DeepSeek, l’inconnue venue de Chine

L’émergence inattendue de DeepSeek, application chinoise d’intelligence artificielle, renforce plus encore la guerre commerciale que se livrent Chine et Etats-Unis dans ce domaine. Avec pour enjeu la domination des outils d’IA à l’échelle mondiale. Essai d’explication.

Un camouflet ! Presque une gifle ! Voilà ce qu’ont reçu de concert Donald Trump, Président des Etats-Unis et la Bourse de Wall Street via l’indice Nasdaq, plus que bousculé par la nouvelle application d’intelligence artificielle chinoise DeepSeek. Figurant, au terme de la journée du 27 janvier dernier, comme la première des applications téléchargées sur l’AppStore, ce faisant infligeant une chute vertigineuse au Nasdaq, DeepSeek a renvoyé, pour un temps et si cela est possible, le Président des Etats-Unis dans le champ de la modestie qui s’est dit « inquiet de la situation». Sans bruit et en toute confidentialité, l’application chinoise a fait trembler les géants du domaine au point que ces derniers s’interrogent désormais, et en catastrophe, sur leur stratégie globale. Car au-delà de la secousse boursière qui n’aura qu’un temps et qui sera rapidement digérée, c’est surtout l’environnement mondial de l’intelligence artificielle qui est renversé.

StarGate et géants

Loin des plans de développement pharaoniques et empreints d’une surpuissance teintée de condescendance imaginés par Donald Trump via son projet StarGate (abondé à hauteur de 500 milliards de dollars), l’application chinoise, ouvre ou confirme, il appartiendra à chacun de choisir sa position, la guerre commerciale que se livrent Chine et Etats-Unis. N’évoquons même pas ici l’Europe, qui, bien que remarquée par ses progrès et ses idées sur le plan de l’IA (notamment la société française Mistral), ne peut en rien rivaliser, pour l’instant en tous cas, avec les géants en lice. Car il s’agit bien d’une question de prééminence d’envergure mondiale qui se cache derrière cette rivalité aux accents de soft power. Interdite de séjour sur le sol des Etats-Unis, mais en passe d’être potentiellement rachetée par Microsoft, Tik Tok, ennemi juré du nouveau président de la Maison Blanche, s’est plus ou moins vue vengée par Deep Seek, chargée de concurrencer American IA. Mais l’émergence inattendue de DeepSeek interroge aussi sur les moyens déployés et nécessaires pour développer des applications d’intelligence artificielle. Moins énergivore, gratuite et dotée de processeurs moins puissants mais pensée en mode Open Source, DeepSeek se pose en David face au Goliath nord-américain.

Puissance et rival occidental

Et la réflexion d’aller plus loin : l’IA demande-t-elle autant de moyens déployés par les géants actuels au regard de ceux engagés par DeepSeek pour un résultat égal, voire supérieur ? La réponse est : peut-être. Et ce si l’IA est envisagée comme un élément de puissance économique et politique à même de conforter la prééminence d’une nation, voulue par Donald Trump et ses affidés, comme la première nation mondiale. D’un point de vue chinois, ne nous leurrons pas, la volonté de domination est la même mais se révèle moins tapageuse que celle du rival occidental. Est-elle pour autant plus pernicieuse ? Rien ne le laisse supposer mais il est devenu évident que l’Intelligence artificielle est devenue un enjeu stratégique à vocation politique, économique et, à terme, géopolitique. Car les capacités d’influence sur l’opinion publique d’un tel outil vu et utilisé par beaucoup comme un facilitateur peut potentiellement se révéler, en revanche, comme un outil de manipulation à grande échelle.

Le nouveau président et son cortège

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ne laisse pas sans poser de multiples questions sur les relations internationales mais aussi sur les risques qui pèsent désormais sur la démocratie à l’échelle mondiale. Essai d’explications.

Voilà ! Maintenant, inutile d’y songer comme une éventualité, une possibilité issue du domaine de l’irrationnel. Le 47ème président des Etats-Unis Donald Trump a pris ses fonctions après une cérémonie d’investiture spectaculaire qui frôlait presque le grotesque tant la mise en scène renvoyait à une apologie vulgaire d’une soi-disant Amérique surpuissante sur le retour. Quoi qu’il en soit, et passé l’aspect rocambolesque de cette investiture, il conviendra donc de composer pendant quatre ans, voire plus, avec Donald Trump, ses excès, ses outrances et sa vision des plus particulières du monde. Vue d’Europe, les questions se posent, bien qu’elles n’aient pas attendu le 20 janvier pour être avancées.

