Le paradoxe Epstein

Décédé en 2019, Jeffrey Epstein a laissé un héritage éponyme dont beaucoup s’affranchiraient. Rattrapés par la justice et les faits, les élites mondiales concernées se retrouvent confrontés à leur perversions qu’ils n’ont de cesse de dénoncer quand celles-ci concernaient les quidams ordinaires.

Sordide à souhait, écoeurante à bien des égards, l’affaire Jeffrey Epstein n’en finit pas de faire trembler les élites mondiales, qu’elles soient politiques, économiques, financières voire technologiques. Dernier exemple en date, Bill Gates, fondateur de Microsoft ayant reconnu avoir eu des relations extra-conjugales avec deux jeunes femmes russes évoluant dans le giron du milliardaire décédé en 2019. Car l’affaire Epstein se révèle être un poison lent, un venin à retardement qui contamine jours après jours des strates d’individus qui se pensaient peut-être, du fait de leur statut, intouchables et protégées. Dans un cynisme sans limite et dans une perversion qui l’est peut-être tout autant, le milliardaire et ses complices ont mis sur pied un système dévoyé usant de la faiblesse de jeunes femmes et du sentiment d’impunité de certains individus encouragés par le silence de ceux qui les entouraient.

Mensonges et tromperies

Rien qu’en France, l’ancien et charismatique ministre de la Culture Jack Lang, et sa fille Anne, ont été cités dans cette affaire où se mêlent mensonges et tromperies et où, surtout, la culture du viol dans les plus hautes sphères de la société était devenue monnaie-courante. Souvent prompte à asséner des leçons de morale à une majorité d’individus ordinaires globalement amenée à respecter la loi et ses fondamentaux moraux, les élites mondiales ont développé un monde marginal où la loi vulgaire et commune ne s’appliquait pas, car trop contraignante au regard de leurs envies et de leurs fantasmes. Autorisé par le pouvoir qui était le leur, acquis par la naissance, le statut ou l’argent dont ils disposaient, ces élites ont jeté l’opprobre sur le devoir d’exemplarité qui était leur et qu’elles se faisaient un honneur et un devoir, prétendaient-elles, de défendre. La réalité s’est avérée finalement plus simple : Jeffrey Epstein n’était qu’un proxénète endimanché qui usait de sa fortune et de son influence pour satisfaire les besoins malsains d’hommes de pouvoir en manque de sensations. Le propos se veut volontairement exhaustif mais il résume en quelques mots choisis une réalité qui n’a pas fini de rattraper ceux qui ont mis le doigt dans l’engrenage. Certes, tous les noms cités dans cette affaire ne sont pas portés par des individus qui ont obligatoirement usés des services particuliers d’Epstein. Mais peu importe, le fait d’avoir fréquenté l’individu marque le quidam au fer rouge et la question d’immédiatement être posée : Qu’aviez-vous à faire avec lui ? Le nom d’Epstein apparaît aujourd’hui comme un repoussoir, une peste noire qui continue à infecter ceux qui s’en sont approchés. Les époux Clinton cités dans l’affaire, le Président Donald Trump dont le nom apparaît aussi et tant d’anonymes voient soudainement leur avenir s’obscurcir, emporté par le tourbillon des faits tout comme des rumeurs qui vont bon train. A quoi s’ajoute un ultime paradoxe, même mort, Jeffrey Epstein continue d’empoisonner ceux qui l’ont approché de près ou de loin.

Une ou des violences ?

Les affrontements entre groupe d’ultra-gauche et d’ultra droite confirment la croissance de l’expression violente des antagonismes politiques dans une démocratie elle-même rongée par des formes multiples de violences, qu’elles soient verbales, morales ou psychologiques.

Sans pour autant quotidiennement défrayer l’actualité, les affrontements entre groupes d’ultra-gauche et d’ultra-droite ne sont en rien une nouveauté, les uns et les autres étant habitués en découdre en divers points de l’Hexagone, Lyon restant cependant un espace où les tensions sont les plus fortes. Ce qui devient plus inquiétant, indépendamment du décès de l’un des membres du groupe d’ultra-droite, c’est le climat de violence qui anime ces groupes, climat qui tendrait à se répandre dans toutes les sphères de la société. Qu’elle soit physique dans son expression extrême, la violence est d’abord verbale et est devenue aujourd’hui un élément constitutif du langage courant. De l’école aux bancs de l’Assemblée nationale en passant par l’espace urbain, la violence est à ce jour usuelle, presque normale.

