Concernée mais dépassée

Les négociations multipartites dédiées à l’élaboration d’un plan de paix entre Russes et Ukrainiens sous l’égide américaine se révèle être une consultation polie du Vieux continent sur une question qui la concerne mais qui la dépasse.

Il apparaît comme presque évident, pour ne pas dire totalement évident, que les négociations entamées à Genève entre les puissances européennes soutenant Kiev dans sa lutte contre la Russie les Etats-Unis et l’Ukraine, ne sont qu’une forme polie de consultation du Vieux continent avant la validation du plan élaboré par l’administration Trump dans le cadre du règlement du conflit opposant l’Ukraine à la Russie. Fatigué de cette guerre, Washington et Moscou se sont donc entendus afin pour établir un processus de pacification plus que favorable à Vladimir Poutine. Pourtant, au-delà du plan en tant que tel, se dessine en filigrane une autre réalité tout aussi inquiétante pour l’Europe.

Dénégations et considérations

Attachée à sa proximité avec les Etats-Unis, l’Europe est forcée de constater, en dépit de ses dénégations, que Washington ne partage plus les mêmes sentiments à son endroit. Plusieurs raisons l’expliquent dont la volonté de Donald Trump de vider l’OTAN de sa substance et de répondra aux piliers de son programme, L’Amérique d’abord, donc loin de l’Europe et des coûts généraux, financiers, diplomatiques et humains qu’elle engendre. Conséquence immédiate pour des Européens, confits de naïveté et d’un cruel manque de lucidité sur la réalité géopolitique de leur propre continent, le fait d’être escamotés dans les négociations visant à établir la paix en Ukraine. Se dessine de fait un axe Washington – Moscou, Londres, Paris, Berlin ou Rome, axe où les considérations humanistes ont cédé le pas à un pragmatisme baigné de cynisme.

Raison et théâtre d’opération

L’administration Trump, qui prête certainement une influence surestimée à la Russie en Europe occidentale, n’en reste pas moins tenté de donner raison au plus fort afin d’éviter de potentielles négociations jugées superflues au regard de leur longueur estimées. Le postulat trumpiste est clair : Signer, ou plus précisément l’expédier, la paix en l’état des forces et des territoires conquis en présent, fut-ce au détriment d’une Ukraine amputée et d’une Europe écartée. Si la Guerre Froide avait opposé blocs de l’Est et de l’Ouest, l’Europe, elle même impliquée dans le bloc occidental avait une existence politique et géographique. Or, dans la logique Trump – Poutine, celle-ci ne revêt qu’un rôle géographique, un théâtre d’opération comme un autre, à l’importance relative, qui évolue au gré des circonstances. Voilà les nouvelles lignes de la diplomatie mondiale qui a enterré le multilatéralisme au profit de la loi du plus fort.

Baby boom et baby crash

Le financement du budget de la Sécurité Sociale et par voie de conséquence celui des systèmes de retraites va se heurter à la question de l’allongement de la durée de cotisation. Instrument politique, les retraites sont aussi intrinsèquement liées à la natalité et l’espérance de vie, la première insuffisante, la seconde en hausse.

Tel un serpent de mer, la nécessité de voter au plus tôt un budget revient inlassablement dans l’agenda des parlementaires, en l’occurrence ceux du Sénat amenés à examiner le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale avant d’examiner le suspension de la réforme des retraites. La Chambre Haute ayant déjà annoncé qu’elle voterait contre cette suspension, il est fort à parier que le texte, devenu point de crispation pour l’Assemblée Nationale, précipite la fin Gouvernement Lecornu. Et si pour l’heure la question de la chute n’est pas à l’ordre du jour, il convient aussi de rappeler plusieurs éléments objectifs à même d’expliquer pourquoi les réformes successives portant sur le financement des retraites appellent toujours un allongement de la durée de cotisation, concrètement un allongement de la durée du travail. Premier facteur d’explication, la situation démographique de l’Hexagone. Avec un nombre moyen d’enfants par femme de 1,59 en 2024 (pour 1,8 en 2022), la France ne peut assurer un renouvellement des générations capable de résoudre la question du financement des retraites.

