Gueule de bois

Le retour du Royaume-Uni au sein du programme d’échange étudiant Erasmus + annonce à mot couvert un rapprochement toujours plus étroit de l’Albion avec l’Union Européenne. Un rapprochement qui trouve son origine dans la nécessité de rompre l’isolement diplomatique et économique de Londres tout en reconnaissant l’échec de l’expérience populiste, moteur du Brexit.

De prime abord, voilà une information qui n’a rien d’extraordinaire. En tous cas rien qui puisse bouleverser la hiérarchie de l’information quotidienne, voire hebdomadaire. Pourtant, le fait que le Royaume-Uni s’apprête à réintégrer début 2027 le programme européen Erasmus + est le signe d’un changement significatif de l’Albion au regard de ce que l’Union Européenne est susceptible de lui apporter. Résumons rapidement les raisons qui poussèrent le Royaume-Uni à quitter le programme d’échange étudiant. En 2016, le Royaume-Uni se prononce majoritairement pour sa sortie de l’Union Européenne. Le Brexit s’accompagne donc, et aussi, de l’interruption des programmes à vocation pédagogique tels qu’Erasmus qui permettaient à de nombreux étudiants d’aller poursuivre leurs études outre-Manche, ou inversement sur le continent à Paris, Berlin, Rome ou Bruxelles.

Perfectionnement

Enrichissant à bien des égards, ce programme rencontrait un succès tel que les cités de Bath, Edimbourg et autres étaient régulièrement sollicitées pour accueillir des étudiants en quête de perfectionnement linguistique, de nouveaux enseignements, de nouvelles méthodes et autres connaissances à même d’amender leur parcours. Mais la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne coupa court aux élans estudiantins, sacrifiés sur l’autel du populisme de Nigel Farrage, Boris Johnson et Theresa May. Presque dix ans plus tard, le Royaume-Uni se réveille avec la gueule de bois, comme après avoir avalé une mauvaise pinte de bière, et se tourne à nouveau l’Union Européenne avec l’espoir non pas d’y entrer à nouveau, quoique, mais avec celui d’y nouer des relations assez étroites pour se rapprocher au plus près d’une situation peu ou prou égale à une adhésion pleine et entière. Alors pourquoi un tel revirement ? Car le Brexit, vanté par ses partisans comme la victoire de la liberté retrouvée face à une Europe castratrice, a en réalité coûté plus cher qu’il n’a réellement rapporté.

Anciens partenaires

Isolée à l’échelle européenne, snobée, voire méprisée par les Etats-Unis de Donald Trump qui n’y voient qu’un simple partenaire économique, devenue presque inaccessible pour les chefs d’entreprises ou les étudiants pourtant séduits par les possibilités offertes par le Royaume-Uni, l’Albion a donc commencé par retourner vers ses anciens partenaires, comprenant un décennie plus tard que le Brexit fut une erreur. Sans le reconnaître ouvertement, le gouvernement travailliste de Keir Starmer a ouvert la porte à une forme de normalisation qui en appellera probablement d’autres notamment au regard de la situation internationale actuelle. D’ailleurs, les efforts conjugués du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France dans le cadre du plan de paix à élaborer pour mettre fin au conflit russo-ukrainien en sont des preuves supplémentaires. Mais ce potentiel retour du Royaume-Uni dans le giron de l’Union Européenne tendrait aussi à prouver combien les politiques et les discours populistes, les mêmes qui ont poussées le Royaume-Uni hors de l’Union Européenne, une fois mis en pratique se heurtent à la réalité pour se révéler inertes, vides et incapables de dessiner un avenir probant.

Le compromis et les sauterelles

L’adoption par l’Assemblée Nationale du texte portant sur le financement de la Sécurité sociale marque un tournant historique dans la politique hexagonale : l’acceptation d’un compromis. Se pose désormais la question de la ponctualité de l’évènement ou d’une nouvelle logique politique récurrente et installée.

Du chaos et du désordre sortent toujours quelque chose. C’est peut-être ce à quoi Sébastien Lecornu, Premier ministre en sursis permanent, a songé lorsque a été approuvé le budget de la Sécurité sociale par l’Assemblée nationale. Entre concessions et tractations multiples et variées, renoncements et reniements idéologiques, les députés ont franchi un cap tout à la fois symbolique et pratique en validant le plan de financement d’un des piliers de l’État-Providence. Mais au-delà du soulagement que le vote majoritaire, à treize voix près, a dû procurer au Premier ministre, c’est surtout la réalité politique qu’il induit qui mérite une certaine attention. Les parlementaires français, et la France en règle générale, que l’on disait incapables d’opter pour le compromis ont finalement choisi, contraints et forcés, de s’y résoudre. A l’image de nos voisins d’outre-Rhin, voire transalpins ou plus largement au Royaume-Uni, l’Assemblée s’est convertie à un exercice nouveau et salutaire pour le bien du pays. Y a-t-elle perdu son âme ? Est-elle décrédibilisée ?