Pratiques dignes

Or cette normalité n’est en rien acceptable en démocratie, système où, par essence et par définition, le dialogue doit primer et ce via des pratiques dignes et respectueuses des différentes parties. Est-ce le cas à ce jour ? D’évidence non. Un constat s’impose : les rapports sociaux sont gangrenés par une violence verbale, psychologique ou morale, elles mêmes porteuses de violence physique à venir. Dans un climat de défiance envers les élites, de discrédit de la parole politique et de tensions sociales croissantes, la violence semble être devenue la solution aux maux que traverse nos sociétés contemporaines, recours ultime à l’expression d’un malaise récurrent qui ne trouve pas d’issue. Encouragée par des discours radicaux, exclusifs et populistes, la violence croît et se développe se nourrissant des faiblesses de démocraties timorées, terrorisées à l’idée d’entraver la liberté d’expression.

Circonscrire et apaiser

Mais quelle démocratie digne de ce nom est capable d’accepter que de telles violences, à l’image de celle qui ont émaillé les rues de Lyon, se reproduisent et se propagent ? La réponse est contenue dans la question. Car si les forces de l’ordre et l’institution judiciaire se sont saisies de l’affaire dans les plus brefs délais, il convient désormais de circonscrire tout débordement à même de troubler la sérénité de l’ordre public et plus largement de rétablir les conditions d’un dialogue collectif sain et apaisé. En outre, il n’aura échappé à personne combien ces affrontements s’avèrent instrumentalisés par ceux qui s’en considèrent comme victimes, ces derniers n’ayant pas manqué précédemment d’avoir attisé haines et tensions. D’aucuns jugeront comme indécents cette manipulation et récupération politique, à visée politique et bassement électoraliste alors que s’impose une réflexion sur l’expression des antagonismes politique.

Martyr du XXIè siècle

Le processus d’annexion de la Cisjordanie par Israël confirme la toute puissance de l’Etat hébreu dans la région et l’inertie coupable de la communauté internationale au regard du peuple palestinien abandonné et sans ressource particulière. Explication.

Bien qu’illégal et contraire au droit international, Israël poursuit son processus d’annexion en Cisjordanie alors que se multiplient les condamnations émanant de diverses nations rappelant à l’État hébreu ses obligations au regard de sa position dominante dans la région. Mais en partie soutenu par son opinion et les Etats-Unis, Israël ignore toutes les formes de réprobation que suscitent ses différentes atteintes au droit. Et pour cause, l’État hébreu, en la personne de son Premier ministre Benyamin Netanyahou, sait plus que quiconque que l’indignation internationale s’arrêtera à de simples protestations que d’aucuns jugeront de pure forme. Car derrière ce processus d’annexion, se cache une autre réalité, bien plus cruelle pour le peuple palestinien : celui d’un soutien alternatif, voire spasmodique à son destin face à l’ogre israélien.

Indifférence

Certes, beaucoup objecteront que les accords de paix (Camp David I et II ; Oslo) ont toujours obtenu le soutien des Occidentaux et des Européens mais force est de constater que le drame humain qui s’est joué, et qui se joue, à Gaza et en Cisjordanie à ce jour, ne déchaîne qu’un timide mouvement d’indignation qui n’appellera aucune réaction autre que celles déjà constatées. Pourquoi tant d’indifférence alors à l’égard d’un peuple qui, comme tout autre, mérite un Etat et une souveraineté reconnus ? Y aurait-il une forme de hiérarchie humaine qui autoriserait certains peuples à disposer de plus que d’autres ? La question reste entière mais elle trouve peut-être sa réponse dans la question même. Objectivement, et ce n’est en rien sa faute ou sa responsabilité, mais seulement sa réalité, le peuple palestinien, ne représente au yeux de la communauté internationale aucun intérêt stratégique, politique ou géopolitique quand Israël, toujours aux yeux de cette même communauté, se révèle être au centre de toutes les attentions historiques, diplomatiques et géopolitiques. Menacé par l’Iran, aux prises avec les Etats-Unis, eux-mêmes soutien d’Israël, entouré de nations arabes pourtant peu enclines, hormis la Syrie aujourd’hui bien affaiblie, à guerroyer contre l’État hébreu, Israël se sait donc défait de toutes obligations ou contraintes vis-à-vis des Palestiniens, eux-mêmes tacitement rejetés par des nations arabes soucieuses de conserver, autant que faire se peut, leur paix civile respective.

