Donald Trump, son droit et son monde

L’opération militaire et l’enlèvement de Nicolàs Maduro menés et organisés par les Etats-Unis, aussi illégaux soient-ils, confirment la volonté de Donald Trump d’imposer sa vision du monde et les intérêts des Etats-Unis, bafouant droit international et démocratie tout en réinterprétant à sa guise la doctrine Monroe.

A la tête de la première puissance économique et militaire du monde, Donald Trump se moque allègrement, voire éperdument des réactions outragées de la communauté internationale tout comme de celles des représentants du Congrès qui n’a pas été consulté avant l’intervention militaire (Absolute resolve) des Etats-Unis à Caracas. Donald Trump s’en moque car, persuadé que les intérêts des Etats-Unis passent par une mise sous tutelle du Venezuela, sa conviction est que pour restaurer l’autorité et le prestige des Etats-Unis face à la Chine et la Russie, à l’influence grandissante en Amérique du Sud et au Venezuela en particulier, il convenait d’intervenir pour éjecter Nicolàs Maduro du pouvoir et prendre possession des richesses pétrolières du pays. Ces dernières, considérées comme les plus vastes au monde, constituent un enjeu majeur pour un président qui a fait de la réindustrialisation du pays sa priorité tout en boutant hors de son champ de vision les questions environnementales. Voilà pour les raisons officieuses mais réelles qui ont motivées l’intervention des Etats-Unis au Venezuela, loin des prétendues entrées illégales de cocaïne et de fentanyl, soit disant à même d’inonder le marché de la drogue aux Etats-Unis.

Transition et coup de semonce

Qu’attendre désormais de cette mise sous tutelle ? Pour l’heure, Donald Trump évoque une transition à même de convenir aux Etats-Unis, à savoir à ce que lui considère comme acceptable, ce qui peut prendre beaucoup de temps. D’un point de vue juridique, nombre d’observateurs brandissent le droit international onusien comme rempart à l’expansionnisme trumpien. Mais là encore, le locataire de la Maison Blanche en a cure. En tant que membre permanent du Conseil de Sécurité, les Etats-Unis opposeront leur veto en cas de résolution condamnant l’enlèvement de Nicolàs Maduro et le coup de force. Restent donc la Russie, la Chine et l’Europe. Cette opération militaire peut apparaître comme un coup de semonce à l’endroit de Vladimir Poutine, (qui perd au passage un allié précieux en la personne de Nicolàs Maduro) alors que s’enlisent les négociations de paix dans le cadre du règlement du conflit russo-ukrainien. Pour autant, et dans une certaine mesure, elle légitime aussi l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Quand Vladimir Poutine évoquait les « nazis ukrainiens » pour justifier son intervention, Donald Trump évoque les narco-trafiquants vénézuéliens avec à leur tête Nicolas Maduro. Parallèlement, il sera difficile aux Etats-Unis de condamner l’invasion de Taiwan par la Chine si celle-ci devait s’y employer, Pékin étant alors en capacité de commenter l’aspect fallacieux de l’opération Absolute resolve pour potentiellement se justifier. Pour autant, l’Empire du Milieu, consciente du caractère impétueux et imprévisible de Donald Trump ne commettra pas l’erreur de procéder à une quelconque invasion de Taiwan tant que la question vénézuélienne ne sera pas réglée, si elle y procède un jour désormais.

Hugo Chavez et juntes militaires

Quant à l’Europe, si elle condamne la méthode employée par l’allié américain, elle se réjouit de la chute de Nicolàs Maduro, l’homme qui a dilapidé à son profit, l’héritage de la révolution bolivarienne d’Hugo Chavez. Cependant, consciente du poids des Etats-Unis dans les négociations avec la Russie, encore incapable de faire front politiquement et militairement à Vladimir Poutine, l’Europe préfère soigner ses rapports avec les Etats-Unis en se montrant mesurée dans ses réactions et ce afin de ne pas contrarier son président, si versatile, quitte à se retrouver affaiblie dans sa défense du droit international et de la démocratie. Entre la diplomatie du courage et de la lâcheté, l’Europe a choisi son camp et Donald Trump en diplomate de circonstances l’a parfaitement compris. Usant de la doctrine Monroe à sa guise et l’interprétant à sa convenance, Donald Trump a réhabilité l’impérialisme prédateur des Etats-Unis, celui qui destitué Salvador Allende au Chili en 1973 ou soutenu les juntes militaires au Brésil et en Argentine dans les années soixante-dix. Mais l’homme se moque des références historiques, Donald Trump a compris et sait qu’il peut faire ce qu’il veut car les Etats-Unis restent encore la première puissance mondiale. Quitte à briser près de quatre-vingt-ans de multilatéralisme au profit d’une diplomatie et d’une démocratie ilibérales.

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