Des bombes aux éclats de haine

En cherchant à anéantir le Hamas au nom de sa sécurité légitime, Israël nourrit aussi par son action militaire massive la haine et la rancoeur des futures générations palestiniennes à même de grossir les rangs de futurs groupes armés anti-israéliens.

Il est possible, du moins probable , au regard des moyens militaires déployés par Israël que le Hamas soit dans les semaines, voire les mois à venir, totalement anéanti. Les bombardements massifs et l’offensive terrestre menés par Tsahal laissent peu d’espoir aux combattants du groupe terroriste bien que protégés par un labyrinthique réseau de tunnel traversant de toutes parts la bande de Gaza. Est-ce à dire qu’une fois l’offensive militaire achevée, Israël sera définitivement débarrassé du Hamas ? Débarrassé du Hamas certainement. Du terrorisme islamique visant à détruire Israël certainement pas. Car autant les exactions commises par la Hamas sont condamnées et condamnables, fruit d’une violence aveugle et insupportable sans but ou objectif, autant l’offensive menée par Israël relève de la même logique à la différence que celle-ci se drape dans le linceul de la sécurité d’Israël, logique quelque part légitimée par la communauté internationale peu encline à voir s’embraser plus encore le Proche-Orient.

Haine et vengeance à retardement

Ainsi, en bombardant sans relâche le nord de la bande de Gaza, en terrorisant des populations civiles, loin des préoccupations du Hamas, en multipliant par ces mêmes bombardements le nombre de victimes gazaouis, Israël sème les graines d’une haine et d’une vengeance à retardement. Il n’est ainsi pas impossible que les enfants palestiniens aujourd’hui contraints à l’exode devant le coup de force israélien deviennent dans les années à venir les combattants ou les soutiens de nouveaux groupes terroristes, islamistes ou non, prêts à en, découdre avec la nation hébreu en mémoire de la guerre actuelle. Engagés dans des luttes extrémistes, Hamas et Israël, ne semblent ni l’un ni l’autre mesurer combien la guerre actuelle, et certainement celles qui ont précédé, nourrit et ont nourri des générations de combattants ou de soldats de Tsahal afin d’éliminer des hommes et des femmes désignés comme ennemis.

Devant cette situation tout à la fois catastrophique, ubuesque et dramatique, la voix de la diplomatie est tout simplement étouffée devant la détermination des belligérants. Il ne peut d’ailleurs en être autrement car la diplomatie, qui est aussi l’art de la raison en matière de politique extérieure, souvent prompte à proposer et se satisfaire d’un compromis, ne peut ici s’exprimer au regard des passions sourdes et destructrices qui animent les deux camps.

Devant cette situation tout à la fois catastrophique, ubuesque et dramatique, la voix de la diplomatie est tout simplement étouffée devant la détermination des belligérants. Il ne peut d’ailleurs en être autrement car la diplomatie, qui est aussi l’art de la raison en matière de politique extérieure, souvent prompte à proposer et se satisfaire d’un compromis, ne peut ici s’exprimer au regard des passions sourdes et destructrices qui animent les deux camps. A ce jour, le premier risque qui pourrait s’ajouter au conflit actuel serait un embrasement qui pousserait le Liban dans le chaos car abritant sur son sol le Hezbollah, lui aussi soutenu par l’Iran, soufflant lui-même sur les braises de l’affrontement sans pour autant apparaître en première ligne car placé sous l’étroite surveillance de la communauté internationale et des Etats-Unis en particulier. In fine, si la guerre russo-ukrainienne a déstabilisé l’Europe en déplaçant son point de gravité de l’Ouest vers l’Est, il est clair, comme cela l’est depuis la Déclaration Balfour de 1917, que l’espace géopolitique le plus tendu de la planète, reste le Moyen-Orient, terre de tensions et de passions ancestrales dont on se demande si elles seront un jour canalisées et apaisées.

Deux légitimités, une logique

Gaza sous les bombardements israéliens le 23 octobre 2023. (Photo libre de droits)

Alors que le conflit israélo-palestinien s’enlise dans un affrontement sans fin, se pose la question de la légitimité de deux peuples aux droits similaires, celui de vivre en paix dans leurs Etats propres et indépendants.

Alors que se prépare une très certaine opération militaire terrestre israélienne visant à envahir la bande de Gaza afin d’éradiquer, selon les dires des autorités hébreux, définitivement le Hamas, se pose malgré tout la question de la relance du processus de paix. Articulé autour de l’idée que chacun des deux peuples, Palestiniens et Israéliens, puissent vivre sur la même terre dés lors partagée, ce processus semble bien désormais dans l’impasse. Pourquoi ? Car lorsque deux légitimités s’affrontent, deux solutions s’offrent à elles. Soit le parti de la tension et de la guerre, ce qui est à ce jour le cas ; soit le parti du compromis, ce qui fut dans les années quatre-vingt-dix le cas avec les accords de Camp David signés en 1993 (eux-même faisant suite aux accords de 1979).

