Le conflit américano-iranien et ses conséquences diplomatiques mettent en évidence la perte d’influence de l’OTAN, organisation sensée garantir la sécurité de ses membres en cas d’agression de l’un d’eux. Outil d’abord militaire, l’OTAN est devenue une alliance jugée obsolète outre-atlantique.
Si l’on peut condamner sous toutes ses formes la guerre déclenchée par les Etats-Unis, conjointement avec Israël, contre la République islamique d’Iran, il est en revanche plus difficile de contester les propos du président Trump quand celui-ci s’interroge sur la pertinence du maintien de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Si l’homme est coutumier des sorties médiatiques fracassantes, la réflexion menée par l’administration américaine sur le devenir de l’Alliance atlantique mérite d’être analysée. Historiquement, l’OTAN, naît en 1949, en pleine Guerre froide, les Etats-Unis craignant que l’Europe de l’Ouest ne soit envahie par les forces de l’Union soviétique, faisant de l’Europe un immense bloc où se seraient succédé les démocraties populaires. Dès lors, le Traité, par son article 5, précise que tout membre de l’OTAN attaqué par un pays tiers serait immédiatement secondé et aidé par les membres de l’Alliance afin d’assurer sa défense. En 1949, la question prenait tout son sens et semblait même couler d’une évidence que La Palisse n’aurait pas contesté.
Containment et Guerre froide
Concrètement, les Etats-Unis prenaient en charge la défense des potentiels pays agressés par l’Union soviétique ou ses alliés pour contenir l’avancée communiste dans le monde. In fine, l’OTAN devenait alors le bras armé de la Doctrine Truman, celle du containment qui visait à limiter la propagation de la révolution prolétaire et communiste dans le monde. Pour autant, en protégeant ses alliés, les Etats-Unis se protégeaient eux-mêmes dans lune logique de réciprocité qui tournait plus à leur avantage qu’à celui des autres membres. Mais plus de soixante-dix ans plus tard, la Guerre froide n’est plus et les Etats-Unis ne sont plus enclins à vouloir s’impliquer dans la défense des membres de l’OTAN. Coût financier, doctrine isolationniste et doctrine Monroe remises au goût du jour ont poussé l’administration Trump, (mais pas seulement elle d’ailleurs car dès son élection en 2008 Barack Obama avait posé la question d’un désengagement des Etats-Unis dans la défense des intérêts européens dans le cadre de l’Alliance) à revoir l’implication de l’Oncle Sam au sein du Traité. Car c’est désormais chose acquise : Les Etats-Unis ne veulent plus défendre les Européens et agir, au contraire, par opérations ponctuelles et ciblées, à l’image des tractations en Ukraine.
Coquille vide et diplomatie polarisée
La géopolitique mouvante ouverte avec l’ère Trump tend de fait à transformer le rôle de l’OTAN au point de tout simplement l’en priver. D’aucuns penseraient même qu’elle ressemble plus à une coquille vide qu’à une alliance militaire à même d’impressionner un quelconque ennemi. La diplomatie ondoyante menée par Donald Trump face à Vladimir Poutine, la guerre hystérique menée au Moyen-Orient ou les négociations à rallonge en Ukraine témoigne du mépris de Donald Trump pour l’Alliance que le Président Emmanuel Macron avait jugé être en mort cérébrale. Ainsi, au-delà de la disparition possible d’un vestige de la Guerre froide, faut-il voir dans l’abandon progressif de l’Alliance, la fin d’une diplomatie polarisée autour du multilatéralisme, que goûte peu Donald Trump et le retour de règlements de conflits au cas-par-cas, loin de toutes négociations pesées et réfléchies qu’abhorre le locataire de la Maison Blanche. Car après l’OTAN, l’organisation qui pourrait être sur la brèche est l’ONU….