Volonté et confiscation

Quelle position adopter face au nouveau locataire de la Maison Blanche, lui qui a annoncé augmenter de 25 % les droits de douanes à l’endroit des produits provenant du Canada et du Mexique ? Pour l’heure, l’Europe n’est pas dans le collimateur trumpien. Mais jusqu’à quand ? Si tant est qu’elle le soit un jour. Certes. Mais une chose est certaine, la volonté de puissance de Donald Trump associée à un libéralisme quasi-sauvage lui-même adossé à une oligarchie issue du monde du numérique ne laisse rien augurer de bon pour la démocratie déjà mise à mal en ce premier quart de XXIème siècle. La confiscation des richesses, et du pouvoir qui y est associé par une poignée d’individus, tend ainsi à créer des déséquilibres sociaux croissants à même de favoriser des crises démocratiques lourdes et pérennes, jetant dans les bras du populisme le plus vil des franges de populations exclues, ou ayant le sentiment de l’être. Si tel est l’objectif de Donald Trump et de ses soutiens tels qu’Elon Musk ou Mark Zuckerberg, sans qu’il soit à ce jour atteint, il s’avère, objectivement, que toutes les conditions sont réunies pour qu’il le soit, et ce dans les années à venir.

Opinion et principes démocratiques

La faiblesse des contre-pouvoirs médiatiques ou journalistiques, déjà pris en étau par leurs devoirs éditoriaux et leurs financeurs privés, les prive, limite en tous cas, leur influence sur une opinion publique déjà méfiante à leur égard. Parallèlement, la frilosité de nombreuses nations, notamment occidentales, liées par des traités militaires ou des accords économiques, tend aussi à affaiblir la capacité de réaction ou de sursaut face à l’ogre renaissant outre-Atlantique. Le combat est-il perdu d’avance pour autant ? S’il se révèle compliqué, le sort n’en est pas jeté pour autant. Là encore, une affirmation volontaire et courageuse en qualité de puissance continentale d’envergure mondiale peut être une option. Tout comme une réaffirmation des principes démocratiques passant par un repositionnement des objectifs sociétaux. Un exemple concret serait de ne plus faire de l’argent une fin mais un moyen, de redonner sa place première à l’école et aux savoirs et renvoyer Internet, réseaux sociaux et intelligence artificielle à ce qu’ils sont : des outils. La bataille s’annonce difficile et surtout longue car les troupes sur lesquelles peuvent compter Donald Trump et ses soutiens sont nombreuses et convaincues. Mais sait-on jamais…

Civilisations en panne

La multiplication des personnalités politiques populistes convaincues de leur domination sur une planète à leurs yeux soumise à leur ambitions pourrait être endiguée si les principes fondamentaux que sont l’éducation et la liberté de la presse étaient entre autre défendues. Explications.

Quel point commun existe-il entre Donald Trump, Vladimir Poutine, Kim Jung Un et plus globalement l’ensemble des personnalités politiques étiquetées comme populistes ? D’aucuns diraient qu’il y en a plus d’un et qu’ils sont nombreux mais ce qui caractérise tous ces personnages, c’est l’idée de croire que ce sont les prétendus plus forts, qu’ils se voient incarner, qui doivent nécessairement dominer ou soumettre les prétendus plus faibles. C’est une des multiples facettes du populisme auquel s’ajoute l’idée que celui qui criera le plus fort qui aura, là encore, nécessairement raison. Constat établi, que faire pour limiter ces excès qui menacent a minima la planète d’une guerre froide, chaude dans le pire des cas.

