Les affrontements entre groupe d’ultra-gauche et d’ultra droite confirment la croissance de l’expression violente des antagonismes politiques dans une démocratie elle-même rongée par des formes multiples de violences, qu’elles soient verbales, morales ou psychologiques.
Sans pour autant quotidiennement défrayer l’actualité, les affrontements entre groupes d’ultra-gauche et d’ultra-droite ne sont en rien une nouveauté, les uns et les autres étant habitués en découdre en divers points de l’Hexagone, Lyon restant cependant un espace où les tensions sont les plus fortes. Ce qui devient plus inquiétant, indépendamment du décès de l’un des membres du groupe d’ultra-droite, c’est le climat de violence qui anime ces groupes, climat qui tendrait à se répandre dans toutes les sphères de la société. Qu’elle soit physique dans son expression extrême, la violence est d’abord verbale et est devenue aujourd’hui un élément constitutif du langage courant. De l’école aux bancs de l’Assemblée nationale en passant par l’espace urbain, la violence est à ce jour usuelle, presque normale.
Pratiques dignes
Or cette normalité n’est en rien acceptable en démocratie, système où, par essence et par définition, le dialogue doit primer et ce via des pratiques dignes et respectueuses des différentes parties. Est-ce le cas à ce jour ? D’évidence non. Un constat s’impose : les rapports sociaux sont gangrenés par une violence verbale, psychologique ou morale, elles mêmes porteuses de violence physique à venir. Dans un climat de défiance envers les élites, de discrédit de la parole politique et de tensions sociales croissantes, la violence semble être devenue la solution aux maux que traverse nos sociétés contemporaines, recours ultime à l’expression d’un malaise récurrent qui ne trouve pas d’issue. Encouragée par des discours radicaux, exclusifs et populistes, la violence croît et se développe se nourrissant des faiblesses de démocraties timorées, terrorisées à l’idée d’entraver la liberté d’expression.
Circonscrire et apaiser
Mais quelle démocratie digne de ce nom est capable d’accepter que de telles violences, à l’image de celle qui ont émaillé les rues de Lyon, se reproduisent et se propagent ? La réponse est contenue dans la question. Car si les forces de l’ordre et l’institution judiciaire se sont saisies de l’affaire dans les plus brefs délais, il convient désormais de circonscrire tout débordement à même de troubler la sérénité de l’ordre public et plus largement de rétablir les conditions d’un dialogue collectif sain et apaisé. En outre, il n’aura échappé à personne combien ces affrontements s’avèrent instrumentalisés par ceux qui s’en considèrent comme victimes, ces derniers n’ayant pas manqué précédemment d’avoir attisé haines et tensions. D’aucuns jugeront comme indécents cette manipulation et récupération politique, à visée politique et bassement électoraliste alors que s’impose une réflexion sur l’expression des antagonismes politique.