Questions sans réponses

Les 100 premiers jours de la présidence de Donald Trump ont donné lieu à un spectacle politique inédit. Entre annonces et volte face, bravades et humiliations, le Président des Etats-Unis plonge le monde dans l’incertitude et des sommes de questions sans réponse.

Entre annonces fracassantes à même de faire trembler le monde, à coups de volte-face tout aussi spectaculaires qu’inattendues, sans évoquer l’avalanche de mauvais goût en tout genre, les 100 premiers jours de la présidence de Donald Trump ne laissent pas sans commentaires. Car si c’était seulement une question de mauvais goût, d’aucuns, résignés et blasés, le toléreraient mais l’histoire ne s’arrête pas là, entraînée par une surenchère de décisions jugées totalement déconnectées de la réalité, comme, par exemple, la plus symptomatique, celle des droits de douanes. Bien qu’objet d’un moratoire qui sera levé au mois de juillet, ces derniers restent un sujet d’interrogations pour nombre d’économies et pour l’économie mondiale en règle générale. Après avoir battu en brèche le multilatéralisme qui prévalait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, multilatéralisme auquel les Etats-Unis ont largement contribué, Donald Trump a plongé la planète dans une forme d’angoisse et d’anxiété dont il semble beaucoup s’amuser.

Responsabilités

Soucieux, ou pas d’ailleurs, de satisfaire son électorat qui commence à se détourner et à se lasser de sa politique qui tient plus de bravades répétées que d’une logique de gouvernement établie et réfléchie, Donald Trump donne le sentiment de jouer avec sa présidence comme un enfant avec son hochet, ignorant les conséquences qui pourraient en découler y compris pour son propre pays. Après avoir bousculé les bourses mondiales, renvoyés les Européens à leurs responsabilités en matière de politique de défense (chose que Barack Obama avait commencé à évoquer lors de son premier mandat), tenu la dragée haute à la Chine, imaginé déplacer les populations gazaouis pour transformer la Bande de Gaza en Riviera du Moyen-Orient, humilié Volodymyr Zelensky sans pour autant parvenir à dompter les ambitions de Vladimir Poutine, le président des Etats-Unis propose un bilan qui interroge autant qu’il effraie et ce à peine 100 jours après son investiture en janvier dernier. Il reste donc quatre ans au Président de la première puissance économique mondiale pour briller par sa clairvoyance ou se compromettre dans des décisions toutes plus discutables les unes que les autres.

Mesures et impétuosité

Le Trump version I avait surpris le monde, le Trump version II l’effraie et l’inquiète. Et pour cause ! La question qui se pose alors est faut-il s’adapter à la nouvelle donne trumpienne ou développer un arsenal de mesures visant à contrer celles déjà prise par l’ancien magnat de l’immobilier ? Objectivement, s’adapter ou développer de nouvelles mesures revient finalement au même ; la mise en place d’une politique d’opposition étant aussi une forme d’adaptation. Pour autant, c’est aussi la question du coût économique et financier qui se pose en filigrane. L’Europe, l’Asie et l’Afrique, cette dernière des plus exposées, auront-elles les moyens et les capacités de s’opposer à l’impétuosité et l’imprévisibilité de Donald Trump ? In fine, et à y regarder de plus près, la présidence Trump se révèle être une succession de questions. Pour l’heure sans vraies réponses…

Indomptable Pékin ?

L’augmentation réciproque des droits de douanes engagée par les Etats-Unis et la Chine confine à l’affrontement entre les deux puissances commerciales rivales. Car si Donald Trump souhaite dompter l’Empire du Milieu, il s’avère que l’entreprise sera moins aisée qu’imaginée. Malheur au vaincu.

Déclencher la guerre commerciale avec l’espoir que celle-ci ait pour conséquences de régénérer le tissu industriel des Etats-Unis, tel est l’objectif de Donald Trump en relevant les droits de douanes tel qu’il l’a fait le 2 avril dernier. Dans son viseur, pelle-mêle, tous les partenaires commerciaux accusés d’avoir pillés l’Oncle Sam pendant des décennies dans un système de libre-échange, conçu par ailleurs par les Etats-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Et parmi, les accusés, la Chine avec ses 1,4 milliard d’habitants, seconde économie mondiale qui a décidé, pari risqué au regard de la fragilité actuelle de son économie, de relever ses droits de douanes à l’endroit de tous les produits provenant des Etats-Unis. Le bras de fer entre les deux géants a donc commencé et malheur au vaincu. Car si le relèvement des droits de douanes a pour conséquences d’effrayer l’Union européenne, la poussant à négocier plutôt qu’à s’imposer, à l’image de bien d’autres pays, la Chine, emmenée par Xi Jing Ping, n’a, pour sa part aucune intention de se laisser tenir la dragée haute par Washington car elle en a les moyens.

