L’homme lige

En plaçant la question migratoire au centre de l’action de son gouvernement, le Premier Ministre Michel Barnier se pose en homme-lige du Rassemblement National dont il devient ainsi le débiteur politique. Explication.

En annonçant lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée Nationale que « la France ne maîtrisait plus sa politique migratoire », le Premier ministre Michel Barnier ouvre la Boîte de Pandore au risque d’y trouver les exigences toujours plus pressantes du Rassemblement National, celui-la même à qui il doit pour l’heure sa survie politique. Pourquoi ? Car en affirmant vouloir mieux appliquer les Obligations de quitter le territoire français (OQTF), le Premier Ministre donne déjà un gage à l’extrême droite en donnant à celle-ci gain de cause au regard de l’une de ses anciennes revendications. Pour autant, si faire respecter la loi républicaine n’est en rien assimilable à une quelconque idéologie politique, l’instrumentalisation qui en faite par le Rassemblement National donne aujourd’hui le sentiment que Premier Ministre agit plus sur commande que par la volonté d’appliquer la loi.

Question budgétaire

Tenu en otage par le mouvement d’extrême droite, qui, par ce Gouvernement d’alliances de circonstances, peut afficher une victoire par procuration aux élections législatives tenues en juin et juillet derniers, Michel Barnier sait qu’il lui sera difficile, voire impossible de s’affranchir du vote des députés du Rassemblement national qui en demanderont toujours plus au locataire de Matignon. Et jusqu’à quel point ? Pour l’heure, la marche en avant vers une politique de plus en plus conservatrice et discriminante est enclenchée si bien que la question budgétaire, si souvent présentée comme le point d’exergue des obligations à remplir par le nouveau gouvernement tendrait à passer pour secondaire, pour ne pas dire anecdotique. Et l’actuelle situation de traduire le paradoxe dans lequel le pays est en train de sombrer, s’il ne l’est déjà, à savoir un pays rongé par sa dette publique mais focalisé sur des questions migratoires dont l’essence même apparaît plus comme une solution que comme un problème fondamental. Loin d’avoir conquis le pouvoir par les urnes, le Rassemblement National l’a ainsi conquis par son influence politique et électorale, défiant Machiavel dans l’art de Gouverner. Devenu l’éminence grise du Gouvernement de Michel Barnier, le mouvement de Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont imposés comme des acteurs incontournables alors même qu’ils s’avèrent minoritaires à l’Assemblée, transformant Michel Barnier en homme-lige et ses ministres en simples supplétifs. Alors, certes, l’Hexagone s’en remettra mais les institutions, bafouées et reniées, insultées pour beaucoup, doivent encaisser ici un coup qui porte atteinte à leur légitimité historique et ouvre la voie à un futur inquiétant pour ces dernières.

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