Le piège refermé… ?

L’offensive israélienne menée contre l’Iran, appuyée par les Etats-Unis, n’aura abouti qu’à un statu quo diplomatique loin d’entraîner la chute du régime des Mollahs. Mais le but poursuivi par Benyamin Netanyahou était-il plus la destruction des sites nucléaires iranien et la chute du régime iranien que de s’assurer le soutien des Etats-Unis ?

La question n’est pas tant de savoir qui des deux belligérants, entre Israël et l’Iran, acceptera le cessez-le-feu. La question est surtout de savoir quelle suite sera donnée à cette guerre éclair qui a déstabilisé le Moyen-Orient sans précipiter, loin et s’en faut et a contrario des espoirs israéliens, la chute du régime iranien. Un constat s’impose : Et maintenant ? Israël a essayé de faire tomber un régime qui a juré sans perte sans y parvenir, la menace est donc toujours entière et prégnante ; les Etats-Unis, en bombardant les sites stratégiques nucléaires iraniens ont fait valoir leur force mais se retrouvent dans la même situation qu’Israël : le régime des Mollahs, initié en 1979 est toujours debout. Car pour le voir s’effondrer, force est de constater que seul le peuple iranien est en capacité de renverser la table pour installer en Iran une démocratie.

Solution crédible

L’exemple irakien, via lequel les Etats-Unis pensaient, par la destitution de Saddam Hussein, imposer la démocratie comme un paquet de lessive à un consommateur lambda, s’est soldé par un échec cuisant qui plus de vingt ans après n’est toujours pas définitivement réglé. Imaginer faire chuter le régime iranien par l’entremise d’une intervention militaire conjointe et coordonnée entre Israël et les Etats-Unis est un leurre diplomatique qui se heurte à la solidité d’un régime blindé contre toute tentative de déstabilisation. En revanche, imaginer un soutien à l’opposition iranienne, quelque que soit son origine, peut s’avérer comme une solution crédible et surtout réaliste. Il sera beaucoup plus difficile pour Téhéran de contenir sa propre population que de lutter contre des missiles tirés d’Israël, tout aussi meurtriers que ces derniers soient. La puissance de la contestation, larvée ou semi-officielle, de l’opposition iranienne pourrait dès lors devenir une vraie menace profitant de l’exposition du régime à des attaques extérieures. Cette forme d’affaiblissement, à exploiter sans tarder, avant en tous cas que le régime ne panse les plaies des attaques israéliennes et américaines, se présente comme une aubaine pour la société iranienne favorable à un changement de régime, certes, mais pas à un remplacement dicté par une puissance étrangère.

Moyens déployés

La guerre éclair menée par Israël a donc de grandes chances de s’achever comme elle a commencé, à savoir, sans idée précise si ce n’est la vague volonté de faire tomber le régime iranien, impossible en l’état et au vu des moyens déployés, à savoir uniquement aérien. Le seul résultat de cette offensive a été de troubler plus encore un Moyen-Orient qui l’était déjà au plus haut point au regard de la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza. Autre résultat, celui de s’assurer pour Israël du soutien indéfectible des Etats-Unis, tombés dans le piège de l’alliance à tout prix. Benyamin Netanyahou, fragilisé par le conflit dans la bande de Gaza pour l’heure sans issue, avait besoin de redorer son blason de chef d’État tout en confirmant l’hégémonie israélienne au Moyen-Orient. Le calcul diplomatique du Premier ministre israélien, cynique et mortifère, a finalement très bien fonctionné. Mais pour quel résultat ?

Si puissant, si faible

Le conflit opposant israélo-iranien met en évidence toute la puissance diplomatique de l’État hébreu sachant pouvoir compter sur le soutien des Etats-Unis, pris au piège entre sa volonté de maintenir des liens étroits avec Téhéran et la protection sans limite accordée à Israël.

Quel est le point commun entre Kiev, Téhéran et Tel Aviv ? Les plus chagrins diraient la guerre, ce qui est d’une vérité absolue. Mais en analysant plus finement la situation, l’on s’aperçoit que le premier de tous les points communs, car il y en a plusieurs, c’est les Etats-Unis. Dans ces conflits, pour le dernier en date opposant Israël à l’Iran, la patrie de L’Oncle Sam est impliquée, et Donald Trump en particulier. Non pas directement mais diplomatiquement parlant, mais il est clair que l’un et l’autre y jouent un rôle évident. Pour le premier, à savoir le conflit ukrainien, qui, ironie du sort, est en passe de devenir le dernier, les Etats-Unis ont opté pour un rôle d’intermédiaire, pour l’heure sans succès.

