Pré carré présidentiel

En donnant quitus au royaume du Maroc dans son approche du règlement de la question du Sahara Occidental, le Président Macron a irrité l’Algérie mais s’est surtout posé en qualité de Chef de l’État comme seul décisionnaire en matière de relations étrangères.

A quelques jours de la pause estivale et après un début d’été mouvementé qui a vu s’installer une Assemblée nationale à la composition hétéroclite et sans réelle majorité, le Président Macron a informé le roi Mohammed VI de la décision de la France de donner quitus au royaume marocain dans le dossier du Sahara occidental. Pour rappel, ce territoire nord-africain, ancienne colonie espagnole jusqu’en 1976, est revendiqué par le Maroc pour ses richesse halieutiques et minières (le territoire est riche de phosphate) ainsi que par l’Algérie via le Front Polisario soutenu par Alger et qui appelle à l’autonomie du territoire.

Interrogations et sursis

En s’accordant avec le royaume marocain, le président Macron a dans un premier temps fâché la République algérienne au point que celle-ci a rappelé son ambassadeur à Paris pour consultation et appréciation de la conduite à tenir dans les semaines à venir à l’endroit de la France, alors que les relations entre les deux pays étaient déjà au plus bas dans un contexte diplomatique qui devait potentiellement se détendre avec la visite en septembre du président algérien Tebboune en France, visite pour l’heure pleine d’interrogations. Mais passée la question diplomatique, cette reconnaissance de la politique du Maroc à l’égard du Sahara Occidental par Emmanuel Macron est aussi un coup à lier à sa position politique au sein même de l’Hexagone. Concrètement, par cette décision de nature diplomatique, Emmanuel Macron rappelle par les actes qu’en matière de relations internationales et de diplomatie, le Président de la République, reste, au regard des textes de la Constitution, le seul autorisé à orienter la politique étrangère de la France. Le locataire de l’Elysée, bien esseulé et accompagné d’un Gouvernement en sursis, a appliqué dans les faits l’analyse de Tocqqueville qui veut que la politique étrangère d’un pays est toujours conditionnée par sa politique intérieure.

Impression d’isolement

En perte de vitesse voire de légitimité, Emmanuel Macron a donc cherché à reprendre la main dans le débat politique tout en réaffirmant sa présent et son autorité, quand bien même la seconde serait contestée. D’ailleurs, les réactions, plus ou moins modérées, des différents partis se sont faites entendre renforçant parallèlement l’impression d’isolement du Président. Plus simplement, ce quitus donné à l’État marocain altérera certes les relations franco-algérienne mais temporairement. Mais cet accord est surtout le moyen pour Emmanuel Macron, et accessoirement la France, de rendre un peu de visibilité à l’Hexagone sur la scène internationale, ici limitée au bassin méditerranéen, quand la France, invisible dans le dossier palestinien et à l’influence limitée dans le dossier ukrainien en raison d’une action européenne, peine à se faire entendre. Fin tacticien Emmanuel Macron a su utiliser les texte des institutions pour valoriser sa fonction et replacer, a minima, la France sur l’échiquier international.

Chers lecteurs, cette chronique sera la dernière de la saison. Prochain article, début septembre.

Une élection, deux styles

Le retrait de Joe Biden de la course à la présidentielle nord-américaine de novembre prochain laisse le champ libre à Kamala Harris. Charge à elle désormais de contrer Donald Trump qui hérite d’un adversaire à l’envergure politique et humaine à même d’amorcer un nouveau modèle sociétal.

Faut-il y voir un geste du Destin ? Le renoncement de Joe Biden à l’élection présidentielle du 5 novembre prochain a naturellement bousculé les camps républicains et démocrates qui ne s’attendaient ni l’un ni l’autre, même si les Démocrates poussaient à la roue, à ce que l’actuel locataire du Bureau ovale abandonne la course à sa réélection. Et parmi les Républicains les plus surpris, à n’en pas douter, Donald Trump. Car en se retirant de la course et en cédant la place à sa vice-présidente Kamala Harris, qui doit cependant être reconnue comme candidate officielle du Parti Démocrate, Donald Trump perd son meilleur ennemi. Cible facile, affaibli et diminué, Joe Biden aurait certainement été progressivement étrillé par Donald Trump, à coup d’insultes, d’humiliations ou de comparaisons diverses et variées.