Clique funeste et esquisse

L’exemple ukrainien en est l’exemple type et il est l’oeuvre de Vladimir Poutine qui incarne à la perfection la définition avancée ci-dessus. Et les velléités de Donald Trump à l’égard du Groënland pour soi-disant maîtriser les passages des navires chinois et russes ne font que confirmer plus encore cette volonté de domination. Mais ce que semble oublier cette clique funeste, c’est que le restant de l’Humanité n’est pas automatiquement enclin à épouser ce format de pensée. Convaincants et persuasifs, voire charismatiques, tous ces hommes, usent et abusent aussi des faiblesses des démocraties occidentales dont ils exploitent les failles pour se hisser au sommet du pouvoir. Est-ce à dire qu’il y aurait donc un moyen de contrarier l’ascension de ses despotes en devenir quand ils ne le sont pas déjà ? Une esquisse de solution, modeste et sans prétention, pourrait être dès lors avancée. Et la première d’entre elle commence par un renforcement de l’éducation, pilier de la formation des citoyens d’aujourd’hui et demain, afin d’amender leur esprit critique pour apprécier avec justesse les mots et les propositions des populistes divers et variés.

Crise et pensée collective

Car le populisme est aussi le fruit d’une crise de l’éducation. Deuxième piste et non des moindre, assurer et protéger la liberté de la presse car une société bien informée, au sens juste du terme, est une société qui pense et qui réfléchit. Liée à cette même liberté, éloigner du monde la presse les magnats et autres milliardaires avides de contrôler la pensée collective en orientant l’information dans des espaces intellectuels arides et appauvris. Et dernier point, limiter l’influence et le poids des réseaux sociaux tout comme celle des programmes de télévision portée par des démagogues au sophisme rare et dangereusement précis. Mais pour l’heure, force est de constater qu’aucune de ces solutions n’est posée sur la table, encore moins avancée comme une hypothèse de travail. C’est d’ailleurs peut-être pire que la montée en puissance des populistes qui ne sont que la face cachée de civilisations incapables à ce jour de se réinventer.

Le conte et le procès

Le procès du financement libyen de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 doit faire la lumière sur les pratiques de corruption passive dont est soupçonné l’ancien président. Et la République de pouvoir redorer son blason dans une période où la méfiance à l’égard de la sphère politique n’a jamais été aussi grande.

C’est l’histoire d’un ancien président de la République, ambitieux, toujours très sûr de sa personne qui avait besoin de fonds pour financer sa campagne électorale, et aujourd’hui soupçonné de s’être rapproché d’un dictateur nord-africain, au ban des nations qui, lui, avait un cruel besoin de reconnaissance internationale. Une fois élu, le président s’est progressivement éloigné de l’ancien dictateur après l’avoir cependant reçu en grandes pompes sous les ors de la République dont le dictateur se moquaient éperdument : Et pour cause, il avait payé son billet d’entrée en finançant la campagne du président en question. La République, toute honte bue, a donc accueilli cet obligé aux manières cavalières qui se mariaient si bien à celles de son hôte tout aussi cavalières.

Ironie et agissements

Mais hélas ! L’histoire tourna court et le président qui sentit le vent tourner déclencha une guerre avec ses alliés britanniques pour évincer le dictateur devenu gênant. Pour autant, la justice ne manqua pas de s’intéresser aux tergiversations du président au point d’ouvrir une enquête qui aboutit à un procès. Narrée sous la forme ironique d’un conte aux relents sordides, cette histoire rappelle que c’est demain lundi 6 janvier et ce jusqu’au 10 avril que s’ouvre le procès du financement de la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy soupçonné d’avoir bénéficié de fonds libyens accordés par le Colonel Kadhafi, fonds totalement illégaux donc. Au-delà du procès, c’est surtout les agissements de l’ancien Président de la République qui seront au coeur des débats et plus largement les pratiques souterraines mises en œuvre par certains candidats.

Perception et grandeur

Or ce procès revêt une double importance dans un pays qui traverse une profonde crise de confiance, voire inédite, à l’endroit de sa classe politique. Importance morale afin d’évacuer des pratiques qui ternissent la République mais aussi ceux qui la servent au point de semer le discrédit au sein d’élus qui pour l’immense majorité n’ont rien à se reprocher. Importance politique afin de démontrer que n’importe quel citoyen, fût-il un ancien président de la République, est soumis à la loi et que ses fonctions actuelles ou passées, ne lui accordent aucun passe-droit. Naturellement, c’est le verdict qui sera prononcé qui influera sur l’opinion et sur sa perception de la chose politique mais dès à présent s’impose l’idée que si la République veut sortir grandie de ce procès, il faudra un verdict exemplaire au regard des faits et des pièces avancées par les parties en présence.