Condamné à cinq ans de prison, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy n’a de cesse de répéter vouloir se défendre afin de retrouver son honneur perdu. Pourtant si nul est dessus des lois, il convient aussi d’assumer ses actes afin d’en sortir grandi.
Les menaces proférées à l’endroit de la magistrate ayant prononcé la condamnation de Nicolas Sarkozy en disent beaucoup sur l’État dans lequel se trouve la démocratie du pays des Droits de l’Homme. Indépendante et détachée des querelles politiques, la justice ne peut, chacun le comprendra, être rendue sous le coup de menaces présentes ou à venir. Le climat de tension et d’hystérie qui règne autour de la personne de Nicolas Sarkozy, et ce depuis son entrée en politique, n’est pas pour rien dans les dites menaces. Volontiers provocant, clivant et radical dans ses propos, l’ancien Président de la République a su cristalliser autour de lui une clique d’individus toujours prompte à le défendre en dépit de la réalité des faits. La victimisation, qu’il manie avec une redoutable aisance, fait aussi partie de l’attirail rhétorique de Nicolas Sarkozy qui endosse avec un certain goût le rôle d’artiste maudit, incompris de son temps.
Hystérisé et criminel
Mais au-delà de cette réalité qui finira par relever de l’anecdote, c’est surtout l’état moral de la France qui peut inquiéter. Alors que l’Italie s’engouffre, semble-t-il, avec joie dans le populisme de Georgia Meloni, l’Hexagone se trouve hystérisé par la condamnation d’un ancien président, condamnation qui prouve que personne n’est au dessus des lois. Serait-il donc devenu criminel de faire valoir le droit et la justice ? Il appartient à chacun de répondre à la question à l’aune de ses convictions, mais une chose est certaine, si la justice doit s’appliquer, elle s’applique à chacun, sans distinction, détachée de tout débat et élevant ce dernier loin de toute agitation. La déesse Thémis, les yeux bandés, la balance dans une main, le glaive dans l’autre n’est jamais que l’incarnation de ce principe qui n’a que faire des gesticulations d’un ancien président pris les mains dans le pot de confiture. Et hystériser le débat autour d’une condamnation somme toute banale, tient plus du populisme crasse que de la nécessité de repenser le modèle juridique et judiciaire de la nation. Par un argumentaire rodé, et finement pensé, l’ancien Président de la République, travaille ainsi à éroder la confiance déjà altérée des citoyens en l’État de droit en salissant la fonction des juges et en criant au complot contre sa personne, seul contre tous. Manœuvre classique de tout coupable refusant d’assumer ses responsabilités, à commencer par les conséquences de ses actes. Car président ou pas, la grandeur d’un individu se gagne d’abord là, en assumant et en se taisant.