Gazaouis en étau

Or, à ce jour, Gaza, qui est devenu l’épicentre de toutes les tensions et de toutes les rancoeurs que le conflit israélo-palestinien a généré, est aussi devenu l’espace mettant en évidence l’inertie des Occidentaux, notamment des Etats-Unis et de l’Union européenne, qui ont, l’un et l’autre, laissé s’enliser depuis des années Israël et Autorités palestiniennes dans une multitude d’erreurs diplomatiques et politiques.

Abandonnée, délaissée, aux mains du Hamas depuis 2007, la bande de Gaza ne pouvait finalement que devenir le repère d’un terrorisme aveugle, dont Israël subit les conséquences et par voie de ricochets, les Gazaouis pris en étau entre l’État hébreu et le fanatisme du Hamas.

Pariant sur la disparition progressive de l’entité géographique palestinienne, les Occidentaux ont laissé se poursuivre le processus de colonisation israélien dans les territoires occupés tout en détournant les yeux de la poudrière que devenait Gaza. Abandonnée, délaissée, aux mains du Hamas depuis 2007, la bande de Gaza ne pouvait finalement que devenir le repère d’un terrorisme aveugle, dont Israël subit les conséquences et par voie de ricochets, les Gazaouis pris en étau entre l’État hébreu et le fanatisme du Hamas. Au rang des solutions qui se posent aujourd’hui, la seule qui vaille à ce jour, est, en dépit des revendications historiques israéliennes légitimes, d’accorder aux Palestiniens une terre qui fera Etat au sens politique, administratif et culturel du terme. Car accorder aux Palestiniens un territoire n’est pas nier l’existence d’Israël, voire engager une logique de réduction de son espace originel, c’est reconnaître l’existence politique et culturelle d’un peuple, aux aspirations légitimes et respectables.

Compromis et Histoire

Opter pour une solution de compromis n’est pas renvoyer dos à dos les adversaires d’aujourd’hui pour nourrir les rancoeurs des générations futures, c’est privilégier la paix au profit de deux peuples au regard des évolutions morales du siècle. Penser la Palestine telle qu’elle le fut en 1948, lors de la création d’Israël, n’a peut-être aujourd’hui plus de sens. En revanche, accepter de partager une terre millénaire, chargée autant d’histoire que de symboles, constituerait une étape clef dans la géopolitique locale mais pas seulement. Elle pourrait aussi inspirer d’autres foyers de tensions à repenser leur rapport à l’autre. Pour l’heure, rien ne semble aller dans ce sens. Et si les déclarations récentes (Joe Biden réaffirmant son soutien à Israël, Emmanuel Macron confirmant son intention de lutter contre le terrorisme islamique tout en reconnaissant la nécessité de créer un Etat palestinien) tendent à l’apaisement et à la reprise du processus de paix, le conflit semble s’enkyster dans une logique absolue de destruction, voire d’éradication de Gaza.

La fin de la récréation a sonné

Le drame survenu au Lycée Gambetta, à Arras, où un professeur a été tué par un individu radicalisé relance le débat sur la protection des enseignants dans l’exercice de leurs fonctions mais plus encore sur les réformes immédiates à engager afin de réhabiliter une profession dévalorisée, voire méprisée.

Deux heures d’échanges et de discussions, voilà ce que le Ministère de l’Education Nationale a accordé aux enseignants des collèges et lycées quelques jours après la mort de Dominique Bernard, professeur de Lettres, à Arras. L’intention, louable et finalement bienvenue, aura permis à la communauté éducative d’opérer une forme de recueillement en mémoire de leurs collègues disparus car il convient aussi d’honorer la mémoire de Samuel Paty, décédé voilà trois ans dans des circonstances aux origines similaires. Mais au-delà de ce temps de parole, se pose clairement la question, à savoir : quelles mesures prendre désormais pour éviter que de tels drames se reproduisent ? L’Ecole républicaine, visée car elle incarne la lutte du savoir contre l’obscurantisme, se révèle être en première ligne dans une société fragmentée et déboussolée d’où sa porosité aux discours extrémistes et aux actes de violence terroriste.

Libre-arbitre

Partant de ce constat, il apparaît aussi illusoire de croire que les outils brandis par les enseignants que sont la formation à la citoyenneté, la transmission du savoir et de la connaissance, la construction de l’individu par l’apprentissage du libre-arbitre et de la liberté de pensée suffisent aujourd’hui à parer les coups des individus fanatisés, d’évidence imperméables à un discours nourri de tolérance et de respect de la différence. Le chantier qui s’annonce pour protéger les enseignants et les principes républicains qu’ils portent se révèle donc immense, et, force est de constater que pour l’heure, hormis deux heures d’échanges, rien de concret n’a été proposé. La réaction de l’institution et de l’État dans son ensemble tardent à venir alors que voilà des décennies qu’enseignants et communauté éducative alertent sur les atteintes multiples à la fonction. Violences verbales et parfois physiques, mépris généralisé, ou en voie de l’être, de la fonction par les élèves et les parents, pour certains du moins. Sans compter les atteintes récurrentes à la laïcité qui se multiplient quasiment à l’envi. Longtemps vu comme un espace épargné par les spasmes de la société, et ce dans une vision idéalisée de l’école, il apparaît que l’Ecole n’est en réalité qu’un microcosme des maux d’une civilisation rongée par l’individualisme, la médiocrité et les flots d’aberrations multiples et variées véhiculées par Internet et les réseaux sociaux.

