En composant avec l’extrême-droite, le Gouvernement s’est laissé prendre au piège du Rassemblement National en éludant l’alliance de gauche pourtant plus ouverte au dialogue. Confronté à deux motions de censure, l’exécutif, par son entêtement, risque de jeter le pays dans l’incertitude.
L’Histoire l’a pourtant enseigné à maintes reprises : il n’est jamais bon de négocier ou de pactiser avec les extrêmes. Ainsi, quel que soit le résultat des motions de censure présentées devant l’Assemblée Nationale, le Premier ministre en exercice, Michel Barnier, doit déjà, et amèrement, regretter d’avoir accédé aux demandes du Rassemblement National. Dans un chantage sans fin, le parti d’extrême droite, usant et abusant de la faiblesse d’un gouvernement aux pieds d’argile, a fait valoir ses revendications contre l’assurance d’un soutien aussi fragile que risqué. Et comme tout chantage qui se respecte, celui-ci a été ponctué de demandes toujours plus nombreuses, exposant le Gouvernement à la merci d’un parti qui, sans être majoritaire, a su, par sa présence et une discipline interne, faire front et s’imposer comme une des clefs de voûte de l’architecture parlementaire.
Base étroite et agenda
Dans un cynisme presque nauséeux, le Rassemblement National a doucement refermé son piège au point de décider à lui seul du devenir du Gouvernement. Il est vrai que la tâche avait été rendue des plus aisées dans la mesure où l’exécutif ne disposait que d’une base étroite de députés à même de suivre et d’appuyer les mesures proposées par le Gouvernement. Emporté par la vague populiste qui secoue les démocraties occidentales, Michel Barnier n’a eu d’autre choix que de céder pour espérer durer alors qu’à peine, nommé, celui-ci était déjà condamné par un agenda à haut risques car touchant au sacro-saint budget de l’Etat. C’est finalement le budget de la Sécurité Sociale qui aura focalisé tous les regards, notamment ceux de la droite, de l’extrême droite et du Gouvernement soucieux pour ce dernier de ne satisfaire que ces partenaires particuliers, délaissant au passage les députés de gauche alors que leur soutien s’avérait, avec le recul, des plus précieux.
Chaos et Europe
Dès lors avec la chute probable de Michel Barnier, va s’ouvrir une nouvelle guerre de succession tant à droite qu’au sein de l’hémicycle où tous les partis se revendiqueront d’une légitimité gouvernementale. Ce qui laisse à penser que la motion de censure n’est qu’une énième étape dans l’imbroglio politique né au lendemain de la dissolution qui a propulsé le pays dans un chaos politique sans précédent. Entre inconscience de l’exécutif et crise de régime, l’Hexagone se retrouve pris dans une tempête rare où un Gouvernement conservateur tient les rênes des affaires d’une nation qui a envoyé à l’Assemblée Nationale des députés de gauche (sans que ces derniers aient la majorité) dans des débats arbitrés par un parti d’extrême droite. Situation ubuesque moquée en Europe, la France apparaissant comme une nation à la stabilité exemplaire, stabilité qu’elle a d’ailleurs toujours érigé avec une certaine arrogance. Retour de bâton….