La reconnaissance de l’État de Palestine ne peut être jugée ou commentée à la seule aune de la réalité actuelle dominée par un conflit pour l’heure sans fin annoncée mais à la mesure du droit fondamental qui est celui de l’autodétermination d’un peuple. Tout comme Israël en bénéficia en 1948.
Seul l’avenir dira si la reconnaissance de l’État de Palestine influera positivement sur le sort qui s’acharne sur le Moyen-Orient. Pour l’heure, la décision de la France, suivie par l’Australie, le Canada et le Royaume-Uni, a naturellement provoqué la colère d’Israël et de Benyamin Netanyahou. Bien que toujours soutenu par les Etats-Unis dans sa guerre punitive contre le Hamas au coeur de laquelle la population palestinienne est prise en orage, le Premier Ministre israélien voit néanmoins sa marge de manœuvre se réduire, la reconnaissance de l’État palestinien faisant entrer, partiellement au moins, ce dernier dans le champ des nations officiellement reconnues.
Conséquence logique
Pourtant, au-delà, cette reconnaissance rebat la solution à deux Etats, solution que réfute Israël, que l’État palestinien réclame. Jusqu’à présent la solution était avancée comme une forme de règlement possible à la question moyen-orientale, la reconnaissance se présentant comme une conséquence logique de l’existence de deux Etats. Mais, ici, et en l’occurrence, la reconnaissance se précède à elle-même, non plus en la suggérant mais en l’imposant. De fait, Israël se retrouve face à un Etat reconnu comme légitime par une partie du monde, certes minoritaires et par des puissances moyennes, mais dont la position pourrait faire école. Car mener la guerre face à un territoire exsangue et non reconnu diffère d’une guerre menée contre un Etat plein et entier en cela que celui-ci peut s’appuyer sur le droit international pour faire valoir ses droits. Autre motif de colère d’Israël, la position des Etats-Unis et notamment de Donald Trump. Désavoué et décrédibilisé au regard du conflit ukrainien, le Président américain aura de plus en plus de mal à soutenir Israël dans une guerre qui ressemble plus à un règlement de compte qu’à un conflit visant à assurer la sécurité de l’État hébreu, et ce même si à l’origine tel était le cas.
Actions militaires
Se présentant finalement comme un président irrésolu, Donald Trump patine et s’enlise dans un soutien qu’il devient chaque jour plus compliqué de justifier au vu des actions militaires meurtrières menées par Israël dans la Bande de Gaza. Quant aux pays européens, tout aussi irrésolus, humiliés par Vladimir Poutine qui observe avec cynisme la situation moyen-orientale, ils voient, pour certains d’entre eux au moins, la possibilité de se réaffirmer sur la scène internationale tout en faisant valoir et en reconnaissant un principe fondamental du droit international, celui des peuples à l’autodétermination. Car reconnaître l’Etat de Palestine, c’est reconnaître l’existence d’un peuple palestinien, ce que personne ne peut contester, et l’existence d’un territoire sur lequel son droit à l’autodétermination pourra s’exercer.