’opération

L’administration Trump, qui prête certainement une influence surestimée à la Russie en Europe occidentale, n’en reste pas moins tenté de donner raison au plus fort afin d’éviter de potentielles négociations jugées superflues au regard de leur longueur estimées. Le postulat trumpiste est clair : Signer, ou plus précisément l’expédier, la paix en l’état des forces et des territoires conquis en présent, fut-ce au détriment d’une Ukraine amputée et d’une Europe écartée. Si la Guerre Froide avait opposé blocs de l’Est et de l’Ouest, l’Europe, elle même impliquée dans le bloc occidental avait une existence politique et géographique. Or, dans la logique Trump – Poutine, celle-ci ne revêt qu’un rôle géographique, un théâtre d’opération comme un autre, à l’importance relative, qui évolue au gré des circonstances. Voilà les nouvelles lignes de la diplomatie mondiale qui a enterré le multilatéralisme au profit de la loi du plus fort.

Baby boom et baby crash

Le financement du budget de la Sécurité Sociale et par voie de conséquence celui des systèmes de retraites va se heurter à la question de l’allongement de la durée de cotisation. Instrument politique, les retraites sont aussi intrinsèquement liées à la natalité et l’espérance de vie, la première insuffisante, la seconde en hausse.

Tel un serpent de mer, la nécessité de voter au plus tôt un budget revient inlassablement dans l’agenda des parlementaires, en l’occurrence ceux du Sénat amenés à examiner le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale avant d’examiner le suspension de la réforme des retraites. La Chambre Haute ayant déjà annoncé qu’elle voterait contre cette suspension, il est fort à parier que le texte, devenu point de crispation pour l’Assemblée Nationale, précipite la fin Gouvernement Lecornu. Et si pour l’heure la question de la chute n’est pas à l’ordre du jour, il convient aussi de rappeler plusieurs éléments objectifs à même d’expliquer pourquoi les réformes successives portant sur le financement des retraites appellent toujours un allongement de la durée de cotisation, concrètement un allongement de la durée du travail. Premier facteur d’explication, la situation démographique de l’Hexagone. Avec un nombre moyen d’enfants par femme de 1,59 en 2024 (pour 1,8 en 2022), la France ne peut assurer un renouvellement des générations capable de résoudre la question du financement des retraites.

Pensions et querelle

Pour que celui-ci soit a minima efficace, il conviendrait d’avoir un nombre d’enfants par femme d’au moins 1,8, voire 2,2 pour assurer un renouvellement optimal. Deuxième élément, toujours d’ordre démographique, et dont peu se plaindront, l’allongement de l’espérance de vie. Fixée à 85,6 ans pour les femmes et 79,9 ans pour les hommes, l’espérance de vie joue un rôle considérable sur le financement des retraites au regard de la durée de versement des pensions. A la lecture de ces éléments, il devient obvie que les retraites qui s’enchaînent ne peuvent que proposer un allongement de la durée de cotisation. Les débats entourant les carrières longues et les départs anticipées au regard de la durée légale n’apparaissent in fine que marginaux, relevant avant tout de la querelle idéologique. Instrumentalisé à des fins purement politiques, (François Hollande avait rétabli la possibilité d’un départ à soixante ans avec décote si les trimestres cotisés n’étaient pas suffisants) la question du financement des retraites a fini par perdre de vue l’intérêt général qui appelle un allongement de durée de cotisation afin que tous profitent du système par répartition.

Prévisions et allongement

Autre option, tout aussi douloureuse, celle qui consiste en une augmentation des cotisations patronales et salariales. Inaudibles pour les chefs d’entreprise, impensables pour les salariés, cette augmentation offrirait l’avantage de réduire de tout ou partie la durée de cotisation au regard des prévisions établies et d’assurer aux futurs retraités, celles et ceux nés entre 1965 et 1980, des pensions fermes et décentes. Pour autant, cette option qui entraverait le pouvoir d’achat et pèserait sur l’emploi rendant le coût du travail potentiellement plus élevé, n’est pas à l’ordre du jour. Seule option qui finira à terme par s’imposer : l’allongement de la durée de cotisation. Or, celle-ci n’est en rien nouvelle car déjà dans le courant des années soixante-dix, alors que le la natalité hexagonale avait amorcé sa décrue, tous les indicateurs montraient que le financement des retraites deviendrait problématique au tournant des années quatre-vingt dix. Ainsi, la première réforme en la matière intervint en 1994 avec le passage de 37,5 ans de cotisation à 40 ans. Les réformes successives ne firent que confirmer la réalité qui commença à s’imposer dans la décennie soixante-dix. De fait, une conclusion, s’impose : l’âge d’or des retraites a vécu.

