Le risque du faux pas

En annonçant accueillir la formation de soldats ukrainiens sur son sol, l’Union Européenne franchit un pas supplémentaire dans son assistance à Kiev. Au risque de répéter l’Histoire. Explications.

Et si le conflit russo-ukrainien devenait le Viêt-Nam des Européens ? L’analogie peut paraître audacieuse, voire totalement anachronique notamment au regard du contexte historique car les années soixante et soixante dix, décennies durant lesquelles les Etats-Unis sont intervenus dans le Sud-Est asiatique, étaient marquées par la Guerre Froide qui opposait blocs de l’Est et de l’Ouest. A ce jour, nulle opposition de ce genre n’a été relevée par les politologues même si les comparaisons sont tentantes et faciles. Mais pour quelles raisons alors évoquer une forme de possible vietnamisation du conflit qui déchire l’Ukraine depuis le 24 février 2022 ? En annonçant mardi 20 juin que jusqu’à 30.000 soldats ukrainiens allaient être formés par l’Union Européenne en 2023, Kiev gravit un échelon supplémentaire dans la guerre matérielle et psychologique livrée à la Russie.

Mission d’assistance

Pour autant, ce n’est pas tant l’Ukraine qui semble concernée dans cette nouvelle étape du conflit mais bien l’Union européenne qui, dans le cadre de la mission d’assistance qu’elle s’est fixée vis à vis de Kiev, s’implique plus encore dans une confrontation qu’elle voulait périphérique à son aire d’influence sans en négliger la portée. Et les souvenirs de l’intervention des Etats-Unis au Viêt-Nam au début des années soixante, voulue par John F. Kennedy sous la forme de missions de conseils pour ensuite prendre la forme d’une intervention militaire au sens premier du terme de refaire surface. Car en se présentant comme une aire d’accueil et de formation géographique et technique dédiée au soldats ukrainiens, l’Union européenne fait un pas de plus vers une implication grandissante dans une guerre qui pourrait durer encore des années. Cette analogie avec la Guerre du Viet-Nam prend d’autant plus d’ampleur que l’Ukraine se sait destinée à intégrer dans un futur à déterminer l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ce qui lui confère un nouveau statut de puissance est-européenne aux portes de la Russie.

Prochaine étape

Et l’Union Européenne, dont nombre de pays font aussi partie de l’Otan, de se retrouver par sa décision du 20 juin, doublement impliquée dans une opposition devenue hautement géopolitique et géostratégique. Et quid de la position et de la réaction de la Russie ? Impénétrable tout comme peut l’être Vladimir Poutine, on peut raisonnablement penser que la décision de l’Union Européenne tendra évidemment encore un peu plus des relations déjà glaciales. Enfin, la dernière question qui se pose, après l’aide matérielle apportée à l’Ukraine (Canons César, Chars Tigre,…), et l’aide annoncée à la formation des soldats ukrainiens, est donc de savoir quel sera le prochain degré d’intervention de l’Union dans le conflit. Il n’échappe ainsi à personne que cette prochaine étape sera à réfléchir avec moult précautions car le moindre faux pas diplomatique pourrait alors générer des conséquences qui dépasseraient la simple confrontation russo-ukrainienne.

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