L’adoption par l’Assemblée Nationale du texte portant sur le financement de la Sécurité sociale marque un tournant historique dans la politique hexagonale : l’acceptation d’un compromis. Se pose désormais la question de la ponctualité de l’évènement ou d’une nouvelle logique politique récurrente et installée.
Du chaos et du désordre sortent toujours quelque chose. C’est peut-être ce à quoi Sébastien Lecornu, Premier ministre en sursis permanent, a songé lorsque a été approuvé le budget de la Sécurité sociale par l’Assemblée nationale. Entre concessions et tractations multiples et variées, renoncements et reniements idéologiques, les députés ont franchi un cap tout à la fois symbolique et pratique en validant le plan de financement d’un des piliers de l’État-Providence. Mais au-delà du soulagement que le vote majoritaire, à treize voix près, a dû procurer au Premier ministre, c’est surtout la réalité politique qu’il induit qui mérite une certaine attention. Les parlementaires français, et la France en règle générale, que l’on disait incapables d’opter pour le compromis ont finalement choisi, contraints et forcés, de s’y résoudre. A l’image de nos voisins d’outre-Rhin, voire transalpins ou plus largement au Royaume-Uni, l’Assemblée s’est convertie à un exercice nouveau et salutaire pour le bien du pays. Y a-t-elle perdu son âme ? Est-elle décrédibilisée ?
Intérêt général
Pour l’heure non. Mais elle a accompli un grand pas, celui que sont capables d’effectuer les démocraties modernes, ou qui se présentent comme telles, afin de privilégier l’intérêt général. Il est peu probable que la France se réveille demain sous une pluie acide ou une invasion de sauterelles mais il est sûr, en revanche, qu’elle s’assure, pour un temps en tous cas, une relative sérénité, ce qui est beaucoup au regard de la situation actuelle. Parallèlement, se pose la question de savoir si les députés seront capables de reconduire l’exercice. A vrai dire, et selon l’adage populaire, il n’y a que le premier pas qui coûte et au point où en est le pays, les scrupules idéologiques avancés par certains pèsent peu, voire rien, au regard du gain politique que représente ce compromis. Est-ce à dire donc qu’après des mois d’atermoiements, de responsabilités gouvernementale engagées à coup de 49.3, de chute de gouvernements à peine nommés ou à peine installés, l’Hexagone a atteint l’âge de raison, abandonnant la fièvre montagnarde à la raison girondine ? D’aucuns le penseraient, ouvrant la voie à une réflexion sur l’avenir politique et idéologique du pays. Or, réside dans cette même réflexion des aspects positifs et négatifs.
Equation
Au rang des aspects positifs, l’idée que le compromis passé et acté se révèle un réservoir presque infini de combinaisons politiques à même de répondre aux aspirations du pays, des alliances idéologiques nouvelles ou originales. Mais dans le même temps, au rang des aspects négatifs, elle expose à la possibilité d’intégrer dans la nouvelle équation l’extrême-droite qui se voit offert une forme de banalisation objective de ses thèses arguant du fait que le compromis peut aussi intégrer ses idées. Voilà la faiblesse du compromis, il ne satisfait personne mais tous s’en contentent. En abandonnant le manichéisme majoritaire typique des sociétés empreintes de traditions romaines antiques et sous-jacentes, la France a fait le choix, ponctuellement, d’une logique grecque voire byzantine. L’avenir dira si l’Hexagone laissera sa nature reprendre le dessous ou se convertira, dans un sur-moi politique possible, à la logique de la transigeance.