Se réinventer pour se sauver

L’ouverture de la COP 30 pose encore la question de l’utilisation des énergies fossiles au sein d’une Humanité qui reste encore incapable de générer un autre modèle de fonctionnement détachée du carbone. Explications.

Alors que s’ouvre à Belém, au Brésil, la COP 30, conférence dédiée à l’avenir du climat à l’échelle planétaire, d’aucuns, et à raison, s’interrogent sur l’utilité de cet évènement international, porté au pinacle par certains, entouré de suspicion pour d’autres. Pour ces derniers, en particulier, les COP apparaissent comme des générateurs de contraintes supplémentaires à l’activité de leur économie. Car c’est là que se pose toute la question de l’utilité des COP. Sont-elles réellement opportunes et efficaces dans une monde encore très largement (trop ?) dépendant des énergies fossiles à commencer par le pétrole. Chine et Etats-Unis, premiers pollueurs de la planète mais aussi premiers moteurs de la croissance mondiale impriment le rythme de l’économie globale par leurs décisions en faveur ou en défaveur de l’environnement.

Constat et responsabilité

Certes, l’Empire du Milieu multiplie les opérations pro-environnementales, notamment par le développement de l’éolien marin mais l’essentiel de l’activité chinoise reste fondamentalement articulée autour de l’utilisation du pétrole et du charbon. Constat identique aux Etats-Unis où le pétrole, érigé comme roi des énergies, ponctuellement renforcé en cela par la volonté de Donald Trump de relancer l’industrie américaine, reste la ressource naturelle pilier d’une économie des plus polluantes. Pourtant, faire reposer sur ces deux nations la seule responsabilité de COP aux portées limitées serait injuste, incomplet et infondé. L’ensemble de la planète consomme du pétrole et d’autres énergies fossiles car le modèle économique mondial est basé sur ces énergies, abondantes en quantité, souples en utilisation, infinies dans leur développement (pétrochimie, industrie,….). La question qui émerge donc aujourd’hui n’est plus de savoir comment limiter les effets des gaz issus d’énergies fossiles sur le climat global mais de savoir si l’Humanité est prête à changer de modèle de fonctionnement qui remonte aux premières heures de la Révolution industrielle.

Automobile et climat

Et, convenons-en, il sera plus facile d’abandonner le pétrole que de changer le modèle qui en découle. Le fait de posséder une voiture électrique n’exempte pas de responsabilités carbonées car la construction de cette même automobile a engendré l’utilisation de pétrole au service d’une industrie qui emploie des millions de salariés et génère des profits répondant eux-mêmes aux critères dictés par le modèle de fonctionnement. Il est donc naturel de s’inquiéter pour le climat, la survie de l’Humanité en dépend, mais il est encore plus urgent de se pencher sur la création d’un nouveau modèle de fonctionnement planétaire. Et de relancer le débat sur la décroissance, clef pour certains d’un nouveau modèle. Pour l’heure, avec près de 8,1 milliards d’habitants, l’Humanité fait face à un défi qui semble même la dépasser : se réinventer pour se sauver.

L’eau du bain

En adoptant une loi conçue et proposée par le Rassemblement national, la représentation nationale a donné l’image d’une assemblée poreuse aux idées d’extrême droite, enfermée dans sa passivité et plus préoccupée par des luttes d’influence stériles que par la défense des principes républicains.

Après avoir adopté un texte de loi proposé par le Rassemblement national, l’Assemblée Nationale s’est réveillée quelque peu abasourdie. Et pour cause, il s’agissait de la première fois que la représentation nationale adoptait une loi conçue et proposée par le mouvement d’extrême droite. Dans l’absolu, une loi reste une loi et tout parti politique composant l’hémicycle est en droit d’élaborer un texte visant à être adopté. Mais dans ce cas là, c’est toute la portée symbolique du texte, tant d’un point de vue intrinsèque que du parti qui l’a présenté qui interroge. Le texte voté (qui ne sera effectif que lorsque les décrets d’application seront promulgués) porte sur la suppression des facilités, en vigueur depuis les accords de 1968 entre la France et l’Algérie, aux travailleurs algériens en matière d’accès à l’emploi. Pourquoi donc tant d’interrogations autour de ce texte voté ?

