La guerre ou la paix ?

Si les conflits ukrainiens et moyen-orientaux s’éternisent, c’est aussi en raison de l’attitude des dirigeants qui les mènent, ici Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou, dont les intentions de pacification restent incertaines, interrogent à tout le moins.

De Vladimir Poutine à Benyamin Netanyahou, il serait pertinent de s’interroger si l’un et l’autre souhaitent la paix ? Non pas une paix temporaire, fragile et mal négociée, mais une paix, a contrario, durable et fondée sur les intérêts des belligérants. Car en continuant à bombarder la Bande de Gaza, le Premier Ministre israélien prouve tout le contraire et pousse à l’interrogation ; tout comme Vladimir Poutine en multipliant les attaques de drones sur Kiev ou l’Ukraine. La seconde question qui se pose alors est, pourquoi ces deux chefs d’État poursuivent cette logique belliqueuse quand s’imposerait, au regard des conditions humaines et militaires qui prévalent sur le théâtre des opérations, de cesser toutes hostilités. Concernant Vladimir Poutine, à l’avantage du terrain s’ajoute l’ascendant psychologique que celui-ci a sur son homologue, Donald Trump. Le Président des Etats-Unis, pressé de régler le conflit, serait prêt à tout pour sceller une paix durable, quitte à céder à de nombreuses compromissions propres à satisfaire Vladimir Poutine.

Aide militaire

Mais, objectivement, un constat s’impose aussi, le Président russe n’a pas fondamentalement besoin de Donald Trump, interlocuteur de circonstances qui voit aussi dans le règlement de la question russe, un moyen de légitimer sa stature internationale quand naît le doute sur sa politique intérieure au sein même de son électorat. A toute prendre,Vladimir Poutine, qui ne voit aucun inconvénient à poursuivre la guerre sachant pertinemment que les Etats-Unis n’iront jamais plus loin en terme d’aide militaire que là ils sont allés dans leur assistance à l’Ukraine, négocie avec le Président américain en toute quiétude en posant ses conditions dans un conflit qu’il a voulu et dont il fixera le terme. Quant à Benyamin Netanyahou, si la situation est diamétralement opposée à celle prévalant en Ukraine, celui-ci ayant engagé le conflit avec le Hamas au nom de la sécurité d’Israël, la logique guerrière du Premier Ministre israélien est mue par l’assurance du soutien des Etats-Unis dans une région qui redoute plus que tout un embrasement général, d’où les réactions globalement timorées des pays arabes voisins.

Doctrine Monroe

Froisser l’Oncle Sam pourrait avoir des conséquences lourdes, l’exemple irakien de 2003 l’a prouvé. Pour autant, Israël sait aussi que son action, critiquée et condamnée à l’échelle internationale, ne sera jamais suivie d’une quelconque intervention ou menace militaire visant à contraindre ou stopper son opération. Deux logiques guerrières, deux chefs d’État et une pierre angulaire, les Etats-Unis. Donald Trump qui souhaitait durant sa campagnes électorale renouer avec la doctrine Monroe et extraire les Etats-Unis du rôle de gendarme du monde (Barack Obama avait d’ailleurs aussi commencé à lancer le processus), se retrouve ainsi, non par devers lui, mais par nécessité, à arbitrer, essayer tout du moins, des conflits éloignés d’une nation soucieuse de son propre confort.

La table des certitudes

Convaincu de pouvoir contraindre Vladimir Poutine à la paix en Ukraine, quitte à flatter ce dernier, Donald Trump s’est heurté à toute la détermination sourde et implacable de l’homme fort du Kremlin, inflexible et maître du jeu.

Pendant sa campagne électorale, le candidat Donald Trump se vantait de pouvoir régler le conflit ukrainien en un jour. Nul n’y croyait naturellement mais le volontarisme qu’affichait l’ex-candidat interrogeait et laissait à penser que, peut-être, l’homme d’affaires pressé ferait plier Vladimir Poutine. Une fois à la Maison Blanche, la réalité du conflit s’est invité à la table des certitudes du nouveau président, bien obligé de s’adapter à un homologue qu’il connaissait déjà pour l’avoir éprouvé lors de son premier mandat. Certain de pouvoir cependant dompter l’ours russe, Donald Trump a multiplié les coups d’éclats allant jusqu’à humilier dans le Bureau Ovale, accompagné de J.D Vance, son vice-président, et devant la Terre entière un Volodymyr Zelensky défait, obligé à la contrition et à l’expiation, ce à quoi il ne s’est d’ailleurs pas contraint.