Pire adversaire

Concrètement, en conservant Joe Biden comme candidat du Parti Démocrate, d’aucuns imaginaient déjà une cinglante défaite à l’automne prochain. Mais en présentant Kamala Harris, femme afro-américaine et asio-américaine (francophone), sénatrice, vice-président sortante, au fait des dossiers, procureur général de Californie (un des Etats les plus peuplés et démocrate des Etats-Unis), le Parti Démocrate sait tenir là un adversaire à la mesure de Donald Trump. Dès lors, l’homme d’affaires sait aussi hériter du pire adversaire qu’il pouvait imaginer pour lui faire face avant, pendant et après le débat télévisé prévu en septembre. Désormais, les mots de l’ancien président des Etats-Unis devront être pesés dans une Amérique toujours traversées de relents de puritanisme et séduite, pour le camp démocrate en tous cas, par une candidate qui s’inscrit dans la lignée d’Hillary Clinton en 2016. Mais le charisme et le professionnalisme reconnus de Kamala Harris suffiront-ils face à Donald Trump auréolé de son statut de martyr après la tentative d’assassinat dont il a fait l’objet ? Pis ! Il est à parier que de nombreux électeurs étudieront de près les programmes proposés, Donald Trump ayant axé le sien sur la question migratoire quand les Démocrates ne sont en rien focalisés sur cette problématique.

Homme blanc viril et dominateur

Jouant sur la peur du déclassement social dont les flux migratoires seraient pour certains responsables sans en apporter de preuves pertinentes, Donald Trump se voit désormais forcé de changer de stratégie. Non pas en terme de contenu de programme, encore que la connaissance pointue des dossiers par Kamala Harris pourrait obliger ce-dernier à approfondir ses propositions au risque d’apparaître limité au regard de solutions à apporter, mais en terme de posture. Donald Trump qui incarne l’homme blanc viril impitoyable et dominateur devra pondérer cette attitude aux parfums machistes face à une candidate diamétralement opposé au schéma social que veut défendre l’ancien président. Au-delà d’une opposition de programme, c’est aussi une opposition de style et de modèle de société qui se joue Outre-Atlantique, les Etats-Unis ayant encore une fois l’opportunité de porter à leur tête une femme. Quel plus grand symbole d’émancipation à l’envergue mondiale qu’incarnerait cette élection si Kamala Harris parvenait à remporter ce scrutin !

Feu sur la démocratie

La tentative d’assassinat de Donald Trump ne serait-elle pas l’expression d’une dérive du débat démocratique au profit d’une violence nourrie de radicalité présente dans de nombreux discours politiques aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde. Essai d’explication.

Passée l’émotion multiforme qu’a suscité la tentative d’assassinat de l’ancien président des Etats-Unis, Donald Trump, il convient dès à présent, de s’interroger, certes sur les motivations du tireur, même si à cette heure celles-ci restent inconnues, floues a minima, mais aussi et avant tout sur ce qu’exprime ce geste dans un pays, où, rappelons-le, certains Etats autorisent l’achat et le port d’armes. Historiquement, Donald Trump n’est pas le premier président à avoir été la cible de coups de feu. Avant lui, Abraham Lincoln, John Fitzgerald Kennedy et Ronald Reagan ont tous trois fait l’objet de tentatives d’assassinat qui pour les deux premiers se sont soldées par leur mort respective. Il existe donc au sein de la première démocratie du monde un recours assez habituel aux armes pour éliminer le représentant de la dite démocratie.

Libre circulation des armes

Plusieurs raisons peuvent l’expliquer à commencer par la libre circulation des armes à feu accessibles y compris à des individus qui de toutes évidences, ne devraient entrer en contact avec eux. Ensuite, le poids et l’influence des réseaux sociaux, bercés de théories complotistes des plus farfelues aux plus dangereuses sans compter sur la capacité de ces derniers à attiser haines et rancoeurs chez des individus faiblement, voire jamais, exposés à des dialogues constructifs, réfléchis et doctement argumentés. Dernier point, qui se pose en synthèse des deux premiers, le fait que désormais la confrontation entre deux partis politiques passerait par un affrontement physique et armé au prétexte que le discours porté par l’un serait incompatible avec celui porté par l’autre. La militarisation des échanges, qui de fait n’en sont plus, tendrait à remplacer la base de toute démocratie : le dialogue. Ce qui peut être assimilé à une dérive plus qu’inquiétante menace ainsi de devenir la norme car dans d’autres pays, les violences ou les assassinats à l’encontre de représentants politiques se relèvent aussi.

