Perte de sens


En interdisant à l’agence onusienne dédiée à l’aide aux réfugiés palestiniens d’intervenir à Gaza, Israël défie la communauté internationale tout en donnant le sentiment de s’enfermer dans une paranoïa sans fin.

En refusant à l’Agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens d’intervenir dans la bande de gaza, violant par là même le droit international, Israël poursuit non seulement le conflit qui l’oppose au Hamas depuis le 7 octobre 2023 mais affiche aussi et clairement son mépris à l’endroit du droit international et de la communauté qui s’y soumet. Convaincue de son bon droit et considérant de fait que toute résolution de l’Organisation des Nations Unies ou organes en émanant cherche à lui nuire, l’État hébreu s’enferme plus encore et tous les jours un peu plus dans une forme de paranoïa, assumée ou non, qui lui offre un prétexte tout trouvé pour justifier la poursuite des opérations militaires.

Complexe et sécurité

Se pose alors la question des sanctions auxquelles Israël s’expose, et qui au vu de la décision prise par le parlement israélien, la Knesset, ne semble en rien inquiéter un Etat qui depuis 1967 n’a de cesse de balayer d’un revers de main les résolutions prises par l’ONU. Soutenu par les Etats-Unis, jouant sur la culpabilité nourrie par les pays d’Europe occidentale à son égard, Israël sait pouvoir s’affranchir des décisions onusiennes sans aucun risque. S’appuyant sur le équilibres diplomatiques et géopolitiques qu’il exploite à son avantage, Israël affiche sans complexe le dédain qu’elle nourrit à l’endroit de sous ses contradicteurs, le président Emmanuel Macron en ayant récemment fait l’expérience. Autant d’éléments qui font aujourd’hui d’Israël un des pays les plus puissants du monde, usant de la corde diplomatique et morale, avançant sans arrêt que son action n’a pour seul but que d’assurer sa sécurité. Mais après plus d’un an de guerre, des bombardements aveugles tant à Gaza qu’au Liban, des provocations répétées et on ne plus risquées envers l’Iran, il apparaît cependant que le conflit dans lequel est embarqué l’État Hébreu relève plus aujourd’hui de la vengeance, mue par une Knesset dominée par l’extrême-droite israélienne décidée à effacer l’autorité palestinienne, que par des considérations de sécurité de l’État menacé.

Sens et inflexion

Arguer du fait que le conflit a désormais perdu tous sens n’a rien d’inopportun. Pis ! Cela permettrait surtout de juger l’action d’Israël non plus sous l’angle purement défensif et sécuritaire mais plutôt belliqueux et inutile. Et si une lueur d’espoir devait se dessiner, encore une fois celle-ci proviendrait des Etats-Unis où doit se tenir le 5 novembre prochain l’élection présidentielle. Car en cas de victoire de Kamala Harris, candidate démocrate, peut-être assisterions-nous à une inflexion du soutien des Etats-Unis à Israël. Mais là encore rien n’est moins sûr et dans cette attente, l’Eta Hébreu poursuit ses bombardements.

Un quinquennat et T.S Eliot

Si le budget 2025 semble loin d’être adopté, l’amendement du texte initial met en évidence les fractures au sein du groupe macroniste, perdu et en quête de repères politiques.

Entre recours au 49.3 qui se profile et groupe macroniste qui se déchire sur le budget, voilà que l’Hexagone s’apprête à vire une nouvelle crise politique, à moins que ce ne soit la même qui se renouvelle depuis la réélection d’Emmanuel Macron en avril 2022. Pour l’heure, la question est renvoyée aux historiens qui sauront l’analyser à l’aune du recul du temps passé mais concrètement, il devient de plus en plus évident que le Gouvernement de Michel Barnier s’enlise dans un impasse dont il sera très difficile de s’extraire. Entre la théorie du budget proposé et la réalité de l’adoption du texte, maintes fois amendé depuis sa présentation, un insondable fossé s’est creusé entre partisans du rétablissement des comptes publics et les thuriféraires de l’Etat-Providence. A vrai dire rien d’exceptionnel dans ce schéma politique des plus banals.