Intérêt général

Pour l’heure non. Mais elle a accompli un grand pas, celui que sont capables d’effectuer les démocraties modernes, ou qui se présentent comme telles, afin de privilégier l’intérêt général. Il est peu probable que la France se réveille demain sous une pluie acide ou une invasion de sauterelles mais il est sûr, en revanche, qu’elle s’assure, pour un temps en tous cas, une relative sérénité, ce qui est beaucoup au regard de la situation actuelle. Parallèlement, se pose la question de savoir si les députés seront capables de reconduire l’exercice. A vrai dire, et selon l’adage populaire, il n’y a que le premier pas qui coûte et au point où en est le pays, les scrupules idéologiques avancés par certains pèsent peu, voire rien, au regard du gain politique que représente ce compromis. Est-ce à dire donc qu’après des mois d’atermoiements, de responsabilités gouvernementale engagées à coup de 49.3, de chute de gouvernements à peine nommés ou à peine installés, l’Hexagone a atteint l’âge de raison, abandonnant la fièvre montagnarde à la raison girondine ? D’aucuns le penseraient, ouvrant la voie à une réflexion sur l’avenir politique et idéologique du pays. Or, réside dans cette même réflexion des aspects positifs et négatifs.

Equation

Au rang des aspects positifs, l’idée que le compromis passé et acté se révèle un réservoir presque infini de combinaisons politiques à même de répondre aux aspirations du pays, des alliances idéologiques nouvelles ou originales. Mais dans le même temps, au rang des aspects négatifs, elle expose à la possibilité d’intégrer dans la nouvelle équation l’extrême-droite qui se voit offert une forme de banalisation objective de ses thèses arguant du fait que le compromis peut aussi intégrer ses idées. Voilà la faiblesse du compromis, il ne satisfait personne mais tous s’en contentent. En abandonnant le manichéisme majoritaire typique des sociétés empreintes de traditions romaines antiques et sous-jacentes, la France a fait le choix, ponctuellement, d’une logique grecque voire byzantine. L’avenir dira si l’Hexagone laissera sa nature reprendre le dessous ou se convertira, dans un sur-moi politique possible, à la logique de la transigeance.

Ankara aujourd’hui…Mais demain ?

La visite du pape Léon XIV en Turquie révèle le poids croissant de l’ancien empire ottoman dans la diplomatie internationale car capable de s’adresser à nombre d’acteurs. Mais cette influence, reconnue et avérée, n’aura peut-être qu’un temps.

Voilà un pays qui parfois, au gré des soubresauts de l’actualité et de la géopolitique, occupe le devant de la scène médiatique sans pour autant en prendre toute la place. La Turquie est donc ce pays, aux confins de l’Europe et aux portes de l’Orient, qui a récemment reçu la visite du pape Léon XIV. Cette visite, qui aurait pu sembler presque accessoire, a pourtant revêtu un intérêt tout à la fois religieux mais aussi diplomatique, le deux aspects pouvant à l’occasion de confondre. Ainsi, en se rendant en Turquie, le pape cherchait-il à rassurer la communauté chrétienne, discrète et peu nombreuse, quand au soutien du Vatican à leur endroit. Là encore, rien d’exceptionnel. Pour autant ; la visite d’un chrétien en terre musulmane n’a rien d’anodin au regard de la situation diplomatique globale et en particulier celle du Moyen-Orient.

Politique autoritaire

Car la Turquie s’avère aujourd’hui un pays non pas courtisé mais ménagé en dépit de ses atteintes aux droits de l’homme et de la presse qui ne cessent d’ailleurs de se multiplier dans le silence des chancelleries internationales. Plusieurs raisons expliquent ce mutisme qui permet, au passage, à Recep Erdogan de poursuivre sans heurt sa politique autoritaire. Parmi les raisons avancées, le fait que la Turquie est aujourd’hui l’interlocuteur d’organisations ou d’Etats mis au ban des accusés. La Russie de Vladimir Poutine qui sait trouver en Turquie un ensembles de matériels militaires, notamment des drones de combat, est un fidèle du président turc. Terre musulmane sunnite, la Turquie est aussi écoutée et entendue du Hamas, ennemi juré d’Israël avec qui Ankara entretient aussi des relations cordiales. Cette situation de carrefour diplomatique qui s’appuie aussi sur un carrefour géographique, la Turquie dominant les détroits du Bosphore et des Dardanelles, clefs de la Mer Noire, est le fruit de l’entrisme permanent de Recep Erdogan à l’échelle internationale, désireux de rendre la Turquie la grandeur et l’influence de l’Empire ottoman.

Aura et influence

Pour l’heure, force est de constater que le pari est réussi, nombre de nations occidentales faisant appel officiellement ou officieusement à Ankara, pour s’immiscer discrètement dans les négociations sans s’attarder sur la situation des droits de l’homme en Turquie, et considérée comme secondaire au regard de la situation. Pour autant, si l’influence de la Turquie, son rôle à tout le moins, est avérée, peut-être surestimée au demeurant, celle-ci est aussi nourrie par l’actualité de la situation internationale et de circonstances qui invitent à se tourner vers ce pays aux multiples facettes. Reste donc à savoir si, les crises ukrainiennes achevées ou le Hamas contrôlé, Ankara conservera la même aura. Car, pour mémoire, tout aussi puissant fût-il, l’empire ottoman disparut au profit de la Turquie actuelle.