Place dans la société

Attaquée dans sa mission pédagogique, l’Ecole est aussi victime des errements d’une société aujourd’hui incapable de faire corps face à des contre-modèles qui appellent à sa destruction. Que faire donc ? Et bien dans un premier temps, peut-être serait-il judicieux de rendre aux enseignants la place qui leur revient dans la société. A commencer par les reconnaître comme celles et ceux chargés de former les générations à venir en cessant de les percevoir banalement comme les employés d’une officine nommée Education nationale. Ensuite, revaloriser la fonction, pas uniquement du point de vue salarial, mais du point de vue social, sans tomber dans un excès aux effets, par ailleurs dévastateurs. Autant de pistes de réflexion que le Ministère pourrait concrétiser dans les meilleurs délais car le temps presse. La profession attire de moins en moins et les récents évènements risquent de raréfier les quelques postulants à la fonction. Et ce ne sont pas deux heures supplémentaires d’échanges qui inverseront la tendance ou endigueront les potentiels drames à venir.

Une Histoire sans fin

L’offensive menée par le Hamas contre Israël s’inscrit dans la lignée des agressions antérieures menées de part et d’autre de la frontière du Liban Sud. Mais elle confirme aussi la situation de guerre permanente de l’État Hébreu depuis 1948 et augure d’un XXIème siècle aussi tendu que le précédent.

C’est face à un Etat hébreu qui s’enfonce depuis plusieurs mois désormais dans une crise institutionnelle que le Hamas a déclenché l’une de ses plus violentes offensives contre Israël. Sanglante et meurtrière, cette offensive, pousse l’État hébreu vers une guerre qu’il ne souhaitait en rien mener en raison de l’incertitude des résultats. Pour autant, si cette agression ne manquera pas de s’inscrire dans la liste, déjà longue, des multiples coups de force menés par le Hamas contre Israël, celle-ci renvoie aussi à une évidence géopolitique qui n’a guère évolué depuis 1948, à savoir que l’État hébreu se trouve en situation de guerre permanente et ce depuis sa création. Si cette situation se révèle déjà une aberration en soi, elle s’inscrit aussi dans une région du monde, de fait, devenue des plus sensibles, celles où se déchirent les passions ancestrales, et les alliances et les soutiens internationaux sur fond tensions sur le marché de l’or noir.

Poudrière

Certes, nombre d’observateurs avisés souligneront qu’il n’y a aucun point commun avec la Guerre du Kippour de 1973, conflit qui avait provoqué, par ses effets induits sur les cours du pétrole, et entre autres causes, l’une des plus profondes crises économiques du monde occidental. Mais passé ce constat historique, une réalité s’impose, le Proche-Orient, celui où est née l’écriture et les premières cités-Etats, est, et pour de nombreuses années encore, une poudrière que rien ne semble éteindre. Opposant deux peuples, mus de convictions et de croyances religieuses anciennes et indéracinables, elles-mêmes moteurs de passions humaines qui renvoient aux premières religions monothéistes, ce nouveau conflit présente toutefois certaines différences avec les précédents. La radicalité des deux principaux acteurs, ici les fractions ultra-religieuses juives qui hantent la Knesset, prompte à intensifier le processus de colonisation, et le Hamas chiite, soutenu par l’Iran, ennemi juré d’Israël, toutes deux convaincues de leur bon droit, entretiennent ainsi un climat d’hostilité qui constitue le premier terreau d’un affrontement appelé à perdurer.

Guerres larvées et impasse diplomatique

Dès lors, se pose la question d’un arrêt des combats en premier lieu pour la sécurité des populations civiles. Mais là encore, un arrêt des combats ne signifie pas paix encore moins plan de paix. Est-ce à dire que le Proche-Orient du XXIème siècle sera comme il le fut dans la seconde moitié du XXème siècle, un espace de guerres larvées ou ouvertes, une impasse humaine, religieuse et diplomatique ? Pour l’heure, les faits tendent à le prouver et la situation géopolitique mondiale n’est en rien faite pour éviter que le conflit s’interrompe. Focalisé sur la guerre ukraino-russe, le bloc occidental se serait allègrement passé d’un regain de tensions au Moyen-Orient, qui plus est facteur de désordre sur le marché de l’or noir déjà très capricieux. In fine, il ne reste plus aux chancelleries internationales qu’à espérer que le conflit s’éteigne aussi vite qu’il s’est rallumé. Dans l’attente du prochain ?