Socle et hypothèse

Là où le bât blesse, c’est dans les composantes des pour et des anti-austérité, les plus diplomates diront rigueur. Et c’est dans les rangs des macronistes de la première heure que se retrouvent les plus violentes dissensions au point qu’il n’est pas inopportun d’employer le terme de scission entre les différentes parties. Sous l’oeil indifférent, selon sa propre volonté, du Chef de l’État, le socle du premier et du second quinquennat d’Emmanuel Macron s’effrite et se délite tant et si bien que le locataire de l’Elysée se retrouve totalement isolé. Est-il prématuré d’évoquer une fin de règne presque pathétique au point de voir celui-ci s’achever dans les meilleurs délais ? Si rien n’est moins sûr, la probabilité de voir chuter le gouvernement de Michel Barnier dans les mois ou les semaines à venir n’est en rien une hypothèse farfelue tout comme l’organisation de nouvelles élections qui se profilent à l’horizon. Ainsi aura vécu le macronisme, entre volontarisme et séduction personnelle, idée de rupture avec l’ancien monde, sans pour autant trouver les bases du nouveau, pour finalement revenir à des modes de fonctionnement abhorrés mais incontournables au regard de la structure de l’État. L’expérience aura donc tourné court et l’espoir d’assister à la naissance d’un nouvel Etat dans une République régénérée avec lui. La déception pourrait être grande mais elle sanctionne une simple réalité, à savoir que l’on ne réforme pas un Etat aussi ancien que la France peuplé d’une population attachée à son confort et ses principes si aisément. Peut-être trop en avance ou trop ambitieux, le macronisme n’a pas su trouver l’équilibre entre libéralisme et progressisme, entre social-démocratie et nouvel donne sociale. De crises en soubresauts, des Gilets Jaunes à la dissolution manquée en passant par le recours systématique au 49.3 sous le gouvernement d’Elizabeth Borne, la macronie se cherche tout comme le macronisme telle une toile inachevée, à l’image du quinquennat actuel qui pourrait se résumer à cet extrait du poème de T.S Eliot :

La vie est très longue

Entre le désir

Et le spasme

Entre la puissance

Et l’existence

(The hollow Men – 1925)

Devoir critique et outil mémoriel

La passe d’armes verbales entre Benyamin Netanyahou et Emmanuel Macron illustre toute la complexité à critiquer l’État d’Israël et ses actions militaires sans que celui-ci n’engage l’outil mémoriel. Explications.

En répondant à Emmanuel Macron que « ce n’est pas la résolution de l’ONU qui a établi l’Etat d’Israël, mais plutôt la victoire obtenue dans la guerre d’indépendance avec le sang de combattants héroïques, dont beaucoup étaient des survivants de la Shoah – notamment du régime de Vichy en France », Benyamin Netanyahou coupe court à toutes discussions portant sur les guerres menées contre le Hezbollah à Gaza et au Liban. Usant de la culpabilité des nations occidentales au regard des atrocités commises contre le peuple juif européen durant la Seconde Guerre mondiale, par ailleurs ici très cyniquement instrumentalisées par le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou sait que personne ne viendra alors contester son action militaire menée au nom de la sécurité d’Israël. Pourtant, si cette dernière est légitime et reconnue par tous, la question se pose de savoir si Israël est en droit de martyriser des populations civiles, qu’elles soient gazaouis ou libanaises, toujours au nom de sa sécurité ?