Déception

En témoigne d’ailleurs, le départ précipité de Donald Trump lors du sommet du G7 au Canada qui n’a pas eu l’heurt de rencontrer Volodymyr Zelensky, de fait déçu, mais toujours pressé de trouver une solution à un conflit qui s’éternise le tout non sans réjouir Vladimir Poutine. Quant au conflit opposant Israël à l’Iran, sans compter la guerre menée contre le Hamas, l’ombre des Etats-Unis est telle que d’aucuns penseraient qu’ils sont directement impliqués dans le conflit. Pour autant, les deux guerres citées précédemment mettent aussi en évidence l’incapacité des Etats-Unis, pourtant présentés comme omnipotents, à régler des conflits régionaux mais aux interactions mondiales. En attaquant directement l’Iran, soutien du Hamas, au motif de détruire ses installations militaires sensées abriter des ressources militaires, Israël met les Etats-Unis devant ses responsabilités, voire au pied du mur : Soit les négociations avec Téhéran, soit le soutien inconditionnel à Israël quel qu’en soit le prix.

Guerre préventive

Il sera difficile pour la Maison Blanche de choisir entre un maintien des relations avec Téhéran et le soutien à Benyamin Netanyahou aujourd’hui chef d’orchestre de la diplomatie moyen-orientale voire au-delà. Il n’est pas d’ailleurs inintéressant de s’attarder sur le poids d’Israël à l’échelle mondiale, capable de déclarer sans sommation une guerre qualifiée de préventive sans que ne broche la communauté internationale préférant se réfugier derrière le droit international pour la justifier ou la condamner. Par là même, l’embarras de Donald Trump face à l’offensive israélienne décrédibilise l’action et le discours de ce dernier, notamment face à Vladimir Poutine qui aura beau jeu de rappeler combien face à Israël le Président nord-américain se révèle tétanisé, pris au pièce d’engagements historiques le dépassant lui et son administration. Diplomatie à multiples vitesses qui met aussi en exergue les limites du discours de Donald Trump qui a oublié combien la connaissance des enjeux régionaux et mondiaux ne s’accommodait pas du radicalisme et de la violence verbale dont celui-ci a fait preuve pendant sa campagne.

A chacun son rôle

De Nogent à Graz, la violence qui s’exprime aujourd’hui, dans ou à l’extérieur, des enceintes scolaires met en évidence la nécessité de relancer le débat sur la responsabilité des parents tout comme celui d’une réhabilitation de l’autorité due aux institutions et à ses représentants.

Entre l’assassinat d’une assistant d’éducation à Nogent et la tuerie qui a ensanglanté la ville autrichienne de Graz, une réalité s’impose : les écoles sont devenues des cibles que d’aucuns qualifieront de faciles car, par essence, un lieu de savoir et d’apprentissage n’a pas vocation à être blindé et surprotégé. Et pourtant, le discours qui tendait à refuser cette option va peut-être devoir changer et évoluer. Dans un second temps, passées l’émotion, la stupeur et la colère légitimes qui animent les familles des victimes et au-delà, se pose aussi la question des raisons qui poussent certains individus à commettre ces actes. L’avalanche de commentaires sur la libre circulation des armes blanches, sur le poids et l’influence des réseaux sociaux, qui appellent à l’interdiction ou le contrôle de l’un ou de l’autre relèvent de la démagogie, d’une indignation de circonstances qui pourraient aisément être jugée comme vulgaire et déplacée. Que les deux éléments cités précédemment aient joué un rôle apparaît comme indubitable mais ils ne sont pas les seuls.

Limites et racines

Affirmer qu’une partie des adolescents, et ce à l’échelle mondiale, a perdu une grande partie des repères qui tendaient à établir les limites du socialement acceptable, n’est pas erroné. Affirmer que l’Ecole n’est plus en mesure, en raison d’une perte de sens des enseignements dispensés, de développer un discours altruiste et citoyen n’est pas plus erroné non plus. Cette violence physique, qui trouve ses racines dans une violence sociale, diversement encouragée par des parents démissionnaires, par ailleurs en rupture chronique avec l’institution scolaire vue comme castratrice, l’explosion des cellules familiales, la banalisation des rapports de force entre élèves et enseignants, le défi constant à l’autorité régalienne, institutionnelle ou parentale, travaille aussi au développement d’un climat instable, anxiogène et propice à la violence. Reste désormais à établir les solutions pour tenter d’endiguer cette même violence qui touche parmi les lieux les plus sacrés de nos démocraties, à savoir l’Ecole. Le challenge est immense car de dimension globale, appelant à un sursaut d’exemplarité et à une prise de conscience des responsabilités de chacun, à commencer par celle des parents, trop souvent amenés à déléguer leur autorité à l’Ecole qui, pour rappel, enseigne quand les parents éduquent.