Radicalité

Est-ce à dire que nos démocraties, déjà soumises à bien des écueils, devront intégrer cette violence comme constitutive à leur évolution ou, au contraire, un discours et un effort communs pour réhabiliter la notion d’échanges et de dialogue vont-ils émerger ? Il est à espérer que la seconde solution soit retenue mais il est vrai aussi que les discours de certains représentants politiques de par le monde se révèlent particulièrement violents, tant dans leur forme que dans leur fond, alimentant consciemment ou inconsciemment, une forme de colère et de fureur. Il ne s’agit naturellement en rien d’une généralité, mais la radicalité de certains discours peut nourrir des réflexes et des attitudes similaires à celles dont le candidat républicain a été victime. In fine, la question qui se pose à nos démocraties s’avère simple : la radicalité a-t-elle sa place en politique ? Il appartiendra à chacun d’apporter sa propre réponse.

La macronie ? On y est en plein !

Les résultats des élections législatives ont confirmé la destructuration du paysage politique national historique tout en scellant les limites d’une présidence sans axe politique défini, alternant entre néo-libéralisme et social-démocratie, l’un et l’autre mal appliqués.

En dissolvant l’Assemblée Nationale le 9 juin dernier, au soir d’un raz de marée qualifié d’historique de l’extrême droite dans les urnes, le président Macron, souhaitant par le nouveau scrutin législatif annoncé pour le 30 juin et le 7 juillet, donner à l’assemblée une majorité plus claire et plus nette, ne pensait pas aboutir au résultat que l’on connaît à ce jour, à savoir une assemblée sans majorité quand la précédente en possédait une relative, certes, mais une majorité. Désormais trois groupes dominent la chambre basse donnant lieu à une situation peut-être pire que celle qui prévalait jusqu’alors. Dès lors ressortent les éléments de langages connus, tels que la nécessité d’apprendre à pratiquer le compromis politique, à gouverner avec des coalitions plus ou moins volontaires, à instaurer des gouvernements techniques ou à vivre sous la menace d’une motion de censure qui renverserait le Gouvernement.

Partis historiques

Pourtant, à y regarder de plus près, la composition de la nouvelle assemblée est finalement non seulement le reflet du paysage politique national actuel, composé de trois blocs, mais aussi de ce que l’on pourrait qualifier d’enfant de la macronie. Concrètement, élu par deux fois sur l’idée du dépassement des partis historiques sans pourtant les pousser à la disparition, Emmanuel Macron avait fait le pari de rassembler sous son nom toutes celles et ceux qui souhaitaient réformer le pays sans abandonner leurs convictions mais en les associant dans une forme de maelstrom politique dont il serait le garant. En cherchant à déstructurer le paysage politique ancestral articulé autour de la bipolarité droite – gauche, avec un centre plus ou moins identifié, Emmanuel Macron a, volontairement ou involontairement, poussé à la situation qui préside aux destinées de l’Hexagone : trois pôles aux divergences profondes et irréconciliables pour certains, aux plages de coopération rares et étroites pour d’autres. Le président qui attendait une majorité claire et identifiée, se retrouve aujourd’hui avec une assemblée à l’image de son mandat : sans réelle orientation, sans identité et sans projet de fond apte à accoucher d’une ligne directrice elle aussi identifiée.

Absence de ligne

Entre libéralisme débridé, social-démocratie à refonder et extrémisme de droite exclusif et autarcique, le président de la République devra choisir non pas un camp mais plusieurs. L’exercice était des plus aisés quand il était le seul, accompagné d’une majorité godillot, absolue ou relative, qui votait sans coup férir ou qui s’en remettait au 49.3, à piocher à droite ou à gauche des idées, des projets ou des orientations qu’il souhaitait mettre en œuvre. Mais cette absence de ligne claire, renvoyée par la dissolution à l’Assemblée comme pour se défaire de la responsabilité régalienne, a fini par se retourner contre un président seul face à une inertie qui a commencé à sérieusement s’exprimer au lendemain de sa réélection. Et si une leçon devait être tirée de cette épisode c’est bien qu’aucun pays ne peut être gouverné à vu mais au contraire, avec une ligne politique claire, fut-elle clivante, et ce au profit de la démocratie car celle-ci nourrit aussi le débat d’opposition, et non une somme de convictions diverses et variées incapables de constituer un corpus politique valable. Ainsi, les résultats des élections législatives ont certainement sonné le glas du « en même temps » cher à un président qui se voulait au dessus des partis mais qui se révèle finalement être leur otage.