La nomination de François Bayrou en qualité de Premier Ministre répond aux impératifs constitutionnels mais ne règle en rien la question explosive d’un budget contraint à la sévérité qu’il conviendra de faire digérer.
Il est à se demander si la censure qui a poussé à la démission le gouvernement de Michel Barnier a servi à quelque chose. Car, bien que rapidement nommé par le Président de la République, le nouveau Premier ministre, François Bayrou (qui concrétise ici un rêve ancien même si celui-ci prenait plutôt les formes de ors du Palais de l’Elysée) est déjà confronté aux mêmes difficultés que son prédécesseur : tir de barrage de l’opposition, méfiance de l’extrême droite et absence de fondamentaux parlementaires apaisés, comprenez de majorité relativement stable qui lui permette de naviguer sereinement, sans à-coup à tout le moins, pendant son exercice dont il est très difficile d’avancer une durée.
Contexte économique
Pour autant, ces éléments qui relèvent plus de la stratégie politique que de la gestion de l’État ne pèsent donc finalement pas énormément dans la tâche qui attend le Premier Ministre et son futur gouvernement. Concrètement, c’est bien sur le budget 2025 qu’est attendu le nouveau locataire de Matignon, ce même budget, exactement celui de la Sécurité Sociale, qui a fait chuter Michel Barnier. Et la potion de rester la même en dépit du fait que les têtes ont changé : Faire avaler aux Français près de 40 milliards d’économie dans un contexte économique européen et mondial au mieux morose au pire dégradé. Et si le budget représente effectivement le plus grand défi que devra affronter et surmonter François Bayrou, celui-ci sera aussi attendu sur la question de l’immigration et de la sécurité, l’extrême droite ayant fait savoir qu’elle serait particulièrement attentive à la question. Si bien que l’exercice d’équilibriste auquel s’est adonné Michel Barnier reste identique à celui auquel François Bayrou devra se plier sans la possibilité de voir l’Assemblée Nationale dissoute en Juin 2025 pour potentiellement abréger ses souffrances ou lui faire gagner u peu de temps, le Président de la République ayant annoncé son intention de ne pas retourner aux urnes avant la fin de son mandat.
Stabilité et progression
Emmanuel Macron, à l’origine du chaos parlementaire actuel, sait plus que quiconque que la France, moteur européen, aspirant à rester ou devenir un acteur international, a désormais besoin de stabilité après un été et un automne agités. Mais entre identifier un besoin et y répondre, il y a un pas parfois un fossé pour ne pas dire un abysse car la rancoeur et les tensions cuites et recuites depuis des mois et des années au sein de l’opinion publique et des parlementaires ne se sont pas tues avec la nomination de François Bayrou à Matignon, loin s’en faut. In fine, croire béatement que l’arrivée du président du Modem, homme modéré par essence et par tradition politique, est un gage de stabilité et de progression vers une résolution des problèmes est un leurre. Au jeu des chaises musicales, si François Bayrou s’est imposé, les chaises restent toujours bancales.