Taiwan et semi-conducteurs

Pourquoi et comment ? Parce qu’en détenant aujourd’hui 29 % des capacités de production mondiale, contre 9 % en 2004, en possédant près de 9 % de la dette américaine via l’achat de milliards de dollars de Bons du Trésor nord-américains (ndlr : 759 milliards de dollars sont détenus par la Banque de Chine) en étant industriellement en capacité de couvrir la quasi totalité des champs d’activité (excepté l’aéronautique et les semi-conducteur dont la production est concentrée à Taiwan expliquant aussi la volonté de Pékin de récupérer l’île),  en faisant preuve d’une très grande réactivité associée à une puissante capacité d’innovation adossées à des aides publiques lourdes, la Chine sait pouvoir défier les Etats-Unis. Si le risque, comme précédemment évoqué, reste réel pour l’Empire du Milieu, il n’est cependant que ponctuel, la Chine sachant pouvoir compenser, en partie tout du moins, les pertes potentielles générées par la fermeture du marché nord-américain par les gains possibles engendrés via les relations entretenues avec d’autres partenaires commerciaux mondiaux, à savoir l’Union européenne et l’Afrique.

Effets audibles

Affirmer que la Chine n’a rien à craindre du relèvement des droits de douanes des Etats-Unis est excessif mais avancer le fait que celle-ci est en mesure de contourner la décision afin d’en limiter les effets reste audible. La question qui émerge désormais est de savoir qui, des Etats-Unis ou de la Chine cédera le premier ? L’obstination volcanique de Donald Trump se retrouve confrontée au calme désarmant de la première puissance asiatique qui a pour elle, d’être dès lors et objectivement, devenue l’alliée du reste du monde. Avantage considérable dans un univers commercial chamboulé et menacé par des craintes croissantes de ralentissement majeur de l’économie mondiale qui pourraient propulser la Chine au rang de premier partenaire commercial mondial, la hausse des droits de douanes américains faisant office de repoussoir au profit de l’Empire du Milieu. Tout le contraire de ce qui était imaginé par Donald Trump.

Un banal rassemblement

Si l’avenir de Marine Le Pen semble s’obscurcir, au profit de ses rivaux, c’est aussi l’image du parti d’extrême droite qui pâtit d’une condamnation altérant la réputation de probité et d’exemplarité d’une organisation tombée désormais dans le champ de la banalité vulgaire.

En condamnant, entre autres peines, Marine Le Pen à cinq d’inéligibilité, le tribunal judiciaire de Paris, a contribué, à son corps défendant, à la stratégie de victimisation, mais pas que, du Rassemblement National. Les cris d’orfraie poussés par la députée du Nord ont ainsi rajouté au psycho-drame politico-judiciaire qui s’est joué sous les yeux de militants sonnés. Mais passé les larmes de crocodiles, se pose la question de l’avenir politique de la chef de file de l’extrême droite française. Dans l’ombre, naturellement, Jordan Bardella, ne peut que se réjouir de la décision du tribunal, la condamnation de Marine Le Pen, si elle était confirmée en appel, lui ouvrirait les portes de l’investiture en vue de l’élection présidentielle, lui qui a la faveur des sondages, réalité qui n’est pas non plus sans irriter Marine Le Pen.

Fraude et détournement

Second point, toujours dans l’hypothèse d’une confirmation de la condamnation prononcée, il apparaît évident que les lendemains politiques de l’héritière de Jean-Marie Le Pen soit lourdement compromis tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle européenne. Pour autant, indépendamment de tous ces éléments, c’est surtout l’image du parti et de son discours qui sont altérés. Le Rassemblement National qui s’est fait depuis sa création, et bien avant encore lors de la naissance du Front National, le chantre et le thuriféraire de l’exemplarité et de la probité, tombe, comme tous ceux qu’il a dénoncé par le passé, sous les coups de la fraude et du détournement de fonds publics, européens qui plus est. Est-ce à dire que le Rassemblement National serait un parti comme les autres, au moins de ce point de vue là ? Il appartiendra à chacun de se forger sa propre opinion, mais, cyniquement parlant, cette condamnation et les faits qui sont reprochés à Marine Le Pen travaillent finalement, à la dédiabolisation d’un parti politique qui a fini par sombrer dans la banalité. Que restera-t-il donc du discours d’une organisation plus délétère que fondamentalement attractive ?

Repères politiques

En réalité, peu de chose, le message xénophobe du parti, encore une fois plus répulsif qu’incitatif, la faiblesse et la vacuité du travail parlementaire, à l’Assemblée ou au Parlement européen, achèvent de sanctionner un parti dont la spécialité reste plus d’aboyer que de mordre, de dénoncer que d’agir. Dans un sophisme certes rompu et aguerri qui séduit des électeurs en perte de repères politiques et idéologiques, le Rassemblement National a vu sa crédibilité largement entamé au point de perdre son pouvoir d’attraction. D’aucuns argueront, et à raison, que le Rassemblement National continuera à faire venir à lui des milliers d’électeurs mais la condamnation prononcée le renvoie à une forme de banalité qu’il voulait combattre par une prétendue exemplarité battue en brèche désormais. Tombé dans la vulgarité de l’existence politique, au même titre que d’autres formations parlementaires, le parti d’extrême droite se voit affublé du bonnet d’âne que d’autres ont porté avant lui. Honte à lui !