Impunité

Cette marche à l’annexion de la Cisjordanie s’effectue donc à bas bruit, renvoyant, entre autre, l’ONU et ses considérations humanistes à ses propres contradictions. Il est donc fort probable, pour ne pas dire certain, qu’Israël poursuivra en toute impunité son entreprise colonisatrice pour y implanter de nouvelles colonies et mettre devant le fait accompli la communauté internationale au motif de sa sécurité. Il sera alors pratique pour les institutions internationales et la communauté éponyme de déplorer la situation sans forcer l’agresseur israélien à restituer les terres spoliées, entérinant la situation comme désormais acquise au détriment de Palestiniens toujours repoussés plus loin. Nouveau peuple martyr du XXIème siècle, les Palestiniens se retrouvent ainsi otages, par devers eux, de l’obsession sécuritaire de l’État hébreu et de la lâcheté de la communauté internationale.

Réquisitoire ou opportunité ?

La potentielle inéligibilité de Marine Le Pen en vue de l’élection présidentielle de 2027 offre au parti d’extrême droite les éléments usuels d’une rhétorique de victimisation tout en permettant tacitement à Jordan Bardella de s’imposer comme le seul candidat valable lors de l’échéance présidentielle.

Les réquisitions portées par les avocats généraux à l’encontre de Marine Le Pen lors du procès en appel des assistants parlementaires, indûment employés et rémunérés par le Rassemblement national aux dépends du Parlement européen, serviront sans nul doute au parti d’extrême droite dans sa logique de conquête du pouvoir suprême. Rompu aux exercices rhétoriques visant à présenter le parti comme une victime de la justice, il est fort probable que le Rassemblement national use à nouveau de ce discours nourri de victimisation et de complotisme ourdi à son endroit pour le pousser au silence.

Pacte républicain

La mécanique, rodée depuis l’apparition du parti sur la scène politique dans les années soixante-dix, continue, relayée par la complosphère fort active sur les réseaux sociaux, à faire florès en dépit de la réalité des faits tendant à prouver la culpabilité des prévenus, ici Marine Le Pen. Or, il est inquiétant de constater combien, indépendamment de ce discours, le parti d’extrême droite continue à attirer à lui militants et sympathisants peu regardant sur les faits mais plutôt séduits par les personnalités qui incarnent les idées défendues par ce parti. Trait caractéristique du monde politique aujourd’hui, le capital – sympathie dégagé par un individu compte plus que les idées qu’il défend, et ce même si ses idées tendent à rompre le pacte républicain et social qui unit la nation. Et le président du Rassemblement national de profiter de cette tendance croissante dans l’opinion tout comme de la potentielle inéligibilité de Marine Le Pen pour, faussement modeste et dévot à l’endroit de la triple candidate à l’élection présidentielle, avancer ses pions en vue de 2027. Le calcul, que certains qualifieraient de machiavélique, ne relève en réalité que du simple opportunisme, Jordan Bardella, puisqu’il s’agit de lui, surfant sur la déliquescence de la pensée politique, les ennuis judiciaires de Marine Le Pen et l’inversion du processus d’élection d’un candidat reposant désormais plus sur la sympathie de ce dernier que sur son programme. Signe des temps et condamnation judiciaire définitive possible constituent pour l’homme pressé de la politique un alignement des planètes, non pas inédit, mais qu’il s’empressera d’utiliser à son profit, grillant la politesse à l’ancienne candidate. D’aucuns y verraient un cynisme sans limite mais la politique se construit aussi, à tort ou à raison, sur des sentiment humains peu flatteurs, de bas instincts que l’on condamne tous sauf ceux qui savent en profiter.