Intervention et jugement

D’aucuns affirmeront que la réponse est dans la question, et que sans évidemment remettre en cause sa sécurité, Israël fait ici preuve d’excès militaristes au point de commencer à irriter l’allié nord-américain qui a, par la voix de Joe Biden, condamné l’intervention au Liban. Parallèlement, il est aussi aujourd’hui devenu extrêmement épineux d’évoquer les actions de l’État d’Israël au risque de se voir taxer d’anti-sémitisme. Or les deux notions sont différentes mais habilement instrumentalisées par Benyamin Netanyahou car si l’anti-sémitisme se veut être la haine nourrie à l’endroit du peuple juif, position des plus condamnables, critiquer Israël revient à porter un jugement neutre et objectif sur la politique d’un Etat qui bafoue depuis 1967 les résolutions de l’ONU lui intimant de quitter les territoires occupés depuis la Guerre des Six-Jours. Ainsi, en rappelant que l’État d’Israël s’est créé avec le sang de combattants héroïques dont beaucoup étaient des survivants de la Shoah, Benyamin Netanyahou alourdit le débat de considérations affectives et charnelles fortes et incontestables qui renvoient à une histoire dramatique ; comprenez : ceux qui critiquent aujourd’hui les actions militaires d’Israël attentent aussi à sa sécurité et à son avenir au regard du passé connu de tous. A ce titre, le Premier Ministre israélien se sait donc intouchable, appuyé par les Etats-Unis, allié non impliqué dans le génocide juif, qui peut se permettre d’adopter une posture de donneur de leçon face aux Européens occidentaux, et sûr de son fait car ces mêmes Européens, rongés la culpabilité, n’oseront jamais franchir la frontière d’une opposition nette et déclarée à Israël, punis et contraints qu’ils sont par un passé ineffaçable. Est-ce à dire que ce conflit ne trouvera jamais de fin ? Nul ne sait le dire à ce jour tant les plaies de la Seconde Guerre mondiale restent vives, les alliances politiques et géopolitiques mouvantes, sans cesse renouvelées dans une région où Histoire et politique se nouent et se dénouent depuis près de 3000 ans.

La fuite en avant

En menant une guerre sur deux fronts, Israël donne le sentiment que l’actuel conflit s’assimile plus à une fuite en avant sensée sauver Benyamin Netanyahou d’obscures affaires de financements que de la volonté de libérer les otages détenus depuis le 7 octobre dernier. Au risque de surcroît de pousser le Liban dans la guerre civile.

Certes les batailles menées par l’armée israélienne à Gaza ou au Sud-Liban, et à Beyrouth en particulier, se soldent pour l’heure par des victoires. Mais pour autant, Israël gagnera-t-elle la guerre qui l’oppose au Hamas et au Hezbollah, et donc par extension à l’Iran qui a juré la disparition de l’État hébreu ? A coup de bombardements massifs ou ciblés, en balayant d’un revers de main les victimes civiles libanaises ou gazaouis générées par ces mêmes bombardements au prétexte que la sécurité d’Israël passe avant tout autre considération, l’État hébreu et avec lui son Premier ministre Benyamin Netanyahou se donnent l’illusion d’une victoire proche contre des cellules terroristes qui il est vrai harcèlent les Israéliens depuis des années.

Conséquences et violation

Conforté dans son action par les Etats-Unis pour des questions de politiques intérieures où la communauté juive joue un grand rôle dans les différentes élections présidentielles, Israël semble se moquer des conséquences de ces raids et assauts. Première erreur tacitement cautionnée par l’Organisation des Nations Unies, la violation de l’espace et du sol gazaoui sous l’autorité de la représentation palestinienne à quoi s’ajoute aussi celle de l’espace et du sol libanais et ce en dépit de résolutions inefficaces. Deuxième erreur, et non des moindres, le fait de sous-estimer la montée en puissance des rancoeurs dans la jeunesse libanaise et gazaoui chiite devant ces bombardements meurtriers, rancoeurs qui constituent le premier moteur du fanatisme et du terrorisme des années à venir. Embarqué dans une guerre personnelle qui ressemble plus à une fuite en avant qu’une confrontation légitime où les otages détenus depuis le 7 octobre 2023 ne semblent plus être la raison première de la guerre menée, Benyamin Netanyahou s’enferme tous les jours un peu plus dans une logique belliciste à laquelle seul lui et Tsahal seraient à même de donner un sens politique et militaire. »