Démonstration de force

Sûr de son fait Donald Trump s’est donc fendu de communiqués toujours plus inquiétants pour le peuple ukrainien annonçant tour à tour la suspension de l’aide militaire et du renseignement américain pensant forcer Kiev à accepter les conditions de la paix voulue par les Etats-Unis et les Russes. Mais dans cette démonstration de force facile et gratuite, Donald Trump a oublié combien l’homme fort du Kremlin jouait sa propre partition se moquant des gesticulations américaines d’un président gouailleur quand Vladimir Poutine, froid et cynique, préférait les mots ciblés et les actes précis. Aujourd’hui, toujours dans cette logique où s’affrontent le feu et la glace, Donald Trump fait face au mur russe qui renvoie à son vis-à-vis toute la morgue et le mépris dont le président américain a fait preuve à l’endroit de Volodymyr Zelensky. L’arroseur arrosé doit désormais composer avec le bon vouloir de Vladimir Poutine qui ne lâchera pas une seule concession stratégique, des miettes tout au plus. Cette situation, loin d’être nouvelle, et que Donald Trump pensait pouvoir dénouer sans mal, perdure dans les faits depuis les premiers jours de l’invasion russe en Crimée en 2014 quand la communauté internationale a détourné les yeux sachant pertinemment que rien ne ferait reculer Vladimir Poutine qui ne s’arrêterait pas à la seule péninsule de la Mer Noire.

Tentatives et entrisme

Stratège éprouvé, formé au KGB, Vladimir Poutine possède cette qualité de pouvoir jauger les ambitions et les capacités de son adversaire. Il n’est peut-être d’ailleurs pas erroné d’avancer que l’homme fort du Kremlin a plus d’estime pour Volodymyr Zelensky que pour Donald Trump. L’avenir le dira mais si quelqu’un a aujourd’hui l’avantage, c’est bien Vladimir Poutine qui tient la paix entre ses mains. Les tentatives de séduction engagées par Donald Trump à l’endroit du président russe ont visiblement échoué, se heurtant au réalisme acide de l’ancien espion du KGB. Les conversations téléphoniques entre les deux hommes pourront se multiplier à l’envi : si Vladimir Poutine n’obtient pas ce qu’il veut, tout l’entrisme et tout le volontarisme clinquant de Donald Trump ne suffiront pas à le faire changer d’avis. Peut-être eût-il été judicieux que Donald Trump relise les vers de Pouchkine, lui qui a su si bien saisir toute la profondeur et le mystère de l’âme russe. Car pour l’heure, nul ne sait réellement ce que Vladimir Poutine exigera demain.

Damas, nouveau nœud gordien

Les affrontements et exécutions sauvages dont est victime la communauté alaouite et qui ont ensanglanté la Syrie préfigurent une guerre civile aux multiples conséquences d’envergure régionale. Explications.

Etait-ce à prévoir ? Les plus pessimistes l’affirmeront, les autres resteront, à tout le moins dubitatifs. Mais il apparaît aujourd’hui que la vendetta sanglante et aveugle qui s’abat en Syrie sur les populations alaouites, anciens soutiens, affirmés ou non, du clan Al-Assad, préfigure les contours d’une guerre civile à venir. Si le mouvement HTS, désormais au pouvoir, s’en défend en voulant donner des gages d’ouverture démocratique à la communauté internationale, il semble pourtant que les massacres qui ont émaillé ces derniers jours n’en sont qu’à leur début. Car il sera difficile d’arrêter des combattants et autres pourchassés de l’ancien régime de ne pas vouloir se venger de ceux qui, bien que factuellement innocents, incarnent les souffrances que l’ancien dictateur Bachar Al-Assad, et avant lui son père, leur a fait subir.

Faune et tensions

Parallèlement, il sera aussi très compliqué de séparer le grain de l’ivraie, à savoir que dans cette masse d’hommes et de femmes soucieux d’en découdre, va allègrement se fondre une faune d’hommes sans scrupules, agités de considérations diverses que cette furie sanglante sera à même de repaître. D’une guerre à l’autre, la Syrie est donc plongé depuis 2011 dans un chaos qui ne trouvera pas son épilogue avec l’arrivée de Ahmed Al-Charaa, le nouvel homme fort de la Syrie, présenté comme modéré et empreint d’apaisement. Là encore, les plus pessimistes avanceront l’idée que ce gouvernement n’est finalement qu’une organisation de transition, une de plus dans un pays qui en a connu d’autres et en connaîtra certainement d’autres. Mais la question qui émerge est donc de savoir comment apaiser durablement les tensions d’une nation pourtant centrale au Moyen-Orient, à l’influence forte et à la position stratégique ? La réponse se veut globale car le Proche-Orient, poudrière à ciel ouvert, d’autant plus après l’arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, appelle une solution d’ensemble et non parcellaire.

