Le conte et le procès

Le procès du financement libyen de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 doit faire la lumière sur les pratiques de corruption passive dont est soupçonné l’ancien président. Et la République de pouvoir redorer son blason dans une période où la méfiance à l’égard de la sphère politique n’a jamais été aussi grande.

C’est l’histoire d’un ancien président de la République, ambitieux, toujours très sûr de sa personne qui avait besoin de fonds pour financer sa campagne électorale, et aujourd’hui soupçonné de s’être rapproché d’un dictateur nord-africain, au ban des nations qui, lui, avait un cruel besoin de reconnaissance internationale. Une fois élu, le président s’est progressivement éloigné de l’ancien dictateur après l’avoir cependant reçu en grandes pompes sous les ors de la République dont le dictateur se moquaient éperdument : Et pour cause, il avait payé son billet d’entrée en finançant la campagne du président en question. La République, toute honte bue, a donc accueilli cet obligé aux manières cavalières qui se mariaient si bien à celles de son hôte tout aussi cavalières.

Ironie et agissements

Mais hélas ! L’histoire tourna court et le président qui sentit le vent tourner déclencha une guerre avec ses alliés britanniques pour évincer le dictateur devenu gênant. Pour autant, la justice ne manqua pas de s’intéresser aux tergiversations du président au point d’ouvrir une enquête qui aboutit à un procès. Narrée sous la forme ironique d’un conte aux relents sordides, cette histoire rappelle que c’est demain lundi 6 janvier et ce jusqu’au 10 avril que s’ouvre le procès du financement de la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy soupçonné d’avoir bénéficié de fonds libyens accordés par le Colonel Kadhafi, fonds totalement illégaux donc. Au-delà du procès, c’est surtout les agissements de l’ancien Président de la République qui seront au coeur des débats et plus largement les pratiques souterraines mises en œuvre par certains candidats.

Perception et grandeur

Or ce procès revêt une double importance dans un pays qui traverse une profonde crise de confiance, voire inédite, à l’endroit de sa classe politique. Importance morale afin d’évacuer des pratiques qui ternissent la République mais aussi ceux qui la servent au point de semer le discrédit au sein d’élus qui pour l’immense majorité n’ont rien à se reprocher. Importance politique afin de démontrer que n’importe quel citoyen, fût-il un ancien président de la République, est soumis à la loi et que ses fonctions actuelles ou passées, ne lui accordent aucun passe-droit. Naturellement, c’est le verdict qui sera prononcé qui influera sur l’opinion et sur sa perception de la chose politique mais dès à présent s’impose l’idée que si la République veut sortir grandie de ce procès, il faudra un verdict exemplaire au regard des faits et des pièces avancées par les parties en présence.

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