L’offensive menée par le Hamas contre Israël s’inscrit dans la lignée des agressions antérieures menées de part et d’autre de la frontière du Liban Sud. Mais elle confirme aussi la situation de guerre permanente de l’État Hébreu depuis 1948 et augure d’un XXIème siècle aussi tendu que le précédent.
C’est face à un Etat hébreu qui s’enfonce depuis plusieurs mois désormais dans une crise institutionnelle que le Hamas a déclenché l’une de ses plus violentes offensives contre Israël. Sanglante et meurtrière, cette offensive, pousse l’État hébreu vers une guerre qu’il ne souhaitait en rien mener en raison de l’incertitude des résultats. Pour autant, si cette agression ne manquera pas de s’inscrire dans la liste, déjà longue, des multiples coups de force menés par le Hamas contre Israël, celle-ci renvoie aussi à une évidence géopolitique qui n’a guère évolué depuis 1948, à savoir que l’État hébreu se trouve en situation de guerre permanente et ce depuis sa création. Si cette situation se révèle déjà une aberration en soi, elle s’inscrit aussi dans une région du monde, de fait, devenue des plus sensibles, celles où se déchirent les passions ancestrales, et les alliances et les soutiens internationaux sur fond tensions sur le marché de l’or noir.
Poudrière
Certes, nombre d’observateurs avisés souligneront qu’il n’y a aucun point commun avec la Guerre du Kippour de 1973, conflit qui avait provoqué, par ses effets induits sur les cours du pétrole, et entre autres causes, l’une des plus profondes crises économiques du monde occidental. Mais passé ce constat historique, une réalité s’impose, le Proche-Orient, celui où est née l’écriture et les premières cités-Etats, est, et pour de nombreuses années encore, une poudrière que rien ne semble éteindre. Opposant deux peuples, mus de convictions et de croyances religieuses anciennes et indéracinables, elles-mêmes moteurs de passions humaines qui renvoient aux premières religions monothéistes, ce nouveau conflit présente toutefois certaines différences avec les précédents. La radicalité des deux principaux acteurs, ici les fractions ultra-religieuses juives qui hantent la Knesset, prompte à intensifier le processus de colonisation, et le Hamas chiite, soutenu par l’Iran, ennemi juré d’Israël, toutes deux convaincues de leur bon droit, entretiennent ainsi un climat d’hostilité qui constitue le premier terreau d’un affrontement appelé à perdurer.
Guerres larvées et impasse diplomatique
Dès lors, se pose la question d’un arrêt des combats en premier lieu pour la sécurité des populations civiles. Mais là encore, un arrêt des combats ne signifie pas paix encore moins plan de paix. Est-ce à dire que le Proche-Orient du XXIème siècle sera comme il le fut dans la seconde moitié du XXème siècle, un espace de guerres larvées ou ouvertes, une impasse humaine, religieuse et diplomatique ? Pour l’heure, les faits tendent à le prouver et la situation géopolitique mondiale n’est en rien faite pour éviter que le conflit s’interrompe. Focalisé sur la guerre ukraino-russe, le bloc occidental se serait allègrement passé d’un regain de tensions au Moyen-Orient, qui plus est facteur de désordre sur le marché de l’or noir déjà très capricieux. In fine, il ne reste plus aux chancelleries internationales qu’à espérer que le conflit s’éteigne aussi vite qu’il s’est rallumé. Dans l’attente du prochain ?