Epée de Damoclès

Car ce conflit dévoile aussi les carences et dysfonctionnements d’un Etat, Israël, en situation de guerre larvée depuis 1948. Cette démocratie, sur laquelle plane une éternelle épée de Damoclès au regard de sa situation géographique frontalière avec des pays arabes plus ou moins enclins à accepter sa présence, renvoie par son existence aux fautes impardonnables des nations européennes pendant la Seconde Guerre mondiale et la Déclaration Balfour de 1917 sans compter une histoire millénaire, terreau de sa naissance dans la douleur. Ainsi, entre réalité contemporaine et géopolitique complexe et histoire ancienne ou plus récente, Israël vit certainement, et les nations qui l’entourent, à commencer par le si fragile Liban au bord de la guerre civile, une période, si ce n’est la plus sombre, de sa si courte et si longue histoire.

L’homme lige

En plaçant la question migratoire au centre de l’action de son gouvernement, le Premier Ministre Michel Barnier se pose en homme-lige du Rassemblement National dont il devient ainsi le débiteur politique. Explication.

En annonçant lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée Nationale que « la France ne maîtrisait plus sa politique migratoire », le Premier ministre Michel Barnier ouvre la Boîte de Pandore au risque d’y trouver les exigences toujours plus pressantes du Rassemblement National, celui-la même à qui il doit pour l’heure sa survie politique. Pourquoi ? Car en affirmant vouloir mieux appliquer les Obligations de quitter le territoire français (OQTF), le Premier Ministre donne déjà un gage à l’extrême droite en donnant à celle-ci gain de cause au regard de l’une de ses anciennes revendications. Pour autant, si faire respecter la loi républicaine n’est en rien assimilable à une quelconque idéologie politique, l’instrumentalisation qui en faite par le Rassemblement National donne aujourd’hui le sentiment que Premier Ministre agit plus sur commande que par la volonté d’appliquer la loi.

Question budgétaire

Tenu en otage par le mouvement d’extrême droite, qui, par ce Gouvernement d’alliances de circonstances, peut afficher une victoire par procuration aux élections législatives tenues en juin et juillet derniers, Michel Barnier sait qu’il lui sera difficile, voire impossible de s’affranchir du vote des députés du Rassemblement national qui en demanderont toujours plus au locataire de Matignon. Et jusqu’à quel point ? Pour l’heure, la marche en avant vers une politique de plus en plus conservatrice et discriminante est enclenchée si bien que la question budgétaire, si souvent présentée comme le point d’exergue des obligations à remplir par le nouveau gouvernement tendrait à passer pour secondaire, pour ne pas dire anecdotique. Et l’actuelle situation de traduire le paradoxe dans lequel le pays est en train de sombrer, s’il ne l’est déjà, à savoir un pays rongé par sa dette publique mais focalisé sur des questions migratoires dont l’essence même apparaît plus comme une solution que comme un problème fondamental. Loin d’avoir conquis le pouvoir par les urnes, le Rassemblement National l’a ainsi conquis par son influence politique et électorale, défiant Machiavel dans l’art de Gouverner. Devenu l’éminence grise du Gouvernement de Michel Barnier, le mouvement de Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont imposés comme des acteurs incontournables alors même qu’ils s’avèrent minoritaires à l’Assemblée, transformant Michel Barnier en homme-lige et ses ministres en simples supplétifs. Alors, certes, l’Hexagone s’en remettra mais les institutions, bafouées et reniées, insultées pour beaucoup, doivent encaisser ici un coup qui porte atteinte à leur légitimité historique et ouvre la voie à un futur inquiétant pour ces dernières.