Postulat et identification

Cette répartition des rôles oblige tous les acteurs à assumer ce qui leur revient de droit certes mais surtout par devoir. La violence dans ou à l’extérieur de l’Ecole n’est pas un problème intrinsèque à l’institution, elle relève d’une responsabilité collective se basant sur le postulat que l’Ecole est aussi la reproduction fidèle, mais réduite et circonscrite à l’enceinte des établissements, de nos sociétés. Le lien de causalité peut apparaître raccourci mais il n’en est pas moins pertinent dans la mesure où les élèves, certains en tous cas, reproduisent ou répètent par syndrome d’identification la violence dont ils sont témoins, voyant en cette dernière une forme d’affirmation ou d’existence sociale. Le problème est donc profond et substantiellement grave car il concerne les générations sensées assurer la pérennité de nos sociétés. Or accepter la violence comme élément consubstantiel de ces dernières se révélerait rapidement une erreur mortifère.

L’autre ambassadeur

Si les relations diplomatiques franco-algériennes sont actuellement marquées par des tensions lourdes, la réception par Alger de Rodolphe Saadé, patron de CMA-CGM, ouvre la voie à un potentiel et informel rapprochement des deux Etats. Explications.

Faut-il voir dans la rencontre entre le Président Tebboune et Rodolphe Saadé, patron de CMA-CGM une forme de réchauffement des relations diplomatiques franco-algériennes ? S’il est trop tôt pour le dire, il apparaît cependant qu’Alger a pris la mesure, pour le développement de son économie et de sa branche maritime en particulier, d’une alliance avec le groupe maritime de transport de conteneurs et de fret, alliance qui ne serait que profitable au géant du Maghreb. Parallèlement, il est évident que Paris et le Quai d’Orsay, siège de la diplomatie française, scrutent avec attention cette rencontre et les décisions qui pourraient en découler, ces dernières pouvant donner une idée relativement précises de la teneur des relations diplomatiques futures entre les deux pays. Pour autant, affaires et politiques ne sont pas nécessairement appelées à être menées de front, voire ensemble, car les différends qui enveniment les relations entre Paris et Alger à ce jour sont avant tout d’ordre politique plus que commerciaux ou économiques.

Relations commerciales

Preuve en est, Alger n’a pas remis en cause les accords portant sur la vente de pétrole et de gaz à la France, accords remontant aux Accords d’Evian signés en mars 1962. Il n’en reste pas moins que le déplacement de Rodolphe Saadé à Alger revêt une dimension politique qui n’aura échappé à personne. De fait, France et Algérie sont naturellement conscients du poids des relations commerciales qui unissent les deux pays, tout comme du fait que la brouille ne pourra durer éternellement, trop lourdes de conséquences à tous points de vue. Donc, avancer que Rodolphe Saadé se mue en ambassadeur par procuration n’est en rien excessif, le rôle endossé pour la circonstance n’ayant pas d’effets directs ou indirects sur l’objectif central de son voyage : nouer ou signer des contrats de coopération pour son entreprise. Le nombre d’emplois créés, le développement logistique généré et la densification des réseaux commerciaux entre l’État algérien et l’entreprise française sont à même de susciter un assouplissement des relations actuelles.

Second plan

La reconnaissance de l’autorité marocaine sur la Sahara Occidental par Emmanuel Macron au détriment du Front Polisario soutenu par Alger, reconnaissance à l’origine de l’escalade diplomatique entre Alger et Paris pourrait donc progressivement passer au second plan si les initiatives telles que celles menées par celle de Rodophe Saadé se multipliaient via d’autres canaux, comprenez, que d’autres entreprises françaises s’implantent ou développent leur présence sur le sol algérien. Objectivement, Alger aurait tout à y gagner car le pays, enlisé dans une crise sociale et économique à l’issue lointaine, soumis aux soubresauts des cours du pétrole dont il tire la quasi-totalité de ses revenus, (près de 75 % à 95 %) trouverait là un moyen parmi d’autres de diversifier son économie en exploitant l’espace méditerranéen quand Maroc et Tunisie peinent à s’y exprimer.