Accord et porosité

Dans un premier temps, était-il véritablement nécessaire et urgent de revenir sur cet aspect de l’accord bi-partite ? Le Rassemblement national qui a fait de la lutte contre une supposée, illusoire et infondée, vague migratoire venue d’Afrique du Nord, un combat permanent nourrit donc le sentiment désormais que l’un de ses thèmes de prédilection a été entendu et accepté par la représentation nationale. Est-ce à dire que les idées du Rassemblement national infusent une assemblée de plus en plus poreuse à l’extrémisme de droite ? Il appartiendra à chacun de répondre à cette question mais il n’en reste pas moins que cette victoire politique permet au mouvement de Marine Le Pen de pérorer en se posant en défenseur des intérêts nationaux. Il n’est donc pas interdit de penser que l’Assemblée a cédé au délitement général qui frappe les sociétés occidentales où les principes moraux de tolérance, longtemps remparts inexpugnables contre l’extrémisme, sont désormais bafoués et liquidés avec l’eau du bain. Car c’est bien là que le bât blesse plus : dans la passivité d’une Assemblée qui vote sans s’interroger sur les motivations d’une loi hautement politique et à la portée plus que symbolique pour le mouvement d’extrême droite. En outre, répétons-le, cette loi dont la pertinence et l’urgence interrogent, semble faire bien peu de cas des relations des plus tendues entre Paris et Alger, relations qui ne vont naturellement en rien s’améliorer au regard du texte voté. Autre élément, non sans intérêt, et qui rassemble en son sein la porosité de l’Assemblée tout comme sa passivité, c’est bien la faiblesse de la représentation nationale et notamment celle des partis la composant. Car si le Rassemblement national occupe la place qui est la sienne désormais, c’est en raison de la médiocrité des autres partis enlisés dans des conflits d’influence stériles au lieu de faire front contre un mouvement qui trouve devant lui le champ libre pour proposer des lois en droite ligne avec ses fondamentaux idéologiques.

Un monde de victimes

En clamant toujours son innocence dans une rhétorique victimaire rodée et calculée, Nicolas Sarkozy souffle sur les braises d’un populisme grandissant qui ronge toutes les strates des sociétés occidentales contemporaines. Explications.

Lorsqu’il franchira le seuil de la Prison de la Santé, Nicolas Sarkozy devra dire au-revoir, un temps du moins, à ce que fut son passé politique. Premier ex-président de la République à être reconnu coupable au point d’être incarcéré avec le même ménagement que n’importe quel individu lambda condamné, c’est-à-dire aucun, Nicolas Sarkozy fera aussi entrer dans sa cellule, par procuration en tous cas, toute la clique de ses partisans et de ses défenseurs, outrés et ulcérés, que l’ancien chef de l’État puisse être emprisonné oubliant au passage qu’il a été reconnu coupable en première instance. Or, c’est bien dans cette capacité à oublier volontairement la culpabilité de l’ancien président, entretenue à dessein par l’intéressée lui-même, qui pose aujourd’hui débat. Rompu à la rhétorique victimaire le présentant comme un coupable idéal au coeur d’une machination infernale qui vise à sa perte, Nicolas Sarkozy travaille sciemment à nourrir l’idée d’un obscur complot cherchant à nuire à sa personne.

Machinations

Pour résumer, lui n’est coupable de rien, mais les juges sont coupables de l’avoir condamné. L’on pourrait aisément associer, par une analogie prudente mais fondée, à cette théorie celle de l’État profond avancée par Donald Trump où d’inconnus fonctionnaires tout-puissants ourdiraient de sombres machinations visant à déstabiliser l’État. En Sciences Politiques, c’est ce que l’on nomme du populisme. Etonnament, Nicolas Sarkozy a eu presque dix ans d’avance sur Donald Trump ou Boris Johnson, voire Nigel Farrage, les ardents défenseurs du Brexit au prétexte que l’Union européenne cherchait à contraindre le Royaume-Uni dans un système présenté comme mortifère pour l’Albion. Pour l’ancien président de la République, endosser le rôle de la victime est une stratégie de défense aboutie, comprenez, qui se suffit à elle-même et qui fait office de ligne politique. Ainsi, en adoptant cette posture qui joue sur l’affect et non la réalité des faits, l’ancien président sait attiser les braises d’un complotisme latent, savamment nourries par les réseaux sociaux et des pans de la société tentés par cette posture facile et accessible car permettant sans mal d’accuser un prétendu système plutôt que d’assumer ses responsabilités.

Cortège médiatique

Dans une société contemporaine où prévaut le mot à l’esprit, l’instinct à la réflexion, la passion à la raison, la liberté de contester les décisions de justice au-delà de la limite qu’impose la réalité des faits s’assimile désormais à une licence, voire à un droit absolu. D’aucuns y verront une évolutions des mœurs, d’autres une régression. Peu importe à vrai dire car la fuite en avant semble incontrôlable. Certes, l’incarcération de Nicolas Sarkozy et son cortège médiatique auront tôt fait d’être remplacés par d’autres mais le mal est là et bien là. Il touche toute les strates de la société de l’école à l’entreprise y compris au sommet de l’État. Si bien qu’à se bercer de cette musique, nous vivrions tous dans un monde de victimes. Mais de quoi… ?