Pensions et querelle

Pour que celui-ci soit a minima efficace, il conviendrait d’avoir un nombre d’enfants par femme d’au moins 1,8, voire 2,2 pour assurer un renouvellement optimal. Deuxième élément, toujours d’ordre démographique, et dont peu se plaindront, l’allongement de l’espérance de vie. Fixée à 85,6 ans pour les femmes et 79,9 ans pour les hommes, l’espérance de vie joue un rôle considérable sur le financement des retraites au regard de la durée de versement des pensions. A la lecture de ces éléments, il devient obvie que les retraites qui s’enchaînent ne peuvent que proposer un allongement de la durée de cotisation. Les débats entourant les carrières longues et les départs anticipées au regard de la durée légale n’apparaissent in fine que marginaux, relevant avant tout de la querelle idéologique. Instrumentalisé à des fins purement politiques, (François Hollande avait rétabli la possibilité d’un départ à soixante ans avec décote si les trimestres cotisés n’étaient pas suffisants) la question du financement des retraites a fini par perdre de vue l’intérêt général qui appelle un allongement de durée de cotisation afin que tous profitent du système par répartition.

Prévisions et allongement

Autre option, tout aussi douloureuse, celle qui consiste en une augmentation des cotisations patronales et salariales. Inaudibles pour les chefs d’entreprise, impensables pour les salariés, cette augmentation offrirait l’avantage de réduire de tout ou partie la durée de cotisation au regard des prévisions établies et d’assurer aux futurs retraités, celles et ceux nés entre 1965 et 1980, des pensions fermes et décentes. Pour autant, cette option qui entraverait le pouvoir d’achat et pèserait sur l’emploi rendant le coût du travail potentiellement plus élevé, n’est pas à l’ordre du jour. Seule option qui finira à terme par s’imposer : l’allongement de la durée de cotisation. Or, celle-ci n’est en rien nouvelle car déjà dans le courant des années soixante-dix, alors que le la natalité hexagonale avait amorcé sa décrue, tous les indicateurs montraient que le financement des retraites deviendrait problématique au tournant des années quatre-vingt dix. Ainsi, la première réforme en la matière intervint en 1994 avec le passage de 37,5 ans de cotisation à 40 ans. Les réformes successives ne firent que confirmer la réalité qui commença à s’imposer dans la décennie soixante-dix. De fait, une conclusion, s’impose : l’âge d’or des retraites a vécu.

Se réinventer pour se sauver

L’ouverture de la COP 30 pose encore la question de l’utilisation des énergies fossiles au sein d’une Humanité qui reste encore incapable de générer un autre modèle de fonctionnement détachée du carbone. Explications.

Alors que s’ouvre à Belém, au Brésil, la COP 30, conférence dédiée à l’avenir du climat à l’échelle planétaire, d’aucuns, et à raison, s’interrogent sur l’utilité de cet évènement international, porté au pinacle par certains, entouré de suspicion pour d’autres. Pour ces derniers, en particulier, les COP apparaissent comme des générateurs de contraintes supplémentaires à l’activité de leur économie. Car c’est là que se pose toute la question de l’utilité des COP. Sont-elles réellement opportunes et efficaces dans une monde encore très largement (trop ?) dépendant des énergies fossiles à commencer par le pétrole. Chine et Etats-Unis, premiers pollueurs de la planète mais aussi premiers moteurs de la croissance mondiale impriment le rythme de l’économie globale par leurs décisions en faveur ou en défaveur de l’environnement.

Constat et responsabilité

Certes, l’Empire du Milieu multiplie les opérations pro-environnementales, notamment par le développement de l’éolien marin mais l’essentiel de l’activité chinoise reste fondamentalement articulée autour de l’utilisation du pétrole et du charbon. Constat identique aux Etats-Unis où le pétrole, érigé comme roi des énergies, ponctuellement renforcé en cela par la volonté de Donald Trump de relancer l’industrie américaine, reste la ressource naturelle pilier d’une économie des plus polluantes. Pourtant, faire reposer sur ces deux nations la seule responsabilité de COP aux portées limitées serait injuste, incomplet et infondé. L’ensemble de la planète consomme du pétrole et d’autres énergies fossiles car le modèle économique mondial est basé sur ces énergies, abondantes en quantité, souples en utilisation, infinies dans leur développement (pétrochimie, industrie,….). La question qui émerge donc aujourd’hui n’est plus de savoir comment limiter les effets des gaz issus d’énergies fossiles sur le climat global mais de savoir si l’Humanité est prête à changer de modèle de fonctionnement qui remonte aux premières heures de la Révolution industrielle.