Vassalisation et bellicisme

Le Liban, frontalier, si vulnérable et si poreux aux influences extérieures doit pour sa part stabiliser sa situation politique afin de ne plus subir une forme de vassalisation de la Syrie et d’Israël. Celui-ci, embarqué dans une guerre sans fin contre le Hamas, guerre qui relève plus d’une opération militaire privée voulue et entretenue par Benyamin Netanyahou, devra conclure sans tarder une paix durable et ce avant que HTS, mouvement d’essence islamiste radical, ne viennent, a minima en nourrisse l’idée, aider des militants du Hamas malmenés par le bellicisme hébreu. In fine, cette guerre civile qui s’annonce , et qui finira aussi par progressivement restreindre les libertés individuelles dont celles des femmes, n’est en rien anecdotique ou à ranger au rayon d’énièmes confrontations lointaines. Dans un monde aujourd’hui intrinsèquement lié, où les alliances se forment et se déforment, Damas se pose comme un nouveau nœud gordien.

Du courage et de l’appétit

Prise en étau par la brutalité de Donald Trump et le cynisme mortifère de Vladimir Poutine, l’Europe brille aujourd’hui par sa lâcheté et son incapacité à tenir tête aux deux grands. Si elle veut s’émanciper, elle devra faire de courage. A quel prix ?

Etre humilié est une chose. Etre faible en est une autre. Les deux, aussi inconfortables qu’ils puissent être ne sont finalement pas répréhensibles. La première relève du peu d’intelligence et de délicatesse de celui qui administre cette humiliation ; la seconde, relève du jugement de valeur et se révèle finalement des plus relatives. L’Europe a connu, depuis l’accession de Donald Trump à la Maison Blanche les deux sentiments, tout comme elle les a connus avec le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022. Mais ce qui s’avère des plus dérangeants et des plus inquiétants, c’est la lâcheté sous-jacente ou clairement étalée de l’Europe face aux Etats-Unis de Donald Trump et la Russie de Vladimir Poutine. Lâche car incapable de tenir tête à un président nouvellement élu et qui agite la menace sécuritaire et économique comme une arme de destruction massive.

Coquille vide et Droits de l’Homme

Constat identique face au président russe auquel l’Europe, et la France en particulier, continue à acheter du gaz au pays dont il gère les destinées. D’aucuns, à raison ou pas, s’écrieront, que l’Europe n’a aucun moyen de contrarier les velléités de l’un ou de l’autre, que la puissance du premier s’allie au cynisme du second, l’Europe bafouée préférant se réfugier timidement, penaude, derrière des traités d’alliance, dont celui de l’OTAN, devenu pour ce dernier une coquille vide depuis que le vice-président J.D Vance a déclaré que l’Europe devait apprendre à se défendre seule. Alors passé le constat, pourquoi ne pas voir dans la volonté de Trump et Poutine d’éteindre la voix de l’Europe, l’opportunité de réinventer un continent qui dispose d’atouts et non des moindre. Sans en faire la liste complète, il serait de bon ton que le Vieux Continent fasse valoir sa majorité politique, diplomatique et militaire. Car elle en a les moyens sauf à vouloir devenir les vassaux silencieux de deux despotes en puissance dont l’objectif final n’est en rien l’intérêt général mais leurs intérêts propres baignés d’un populisme brutal, arrogant et condescendant. A force de brandir l’étendard d’un humanisme bienveillant, d’un atlantisme bercé d’illusions et de Droits de l’Homme incapables de contenir les pulsions destructrices de certains, l’Europe et l’Union européenne ont laissé passer le train des bouleversements géopolitiques en cours depuis déjà plusieurs années.

Sécurité et dissuasion

Convaincu de la fraternité des Etats-Unis, du pragmatisme poutinien, l’Europe s’est laissée abuser tout en se mentant à elle-même par facilité. Au pied du mur, elle doit désormais s’assumer quitte à froisser ou irriter le duo Trump – Poutine qui œuvre contre elle, la tâche étant rendue des plus faciles par l’absence d’actes et de réactions capables de freiner les deux grands. En abandonnant sa sécurité aux Etats-Unis, en désertant le champ diplomatique, en tergiversant sur l’aide en l’Ukraine (ouvrant ainsi la vie à la réaction de Donald Trump que à laquelle on a assisté dans le Bureau Ovale), l’Europe a perdu toute forme de crédibilité ce qui est peut-être encore pire que la lâcheté dont elle fait preuve. Et d’aucuns d’avancer la question de la dissuasion nucléaire confiée à la France et au Royaume-Uni. Là encore la question ne laisse pas sans interroger : quels moyens matériels déployer, où en Europe, qui le financerait et dans quelle limites budgétaires ? Devenir indépendant à un coût et pas seulement militaire car celui-ci est nécessairement servi par des obligations économiques qui pourraient rencontrer l’hostilité des peuples. Partant de la doctrine Si vis pacem para bellum, le Vieux Continent prend aussi le risque de braquer la Russie voire les Etats-Unis de Donald Trump qui entend vassaliser l’Europe, tout comme l’Ukraine, et non pas la voir s’émanciper en totalité. Car in fine, il s’agit bien d’une question de courage. Celui de tenir tête à deux pays à l’appétit, non pas insatiable mais certain. A l’Europe de montrer que le frigidaire n’est plus ouvert.