De l’expression à l’érosion


Si les élections européennes du 9 juin dernier ont confirmé la monté en puissance de l’extrême-droite, elles révèlent aussi une crise de confiance à l’endroit de la démocratie aujourd’hui perçue comme routinière et castratrice à l’opposé de ses fondements originels faits de consensus et d’expression partagée.

Quel que soit le résultat des élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet, un constat empreint d’évidence s’impose : la démocratie se défend tous les jours et appelle donc un combat permanent pour assurer sa survie. La France, qui a ainsi opté pour ce mode de fonctionnement depuis la Révolution Française, en dépit de quelques épisodes post-révolutionnaires successifs de nature royaliste ou impérial, a, depuis plusieurs années, les taux d’abstention en témoignent, laissé gagner en son propre sein une forme de cancer visant à critiquer sans relâche le système démocratique.

Souveraineté du peuple par le peuple

Certes, elle n’est pas la seule, preuve en sont les régimes politiques en Europe ou dans le monde qui auraient tendance à escamoter idées et principes démocratiques au profit de dictacratie ou de démoctature où se mêlent vagues principes démocratiques d’apparence et pléthore de concepts autoritaires qui tendent tous à discréditer l’idée d’une souveraineté par le peuple pour le peuple. Le combat se présente donc comme inachevé, a contrario de ce que nombreux pensaient, considérant la démocratie comme un fait acquis, inaliénable et irréductible. La percée de l’extrême-droite lors du scrutin européen du 9 juin dernier a démontré que non seulement la démocratie était en péril mais que, pis ! celle-ci était menacée par des forces politiques à même de l’abattre corps et bien. Ne nous y trompons pas, la montée en puissance de l’extrême-droite en France traduit certes une perte de confiance générale à l’endroit de la classe politique et l’absence de perspectives d’avenir de certaines classes sociales mais aussi un déficit démocratique patent. Précisément, c’est l’idée même de démocratie qui n’a pas été suffisamment défendue car devenue routinière au point d’oublier que finalement celle-ci relevait du privilège plus que de la banalité.

Erosion et perversion

L’expression individuelle au profit du collectif que représente le droit de vote, premier élément constitutif de toute démocratie saine et non pervertie, a connu une lente mais régulière érosion au fil des années, érosion basée sur l’idée qu’un seul vote soi-disant perdu dans la masse, ne changerait rien. Erreur d’appréciation et surtout du fonctionnement de la démocratie qui s’établit sur la contribution de chacun. Faillir à cette idée nourrit la thèse défendue par l’extrême-droite qui argue de la perversion du système démocratique en usant de celui-ci pour le guider vers le pouvoir pour ensuite déconstruire le système en question plus ou moins rapidement. Dès lors, les objectifs de l’extrême-droite apparaissent comme clairs mais il convient de les rappeler : exploiter l’ignorance et une forme de désespoir du corps social pour prospérer dans les urnes pour mettre à bas un système qu’elle honnit. La mécanique, pourtant rodée, l’Histoire en témoigne, n’a cependant pas de cesse de se répéter, parfois avec succès, mais attention à ce qu’elle ne finisse pas par devenir elle-aussi une routine.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.