Automobile et climat

Et, convenons-en, il sera plus facile d’abandonner le pétrole que de changer le modèle qui en découle. Le fait de posséder une voiture électrique n’exempte pas de responsabilités carbonées car la construction de cette même automobile a engendré l’utilisation de pétrole au service d’une industrie qui emploie des millions de salariés et génère des profits répondant eux-mêmes aux critères dictés par le modèle de fonctionnement. Il est donc naturel de s’inquiéter pour le climat, la survie de l’Humanité en dépend, mais il est encore plus urgent de se pencher sur la création d’un nouveau modèle de fonctionnement planétaire. Et de relancer le débat sur la décroissance, clef pour certains d’un nouveau modèle. Pour l’heure, avec près de 8,1 milliards d’habitants, l’Humanité fait face à un défi qui semble même la dépasser : se réinventer pour se sauver.

L’eau du bain

En adoptant une loi conçue et proposée par le Rassemblement national, la représentation nationale a donné l’image d’une assemblée poreuse aux idées d’extrême droite, enfermée dans sa passivité et plus préoccupée par des luttes d’influence stériles que par la défense des principes républicains.

Après avoir adopté un texte de loi proposé par le Rassemblement national, l’Assemblée Nationale s’est réveillée quelque peu abasourdie. Et pour cause, il s’agissait de la première fois que la représentation nationale adoptait une loi conçue et proposée par le mouvement d’extrême droite. Dans l’absolu, une loi reste une loi et tout parti politique composant l’hémicycle est en droit d’élaborer un texte visant à être adopté. Mais dans ce cas là, c’est toute la portée symbolique du texte, tant d’un point de vue intrinsèque que du parti qui l’a présenté qui interroge. Le texte voté (qui ne sera effectif que lorsque les décrets d’application seront promulgués) porte sur la suppression des facilités, en vigueur depuis les accords de 1968 entre la France et l’Algérie, aux travailleurs algériens en matière d’accès à l’emploi. Pourquoi donc tant d’interrogations autour de ce texte voté ?

Accord et porosité

Dans un premier temps, était-il véritablement nécessaire et urgent de revenir sur cet aspect de l’accord bi-partite ? Le Rassemblement national qui a fait de la lutte contre une supposée, illusoire et infondée, vague migratoire venue d’Afrique du Nord, un combat permanent nourrit donc le sentiment désormais que l’un de ses thèmes de prédilection a été entendu et accepté par la représentation nationale. Est-ce à dire que les idées du Rassemblement national infusent une assemblée de plus en plus poreuse à l’extrémisme de droite ? Il appartiendra à chacun de répondre à cette question mais il n’en reste pas moins que cette victoire politique permet au mouvement de Marine Le Pen de pérorer en se posant en défenseur des intérêts nationaux. Il n’est donc pas interdit de penser que l’Assemblée a cédé au délitement général qui frappe les sociétés occidentales où les principes moraux de tolérance, longtemps remparts inexpugnables contre l’extrémisme, sont désormais bafoués et liquidés avec l’eau du bain. Car c’est bien là que le bât blesse plus : dans la passivité d’une Assemblée qui vote sans s’interroger sur les motivations d’une loi hautement politique et à la portée plus que symbolique pour le mouvement d’extrême droite. En outre, répétons-le, cette loi dont la pertinence et l’urgence interrogent, semble faire bien peu de cas des relations des plus tendues entre Paris et Alger, relations qui ne vont naturellement en rien s’améliorer au regard du texte voté. Autre élément, non sans intérêt, et qui rassemble en son sein la porosité de l’Assemblée tout comme sa passivité, c’est bien la faiblesse de la représentation nationale et notamment celle des partis la composant. Car si le Rassemblement national occupe la place qui est la sienne désormais, c’est en raison de la médiocrité des autres partis enlisés dans des conflits d’influence stériles au lieu de faire front contre un mouvement qui trouve devant lui le champ libre pour proposer des lois en droite ligne avec ses fondamentaux idéologiques.